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vendredi 4 octobre 2019

25 ans de traduction littéraire, veine et déveine




Le mois d'octobre est celui de tous les anniversaires les plus importants de ma vie. Le 19, ma rencontre avec Chouchou. Le 17, la mort de mon père. Et le 4, le début de mon activité de traductrice littéraire. Cette année, cela fait 25 ans que j'exerce ce métier pour lequel je n'ai pas le moindre diplôme. Dans ce laps de temps, j'ai traduit près de 300 ouvrages, essentiellement dans le domaine de l'imaginaire, mais aussi des thrillers, des romans jeunesse, des guides de séries télé et même quelques bédés. Si, crise de l'édition oblige, remplir mon planning devient difficile depuis deux ans, je continue à aimer profondément ce travail et à penser qu'aucun autre ne me conviendra jamais aussi bien.

mardi 9 juillet 2019

D'un bout à l'autre



35 ans à redouter de tomber enceinte, à devoir gérer seule la question de la contraception, à assumer tout aussi seule (physiquement et moralement) la fois où il y a eu accident de pilule. 10 ans à entendre que je changerais d'avis sur la question des enfants parce que "toutes les femmes en veulent", puis 15 à m'entendre demander "Mais pourquoi tu n'en veux pas?" sur un ton impliquant que ça relevait quand même d'une pulsion contre-nature et d'un égoïsme monstrueux. Le jugement de tout le monde sur mes choix de vie, tout le temps.

mercredi 20 mars 2019

La tristesse en embuscade




Ce matin, à l'issue de ma visite de contrôle annuelle, mon ophtalmo m'a annoncé qu'elle prendrait sa retraite en juin, et que c'était donc la dernière fois que nous nous voyions. Elle semblait partagée quant à sa décision. "Ma soeur est plus âgée que moi, et beaucoup de mes amis aussi; je voudrais profiter d'eux avant qu'ils deviennent invalides", m'a-t-elle expliqué de sa voix douce. Mais on sentait bien que ce serait dur pour elle d'abandonner son cabinet - pour lequel elle n'a pas encore trouvé de repreneur, les nouveaux médecins ayant tendance à fuir l'exercice libéral. Et aussi, que symboliquement, ça marquerait son entrée dans la vieillesse, qui n'est jamais une perspective très réjouissante. "De plus en plus de portes qui se ferment", a-t-elle commenté sur un ton un peu fataliste. J'ai dit les banalités qu'on dit dans ces cas-là, que je la regretterais mais qu'avec les horaires infernaux qu'elle faisait depuis toujours, elle avait bien mérité de se reposer. Que ça lui ferait du temps pour voyager après sa découverte récente du Japon dont elle était rentrée enchantée. J'aurais dû conclure en lui souhaitant une bonne continuation et partir sans me retourner. 

mardi 17 juillet 2018

De la zone de confort et des coups de pied au cul qui nous en éjectent





J'avais prévu de consacrer mon mois de juin à la traduction d'un livre dont la VO n'était finalement pas disponible à ce moment-là, et ne le serait sans doute pas avant début juillet. Confrontée à la perspective d'un mois de chômage technique, j'ai paniqué et battu le rappel des troupes - autrement dit, j'ai contacté toutes les éditrices avec qui j'avais déjà travaillé pour leur demander si elles auraient quelque chose à me proposer en urgence. La réponse était non. Mais deux d'entre elles avec qui je m'entends particulièrement bien ont eu la gentillesse de parler de moi à leurs collègues. Résultat: avant la fin du mois, j'avais deux romans jeunesse au planning de mon été et, pour peu que je rende du bon boulot, l'assurance d'autres commandes à venir pour deux grosses maisons qui pratiquent des tarifs très satisfaisants. 

jeudi 5 avril 2018

Le homard




Au commencement j'étais molle. 

Dans tous les sens du terme. 

Physiquement, une petite chose blanche et dodue, dont ni la coupe de cheveux ultra-courte imposée par sa mère, ni la mode disgracieuse des années 70 ne venaient arranger la face de poisson-lune. 

Emotionnellement, une créature peu intéressée par les autres et sans défense aucune face à eux, pleurnicharde en diable qui exécrait tout effort physique et ne respirait que le nez dans ses bouquins. 

