mercredi 21 septembre 2005

Reality bites

C'est une discussion que j'ai avec l'Homme deux ou trois fois par an, généralement l'hiver mais pas toujours. Ca donne à peu près ça:

MOI: "J'en ai marre. En ce moment, on ne partage absolument rien. On n'a pas les mêmes horaires, pas les mêmes goûts, pas les mêmes activités, pas les mêmes amis. [Je me garde bien d'ajouter: pas les mêmes orgasmes; un seul sujet qui fâche à la fois.] On ne se parle pas, ou alors juste pour se répartir les tâches domestiques. Si c'est juste pour l'aspect matériel, je ne vois pas l'intérêt d'habiter avec quelqu'un - surtout qu'à la base, je préfère être seule. Si j'accepte de me forcer ma nature, il faut que ce soit pour partager quelque chose de plus que le ménage, les courses et un lit pendant les rares heures où on s'y trouve tous les deux en même temps. Là, toutes les choses qui nous passionnent, on les fait avec d'autres gens. C'est toujours séparément qu'on vibre. On pourrait aussi bien être de simples colocs, ça ne ferait aucune différence. On vit à côté, pas ensemble. "

L'HOMME: "Mais, euh, on est bien, non?"

MOI: "Bien, ça ne me suffit pas. Je serais bien toute seule, aussi. Et même mieux, parce que je pourrais enfin vivre dans un endroit que j'ai choisi au lieu de m'emmerder dans ce trou à rats."

L'HOMME: "Tu m'aimes plus?"

MOI: "Mais si, je t'aime! Sinon, y'a déjà longtemps que je serais partie, rapport à tout le reste."

L'HOMME: "Mais alors, tu veux quoi? Moi je veux bien faire des trucs avec toi; dis-moi juste quoi."

MOI: "Ben c'est sûr que c'est pas évident, vu que tout ce qui te plaît me fait mourir d'ennui, et réciproquement. Et si c'est pour qu'il y en ait un qui se sacrifie à chaque fois histoire de faire des trucs ensemble à tout prix, je vois pas l'intérêt."

L'HOMME: "Alors c'est quoi la solution?"

MOI: "A la limite, je peux supporter qu'on fasse sa vie chacun de son côté. Ce qui me tue, c'est qu'on ne communique pas. Tu ne sais pas ce qui est important pour moi, et réciproquement. Quand je te parle, ce que j'ai à dire ne t'intéresse pas; et quand je te demande de me parler, tu me réponds que tu n'as rien à dire. Tu ne sais pas ce qui se passe dans ma tête, et j'ignore ce qui se passe dans la tienne. Et ne me dis pas "rien", s'il te plaît: c'est pas possible qu'il n'y ait que des courants d'air entre tes oreilles. Pas possible que tu ne ressentes jamais rien. Et comme tu es toujours d'humeur égale quoi qu'il arrive, je suis incapable de le deviner.
Et le pire, c'est que tu ne fais plus du tout attention à moi. Tu ne me regardes pas. Tu te fiches de ce que je peux bien faire ou penser. Tu me traites comme si j'étais un meuble. Je ne sais même pas pourquoi tu es avec moi. Qu'est-ce que tu me trouves, à part que je suis autonome et pas chiante? [OK, sur le deuxième point, je m'avance peut-être un peu.]"

L'HOMME: "Mais, euh, je sais pas moi."

Les jours suivants, il me demande mon avis sur tout et n'importe quoi, se montre globalement adorable et me traite comme si j'étais la huitième merveille du monde. Hier par exemple, il est rentré avec un paquet-cadeau de chez Lancel. Je n'ai pas eu le courage de lui dire que 1/je n'utilise pas de porte-monnaie 2/j'avais déjà le même que celui-là, en mieux, fabriqué par une autre marque. Après tout, c'est l'intention qui compte.

Ce qui me flingue, c'est que ça ne va pas durer. Bientôt le silence reprendra ses droits entre nous. Et je ne le quitterai pas parce que oui, je l'aime, et oui, on est bien ensemble de beaucoup de façons que ma boulimie d'expériences nouvelles tend à occulter. Ca pourra sembler triste aux gens qui n'ont pas vécu longtemps en couple, mais quelqu'un qui respecte ce que vous êtes et qui vous laisse vivre comme vous l'entendez, c'est déjà très rare et très précieux. Est-ce que ça vaut plus que toutes les existences libres que vous n'êtes pas en train de vivre pendant que vous vous ennuyez avec lui? Si je connaissais la réponse à cette question, la fameuse discussion ne reviendrait pas sur le tapis aussi régulièrement.

6 commentaires:

Matilde a dit…

Wow!!!
Alors c'est réellement universel...

poulpy a dit…

mais toi au moins tu y arrives

Moi a dit…

En fait, vous communiquez ;)
Bcp de couples parlent de tout, de rien, de leur journée. Font des trucs ensembles et pourtant ils ne connaissent pas les goûts de l'autre non plus lol

Tangerine a dit…

J'ai lu ton post ce matin et j'y suis revenue plusieurs fois. Tu as semé le trouble dans mon esprit, déjà plutôt agité ces temps-ci... Une telle situation est-elle inévitable si l'on partage sa vie avec quelqu'un? Qu'est-ce que je ferais dans cette situation? Que vas-tu faire, toi? Faut-il vraiment faire quelquechose? Bref, beaucoup de réflexions ce soir dans mon petit appart et surtout entre mes deux oreilles. Ouf.

Anonyme a dit…

oh my god ! ton problème est existentiel ! tu devrais quitter ce méchant garçon ! un vrai gougeat !
c'est vrai, c'est pas comme si il te frappait, qu'il buvait tous les soirs, qu'il se tapaient des gonzesses à tire la rigot ! là tu aurais des raisons de l'aimer et de rester.

mais là ta situation est vraiment dangereux, va t en pendant qu'il est encore temps !

qu'est ce qu'il faut pas entendre !!!!!!!

Armalite a dit…

Cher anonyme: c'est mon blog. J'y écris ce que je veux, et personne ne t'oblige à le lire.