lundi 7 novembre 2005

Je n'ai jamais, je serai toujours

Je n'ai jamais rien volé de ma vie.
[Sauf des pâtes crues échappées du paquet que vers sept-huit ans je ramassais discrètement au supermarché du coin pour en faire une collec, fascinée que j'étais par toutes leurs formes différentes et l'idée de pouvoir les classer en secret. Un jour ma grand-mère s'en est aperçue et elle m'a foutu une sainte trouille en menaçant d'abord de me dénoncer à mes parents, puis à la police. Je me rappelle encore très précisément de la scène, alors que je n'ai quasi aucun souvenir de ma vie avant l'âge de onze ans. Finalement, la justice immanente s'est exercée sous la forme inattendue de ma soeur, trois ou quatre ans à l'époque, qui a trouvé et bouffé toute la collec (crue!) pendant que j'avais le dos tourné. Et on se demande pourquoi j'ai eu des rapports conflictuels avec elle jusqu'à l'âge adulte, pfff.
A part ça, je dois être la seule personne au monde qui exerce une profession libérale et qui n'a jamais fraudé un seul centime au fisc. Je ne goûte même pas les cerises ni le raisin aux étalages de Carrefour, c'est dire.]

Je n'ai jamais physiquement fait de mal à un être humain ou un animal.
[Bon OK un jour j'ai écrasé un minuscule chaton noir que sa mère avait eu le malheur de déposer sur un tapis de la même couleur. Mais j'ai vraiment, vraiment pas fait exprès et j'en ai encore des remords vingt ans après.
Ah sinon y'a aussi la fille qui n'a pas été assez rapide à réagir alors qu'elle travaillait avec moi pendant un stage d'aïkido. Elle a fini à l'hosto avec le nez cassé. Quand on fait des arts martiaux, ce genre de truc arrive parfois.]

En gros, je n'ai jamais rien fait de pire, aux yeux de la loi, que consommer des substances illicites.
[Et bon, quoi qu'en dise le code pénal, j'estime avoir le droit de me bousiller la santé si ça me chante. Pour le reste, je respecte le code de la route et les interdictions de fumer, je ne pratique pas le tapage nocturne, je ne jette même pas mes emballages vides sur la voie publique.
Si je ne termine pas cette liste très bientôt, je vais finir par me trouver épouvantablement rasoir.]

Aux yeux de la morale, je suppose que je suis coupable de beaucoup de choses.

Par exemple, m'être envoyée en l'air comme si le sexe allait passer de mode et qu'on n'en trouverait bientôt plus dans les magasins.
[Mais toujours par pure envie - le truc qui prend au bas-ventre, là, et qui ne vous lâche plus jusqu'à ce que vous l'ayiez assouvi. Jamais par intérêt ou pour une quelconque autre raison. Encore moins pour de l'argent.]

Ou bien, avoir plaqué d'une manière assez déplorable des gens très amoureux de moi.
[A ma décharge, j'ai fait du mieux que je pouvais sur le coup. Mais allez expliquer à un gars de 19-20 ans que même si vous l'adorez, vous vous trouvez bien trop jeune pour vous caser. Allez expliquer à un Breton avec qui vous vous entre-déchirez depuis quatre ans que vraiment, il vaut mieux arrêter les frais. Allez expliquer à un Etre Exquis que vous êtes tombée raide dingue d'un type qui vient à peine de se marier et que vous avez décidé de vous rendre disponible pour lui malgré la très faible probabilité qu'il soit un jour disponible pour vous.
Ah oui, et avant ça, il m'est arrivé de les tromper. Histoire de pas les quitter pour quelqu'un avec qui j'avais absolument aucune affinité sexuelle - faut pas gâcher.]

Ou encore, avoir proféré quelques mensonges aussi idiots qu'extravagants dans ma jeunesse.
[La honte d'avoir été percée à jour m'a empêchée de recommencer.
Le plus ironique, c'est qu'il m'est ensuite arrivé des trucs pires que tout ce que j'avais pu inventer pour attirer l'attention sur moi. Et de ceux-là, je n'ai rien dit. Je me suis toujours demandé si obscurément, je n'avais pas le sentiment de les avoir provoqués - d'avoir attiré sur moi les foudres d'un Dieu en lequel je ne crois pas, ou de "l'avoir cherché", comme on dit.]

En revanche, je n'ai jamais trahi une amitié.
[Certes, le nombre des amitiés que j'ai pu lier ne représente sans doute pace que qu'on appelle un échantillon statistiquement représentatif. Mais quand même.]
Je n'ai jamais révélé un secret qui ne m'appartenait pas.
[J'ai déjà assez de mal à parler des miens.]
Je ne suis jamais revenue sur un engagement pris de moi-même.
[Et Dieu sait que professionnellement tout au moins, c'est pas l'envie qui m'en manque parfois.]

Ma raison sait que je ne vaux ni plus ni moins que les gens qui m'entourent: comme eux, j'ai des qualités et des défauts - et la plupart du temps, je fais de mon mieux pour être une personne décente, même si je rouspète un maximum au passage.

Mais dans le fond de mon coeur je serai toujours cette fille brisée qui s'est relevée après. Persuadée que ce qui lui arrive est de sa faute et qu'elle ne mérite plus, n'a jamais mérité peut-être, qu'on la traite en être humain.

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