mercredi 15 août 2018

Les mollets ++


Mon généraliste, à qui j'ai parlé de ma crainte de faire une phlébite lors de notre voyage en Asie, m'a prescrit des bas de contention. Munie de mon ordonnance, je me rends à la pharmacie de Monpatelin pour les acheter. 
PHARMACIEN (jeune, grand, chauve): Vous savez quelle taille il vous faut?
MOI, gaiement: Pas du tout, c'est la première fois que je vais en mettre. Mais j'ai de gros mollets, et mon docteur m'a prévenue qu'il faudrait sans doute les faire sur mesure.
PHARMACIENNE (quinqua, blonde, lunettes), montant immédiatement sur ses grands chevaux: Ah, non, les bas de contention sur mesure, c'est très pénible pour nous.
MOI, un rien estomaquée: ...Pardon?
PHARMACIENNE, remontée comme un coucou suisse: Oui, c'est la galère pour les commander, et les clients ne sont jamais contents, je préfère éviter. 
MOI, poliment mais fermement: D'accord, mais il me faut des bas de contention, de préférence à ma taille. 
PHARMACIEN: Je vais mesurer.
Il s'accroupit près de moi avec un mètre-ruban et encercle d'abord ma cheville, puis mon mollet à l'endroit le plus large. Cela fait, il consulte la table des tailles à l'arrière d'un paquet de bas lambda. 
PHARMACIEN: Alors, 22 et 43cm... Ah oui, ça va être compliqué, votre tour de cheville correspond à une taille 2 et votre tour de mollet à une taille 4.
MOI, me concentrant sur ma respiration: Comme je disais, j'ai de gros mollets. Et encore, honnêtement, j'aurais dit qu'ils faisaient plus de 43cm de circonférence. 
PHARMACIEN, bien embêté: Si je vous donne une taille 2, vous ne les monterez pas au-delà de la cheville; si je vous donne une taille 4, ils flotteront autour de votre cheville et ils ne serviront à rien. 
MOI, avec une pointe d'agacement mal contenue: Du coup, on fait quoi? Il me faut des bas de contention. 
Perdu, il se tourne vers sa collègue qui est en train de servir une autre cliente. 
PHARMACIENNE, sur un ton autoritaire: Regarde dans la gamme "Mollets ++", ça devrait passer. 
Il part vérifier avec la démarche dynamique d'un Gaston Lagaffe.
PHARMACIEN, mollement: On n'en a pas en réserve, je fais quoi? 
PHARMACIENNE, sentant bien qu'elle ferait mieux de prendre les choses en main: Je vais appeler le fournisseur. (A moi) Vous voulez quoi comme couleur? Noir ou naturel? 
MOI: Je m'en fous, ce qu'il y a. C'est pas pour faire un défilé de mode, juste pour prendre l'avion. 
PHARMACIENNE: Et les mesures, c'était quoi déjà?
PHARMACIEN à mémoire de poisson rouge: Euh, je ne sais plus. 
Elle s'accroupit devant moi et recommence la cérémonie de mesurage tandis que je souris fixement et que les autres clients se retiennent de loucher sur mes mollets surdéveloppés. Elle note les chiffres obtenus, consulte un dépliant puis décroche le téléphone et compose un numéro.
PHARMACIENNE, d'une voix forte: ALLO? OUI, ICI LA PHARMACIE BIDULE, IL ME FAUDRAIT DES BAS DE CONTENTION TAILLE 2, MOLLETS ++. Noir ou naturel, peu importe. Ah, zut. (S'adressant à moi:) Vous partez quand?
MOI: Il me les faut au plus tard le 29 août.
PHARMACIENNE: Ca ne va pas aller; ils sont en rupture et ne seront pas réapprovisionnés avant le 5 septembre.
MOI, levant les sourcils: Et il n'existe qu'un seul fabricant?
PHARMACIENNE: Non, mais l'autre est plus cher et vous ne serez pas remboursée intégralement.
MOI, décidée à conclure coûte que coûte: Tant pis, il me faut des bas de contention. 
Elle reprend son téléphone et fait un autre numéro. 
PHARMACIENNE: ICI LA PHARMACIE BIDULE, IL ME FAUDRAIT DES BAS DE CONTENTION TAILLE 2, MOLLETS ++.
A ce stade, toute retenue oubliée, l'intégralité des employés et des clients scrute mes jambes d'un air intrigué pour vérifier à quoi ça ressemble, des mollets ++. 
PHARMACIENNE: Ah, super, mettez-m'en deux paires. 
MOI: Il ne m'en faut qu'une. 
PHARMACIENNE: Non mais comme ça j'aurai du stock au cas où. (Au téléphone:) Ah, il ne vous en reste qu'une? Mais comment ça se fait?
MOI, marmonnant entre mes dents: Il doit y avoir une épidémie de mollets ++. 
PHARMACIENNE: Bon, ben envoyez-la-moi. (Elle raccroche et revient vers moi.) Voilà, j'aurai vos bas samedi. Taille 2, mollets ++, c'est bon jusqu'à 44cm de circonférence. 
MOI: Laissez-moi juste vérifier quelque chose. 
Je prends le mètre-ruban et me baisse en tentant de me convaincre que cette situation n'est pas DU TOUT humiliante.
MOI: Alors en fait, mon tour de mollet, c'est plutôt 45 cm. 
PHARMACIEN, vexé: Vous avez mesuré de quel côté?
MOI, glaciale: Le même que vous. 
PHARMACIENNE, cherchant désespérément un argument: Non mais là, on est en fin de journée; ils ont dû gonfler.
MOI, de marbre: Non, je suis grosse dès le matin. 
Silence gêné pendant quelques instants.
PHARMACIENNE, évitant mon regard: Alors, vous prenez les taille 2, mollets ++, ou pas? 
MOI, faisant une dernière tentative: Du sur mesure, ce serait sans doute mieux. 
PHARMACIENNE, remontant sur ses grands chevaux: Ah non, le sur mesure, c'est trop pénible pour nous. 
MOI, résignée: Bon, ben apparemment, je prends les taille 2, mollets ++. 
PHARMACIENNE, soulagée: Ca fera 12,50€ de dépassement, à me régler tout de suite. Merci et à samedi. 