Si j'avais pu grandir dans une bulle, tout se serait très bien passé. 

jeudi 1 mars 2018

Où le froid me rend pompeusement philosophe





Parce que l'hiver et certaines circonstances matérielles me portent à l'introspection (je veux dire: encore plus que d'habitude), je me demandais récemment quelle avait été la meilleure période de ma vie. Mon enfance? Harcèlement scolaire, pas d'amis, sentiment d'inadaptation totale. Mon adolescence? HA HA HA HA HA. Mes études? Seigneur, je détestais tellement cette école et cette ville. Mon entrée dans la vie professionnelle? Trois ans à galérer dans des boulots pas du tout faits pour moi. Le début de ma carrière de traductrice? J'ai enchaîné rapidement une IVG, un mariage précipité et un divorce houleux. L'année passée aux USA? Déprime absolue. Ma trentaine? Une liaison avec un type fraîchement marié avec qui je finirai par vivre malheureuse pendant 7 ans. Ma quarantaine? La mort d'une amie très chère, celle de mes deux chats à un an d'intervalle, puis celle de mon père; corollaire: des crises d'angoisse atroces. Aujourd'hui? On ne peut pas dire que les perspectives professionnelles et financières soient très riantes, que ce soit pour moi ou pour mon compagnon.

vendredi 12 janvier 2018

Devant la porte




C'est une tour en bordure d'autoroute. Dix-huit étages, façade crépie en ocre rose et terre de sienne, un nom de rapace et une jumelle cent mètres plus loin. Ma famille y a emménagé en 1980 ou 1981, je ne sais plus trop. J'y ai habité à plein temps jusqu'à ce que je parte faire mes études à Toulouse, puis par intermittence au gré de mes boulots, de mes déménagements et de mes amours. La dernière fois, j'avais 26 ans; je venais de divorcer et je rentrais des USA. Mes parents y sont restés jusqu'en 2006, avant d'aller s'installer en région toulousaine pour se rapprocher de ma soeur et de leurs petits-enfants. Moi, j'y retourne une fois par an pour mes rendez-vous chez l'ophtalmo qui a son cabinet au rez-de-chaussée, celle qui me suit depuis que je porte des lunettes. 

mercredi 27 septembre 2017

J'aime plus Paris




Longtemps, j'ai rêvé d'habiter à Paris. 

Pour moi, c'était là-bas que tout se passait, là-bas qu'il fallait être. D'ailleurs, tous mes copains dotés d'un minimum d'ambition se trouvaient un boulot sur place, allaient s'y installer dès que possible et menaient des vies qui me faisaient rêver, pleines d'expos et de spectacles passionnants, de restos de toutes les nationalités, de shopping dans des magasins dont on n'avait même jamais entendu parler en province. J'avais l'impression qu'ils vivaient au centre du monde tandis que je végétais tristement dans des endroits où je me sentais toujours à l'étroit. 

mardi 12 septembre 2017

Ennuyeuse




A un moment de ma vie, j'ai été capable de sauter dans la mer du haut d'une falaise et de prendre des bains de minuit, de faire le grand écart facial et le pied à la main, de sortir avec le ventre à l'air et les fesses très modérément couvertes, de danser toute la nuit et d'aller directement au boulot le lendemain, de baragouiner l'espagnol et de tenir une conversation simple en japonais, de monter à cheval et de plonger avec des bouteilles, de chuter sans me faire mal et de mettre des coups de pied à la hauteur de ma tête, de m'envoyer en l'air un peu partout et souvent dans des endroits pas faits pour ça, de partir à l'étranger à l'arrière d'une moto, de peindre (pas très bien) à l'aquarelle, de manger tout ce que je voulais sans me poser de questions, de faire un gros repas le soir et de dormir quand même la nuit, de me foutre royalement de ce qui se passait dans le reste du monde, de changer de vie sur un coup de tête. 

samedi 29 juillet 2017

Tostaky-Chantilly




Je suis assise sur une des banquettes en velours vert de la brasserie où j'aime venir bouquiner l'après-midi. Un thé glacé trop sucré devant moi, je lis l'histoire d'un auteur bientôt quinquagénaire confronté à son propre vieillissement. J'ai les pieds gonflés dans mes sandales à talon et je transpire dans ma robe en lin rose pâle. Tout à l'heure, j'ai déjeuné avec une amie et sa fille de 15 ans qui mesure une tête de plus que moi; on a parlé de la sexualité des ados et je me suis sentie antique en repensant à mes premières expériences - si loin. Mon esprit vagabonde. Il serait temps de commencer à organiser notre prochain séjour en Irlande. Vaut-il mieux que j'achète un lave-vaisselle ou que je mette des sous de côté pour changer mon MacBook rapidement? Avec tous les magasins de fringues qu'il y a dans le centre-ville, c'est quand même fou de ne pas réussir à trouver UN débardeur noir en coton épais avec des bretelles un peu larges. Est-ce qu'on réserve un escape game pendant les vacances à Toulouse? Dans un coin de la salle s'élèvent, en sourdine, les premières mesures d'une de mes chansons préférées de tous les temps.

