lundi 20 avril 2009

Amour et penne

Samedi, je pensais passer la journée enfermée chez moi à bosser. Et puis sur le coup de 11h30, mon portable a sonné. C'était Etre Exquis qui, trop pris par son boulot pour me voir un jour de semaine, me proposait d'aller déjeuner au bord de la mer. Bien évidemment, je n'ai hésité qu'une seconde et demie avant de dire oui.

Il est passé me prendre avec son Land, ce monstre inconfortable dans lequel je peine toujours à me hisser et dont l'habitacle est imprégné de l'odeur des clopes qu'il fume à la chaîne. Pourtant, j'adore rouler avec lui là-dedans. Parce qu'il conduit comme si le temps n'avait pas d'importance, parce que le raffut du moteur, les secousses dues à l'absence de suspensions et la hauteur à laquelle on se trouve perchés donnent la joyeuse impression d'être à bord d'un tracteur, parce qu'au premier rayon de soleil on peut baisser les vitres pour savourer la caresse de la lumière et de la brise. Nous avons pris la direction du port de Carqueiranne, et nous nous sommes un peu perdus sur les petites routes de campagne. Les coquelicots avaient envahi le bord des routes et les lilas pendaient en grappes lourdes aux façades des maisons. Je ne pensais plus du tout à mon travail, juste à savourer ce matin de printemps.

Nous nous sommes installés à la terrasse de la Réserve. Il n'y avait que trois ou quatre tables occupées, et la promenade le long de la plage était déserte. La serveuse, quarantaine bien sonnée, cheveux blonds décolorés, visage recuit par le soleil, collants résille et jupe noire taille 8 ans est venue nous demander, avec un accent bien de chez nous, ce que nous mangerions. J'ai commandé des penne aux St. Jacques et aux gambas qui baignaient dans une divine sauce crémeuse, et je les ai savourées en poussant des "oh" et des "ah" de ravissement tandis qu'Etre Exquis se désolait d'avoir oublié de préciser qu'il ne voulait pas qu'on lui prépare son tartare. Son vin rouge et mon vin blanc luisaient doucement dans d'énormes verres ballon.

La conversation est venue sur le sujet de la fidélité. "Ca ne t'arrive jamais d'avoir envie de le tromper?" m'a demandé Etre Exquis en parlant de Chouchou. J'ai répondu que non, qu'il m'arrivait de regarder d'autres gens en les trouvant attirants mais que les hormones que je prenais pour soigner mon endométriose flinguaient ma libido, et que de toute façon Chouchou et moi avions une relation suffisamment permissive pour que je puisse grosso modo faire ce que je veux. Il m'a avoué que de son côté, au bout de presque trois ans de relation sérieuse et monogame, il commençait à y penser un peu, même si tout se passait toujours très bien avec sa compagne.

Nous avons reparlé de Malena, une femme mariée avec qui il a vécu une aventure très intense mais qui n'a jamais pu se résoudre à divorcer pour lui du père de sa fille. Je me suis fait la remarque qu'on ne finissait jamais sa vie, qu'on ne trouvait jamais le bonheur avec l'être qu'on avait aimé le plus passionnément. Et pour cause: la passion est aveugle, douloureuse et elle a le don de choisir des objets improbables, des personnes avec qui une relation harmonieuse et durable est forcément impossible. A quinze ans, j'aurais sans doute considéré la relation d'Etre Exquis et de sa compagne comme un méprisable compromis. J'aurais eu plus de mal à qualifier ma relation avec Chouchou, tant elle est atypique. Une chose est sûre: la plus grande leçon que j'ai (péniblement) apprise au fil de toutes mes histoires ratées, c'est que l'amour ne doit pas faire mal. S'il apporte plus de souffrance que de joie, c'est qu'on n'est pas avec la bonne personne.

Une délicieuse crème caramel a achevé de me plonger dans la douce somnolence d'une digestion béate. Je n'avais aucune envie de bouger, mais Etre Exquis est un gentleman, et il avait promis de me ramener en début d'après-midi pour que je puisse bosser. Nous avons pris le chemin du retour sans nous presser. Son indolence m'a toujours été contagieuse; il me donne l'impression que rien n'est urgent, que tout peut attendre, que l'important est de savourer le moment présent. J'ai failli lui proposer de faire le travail buissonnier et de passer l'après-midi ensemble à rouler au bord de la côte, puisqu'il n'avait pas de projets précis. Je me suis retenue en pensant aux moments futurs que j'avais envie de savourer tranquillement, libérée de mes contraintes de boulot. Et arrivée au pied de ma résidence, je l'ai laissé repartir sagement bien qu'à regret.

PS: Oui, je sais, j'ai photographié le contenu de mon assiette plutôt que la mer. Mais la Méditerranée, je la fréquente depuis 38 ans. J'en suis blasée. Alors que ces sublimes penne, je les rencontrais pour la première fois.

2 commentaires:

Ingrid a dit…

J'aime beaucoup cette phrase : "S'il apporte plus de souffrance que de joie, c'est qu'on n'est pas avec la bonne personne." Moi qui ai souvent eu le coeur en barbapapa, je vais la retenir, elle me servira je pense...

Sunbeam a dit…

Bonjour Armalite, je découvre ton blog par l'intermédiaire de MBDF. Juste un petit mot pour te dire que j'admire ton sens de l'écriture (je suis traductrice aussi, mais technique). Merci de partager ton univers avec nous !