vendredi 13 novembre 2015

Mad Tea Party: Benjamin Lacombe expose son Alice au Pays des Merveilles




Hier, j'ai profité d'un passage éclair à Paris pour me rendre à la galerie Daniel Maghen où Benjamin Lacombe expose, jusqu'à demain soir, les originaux réalisés dans le but d'illustrer une nouvelle édition française d'"Alice au pays des merveilles". Le livre sortira le 2 décembre, juste à temps pour faire un bon cadeau de Noël, mais c'était très agréable d'admirer les magnifiques toiles de l'artiste, ainsi que quelques poupées et vêtements d'enfants inspirés par l'univers de Lewis Carroll. Les oeuvres sont joliment mises en scène avec une nappe imprimée et une profusion de tasses à thé. A moins d'avoir quelques milliers d'euros à dépenser, on évitera en revanche de regarder les étiquettes de prix - d'autant que la plupart des toiles sont déjà vendues. On prolongera plutôt le plaisir des yeux en admirant, sur le mur d'en face, les originaux d'une autre publication de Benjamin Lacombe: "Marie-Antoinette: Carnet secret d'une reine", et dans le fond, ceux du récent "Facéties de chat". 








47 quai des grands Augustins
75006 Paris
Métro Saint-Michel
Ouvert de 10h30 à 19h

jeudi 12 novembre 2015

La conseillère qui ne conseillait pas




Ca faisait un mois que je courais figurativement derrière ma banquière pour obtenir des informations dont j'ai besoin dans le cadre d'un prochain changement de statut du compte que j'utilise à titre professionnel. En l'espace de cinq semaines, j'avais envoyé six ou sept fois les mêmes questions par mail pour n'obtenir que deux réponses. La première: "Ne vous en faites pas, nous avons le temps". La seconde, quinze jours plus tard, alors que je commençais à m'énerver, contenait la réponse à une seule de mes questions et ignorait superbement toutes les autres. Je ne réclamais pourtant rien de bien compliqué: un lien vers le formulaire en ligne qui doit répertorier les modalités de fonctionnement de mon futur nouveau compte, et une date pour procéder au basculement de carte Visa associée, sachant que c'est galère parce qu'il faut d'abord annuler l'ancienne puis en produire une nouvelle, si bien que je resterai huit jours sans moyen de paiement dans le meilleur des cas (celui où la nouvelle carte arrive pile poil pendant que je suis à Monpatelin). 

Donc, après trois semaines supplémentaires de silence malgré mes relances hebdomadaires, j'ai essayé de contacter quelqu'un d'autre. Pas de bol, mon agence étant toute petite, il n'y a qu'une seule conseillère, et ma banque ne possède pas de service client à proprement parler. J'ai fini par décrocher Skype pour appeler la conseillère-qui-ne-conseille-que-dalle. Je suis tombée sur son répondeur, et j'ai laissé un message très sec, dont le ton montait de plus en plus au fur et à mesure que je m'énervais toute seule à mon bout de la ligne, et que j'ai conclu par un aigre: "En espérant que cette fois, vous daignerez ENFIN apporter des réponses à mes questions!". 

Entendons-nous bien, je n'ai pas insulté ni menacé cette dame, juste exigé de manière assez désagréable qu'elle se décide à faire son boulot. Je ne crois pas que c'était déplacé de ma part. Pourtant, ça a fichu le reste de ma journée en l'air. J'étais tellement retournée d'avoir dû en arriver là que j'ai reporté la sortie-plaisir à laquelle je comptais occuper le reste de mon après-midi, tourné en rond chez moi pendant une bonne heure à ranger un truc ou l'autre, et fini par sortir mais uniquement pour faire des courses utilitaires, comme si je cherchais à me punir de ne pas être restée plus digne, plus maîtresse de moi-même - de ne pas avoir trouvé une manière civilisée de résoudre ce problème relationnel. 

Certes, j'aurais pu "scripter" mon coup de fil avant de le passer; cela m'aurait peut-être évité de m'emporter, et c'est une tactique que j'emploierai sans doute la prochaine fois (ma tendance à partir en vrille dans les communications en face-à-face ou au téléphone est l'une des raisons pour lesquelles je privilégie généralement les mails: j'ai le temps de soupeser chacun de mes mots, de sauvegarder le brouillon et de le rectifier si nécessaire avant de finir par l'envoyer). En attendant, je ne me remettais pas du tout de cet incident, et j'ai fort mal dormi la nuit suivante. 

Il me semblait que la mauvaise volonté de ma conseillère m'obligeait, soit à taper du poing sur la table pour obtenir les informations réclamées, soit à attendre son bon vouloir en rongeant mon frein et en prenant le risque que ma carte n'arrive pas au bon moment (entre autres choses). Dans une situation pareille, je ne voyais pas d'autre alternative que de me comporter comme une brute ou un paillasson. Comme, - puisque j'en parlais récemment ici - mes harceleurs d'autrefois ou la victime que j'étais autrefois. Et je me reprochais de ne pas avoir réussi à trouver le moyen terme dont je voulais croire qu'il existait forcément. De la même façon que je passe ma vie à me reprocher d'être incapable de communiquer "normalement", d'en faire toujours trop ou pas assez, de ne pas avoir le mode d'emploi et de ne rien, mais alors rien comprendre au mode d'emploi des relations sociales. 

Je crois que c'est une mission pour Super Auto-Compassion.

mercredi 11 novembre 2015

"Daho, l'homme qui chante"


"Daho: l'homme qui chante", c'est le récit illustré de trois ans de la vie d'un artiste, depuis le début de la genèse d'un album jusqu'à la fin de sa tournée de promotion. Grande figure de la pop française, Etienne Daho y raconte avec autant d'éloquence que de pudeur son processus créatif et sa vision du métier. Les membres de son entourage viennent témoigner, parler de son incroyable professionnalisme, de ses talents multiples mais aussi de son humilité et de son élégance morale. On observe dans les moindres détails chacune des étapes de la conception des "Chansons de l'innocence retrouvée" - jusqu'au choix de la photo de couverture -, et même pour quelqu'un comme moi qui s'intéresse très peu à la musique, c'est assez fascinant de voir tout ce qui entre dans la création d'un album pour lequel la maison de disques a décidé de mettre les moyens. Les dessins aux dominantes rouges et bleues sont un vrai régal pour les yeux, qu'il s'agisse de rendre l'atmosphère des rues de Londres ou celle d'un studio d'enregistrement. "C'est si beau et si difficile, d'être profondément léger", conclut Etienne Daho à la toute dernière page. Pari tenu aussi bien pour lui que pour l'album d'Alfred et de David Chauvel. 




