dimanche 28 janvier 2007

Cinq ans déjà

Cinq ans aujourd'hui que j'ai posé mes lèvres sur ton front glacé et murmuré à ton oreille qui n'entendait plus "Merci pour tout, Doudou".
Cinq ans que j'ai tenu le coup jusqu'au cimetière parce que je sentais Nath et Frou sur le point de craquer à côté de moi et qu'on ne pouvait pas tous s'écrouler en même temps.
Cinq ans que mon regard s'est posé sur cette boîte en bois si petite - bien trop, sûrement, pour contenir le géant de mon enfance -, et que les larmes on jailli toutes seules sans que je puisse rien faire pour les arrêter.
La porte venait de se refermer à tout jamais sur le grincement des balançoires vertes, les griottes chaudes picorées à même l'arbre, les cocottes-minute pleines de compote maison posées par terre dans la souillarde, les Alexandre Dumas à couverture kaki et tranche jaunie par les ans que je dévorais la nuit sous les couvertures avec une lampe de poche pour ne pas empêcher Soeur Cadette de dormir, la collec de Playboy des années 70 planquée sous le lit du grenier et avec laquelle j'ai fait mon éducation érotique - et son pendant détonnant: la collec de "La Vie" entassée sous l'antique poste de télé, l'escalier inégal et humide de la cave que j'avais toujours vaguement peur de descendre, le collage en feutrine réalisé par Nath dont les bords rebiquaient un peu plus chaque année, les bols avec des bergères peinturlurées dans le fond et les biscottes avec des dessins gravés dans le beurre à la pointe du couteau. Je disais adieu à une enfance dont je te dois mes seuls bons souvenirs.
Cinq ans plus tard, tu es toujours dans ma vie. En photo dans mon couloir et sur ma table de chevet, mais surtout en filigrane dans mon amour des livres et du sexe, dans mes habitudes de diariste/blogueuse, dans la franchise brutale que j'ai héritée de toi.
Encore merci pour tout, Doudou.

1 commentaire:

soeur cadette a dit…

je peux pas dire qu'on ait reçu le même héritage (à part pour celui qui se mange) mais moi aussi je pense à lui et je l'aime.