vendredi 28 août 2009

Muse 1, Armalite 0

La scène se passe dans une petite chambre sous les toits exquisement meublée et décorée, vers minuit et demie. Depuis une heure, notre héroïne se tourne et se retourne sur les draps qu'elle n'a même pas défaits en proie à un cruel dilemme: si elle laisse son ventilateur allumé, le bruit l'empêche de dormir. Si elle éteint son ventilateur, la chaleur l'empêche de dormir. Si elle ouvre sa fenêtre pour avoir de l'air, les moustiques l'empêchent de dormir. Or, il FAUT qu'elle dorme car elle doit se lever tôt demain matin pour aller au rendez-vous chez son ophtalmo conquis de haute lutte six mois auparavant (le rendez-vous, pas l'ophtalmo qui est une respectable quinquagénaire à la fesse molle).

Alors qu'elle hésite entre la peste, le choléra et la diphtérie, notre héroïne entend une voix aigre lui lancer:
- Bon, tu vas te décider à l'exploiter, l'idée géniale que je t'ai généreusement filée il y a presque douze ans?
Et merde, songe-t-elle. Cette chieuse de Muse est de retour. Plus jamais je ne ricanerai en lisant les statuts Facebook de Laurell K. Hamilton. Entre ses dents, elle maugrée un lapidaire:
- Non.
- Ah ben bravo! Tu rêves de devenir écrivain depuis que tu es gamine, et tu te lamentes de ne pas avoir d'idée. Bonne fille, je t'en envoie une. Et toi, tu refuses de l'utiliser? Tu sais combien d'aspirants romanciers se damneraient pour recevoir ma visite?
- ...M'en fous. Elle est peut-être géniale ton idée, mais j'en ai pour des mois et des mois à rassembler la doc nécessaire. C'est pas parce qu'en 6ème, j'étais passionnée de mythologie au point d'avoir dessiné les arbres généalogiques des panthéons grecs, romains et nordiques sur du papier à petits carreaux que j'y connais quoi que ce soit en histoire des religions antiques! La Renaissance italienne, t'es gentille, mais je saurais même pas te dire si c'était au XIVème ou au XVème siècle, et j'ai absolument aucune idée de la façon dont les gens vivaient à Florence à cette époque. Pour ce que j'en sais, ils portaient leur culotte sur la tête.
"Quant au Moyen-Age en Bretagne, la représentation que je m'en fais est essentiellement basée sur Donjons & Dragons et Kaamelott l'Excalibur de John Boorman. Pas hyper-réaliste, donc, je le crains. Je ne suis pas non plus certaine de réussir à me mettre dans la peau d'un homosexuel honteux dans le Japon d'après-guerre. Et pour ce qui est d'imaginer les techniques d'hypnose dont la médecine disposera d'ici la fin du XXIème siècle, je te rappelle que la littérature d'anticipation me file de l'eczéma. Alors, tu peux le reprendre, ton cadeau empoisonné!

Un long silence suit cette tirade. Notre héroïne n'est pas peu satisfaite d'avoir cloué le bec à cette Muse capricieuse qui la harcèle toutes les nuits depuis une semaine.
- D'accord, je reconnais que le sujet est casse-gueule pour un premier roman, finit par admettre la voix sortie de nulle part (ou peut-être du placard aux cent paires de chaussures). Et si je te soufflais quelque chose de plus accessible?
- Genre? demande notre héroïne, méfiante.
- Genre une histoire pour laquelle tu disposerais déjà de quasiment toutes les références culturelles et émotionnelles nécessaires afin de donner vie à ton personnage principal. Et dont tu pourrais facilement te procurer les autres auprès de gens de ton entourage.
- Ouh là, ça pue l'autobiographie de trentenaire à plein nez! Je t'ai déjà dit des milliards de fois que je ne voulais pas ajouter ma petite crotte au tas de fumier narcissique qui encombre les tables des librairies depuis des années.
- Mais justement, c'est là toute la beauté de mon idée! s'écrie la voix, triomphante. Le personnage principal, ça ne serait pas toi du tout. Et son histoire ne serait pas la tienne. Disons juste que vous partageriez certaines préoccupations et certains traits de caractère grâce auxquels tu n'aurais pas trop de mal à te glisser dans sa peau.
Malgré elle, notre héroïne est intriguée.
- Mmmmh... D'accord, je t'écoute.

La Muse parle.

Une demi-heure plus tard, notre héroïne s'est enfin décidée. Avant son 40ème anniversaire, elle disposera d'un roman écrit de sa main (et même probablement des deux), prêt à être jeté en pâture à des éditeurs qui ne daigneront sans doute même pas lui adresser une lettre de refus poli. Mais au moins, cette fichue Muse ira harceler quelqu'un d'autre, et elle pourra recommencer à dormir tranquille.

22 commentaires:

Cécile de Brest a dit…

Chiche ?
Parce que tu aurais en moi une lectrice, sois-en sûre !

ARMALITE a dit…

Il va falloir être patiente, ma deadline est dans 18 mois ^^

Cécile de Brest a dit…

;-))

Capricorn a dit…

Et bien , je me prepare un thé et j'attends :)

Daelf a dit…

Dame Nède ! Tu es faite comme une ratoune.
*est intriguée aussi*

Surella a dit…

ça c'est une bonne nouvelle :) bravo!

iibelle a dit…

j'achète dès que ce sera paru !

Miss Sunalee a dit…

j'aimais bien la première idée moi ! mais si la seconde est à la hauteur de la première, je me laisserai certainement tenter !

annaquine a dit…

Et il faudra compter avec moi aussi ! ;-)

ARMALITE a dit…

Cool, j'ai déjà vendu 8 exemplaires d'un bouquin pas encore écrit! :P

Malena a dit…

Neuf !

ARMALITE a dit…

Qui dit mieux? ^^

soeur cadette a dit…

10! seulement si j'ai une dédicace de l'auteure et un dessin de chouchou

l'âne a dit…

tu vas devoir ajouter ta deadline à ton agenda public :P

mmarie a dit…

Et de onze.

Stephile a dit…

Je découvre ton blog grâce à Gren et je l'apprécie énormément.

Nath a dit…

Je m'inscris pour le douzième exemplaire... Sans dec'

Gren a dit…

Et ! le douzième est pour moi... avec aussi une dédicace s'il te plaît !

ARMALITE a dit…

Mdr... Personne ne veut hériter du n°13, c'est ça? :D

M.Poppins a dit…

Moi aussi, moi aussi j'en veux un.... Avec une grooooosse dédicace dedans...

poulpy a dit…

je veux le treizième !!!! meme pas peur

Emilie a dit…

On doit en être au 15e ou au 16e, j'ai perdu le fil mais j'achèterais kd mm !