Découpage




C'est un des moments que je préfère dans mon boulot, et pas juste parce qu'il survient dans la foulée de la remise de ma traduction précédente (toujours une grande source de satisfaction et de soulagement mélangés). Lorsque je me suis mise d'accord avec l'éditeur sur les termes du contrat, j'ai bien entendu calculé grosso modo le temps que je devrais passer sur la VO qu'il me propose. Je sais combien de signes français je suis capable de produire par jour en fonction de la difficulté d'un texte; je convertis ça en nombre de semaines et, s'il n'y a pas d'urgence, je rajoute une marge de 25% pour absorber d'éventuels imprévus. 

Mais à la veille d'attaquer une nouvelle traduction, je ressors mon calendrier, ma calculatrice et je note un chiffre précis de pages à traduire chaque jour. Je tiens compte de mes voyages en train, de mes autres obligations et, s'il y a moyen, je me ménage deux après-midi libres par semaine pour aller marcher, faire quelques courses, glander avec un bouquin dans un salon de thé, prendre des rendez-vous plaisir genre massage ou coiffeur. Je calcule quand je pourrai caser des séances de fitness si la motivation est au rendez-vous (péniblement deux fois par semaine, ces jours-ci). Si je suis à Bruxelles, je préserve mes week-ends pour faire des trucs avec Chouchou; si je suis à Monpatelin, je prévois de bosser le dimanche parce que ça n'est pas comme s'il y avait des masses d'autres occupations. 

Petit à petit, je vois se dessiner sous mes yeux les contours de ma tranche d'année suivante. J'aime bien quand elle est courte, parce qu'en matière de traduction comme pour le reste, je suis plus une sprinteuse qu'une coureuse de fond: passer très longtemps sur le même texte m'ennuie et fait chuter à la fois ma productivité et mon plaisir de travailler. L'idéal de mon point de vue, c'est un mois - le temps qu'il me faut pour traduire très peinardement un tome de "Pretty Little Liars" ou autre roman jeunesse de format standard. Deux mois, ça va encore; au-delà, je déprime d'avance. Bien que ce soit super mal payé, j'adore travailler sur des bédés parce qu'à chaque fois, ça me fait une sorte de récréation de deux ou trois jours. 

Hier, donc, j'ai attaqué un chouette stand alone pour ados: l'histoire d'une ado grosse et bien dans sa peau qui décide de participer à un concours de beauté. Ca me mènera jusqu'aux alentours du 10 décembre. Après ça, je consacrerai un autre mois bien rempli à un thriller, sans prendre de pause pour les fêtes car je n'aurai pas le temps. Puis encore un mois au tome 2 d'une série de fantasy jeunesse. Puis... je ne sais pas. J'attends des nouvelles de plusieurs projets. Il y a dix ans, mon planning était plein un an voire un an et demi à l'avance; maintenant, j'ai de la chance quand je sais ce que je vais faire trois mois plus tard. Ce n'est pas du tout agréable mais c'est comme ça, et je tente de m'adapter avec zénitude à cette insécurité grandissante. Me concentrer en détail sur ce que je vais faire pendant la période où j'ai du boulot assuré m'aide pas mal. 

mardi 10 novembre 2015

En novembre, j'ai envie...




...d'un rouge à lèvres cerise noire
...d'une bougie parfumée "boule de neige" ou "au coin du feu"
... du dernier DVD de Jillian Michaels (enfin disponible en zone 2)
...de trouver un masque capillaire bien nourrissant mais pas trop galère à rincer
...d'essayer ce jeu de société pour geeks
...de m'offrir une séance de réflexologie avec M. Oh
...de renouveler mon abonnement à Oh Comely
...d'apprendre le html sur Code Academy
...de visiter les expos Pop Art et 2050, une brève histoire de l'avenir
...d'aller faire un tour au marché coopératif bio des Tanneurs
...de tester la recette de soupe de pois chiches du Myanmar récupérée à l'expo Family Meal
...de collectionner les Funko à lunettes
...de voir mes amis plus souvent

Les brunchs du dimanche (34): The Little Green Shop




Sans nos amies M1&M2, qui habitent à deux pas de là, nous n'aurions probablement jamais découvert ce "concept store végétal" doublé d'un salon de thé. Ouvert depuis moins d'un an, The Little Green Shop propose de jolis bouquets et des plantes en pot, mais aussi de la restauration végétarienne et notamment, le week-end, un brunch déjà si populaire qu'il est impossible d'avoir une table sans réserver quelques jours auparavant. 





Pour la modique somme de 15€, on dispose d'un accès illimité au buffet situé à l'entrée de la boutique. Côté salé, plein de tartes découpées en petites parts et de salades à base de pâtes, de lentilles ou de pois chiches, mais aussi de la verdure, quatre plats chauds et un plateau de fromage. Côté sucré, les indispensables viennoiseries, céréales, fromage blanc et salade de fruits frais voisinent avec un assortiment de gâteaux tous plus délicieux les uns que les autres - le cake au Nutella, le crumble à la cerise et le moelleux à l'orange ont fait l'unanimité à notre table. Les assiettes de petite taille évitent de trop se servir et de gaspiller de la nourriture. Les boissons sont en sus, avec entre autres un grand choix de thés que l'on peut commander à la tasse ou à la (grande) théière.






The Little Green Shop est une jolie jungle végétale, où les plantes sont partout et les tables serrées les unes contre les autres dans les interstices. Ca manque d'intimité, mais ça donne un charme assez particulier auquel nous avons été sensibles. Dans le fond, l'espace fleuriste où l'on peut se faire composer un bouquet de saison précède une terrasse sur laquelle quelques groupes brunchaient tranquillement grâce à la météo de novembre très clémente. Un jardin potager parachève le tableau. 




Nous sommes totalement conquis par The Little Green Shop, où nous avons très bien mangé dans une ambiance originale. Si vous ne concevez pas un brunch sans charcuterie, ou si vous êtes allergique aux chiens (plusieurs d'entre eux, très sages et très mignons, se promènent dans la boutique), ce n'est peut-être pas l'endroit idéal pour vous. Sinon, je vous le recommande très fortement! 

