lundi 13 juin 2005

La dernière bourde de Madame Mère

Sachant que mes parents, et particulièrement ma mère, sont de grands angoissés, je leur téléphone vendredi après-midi vers 17h, dès que les infirmières m'ont remontée dans ma chambre après l'opération. Je suis encore complètement groggy, et l'usage des portables est interdit dans l'enceinte de la clinique, mais il ne sera pas dit que j'aurai laissé mes chers géniteurs se ronger les sangs pour moi.

Donc... Je compose le numéro de ma soeur, chez qui Père et Mère séjournent actuellement pour garder Attila pendant que ma soeur bosse à Londres. C'est Mère qui décroche.
- Allô? lance-t-elle, toute guillerette.
- Ouais, c'est moi, j'articule avec une voix d'outre-tombe.
- Oh, tu parles bizarrement, remarque-t-elle sur un ton insouciant. Qu'est-ce qui t'arrive?
- Ben... Je suis encore ensuquée, je grogne, irritée.
- Tiens! Comment ça se fait?
- Maman, je viens juste d'être opérée sous anesthésie générale!
- Ah oui, pardon, j'avais complètement oublié. Tu comprends, j'étais en train de jouer avec Attila...
Je vois. Je lâche deux-trois invectives dans le combiné et lui raccroche au nez. Et puis je coupe mon portable histoire de la laisser marner jusqu'au lendemain.

Le lendemain, ma soeur m'appelle et me dit que ma mère est prostrée en larmes sur le canapé depuis la veille. Mon père insiste pour que je lui parle. Admettons.
- Allô, ma chérie, je t'aiiiiiiime, sanglote-t-elle. Mais tu comprends, je ne vais pas bien du tout.
(Ca fait un an et demi qu'elle est en arrêt maladie, officiellement pour une dépression nerveuse, officieusement parce qu'elle ne veut plus travailler maintenant que mon père est à la retraite et qu'elle a un petit-fils à aller voir à Toulouse)
- Pitié, maman, me dis pas ça à moi! On vois bien que tu sais pas ce que c'est une vraie dépression.
- Mais en plus, je me suis cassé le coccyx, gémit-elle.
- Non, maman. Si tu t'étais cassé le coccyx, tu serais aux urgences en ce moment.
- Enfin je me suis fait très mal en tombant de la marche dans le couloir. (Elle baisse d'un ton et, avec des trémolos dans la voix:) J'étais au bord, j'arrivais plus à avancer ni à reculer, on aurait dit qu'une force maléfique me retenait...

La force maléfique, ça a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. De lamentablement faible de caractère, ma mère est en train de virer barge à force de se laisser porter par les autres et de ne jamais se foutre des coups de pied au cul. Je ne culpabilise même plus pour la piètre opinion que j'ai d'elle. Oui, elle a des qualités, mais je méprise les gens volontairement dépendants, et je n'arrive pas à faire d'exception pour elle. Tout ce qu'elle dit et fait m'horripile. Sa manie de toujours réclamer des bisous alors qu'elle sait que je déteste ça. Sa façon de parler sans réfléchir et de raconter des conneries plus grosses qu'elle. Son laisser-aller. La seule chose qu'elle m'inspire, c'est "Dieu merci je ne lui ressemble pas!".
Je sais, j'irai en enfer.

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