mardi 6 mars 2007

Sofia

J’avais 20 ans et c’était la première fois que je flashais sur une fille.
Jusque là je ne m’étais jamais posé la question de mon orientation sexuelle. J’aimais les garçons (ô combien), donc il me semblait que la réponse coulait de source.
Puis j’ai rencontré Sofia.
Parallèlement à la danse que je venais juste de reprendre après quelques années d’interruption dues à mes études, je m’étais inscrite à des cours de yoseikan budo, de boxe thaï et de kickboxing. Sofia était championne de France dans l’une de ces trois disciplines globalement assez peu prisées par les filles. De ce fait, je me battais souvent contre elle. Contrairement aux garçons qui hésitaient à me taper dessus, Sofia ne me ménageait pas. « C’est en prenant des coups que tu apprendras à les éviter », me répétait-elle toujours. Après les entraînements, je rentrais chez moi les jambes couvertes d’énormes ecchymoses pourpres qui m’interdisaient le port de la jupe sous peine de passer pour une femme battue.
Et j’aimais ça. Pire, j’en redemandais.
Sofia me fascinait. 1m70 environ, mince mais musclée. Une cascade de cheveux bruns bouclés hautement féminine qui contrastait avec ses éternels survêtements ou jean-baskets. Des yeux en amande. Une peau dorée. Une bouche à la Angelina Jolie (que personne ne connaissait à l’époque) et des dents proéminentes que beaucoup auraient considérées comme disgracieuses mais sans lesquelles son visage aurait été simplement joli. Je la trouvais renversante.
Nous avions le même âge. Sofia était encore en terminale tandis que mon bac +5 en poche, je venais de commencer à travailler. Ses parents algériens ne lui laissaient, d’après ce que j’ai compris, qu’une liberté de mouvement hyper réduite ; je vivais seule depuis quelques années déjà. Sportive hyper saine que les livres ennuyaient, elle sortait avec un blondinet aux yeux bleus bien propre sur lui ; moi, j’étais un rat de bibliothèque qui fumait trop, buvait rarement mais toujours à s’en rendre malade, se droguait à l’occasion, passait ses nuits en boîte et enchaînait les aventures. Sorties de la salle de gym, nous n’aurions certainement rien eu à nous dire.
Pourtant j’étais transie d’amour face à elle. Incapable de sortir la moindre phrase inspirée malgré mon sens de la répartie habituel. Incapable aussi de réagir correctement quand on faisait du sparring ensemble. Je ne pouvais que la regarder se mouvoir face à moi avec la grâce d’une danseuse et subir ses attaques avec une gratitude éperdue. Il me semblait incroyable que cette déesse consente à perdre son temps avec moi, à dispenser son savoir à des oreilles aussi ineptes que les miennes. Je n’étais pas digne de recevoir les coups d’une précision parfaite qu’elle me portait avec une superbe nonchalance.
J’ai mis un moment à admettre ce que je ressentais pour elle. Non que ça me paraisse honteux ; simplement, l’idée ne m’était jamais venue jusque là que je puisse être attirée par les femmes (malgré l’attention incongrue que je portais à la section lingerie du catalogue de La Redoute depuis ma pré-adolescence).
Je n’ai jamais osé avouer à Sofia que j’avais le béguin pour elle – et il ne s’est bien sûr jamais rien passé entre nous. Par la suite, j’ai eu des histoires plus ou moins mémorables avec d’autres filles. Mais aucune ne m'a marquée aussi profondément.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Ce n'etait pas la fille d'un realisateur connu qui s'est egalement mis a la realisation par le plus grand des hasards? :)

Sinon, il y aurait beaucoup a dire sur notre pseudo-orientation sexuelle...

De toute facon, "on ne voit bien qu'avec le coeur" comme disait l'autre ;)