The little green shop
Chaussée d'Alsemberg 314
1190 Bruxelles
Tel: 02 218 11 21
Ouvert du mercredi au dimanche
Réservation fortement conseillée pour le brunch

lundi 9 novembre 2015

"Facéties de chats"


"Facéties de chat" rassemble quinze portraits de félins domestiques, toujours sous la forme suivante: un médaillon de présentation, un poème relatant une anecdote humoristique et un dessin illustrant cette dernière - plus, à la fin, une mini-encyclopédie des races présentées. J'avais très, très envie d'aimer cet ouvrage et de le recommander comme cadeau de Noël pour les amateurs de chats et de bédé. Malheureusement, il m'a déçue de bout en bout. D'abord, on a fini de le feuilleter en dix minutes à peine - pour 14,95€, c'est tout de même un peu léger. Ensuite, les poèmes sont atroces, absolument pas maîtrisés dans la forme, avec des vers inégaux, des rimes pauvres et souvent forcées, plus quelques tournures qui font saigner les yeux ("tandis que leur maître commença à les shampouiner", sérieusement?). Enfin, Benjamin Lacombe dont j'adore le travail livre ici des illustrations que je trouve complètement dépourvues d'inspiration et d'intérêt. Pour moi, malgré une jolie couverture et un concept alléchant, c'est un ratage total.

dimanche 8 novembre 2015

Oter l'armure



On parle beaucoup de harcèlement scolaire en ce moment. Le hasard veut que je finisse de traduire un tome de la série "Pretty Little Liars" dans lequel une des héroïnes essaie justement de lutter contre ce fléau en créant un blog pour donner la parole aux victimes (blog qui, une semaine après sa mise en ligne, reçoit déjà 8000 visites par jour - LOL). Et que le sujet rejoigne un billet qui me trottait dans la tête depuis un petit moment. 

Pendant 3 ans, j'ai été le souffre-douleur de ma classe. Suite à un déménagement, je suis entrée en CM2 dans une nouvelle école où personne ne me connaissait. J'avais déjà 2 ans d'avance à l'époque; j'étais plus petite que tout le monde, pas très mature affectivement, et je la ramenais beaucoup en classe car je finissais toujours les exercices avant tout le monde et en réclamais d'autres pour ne pas m'ennuyer. Comme on peut l'imaginer, ça ne m'a pas rendue très populaire. 

Les choses ont encore empiré l'année suivante au collège: j'habitais un quartier de tours en béton où beaucoup d'élèves avaient déjà redoublé au moins une fois, si bien que l'écart entre eux et moi devenait énorme à tous points de vue. Jusqu'à la fin de ma 5ème, ça a été un enfer silencieux. Pendant les récréations, je finissais régulièrement la tête dans les toilettes ou à moitié déshabillée dans un coin de la cour. On me poussait, on me faisait des croche-pieds, on me crachait dessus, on m'insultait pour tout et pour rien. Je voulais mourir. Tous les matins, j'allais au collège avec une boule dans le ventre. La seule fois où j'en ai parlé à mes parents, ça n'a fait qu'empirer la situation. 

Heureusement, en 4ème, tout s'est arrangé: beaucoup des gamins qui me harcelaient avaient redoublé ou étaient partis en filière technique, et la chef de bande avec qui j'avais le plus de problèmes était partie à Madagascar avec son père marin. Je n'avais toujours pas vraiment d'amis car j'étais beaucoup plus jeune que les autres, mais mes camarades me traitaient comme une sorte de mascotte de la classe, avec une certaine affection. Mes ennuis étaient enfin terminés. 

J'étais une gamine pleurnicharde, très complexée par son côté bouboule, et si j'avais eu à l'époque la moindre idée de ce que signifiait l'expression "estime de soi", j'aurais compris que je n'en possédais pas la moindre goutte. Oh, j'avais une très haute opinion de mes capacités intellectuelles (probablement parce que les adultes de mon entourage ne cessaient de s'extasier sur mon QI de surdouée), mais pour le reste, je me considérais comme bonne à jeter à la poubelle. Pas jolie, gauche, sans la moindre idée de comment m'y prendre pour me faire des amis - l'air que je respirais était gaspillé.

Je ne peux pas dire qu'un jour, il s'est produit un déclic dans ma tête. Il n'y a pas eu de brusque illumination, de moment où je me suis dit en ces termes: "Maintenant ça suffit, tu vas arrêter de te détester et de te considérer comme une victime". Mais j'ai fait des expérimentations plus ou moins réussies avec mon look, jusqu'à ce que je trouve quelque chose qui me corresponde. Je me suis inscrite dans un club de jeux de rôles où, par ma seule condition de fille, je suis devenue instantanément populaire. J'ai commencé à balancer des vannes au lieu de pleurer, et je me suis rendu compte qu'en fait, j'étais pas mal douée pour le sarcasme. J'ai poussé la porte d'une salle d'arts martiaux, et je me suis mise à faire de la boxe thai et du kickboxing. Verbalement et physiquement, j'ai appris à rendre les coups. 

Après quelques années assez difficiles au sortir de Sup de Co, j'ai trouvé ma voie professionnelle; ça m'a épanouie et ça a considérablement amélioré l'image que j'avais de moi. Le masque de fausse assurance que j'arborais en société a fini par devenir mon vrai visage. Mais il n'était plus question de faire confiance à qui que ce soit. Par défaut, je considérais l'Autre comme un ennemi. Je n'ai jamais pu nouer d'amitié profonde; j'avais beaucoup trop peur de donner à quelqu'un le pouvoir de me faire du mal. Comme par ailleurs je bossais seule à la maison, il n'a pas été bien difficile de reléguer les contacts sociaux au 137ème rang de mes préoccupations. J'en étais de toute façon arrivée à un stade confortable où j'aimais beaucoup ma propre compagnie, où mes pensées me divertissaient mieux que la plupart des gens ne parvenaient à le faire.

A travers mon métier, j'ai eu la chance de rencontrer des personnes exceptionnelles, avec qui je me sentais assez d'affinités et dont la bienveillance à mon égard a été si grande que j'ai fini par baisser la garde avec elles. Aujourd'hui encore, ces personnes restent très peu nombreuses. Je suis constamment sur la défensive avec la plupart des gens. Je m'interdis de m'attacher à eux, et au moindre faux pas, je les éjecte violemment de ma vie. Dès que j'ai l'impression qu'on cherche à me nuire ou à me léser, je passe à l'attaque. Je ne rends plus les coups: je les anticipe. Je déteste les confrontations; elles me font transpirer à grosses gouttes et battre le coeur à cent à l'heure, mais je ne me laisserai plus jamais marcher sur les pieds, par qui que ce soit et pour quelque raison que ce soit. 

Pendant longtemps, j'ai considéré que c'était une preuve de la force intérieure que j'avais développée. Sauf que non. C'est juste une preuve que j'ai trouvé un moyen bâtard de surmonter mon traumatisme d'enfance, un moyen qui fonctionne mais qui me prive d'une part importante de mon humanité: la part qui noue des contacts significatifs avec autrui et se crée un réseau de soutien affectif pour les moments difficiles. En cas de pépin grave, je veux pouvoir me débrouiller toute seule, n'avoir besoin de compter sur personne - parce que je sais que moi, je ne me ferai jamais défaut! Je suis quelqu'un de très autonome, quelqu'un qui se suffit à elle-même; c'est là une de mes plus grandes fiertés. 

