vendredi 28 mars 2008

L'inconnu(e) du 29

Hier à la sortie de la gare SNCF, j'ai pris le bus pour finir le trajet jusqu'à Monpatelin. Il était presque vide quand je suis montée dedans; j'ai donc réquisitionné les deux places derrière le chauffeur: celle contre la vitre pour mettre ma valise par terre et mon ordi + mon gros sac à main sur le siège, et l'autre pour poser mon séant.
Deux stations plus loin, le bus subit un assaut de lycéens fraîchement sortis de cours. Il ne reste pas une seule place de libre quand je vois monter une personne de sexe indéterminé à l'allure extrêmement étrange. Longs cheveux clairsemés, tire-bouchonnant sur les épaules et hésitant entre le gris et le jaune. Visage aux traits a priori masculins; un oeil gonflé et à demi fermé; joues rouges; dentition abîmée. Sweat-shirt XXL à message humoristique. Jupe informe en molleton marron. Jambes nues; celle de gauche ne semble avoir ni cheville ni talon. Chaussettes de laine grise tire-bouchonnées sur Converse basses rouges ayant connu des jours meilleurs.
J'entends cette personne expliquer au chauffeur qu'elle ne peut pas rester debout dans un bus en mouvement, et ce que je redoutais arrive: elle se tourne vers moi en souriant et demande d'une voix aussi masculine que ses traits: "Pardon mademoiselle, je peux me mettre à côté de vous?" Je pousse donc mes bagages pour me tasser sur le siège contre la vitre. Comme ma valise occupe toute la place au sol, je me retrouve dans une position très inconfortable, les jambes de biais à demi sur le siège côté allée. Et toute ma cuisse droite pressée contre la cuisse gauche de mon voisin (ou ma voisine, allez savoir). En temps normal, déjà, je déteste la proximité physique avec des inconnus. Là, je priais carrément pour que cette personne descende le plus vite possible.
Pourtant, l'exiguité des sièges mises à part, elle ne me dérangeait en rien. Elle ne sentait pas l'alcool, n'avait pas d'odeur corporelle déplaisante, s'exprimait tout à fait correctement et n'a pas cherché pas à engager la conversation avec moi (mon cauchemar dans les transports en commun). J'ai essayé de définir ce qui me mettait si mal à l'aise. Son handicap physique, un petit peu. Sa mise de SDF, un petit peu aussi. Mais dans le fond ce qui me perturbait le plus, me semble-t-il, c'est que j'étais incapable de la ranger dans une case. Homme ou femme? Aucune idée. Trop propre pour vivre dans la rue. Trop mal attifée pour quelqu'un de "normal". Trop normale dans son comportement et ses paroles pour être soûle ou dingue.
Je ne pouvais pas lui coller d'étiquette, donc elle me faisait vaguement peur. Alors que depuis toujours je prétends vomir le conformisme et prôner l'individualité à tout prix.
Sur ce coup-là, franchement, j'ai eu honte de moi.

1 commentaire:

Moi a dit…

Un test venu de l'au delà ... :D mdr