mardi 3 avril 2007

Page tournée, livre fermé

Je viens juste de raccrocher mon téléphone après avoir souhaité une bonne continuation à l'Homme.
Il m'a appelée à 8h30. Evidemment je dormais encore. "T'es une grande malade," m'a-t-il lancé en riant en guise d'entrée en matière. Ca commençait bien. Les lambeaux de mon sommeil interrompu m'ont empêchée de monter immédiatement au créneau. Il m'a dit qu'il venait de trouver mon mail, qu'il était en train de rassembler les affaires que j'avais laissées chez lui et qu'elles seraient devant ma porte cet après-midi. J'ai répondu: "Je te rappelle dans une heure". Et j'ai raccroché.
Dix minutes à me sentir moche, mesquine, radine. Dix minutes à me demander où j'allais bien pouvoir foutre tout ce bordel et ce que j'allais en faire. Dix minutes à m'interroger sur la façon dont je devais réagir. Puis la réponse s'est imposée d'elle-même. J'ai rappelé sans attendre davantage.
Il ne pouvait y avoir qu'une seule issue à notre conversation. Malgré toutes les erreurs que j'ai commises en gérant ma relation avec l'Homme, notre rupture et ses conséquences, je n'ai jamais dévié d'une certaine ligne de conduite. Oui, j'ai caressé des idées de vengeance - vandalisme et dénonciation pour n'en citer que quelques-unes. Mais j'ai toujours su que quelle que soit l'ampleur de ma déception, de mon chagrin, de ma colère, il était des choses auxquelles je ne m'abaisserais pas. Pas par respect pour lui: par respect pour moi. Ca m'aurait peut-être soulagée sur le coup. Mais j'aime assez pouvoir me regarder dans la glace le matin. Me dire que je n'ai pas à rougir de ma conduite, que je n'ai pas laissé mes émotions aussi justifiées soient-elles me faire commettre des actes méprisables. Ne pas traîner de remords irrémédiables, de honte ineffaçable.
J'ai dit à l'Homme: "Ce que je veux vraiment, ce n'est pas récupérer mes affaires. Ce que je veux vraiment, c'est que tu me parles. Que tu m'expliques pourquoi tu t'es conduit comme ça avec moi. Que tu t'excuses de m'avoir traitée sans le minimum de respect dû à quelqu'un avec qui tu avais quand même vécu sept ans. Ca fait presque un an qu'on est séparés et qu'à cause de ton silence, je ne parviens pas à tourner la page."
On est restés au téléphone pendant 50 minutes. Bien sûr il n'est toujours pas très doué pour parler de sentiments, bien sûr il a d'abord cherché à justifier sa conduite en me rappelant mes propres torts qui sont réels. J'ai insisté doucement, en argumentant sans m'énerver. Et il a fini par me dire qu'il était désolé. Que notre histoire avait vraiment compté pour lui. Qu'on avait passé des moments géniaux avant que ça commence à merder. Qu'il avait aussi pas mal souffert pendant les derniers mois avant notre rupture. Qu'il avait laissé traîner parce qu'il n'était pas sûr, qu'il ne savait pas si ça ne pouvait pas redémarrer entre nous. Que pour lui aussi, c'était un échec douloureux.
Et c'était tout ce que j'avais besoin d'entendre pour refermer enfin ce livre-là. Que notre histoire n'avait pas été un mensonge, que je n'avais pas vécu si longtemps à côté d'un parfait étranger, que je n'étais pas si stupide et lui pas si insensible.
J'ai beaucoup pleuré, mais c'était des larmes de soulagement autant que de tristesse. Je faisais enfin le deuil de notre couple défunt depuis presque un an.
Nous avons échangé des nouvelles. Je lui ai dit que j'avais un nouveau copain qui habitait à Bruxelles, que mes parents avaient déménagé à Toulouse, que je m'étais remise au sport, que mon endométriose avait récidivé et que j'angoissais un peu à cause de ça. Il m'a dit qu'il avait été opéré de polypes pré-cancéreux il y a quelques mois, qu'il avait démissionné du poste qu'il occupait à la ligue régionale d'aïkido, qu'il avait (enfin!) pris sa carte d'électeur pour pouvoir voter aux présidentielles.
Nous avons fait la paix. Je suis en paix. J'ai fini par avoir la seule chose que je voulais, la seule chose dont j'avais besoin. Et je l'ai eue sans renier ce que je suis. Le reste, je m'en fous. Ca passera en pertes d'exploitation.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Un autre regard sur son ancien amour - vers un nouveau type de relation ou … l’indifférence. Cette dernière étape du deuil intègre les précédentes (chagrin et regrets, longs silences, remise en question, haine et désir de vengeance avec des intensités variables et des allers et retours plus ou moins rapprochés), offre la paix du cœur et te permet d’aller de l’avant.
Tant que tu le détestais, tu n’étais pas libérée de ton attachement envers lui.

Voici le message inscrit sur la carte d’anniversaire que j’ai reçue de mon ex après 5 mois de rupture : « Rien ne disparaît jamais complètement. Tout se transforme ».

Son deuil était fait avant de me quitter. Le mien s’est fait dans la douleur, avec le sentiment que j’avais été trahie et niée depuis des mois. Que seules des raisons matérielles l’avaient gardé à mes côtés. Mais je ne pouvais pas croire que j’avais vécu tant d’années avec un parfait égoïste, un calculateur, un menteur, un être insensible au mal qu’il projetait de me faire.
Et non il n’est pas comme cela. Notre rupture m’a fait découvrir des défauts que je ne voyais pas, mais le temps me confirme que l’être que j’aimais est réellement quelqu’un de bien.

ARMALITE a dit…

Anomyme: Tu peux signer tes messages tu sais, je ne suis pas idiote :)
Ce qui est certain c'est qu'il y a toujours deux versions d'une histoire, deux ressentis parfois quasi indépendants et qu'on a bien du mal à faire coller pour reconstituer une réalité un tant soit peu objective. Aujourd'hui j'ai réussi à me mettre à la place de mon ex et à le comprendre suffisamment pour que ça m'apaise. J'étais sans doute trop blessée pour pouvoir le faire avant. Mais oui, je suis contente d'admettre que je n'ai pas perdu sept ans de ma vie avec un parfait connard, qu'il était juste un peu plus faillible qu'il ne le laissait paraître et que ça ne remet pas en cause toute la validité de notre histoire.

Anonyme a dit…

En maintenant cet "anonymat" et commentant sur des posts ciblés, je savais que cela deviendrait une évidence. Et je sais que tu n'es pas idiote:-))