Mais depuis que j'étudie la pensée positive et la science du bonheur, je ne cesse de lire partout à quel point le lien social est essentiel. Et malgré ma réaction de rejet initiale, "The Art of Asking" d'Amanda Palmer, ainsi que la conférence TED de Brené Brown, m'ont beaucoup fait réfléchir au concept de vulnérabilité. Après presque un an de ruminations, j'ai fini par concéder que si je m'estimais vraiment solide, je pouvais bien me permettre de m'ouvrir aux autres. Finalement, je risque quoi? Je ne suis plus une gamine à la merci des petites brutes de cour de récré. Je sais que j'ai l'expérience et les ressources nécessaires pour surmonter n'importe quel clash relationnel, pour me relever après n'importe quelle humiliation ou autre défaite.

Devenue adulte, j'ai le pouvoir de choisir les gens dont je m'entoure, et un jugement assez sûr pour ne pas me lier d'amitié avec des malfaisants et des gratuitement cruels. Ca n'exclut pas qu'un de mes proches puisse me faire défaut à l'occasion, mais sans doute pas dans l'intention expresse de me blesser. Or, si c'est juste une erreur ou une maladresse de sa part, je dois pouvoir mettre mon orgueil dans ma poche et accepter sa faillibilité, accepter qu'il ne me doit pas d'être un ami parfait en toutes circonstances (Dieu sait que je n'en suis pas une non plus, même si je tâche toujours de faire de mon mieux).

Alors, voilà. Depuis quelques mois, je fais un effort conscient pour ne plus réagir comme si je vivais dans un état de siège permanent. Quand je me sens agressée, au lieu d'arracher immédiatement la tête de la personne d'en face, je tente de me mettre à sa place, d'imaginer pourquoi elle a dit ou fait ça, de raisonner que ça n'a pas forcément grand-chose à voir avec moi - et que même dans le cas contraire, c'est son problème et pas le mien. Je réfléchis avant de m'exprimer, et je m'efforce d'adopter un point de vue compréhensif et bienveillant. Je n'essaie plus d'inspirer une saine terreur à mon entourage pour lui ôter toute velléité de faire un pas de travers vis-à-vis de moi: je m'en remets à ses qualités humaines pour ne pas me blesser. Ca demande une confiance qui ne m'est pas naturelle du tout, une confiance qui ne paie pas toujours.

Mais je me rends compte qu'au fond, les blessures que je récolte en ayant déposé les armes ne sont pas bien graves, qu'il ne me faut dans la plupart des cas que quelques jours pour les mettre en perspective et passer à autre chose. En contrepartie, il me semble que j'ai des relations plus détendues et plus saines avec les autres. Je me sens plus indulgente; je rumine moins les offenses perçues, ce qui laisse de la place pour cultiver d'autres émotions plus positives. J'ai compris que c'était ridicule de persister à considérer comme de simples copains des gens que je connais depuis plusieurs années, que j'ai plaisir à fréquenter le plus souvent possible et qui sont toujours là pour me remonter le moral quand je chouine sur Facebook. Non, ça ne me tuera probablement pas de les qualifier d'amis et d'admettre qu'ils comptent un peu pour moi.

Parce qu'à la base, ça m'a bien aidée de devenir une forteresse, vraiment. Ca m'a remise sur pied et permis de me construire, de prendre le contrôle de ma vie et de lui donner la direction que je désirais. Mais demeurer éternellement à l'intérieur de ces murs, ce serait passer à côté de beaucoup d'expériences humaines. Ce serait, quelque part et bien que je m'en défende, laisser toujours mes harceleurs d'autrefois régir mon existence. Ce serait rester une victime - bien déguisée en guerrière, mais une victime quand même. Et ça, il n'en est pas question.

Les brèves de la semaine #43




- Lundi matin, je reçois un mail de mon cher JC, dont je craignais qu'il ne me boude depuis mars dernier. Je suis bien contente d'apprendre que non, pas du tout, et qu'il a une idée dont il voudrait me parler. Il y a des gens tellement importants dans une vie que, même quand on ne les voit plus beaucoup, on sait qu'on les gardera toujours dans son coeur - qu'on pourra reprendre avec eux une conversation interrompue des années auparavant comme si c'était juste la veille. 

- Mardi, après les obsèques de Yal, on se replie à la Porte Noire. Je ne bois pas de bière et ça empeste la clope, mais je suis bien contente de cette occasion trop rare de discuter avec "nos gens". On passe un petit moment à causer profils en typologie de Jung, et c'est assez drôle. Garulfo (ESFP, soit tout le contraire de moi - "Apparemment, je suis une licorne à paillettes" "Enchantée, moi je suis la fille bâtarde de Staline et de Palpatine") nous informe qu'elle a cessé ses activités chez Co'Cyclics et qu'elle a donc un peu de temps libre pour bruncher un de ces quatre. Youpi. Y'en a marre de ne faire que se croiser dans les salons (je ne parle même pas des funérailles). 

- Mercredi matin, je reçois une proposition de trad d'une éditrice de mes amies pour début 2016: j'ai besoin de boulot, elle a besoin de quelqu'un capable de reprendre une série proprement, l'affaire est entendue en moins d'un quart d'heure et nous sommes ravies toutes les deux. L'horizon s'éclaircit! Ca ne va pas m'empêcher de bosser à une reconversion partielle dans la pensée positive et la pleine conscience, mais j'aurai quand même nettement moins la pression, et si je décide de vendre mon appart', je pourrai le faire sans me précipiter. 

- Bien que j'aie vérifié mon compte bancaire et ma carte de paiement, Paypal s'obstine désormais à vouloir prélever des frais sur mes envois d'argent à des proches, tout en continuant à m'affirmer que ces opérations-là sont gratuites: mais pourquoiiiiiiii? (Ceci est une vraie question, si quelqu'un sait, ça m'intéresse!) 

- "Veuillez ctc dhl au nr 027155050 ou le site xxx en donant le nr de votre envoie" Si le numéro en question ne correspondait pas à celui fourni par un éditeur la veille, je croirais à une tentative de phishing. Surtout quand après avoir tapé ledit numéro une demi-douzaine de fois sur le site de DHL, je ne réussis pas à obtenir autre chose que la mention "numéro inexistant". Je finis par surmonter ma haine du téléphone pour appeler: là, on m'informe sans frémir qu'un livreur est passé ce matin à 10h28. Euh, non, je n'ai pas bougé de chez moi aujourd'hui, je m'en souviendrais. Je me demande bien à quoi ça sert de payer un transporteur privé trois fois plus cher si c'est pour avoir le même service pourri qu'avec la Poste normale...

