mardi 16 avril 2019

All out of fucks



Hier soir, en me rasseyant devant mon MacBook après avoir vu "Game of Thrones", j'ai découvert que Notre Dame brûlait. Passée la surprise initiale ("Mais comment un incendie a-t-il pu prendre là-dedans?"), j'ai espéré que les pompiers arriveraient à maîtriser le feu avant qu'il se propage aux habitations environnantes, et surtout qu'il n'y aurait pas de victimes. J'ai trouvé ça triste qu'un monument vieux de plus de huit siècles et faisant partie du patrimoine de l'humanité soit touché de la sorte, mais sans plus. 

lundi 15 avril 2019

Les conversations absurdes #58


En vidant la poubelle de la salle de bain, je tombe sur un peigne auquel il manque deux dents. 
MOI, perplexe: Pourquoi tu m'as emprunté un peigne? Et surtout, comment tu as réussi à le casser?
CHOUCHOU, levant à peine les yeux de son ordinateur: Qui te dit que c'est ton peigne?
MOI, ahurie: Euh... A quelle autre entité chevelue vivant sous ce toit veux-tu qu'il appartienne? Le lampadaire Ikea? La collection de cactus? 
CHOUCHOU, sans se départir de son flegme: Qui te dit qu'il ne vient pas de l'extérieur? 
MOI, avec l'impression d'avoir basculé dans la quatrième dimension: Mais comment ça, de l'extérieur?
CHOUCHOU, tout naturellement: Ben oui. Je passe mon temps à perdre mes affaires. Il ne t'est jamais venu à l'esprit que ma distraction fonctionnait aussi dans l'autre sens, et que parfois, j'embarquais sans faire attention des choses qui n'étaient pas à moi? 

dimanche 14 avril 2019

La semaine en bref #66




Lundi:
La Redoute, à qui j'ai déjà signalé 4 fois que je ne rentrais pas chez moi avant fin avril, me contacte encore pour me prévenir qu'une tentative de livraison sera effectuée aujourd'hui. A ce stade, je vais lâcher l'affaire et les laisser renvoyer mon fauteuil pour remboursement. Le plus chouette meuble du monde ne vaut pas un patakès pareil, ni les pics de tension qu'il me file depuis un mois.
★ Les scénaristes de "This is us" ont épuisé mon maigre capital d'empathie. Désormais, tous les personnages m'énervent, et je lève les yeux au ciel à chaque nouveau pseudo-rebondissement. Je propose qu'on file un spin-off à Beth et Zoe et qu'on laisse les autres se démerder loin des écrans de télévision. 

vendredi 12 avril 2019

La fin de l'Annexe




Quand j'ai créé un blog lecture en novembre 2015, j'avais deux objectifs:
- désengorger Le rose et le noir, sur lequel je publiais énormément à l'époque, au point je crois que mes lectrices avaient du mal à suivre le rythme
- être légitime pour demander des services de presse aux éditeurs, et ainsi faire baisser mon énorme budget lecture.

jeudi 11 avril 2019

"Le mur invisible" (Marlen Haushofer)


Une femme d'une quarantaine d'années accompagne sa cousine et l'époux fortuné de celle-ci dans leur chalet de montagne pour y passer le week-end. Le soir de leur arrivée, la cousine et son mari se rendent au village voisin pour faire des courses. Le lendemain matin, ils ne sont toujours pas revenus. La narratrice part à leur recherche et... se heurte à un mur invisible. Très vite, elle découvre qu'humains et animaux semblent s'être instantanément pétrifiés à l'extérieur, et que les stations de radio ont cessé d'émettre. Incapable d'établir l'origine du phénomène, elle entreprend d'organiser son existence solitaire avec un chien, une vache et une chatte pour seule compagnie. 

D'ordinaire, je ne suis pas très fan de romans post-apocalyptiques - même si peu d'entre eux sont aussi durs que "La route" de Cormac Mccarthy, probablement le plus célèbre de tous. Les seules exceptions à cette règle jusqu'ici étaient "Station Eleven" et "The book of M", que j'ai adorés tous les deux: le premier pour sa poésie du désastre, le second pour son exploration originale du thème de l'identité. L'an dernier, j'ai tenté de lire "Dans la forêt" qui récoltait d'excellentes critiques, et j'ai dû m'interrompre aux deux tiers tellement cette histoire de deux soeurs adolescentes livrées à elles-mêmes dans un monde encore peuplé de gens potentiellement hostiles m'angoissait. Mais au lieu d'invoquer une catastrophe crédible de type pandémie ou attaque nucléaire, "Le mur invisible" part d'un postulat à la limite du fantastique, ce qui m'a tout d'abord évité de trop m'identifier à son héroïne.

Puis très vite, il m'est apparu que le fameux mur n'était qu'un prétexte pour isoler cette dernière, l'obliger à renoncer à sa vie de citadine ordinaire et à tout ce qui faisait son existence pour se métamorphoser au contact de la nature. Et bien qu'il ne se produise quasiment rien durant les deux ans que couvre son carnet de bord, les pages ont défilé toutes seules tant j'étais fascinée par la facilité avec laquelle cette femme banale se résigne à son étrange sort. S'il lui arrive d'avoir peur et de déprimer, on la sent aussi soulagée par la rude simplicité de sa nouvelle vie. Elle passe très peu de temps à ruminer le passé ou à s'interroger sur son avenir au-delà des quelques mois sur lesquels elle doit planifier les travaux agricoles nécessaires à sa subsistance. Au lieu de ça, elle apprivoise la montagne; elle apprend à goûter la satisfaction du labeur manuel, la beauté de ce qui l'entoure, la tendresse qui la lie à ses animaux - et à s'en contenter sans récriminations amères. Sa solitude la renforce, développe sa vie intérieure et la rapproche d'une forme de vérité universelle.

Ecrit par une autrice allemande durant la Guerre Froide, "Le mur invisible" dresse un magnifique portrait de femme contrainte de ne compter que sur elle-même, et qui en des circonstances extraordinaires se découvre des ressources insoupçonnées. Un véritable traité de résilience et de sagesse dont je ne saurais que trop vous recommander la lecture. 

Traduction de Liselotte Bodo et Jacqueline Chambon