dimanche 12 août 2018

La semaine en bref #32





Lundi:
A l'heure où on devrait dormir au lieu de discuter, la question brûlante du jour: pour aller avec la future barbe longue de Chouchou, vaut-il mieux le génie de De Vinci ou la magie de Gandalf?

Mardi:
 Miracle! Après 12 ans d'allers-retours mensuels, il y a enfin du wifi dans le Bruxelles-Nice! Par contre, pas de clim' alors que le train est bondé, avec des gens assis par terre entre les voitures. Et le trajet dure 6h30 - un peu long pour une séance de sauna.
 Le prochain TER pour Monpatelin passe dans 50 mn. Ca me laisse le temps de descendre chez Sushi Shop pour dîner vite fait en terrasse, et d'arriver chez moi à la même heure que si j'avais pris le bus-qui-me-file-mal-au-coeur.

vendredi 10 août 2018

Les ratés de la déconstruction





Je suis devenue très militante ces dernières années. En partant des causes qui me tenaient déjà à coeur de base (le féminisme et l'environnement), j'ai lu et discuté sur beaucoup d'autres sujets et fait ce qu'on appelle un travail de déconstruction: c'est-à-dire, appris à reconnaître les préjugés que m'avait inculqués la culture dominante, et essayé de les dépasser. Ca a bien marché dans pas mal de domaines. Par exemple, je suis désormais consciente de mes privilèges de personne blanche, cisgenre et (plus ou moins) hétéro; je m'efforce d'écouter les minorités qui sortent de ce cadre et de me comporter en alliée envers elles. Non, je ne comprends toujours pas la transexualité et non, je n'ai aucune expérience des discriminations raciales, mais j'ai foi en la parole des concerné(e)s et je gueule chaque fois que je peux pour qu'on leur fasse une juste place. 

jeudi 9 août 2018

Les conversations absurdes #41


Sur Skype:
CHOUCHOU: Tu as vu la dernière photo de renard de @kpunkka? 
CHOUCHOU: Le renard bleu.
MOI: Brun. Ce renard est brun.
CHOUCHOU, sûr de lui: Bleu. 
MOI, lourdement ironique: Oui, car les mammifères à poil bleu, c'est tellement répandu dans la nature. D'ailleurs, quel bleu, au juste? Turquoise? Azur? Marine? 
CHOUCHOU, intraitable: Bleu foncé. 
MOI: C'est ça. Tellement foncé qu'on jurerait du brun, dis donc.

Plus tard, sur Messenger:
CHOUCHOU, refusant de lâcher l'affaire: Même @kpunkka dit qu'il est bleu.
MOI:  Typologiquement, c'est possible, parce qu'il existe bien une couleur de poil qu'on qualifie de bleu - et qui est d'ailleurs plutôt une teinte de gris - chez les chats, les chiens et sans doute d'autres espèces. Mais toi, tu parlais littéralement. Et littéralement, ce renard est brun.
CHOUCHOU:

CHOUCHOU: Il est BLEU.
MOI, morte de rire: Je t'aime. La prochaine fois que je suis fâchée contre toi, tu n'auras qu'à me susurrer "bleu", ça devrait passer très vite.