- Jeudi: d'ailleurs, quand on parle du service pourri de la Poste normale... Amazon m'annonce qu'un colis, censé me parvenir lundi dernier, m'a (enfin) été présenté ce matin et qu'en mon absence, Bpost m'a laissé un avis de passage. C'est non sur les deux points. Chouchou m'encourage à porter plainte, mais j'ai toujours peur de faire perdre son boulot à quelqu'un qui doit se débrouiller avec des contraintes impossibles.

- A l'heure de l'apéro, Gasparde débarque au Berger avec de délicieux éclairs de chez Méert qu'elle a été chercher pour me remonter le moral après deux jours un peu difficiles: "Ces gâteaux vous sont offerts par le comité de lutte contre les gros cons bouffis de suffisance", annonce-t-elle triomphalement. Et le goûter-cocktail, ça le fait bien, surtout que le Bellini offert par Mlle Mars change agréablement de mes mojitos et cosmopolitans habituels!

- Samedi en début d'après-midi, je pars à la recherche d'un rouge à lèvres cerise noire, que je voudrais crémeux et bien couvrant. Di, Kruidvat, Ici Paris XL, Planet Parfum, MAC, Inno... la teinte que je cherche ne semble même pas exister. Tout est trop brun ou hyper transparent. Quand je rentre bredouille, Chouchou suggère: "Tu devrais essayer chez Make Up For Ever". Cet homme me surprendra toujours.

- Pour me consoler, je me laisse tenter par le lait de corps au pamplemousse et à la rhubarbe de la gamme Pierre Hermé pour L'Occitane - une édition limitée dont je trouve l'odeur divine.

- Merrily's, où j'avais fêté les 7 ans du blog, a été remplacé par Chouconut, qui vend de fabuleux petits choux à plein de parfums différents: poire-cassis, ananas-noix de coco, caramel beurre salé, mangue-fruits de la passion... Si je dois de nouveau organiser une rencontre de lectrices (ou juste goûter du côté de la barrière de Saint-Gilles), je sais où aller!

- Le soir, nous dînons chez Gasparde et Bohemond avec Mlle Mars et M. Parfait. Sous l'effet d'un Basil Smash et de plusieurs verres de vin (pourtant un peu épongés par un délicieux effiloché de porc), nous envisageons sérieusement de coller des tentacules en pâte Fimo au Jésus de Samothrace que Gasparde a récupéré dans une brocante. L'alcool, c'est moche.

- Dimanche midi, je clôture la ronde Secret Santa à 30 participantes tout rond. En oubliant de m'inclure dedans. Heureusement qu'il reste le swap Perfect Strangers de Oh Comely... Si vous vous êtes inscrite, vous avez déjà dû recevoir un mail avec l'adresse de votre correspondante; dans le cas contraire, pensez à regarder dans votre dossier spams, puis relancez-moi éventuellement!

Bonne fin de week-end et excellente semaine!

vendredi 6 novembre 2015

Magique Lumino City


L'an dernier, j'avais passé des fins de soirées délicieuses à jouer à Tiny Thief avec Chouchou, juste avant d'éteindre la lumière. Mais depuis, je peinais à trouver un nouveau jeu d'aventures et d'énigmes sur tablette qui m'enthousiasme autant. C'est chose faite depuis lundi avec Lumino City:





Petite merveille de poésie, ce jeu est entièrement réalisé en stop motion à partir de décors en papier. Alors que la petite Lumi prépare du thé à son grand-père, celui-ci est enlevé à la faveur d'une panne de courant. Armée d'un énorme manuel, la fillette va tenter à la fois de le retrouver et de rétablir l'électricité sans laquelle leur étrange ville verticale se retrouve complètement à l'arrêt. Pour ce faire, elle devra résoudre plein de puzzles et reconstituer tout un tas de mécanismes délirants. 

Vous saviez que les citrons étaient conducteurs de courant? Depuis lundi, nous nous promenons avec l'un d'eux dans notre sacoche, et Chouchou le brandit pour tenter de résoudre absolument TOUS les problèmes qui se présentent à nous. Une poignée cassée? Voyons si on ne peut pas la réparer avec un citron. Une mouette à appâter? Si ça se trouve, elle est amatrice de citron. Bientôt, il essaiera de sauver le monde à coups d'agrumes. Ce qui collerait assez bien avec la douce fantaisie du jeu, ses décors pleins de charme désuet, son atmosphère vaguement onirique et ses personnages secondaires au discours volontiers absurde. 

Ca fait deux jours que je chantonne "Vert, vert, blanc, blanc, vert, blanc, rouge" - depuis que j'ai dû aider un vieux monsieur sans pantalon ni mémoire à reconstituer au banjo une chanson d'amour pour sa femme qui l'avait mis à la porte de chez eux. Et lorsque nous peinons sur une énigme, nous pouvons toujours regarder la solution dans le manuel de pépé Barthélémy au lieu de rester bloqués pendant des heures (raison pour laquelle je finis par abandonner la plupart des jeux en cours de route). Bref, Lumino City est un véritable enchantement, comme ces livres que j'hésite entre dévorer d'un coup et économiser pour ne jamais en voir la fin. 

Si vous êtes intéressé, sachez que le jeu - dont il existe une version française - est actuellement en promotion sur l'Apple Store: 4,99€ au lieu de 12,99€

mercredi 4 novembre 2015

Comment te dire adieu


Mon cher Yal, 

Je ne crois pas que les morts nous observent de là-haut. (Et je le regrette, parce que j'adorerais penser qu'on se retrouvera tous un jour: ça doit être merveilleusement réconfortant.) Mais trois ans après qu'il a été emporté par le même crabe que toi, je continue à écrire à mon père dans ma tête et sur ce blog, alors pourquoi pas à toi qui connais bien mieux que lui la valeur des mots? 

Hier, donc, on s'est rassemblés au crématorium de Bruxelles pour te dire adieu. C'était rue du Silence, et elle aura sans doute rarement aussi peu mérité son nom. On avait tous des tas de trucs à se raconter. Certains venaient de loin, du Sud de la France ou même de Corfou. Parfois, on ne s'était pas vus depuis longtemps, et on déplorait bien d'être réunis par un événement aussi triste. On n'était pas encore entrés dans la salle que les gorges se nouaient déjà, que les yeux piquaient et que les voix commençaient à accrocher un peu. Ca promettait. 

Un éditeur avec qui j'ai fait mes études à Toulouse autrefois m'a interpelée. "Ben, tu connaissais Yal? me suis-je étonnée avant d'enchaîner très vite: En même temps, on bosse dans un tout petit milieu, hein..." Enfin, un tout petit milieu, ça dépend pour qui. Une grande partie de mes amis se trouvait là, et les trois quarts des gens m'étaient de parfaits inconnus. J'ai pu mettre un visage sur le nom de ton éditrice Marion Mazauric quand elle a la première pris la parole pour relater votre amitié de trente ans, et sur celui du président du SELF Christian Vila, comme toi ardent défenseur des droits des auteurs en France, qui n'a réussi qu'à faire une courte bafouille très émue. 

Les témoignages se sont succédés pendant une heure, avec quelques entractes musicaux. J'ignorais que tu possédais toute la discographie de Goldman et de Balavoine; c'est une chose que nous avons en commun. Par contre, je ne vais plus jamais pouvoir écouter "Envole-moi" sans penser à toi - c'est malin. Et aussi, il faut que tu saches: de toutes les obsèques auxquelles j'ai assisté ces dernières années, les tiennes sont indubitablement celles où le mort s'est fait le plus insulter. Je ne veux pas balancer, mais ta fille Joanna t'a traité de con par lettre interposée, et un autre de tes potes a répété plusieurs fois que tu faisais chier. 

Franchement, j'aurais bien renchéri, mais j'étais occupée à torturer un Kleenex généreusement offert par Hélie, assise à ma droite, et à réduire en charpie la main d'Ando, assise devant moi avec son bidon arrondi, tout en écarquillant les yeux et en les levant vers le plafond comme si je voulais me mettre du mascara sauf qu'en fait c'était pour retenir mes larmes. J'aurais aussi bien pu les laisser couler, ce n'était pas la compagnie qui manquait. Mais Sara était tellement digne et forte, elle qui aurait eu plus que n'importe lequel d'entre nous le droit de s'écrouler. Tu aurais été encore plus fier d'elle que d'habitude. 

A la fin, elle nous a expliqué que ton cercueil était en carton, qu'on pouvait tous s'avancer pour y écrire un petit mot avec des marqueurs rouges et noirs, et que plus tard, tes cendres seraient enterrées en forêt pour donner naissance à un arbre auquel tes proches pourraient rendre visite de temps en temps. C'était vraiment une belle idée, et on s'est tous précipités pour couvrir de gribouillis maladroits mais pleins d'amour cette boîte qui me semblait bien trop petite pour contenir un si grand coeur. Y'a même des gens qui ont fait des dessins, les sales frimeurs. 

J'ai un aveu à te faire, Yal. Alors que tu es l'un des plus grands auteurs de SF français, et un très grand auteur tout court à en croire la presse comme tes lecteurs, je n'ai jamais lu une seule ligne de toi. J'évite de lire les gens que j'aime de peur d'être déçue. Il me semblait que de toi, je savais déjà l'essentiel: ton amour immense pour Sara, tes valeurs humanistes et sociales qui sont aussi les miennes, ton énergie infatigable et la grande gueule que tu n'hésitais jamais à ouvrir quand il s'agissait de combattre l'injustice, le féminisme que tu avais chevillé au corps, la générosité avec laquelle tu prodiguais encouragements et bons conseils, ta tendresse envers tes proches, ce ton goguenard et ces yeux pétillants de malice quand tu racontais des anecdotes de notre cher milieu de l'édition... 

Du coup, maintenant que tu n'es plus là, il me reste toute ton oeuvre à découvrir. 

Je n'ai pas fini de te parler dans ma tête. 

mardi 3 novembre 2015

A la découverte de l'auto-compassion


Durant mon cours "The Science of Happiness" (dont je vous ferai un compte-rendu complet lorsqu'il sera fini), je suis tombée sur un passage consacré à l'auto-compassion. Si vous me suivez depuis un moment, vous devez savoir que je suis une grande adepte de la bienveillance dure. Si vous avez découvert le blog récemment: j'ai l'aimable caractère d'une esclavagiste, et pour devise "Marche ou crève" "Aide-toi et le ciel t'aidera". J'avais déjà croisé le terme d'auto-compassion dans divers articles de Flow ou de Psychologie Positive, et j'avoue que j'avais ricané intérieurement: ça m'avait tout l'air d'une manière de valider l'auto-complaisance et l'auto-apitoiement, une bonne excuse pour ne pas travailler à s'améliorer soi-même ou pour renoncer à poursuivre ses objectifs dès la première difficulté. 

Une fois de plus, j'ai péché par arrogance, comme je m'en suis aperçue en regardant ces deux vidéos de Kristin Neff, la psychologue américaine qui a défini et exploré le concept d'auto-compassion.





Sachant que bien souvent, nous jugeons plus sévèrement nos propres erreurs que celles d'autrui, l'auto-compassion consiste à faire taire notre critique intérieur pour le remplacer par une voix compréhensive qui:
-  accepte notre imperfection au lieu de la fustiger;
- nous rappelle que nous sommes des êtres humains comme tous les autres, faillibles au même titre que tous les autres;
- nous empêche de trop nous identifier à nos erreurs et de leur attribuer une portée qu'elles n'ont pas.

Autant le premier point allait plutôt dans le sens de mes préjugés, autant les deux suivants ont fait tilt chez moi: quelque part, exiger tout le temps de meilleur de soi, c'est une forme d'arrogance. Pourquoi devrions-nous toujours être irréprochables? Lorsque nous ne le sommes pas, quelle importance cela a-t-il réellement?





Mais c'est en écoutant la liste des obstacles à l'auto-compassion que j'ai commencé à vraiment me sentir concernée. Quand les choses vont mal dans notre vie, dit Kristin Neff, très souvent, nous passons en mode "résolution de problème" sans nous laisser le temps de reconnaître et de digérer notre souffrance. Du coup, nous ne sommes psychologiquement pas assez solides pour trouver une bonne solution et la mettre en oeuvre. 

Mmmh. Bonne remarque. Si je regarde en arrière, je m'aperçois que j'ai plus d'une fois agi de façon radicale pour amputer immédiatement la source de ma douleur ou de mon inconfort plutôt que de la laisser me gangréner (au hasard, quand je me suis séparée de l'Homme-ce-chacal-jaune, ou que j'ai viré de ma vie sans sommation les gens qui m'avaient blessée). Sous prétexte de ne pas devenir une loque pitoyable, en réalité, je cherchais à supprimer la souffrance d'un coup de baguette magique pour ne pas avoir à l'affronter. Ce qui n'est pas une preuve de force, bien au contraire. 

"Nous sommes très attachés à l'auto-critique parce qu'elle nous donne une illusion de contrôle", dit aussi Kristin Neff. Aïe. Ouais, c'est tout à fait ça. Face à des circonstances hostiles, lorsque je suis ballotée par des forces extérieures sur lesquelles je n'ai pas de prise, je me concentre sur la seule chose que je maîtrise: ma propre réaction. Ce qui est une très bonne attitude de principe, tant que ça ne me conduit pas:
- à prendre une décision trop hâtive, comme évoqué précédemment, sous prétexte de ne pas jouer les larves
- à considérer que je suis partiellement responsable de la situation, non parce que j'aime bien culpabiliser, mais parce que si je suis partiellement responsable, je peux en retenant la leçon éviter que le problème ne se reproduise une prochaine fois. 

En résumé, l'auto-compassion n'est pas de l'auto-apitoiement. Il ne s'agit pas de dire "Pauvre moi", juste de reconnaître que la vie est dure pour tout le monde, même pour Wonder Woman. Il ne s'agit pas non plus de se chercher des excuses pour ne jamais se prendre en mains. Au contraire: les gens qui pratiquent l'auto-compassion sont plus susceptibles d'assumer la responsabilité de leurs erreurs dans la mesure où ils les considèrent comme banales et parfaitement excusables. Ils hésitent moins à prendre des risques, parce qu'ils sont mieux armés pour gérer un échec. 

Si vous êtes intéressé par le travail de Kristin Neff et le concept d'auto-compassion, je vous recommande son livre sur le sujet: ici en VO, en français. J'en connais à qui ça ferait beaucoup de bien. (Je dis ça, je dis rien.)

lundi 2 novembre 2015

Satisfaction intense




Avoir trouvé le courage de faire une bonne séance de fitness (à défaut de l'envie)
Voir le chiffre des unités baisser sur la balance
Terminer la relecture d'une traduction avec le sentiment d'avoir bien bossé
Venir à bout d'une corvée administrative qui me hantait depuis des semaines ou des mois
Avoir tout barré sur ma to-do list du jour et faire la patate de canapé avec une conscience immaculée
Obtenir enfin ce que j'ai dû réclamer avec une insistance proche de l'énervement franc et massif
Réussir à garder mon calme dans une situation qui d'habitude me fait grimper au plafond
Etre arrivée à exprimer ce que je voulais dans un billet sur un sujet délicat
Avoir donné un conseil judicieux qui fut suivi avec succès
Insuffler une demi-goutte d'estime de soi à quelqu'un qui en manque cruellement
Me régaler avec un dîner improvisé en raclant les fonds de placard
Arriver à réparer une bricole dans la maison, toute seule et du premier coup
Résister à une angoisse débile
Surmonter ma phobie des souris sans faire de mal à une seule d'entre elles
Globalement: triompher de l'adversité, y compris et surtout quand l'adversaire, c'est moi-même

dimanche 1 novembre 2015

Les brèves de la semaine #42




- Lundi, je profite du passage à l'heure d'hiver pour me lever à 8h au lieu de 9. Si je ne fais pas un effort maintenant, je vais me retrouver avec des journées réduites à leur portion congrue et déprimer jusqu'au printemps.

- Comme je suis encore pleine de courbatures depuis nos malheureuses six minutes de simulation de chute libre, je zappe le fitness en faveur d'une vidéo de yoga de Paula Hay, dont la chaîne Youtube me semble pas mal du tout. 

- Le soir, pour le dîner, je tente cette recette de croquettes de chou-fleur. Elle est présentée sous forme de diaporamas, mais je ne peux pas accéder aux deux dernières étapes, et comme ça me gonfle que le mélange me colle aux mains, je décide de le rouler dans de la farine avant de le déposer sur la plaque. Le résultat est mangeable si on l'arrose de ketchup, mais il ne restera pas dans les annales culinaires de la maison.

- Mardi soir, après avoir lu cette Xème version de mon profil en classification de Jung, je cherche les caméras qui doivent me suivre depuis 44 ans pour avoir pondu une description psychologique aussi exacte et détaillée. C'est limite flippant de se faire aussi bien cerner sur quatre pauvres critères.

- Mercredi, toute la presse française se fait l'écho du décès de Yal, parfois en mélangeant son année de naissance et son âge, parfois en se trompant sur son vrai prénom. Un nuage de tristesse plane sur mon mur Facebook. Chacun chez soi, tous ceux qui connaissaient Yal sont sonnés. Des initiatives s'organisent par mail ou par téléphone, la date des obsèques est révélée. Je n'ai pas le coeur à faire grand-chose d'autre que bosser.

- Le Yéti 2 semble avoir définitivement fermé. Adieu, brunch génial dont nous n'avons profité qu'une seule fois; adieu, fabuleux banh mi dont j'ignore où je vais retrouver un équivalent à Bruxelles! (Si quelqu'un a une suggestion...)

- Jeudi, je vais tester la Pharmacie Anglaise, bar à cocktails éphémère sponsorisé par la marque de gin Hendrick's, avec Gasparde et Bohemond. Verdict: décor exceptionnel jusque dans les toilettes, cocktails très bons bien qu'un peu chers, service vraiment pas terrible et trop de monde qui attend en faisant silencieusement pression pour qu'on libère notre table le plus vite possible. Je suis contente d'être venue mais il n'y aura pas de seconde fois.

- Chouchou nous rejoint à la Caneva après un événement de boulot. Manger de fabuleuses pâtes au gorgonzola devant un feu de cheminée en discutant avec de bons amis par une douce soirée d'automne, c'est quand même un peu mon idée du paradis sur Terre - malgré le fait que les rangs s'éclaircissent, ou peut-être justement à cause de ça: ça rend les moments de bien-être partagé encore plus précieux.

- Samedi, je suis ravie de trouver chez Pêle-Mêle, à moitié prix, un gros roman de chez Actes Sud que je guignais depuis sa sortie récente en librairie. Du coup, je l'attaque dans la voiture où je monte la garde pendant que Chouchou fonce au Tagawa acheter des gyoza surgelés (meilleurs que ceux de la plupart des restos pour peu qu'on sache les préparer).

- Nous aurions bien aimé voir l'expo Pop Art, mais 10€ l'entrée avec photos interdites et vestiaire obligatoire? Nope. "2050: a brief history of the future", à 14,50€ l'entrée? Non plus. Quand et pourquoi la culture est-elle devenue un produit de luxe, bordel? (Question purement rhétorique, dont je connais hélas la réponse.) A la place, nous allons au Parlamentarium où l'on peut visiter - gratuitement! - une expo photo temporaire appelée "Family Meal" qui montre à quoi ressemble un repas de famille dans certains des pays les plus pauvres du monde.

- Le soir, alors que nous regardons "Big eyes" de Tim Burton (qui m'ennuie copieusement), je m'aperçois que j'ai perdu l'unique bouton de mon bracelet connecté UP24, acheté il y a 5 mois à peine. On ne peut pas dire que je sois bouleversée par la qualité Jawbone. J'espère au moins réussir à faire jouer la garantie à travers leur service clientèle en ligne.

- Dimanche, j'ai décidé de rajouter des noix dans mon banana bread. Problème: j'ai acheté des noix entières, et contrairement à ce que nous pensions en faisant les courses, nous n'avons pas de casse-noix à la maison. Qu'à cela ne tienne: le caillou de méditation de Chouchou pulvérisera très bien les coquilles.

- Après avoir déniché des poivrons corne de boeuf et des bettes roses au marché Flagey, nous prenons deux portions de pad thai kai au food truck Chang Noi (où l'attente est de plus en plus longue, succès oblige!) et nous allons les manger sur un banc à côté du Frit'Flagey, dans un soleil fort incongru pour un premier novembre qui me fait plisser les yeux.

Bonne fin de week-end et excellente semaine!

vendredi 30 octobre 2015

Secret Santa: une surprise pour Noël





Les fêtes de fin d'année approchant, j'ai envie de vous proposer une ronde de surprises de Noël. Le principe? La première inscrite envoie un paquet à la deuxième, qui envoie un paquet à la troisième, et ainsi de suite jusqu'à la dernière qui envoie un paquet à la première. Si vous êtes tentée, voici la marche à suivre:

- Envoyez-moi à leroseetlenoir@hotmail.com un mail intitulé "Secret Santa", dans lequel vous m'indiquerez votre adresse postale - sans oublier votre pays de résidence, en Europe uniquement. Je n'accepterai que les lectrices que je connais un minimum: à savoir, celles qui ont déjà commenté ici (dans ce cas, merci de me préciser le pseudonyme que vous avez utilisé) ou sur la page Facebook du blog. Clôture des inscriptions, sans limite de nombre: dimanche 8 novembre à midi

- Lorsque vous aurez reçu l'adresse de votre correspondante, prenez le temps de choisir, d'acheter ou de confectionner pour elle un cadeau d'une valeur comprise entre 10 et 20€. Mettez-y du coeur et/ou de l'imagination; l'idée, ce n'est pas de dépenser plein de sous, mais de faire plaisir avec une gentille attention! Ajoutez une carte de voeux, et envoyez le tout de façon à être raisonnablement certaine que votre paquet arrive à destination pour le samedi 19 décembre au plus tard. 

- Signalez-moi (toujours par mail) quand vous avez reçu le paquet de votre Mère Noël. Si vous le pouvez, envoyez-moi une photo de son contenu, et je créerai une mosaïque que je publierai pendant les fêtes. 

A très vite?

PAL automne 2015




Cet été, j'ai fait un bon ménage dans ma PAL, éliminant des livres qui y traînaient depuis longtemps et qui ne me faisaient plus vraiment envie. J'ai également lu beaucoup et peu acheté. Résultat: fin août, ma PAL avait diminué de moitié. Puis septembre et la rentrée littéraire sont arrivés, et elle a de nouveau explosé. 
A noter: j'ai fait l'emplette de plusieurs ouvrages de développement personnel en rapport avec mon projet de reconversion, mais j'avoue que je rechigne à les attaquer car la non-fiction m'ennuie rapidement. Par ailleurs, je me rends compte que plus les années passent, plus je regimbe devant les très gros bouquins. Avant, j'adorais les pavés; ces jours-ci, la taille idéale d'un livre, pour moi, c'est dans les 300-320 pages. 

ROMANS
*The republic of thieves (Scott Lynch)
*Dragons of the hourglass mage (Margaret Weiss/Tracy Hickman)
*A madness of angels (Kate Griffin)
*The name of the wind (Patrick Rothfuss)
*Zombie Iceland (Nanna Arnadottir)
*The goldfinch (Donna Tartt)
*Hélianthe (Stefano Benni)
*Marelle (Julio Cortazar)
*La lettre à Helga (Bergsveinn Birgisson)
The luminaries (Eleanor Catton)
The dandelion years (Erica James)
Ca aussi, ça passera (Milena Busquets)
La vie en mieux (Anna Gavalda)
La mort d'un père (Karl Ove Knausgaard)
Le liseur du 6h27 (Jean-Paul Dididerlaurent)
Mari et femme (Régis de Sa Moreira)
The circle (Dave Eggers)
Je suis Pilgrim (Terry Hayes)
La balade des pas perdus (Brooke Davis)
La parade des Anges (Jennifer Egan)

RECITS/POESIE/DEVELOPPEMENT PERSONNEL
*The roads to Sata (Alan Booth)
*Le Mokafé (Christiane Levêque)
*Alternativez-vous (Christiane Hessel)
*Les quatre accords toltèques (Don Miguel Ruiz)
*Haïkus du temps présent (Madoka Mayuzumi)
Full catastrophe living (John Kabat-Zinn)
Essentialism (Greg McKeown)
Daring greatly (Brené Brown)

BEDE/MANGA
*Billy Brouillard: le chant des sirènes (Guillaume Bianco)
Demokratia T2 et 3 (Motorô Mase)
Roji T1 (Keisuke Kotobuki)

* = ouvrages déjà présents dans ma PAL la saison précédente

jeudi 29 octobre 2015

Psychologie Positive, le magazine de la science du bonheur


Il n'aura échappé à personne que je suis légèrement obsédée par la psychologie positive et ses différentes applications, dont la pleine conscience - au point que je suis en train de me former dans l'optique de faire du coaching un jour. Je pouvais donc difficilement passer à côté d'un magazine francophone consacré à cette discipline. Le numéro 4 est en vente depuis quelques jours, mais je le suis depuis ses débuts au printemps dernier, et je dois dire qu'il tient tout à fait ses promesses. Je prends encore plus de plaisir à sa lecture depuis que j'y retrouve des théories et des noms de chercheurs déjà rencontrés dans mes études (cette merveilleuse impression que tout se recoupe pour former un ensemble cohérent!), mais à la base, ce bimestriel est évidemment formulé pour s'adresser au grand public, des gens ne possédant aucune connaissance en la matière. 

Dans le numéro 4, dont vous pouvez feuilleter le début ici, on parle entre autres choses de la manière dont l'esprit peut jouer un rôle dans la guérison du corps, du style d'attachement individuel et de son influence sur la relation amoureuse, d'apprendre aux enfants comment supporter la frustration, d'efficacité au travail, de familles recomposées, de l'art d'écouter et de l'utilité du pessimisme. Mon article préféré est celui consacré à l'autocompassion, une notion que je venais justement d'explorer en cours et dont j'avais eu la surprise de découvrir que, loin d'être une incitation à la complaisance comme je l'imaginais, elle constituait un outil puissant pour améliorer son bien-être et sa vie. Le magazine s'achève, comme toujours, par 24 pages d'activités stimulantes et créatives, notamment des puzzles et des énigmes (que j'adore!) mais aussi des tests très intéressants, à mille lieues des sornettes de Cosmo, et des questions qui permettent de faire le point sur soi. Si vous partagez mon intérêt pour la pensée positive ou êtes le genre de personne qui cherche à mieux comprendre son propre fonctionnement, je vous le recommande très fort! 

En librairie actuellement, le numéro 4 de novembre-décembre 2015. 
4,50€ en France, 5,50€ en Belgique.