Nous survolons des villes, des autoroutes en friche...

jeudi 5 janvier 2017

Dix ans, c'est mieux que dix jours, dix semaines ou dix mois


Plus jeune, je croyais que j'aurais beaucoup de mal à me passer, un jour, de l'effervescence d'un nouvel amour. La tempête d'hormones. La découverte de tant de points communs, et aussi de différences excitantes. Le sexe partout, tout le temps. Les conversations passionnées jusqu'à pas d'heure. L'impression d'être tout le temps ivre sans avoir bu une goutte d'alcool. La création d'une bulle pour deux. Les perspectives d'avenir vertigineuses.

Mais la tempête d'hormones finissait toujours par se calmer (ce qui était heureux pour ma productivité). Les différences excitantes commençaient à me faire grincer des dents. Le silence s'installait peu à peu pendant les repas. Le futur devenait angoissant plutôt qu'excitant. Suivant! 

En tout honnêteté, je ne comprenais pas qu'on puisse passer sa vie avec quelqu'un sans finir par s'ennuyer sévèrement. Malgré quelques très beaux exemples contraires autour de moi, j'avais l'impression que la plupart des couples restaient ensemble pour les enfants, par habitude, sens du devoir ou peur de la solitude... Bref, rien qui me parlait vraiment. 

J'ai eu deux relations sérieuses avant l'âge de 35 ans et dès le début de chacune d'elles, mon instinct me disait que c'était une mauvaise idée. Un Catho de droite qui voulait quatre enfants et une femme qui ne la ramenait pas trop parce que c'était lui le chef de famille même si je bossais alors que lui non? Un militaire sportif qui détestait la ville, n'ouvrait jamais un bouquin et accessoirement était à deux mois de se marier la première fois qu'il a couché avec moi? Rétrospectivement, c'est assez risible. (D'ailleurs, j'en ris. Ah ah.) 

Quand j'ai rencontré Chouchou, je voulais juste du sexe tout sauf une troisième relation sérieuse. De toute façon, ce n'était absolument pas mon genre d'homme. Moi, je les aimais grands, chevelus et si possible vivant dans le même pays. Comme de toute évidence, je n'ai pas la moindre idée de ce qu'il me faut en amour, je suis toujours avec lui dix ans plus tard, et très heureuse même si notre relation a aussi traversé son lot d'orages et eu à négocier pas mal d'écueils en chemin. 

Aujourd'hui, je peux dire une chose: si on a bien choisi, être avec quelqu'un depuis dix ans, c'est vachement mieux qu'être avec lui depuis dix jours, dix semaines ou même dix mois. Bien se connaître et avoir tant de souvenirs communs, de mon point de vue, ça dépasse largement la fameuse effervescence des débuts. Ce qu'on perd en intensité superficielle, on le gagne dix fois en profondeur et en solidité. Je ne me sens pas immunisée contre le risque d'une rupture, mais notre couple m'apporte bien davantage de satisfaction aujourd'hui qu'aux premiers jours. 

J'aime que Chouchou ait connu mon père, qu'il sache d'où viennent certains de mes traits de caractère et de mes névroses. Il me dit qu'il aime que je n'aie pas connu le sien, et ça me rend un peu triste pour lui - mais d'un autre côté, je comprends. J'aime que notre relation ait l'âge de Darklulu et qu'elle grandisse en même temps que lui; ça fait un chouette point de repère. J'aime que mes neveux ne se souviennent d'aucun autre "oncle" que lui. J'aime qu'à force d'aller voir ma famille à Toulouse, on ait nos petites habitudes même là-bas. 

J'aime qu'on se trouve toujours aussi drôles mutuellement, alors qu'à la base on n'a pas le même style (je tends plutôt vers le sarcasme et lui vers l'absurde) ni les mêmes références culturelles. Petit à petit, on déteint l'un sur l'autre et on se crée un humour du troisième type qui n'appartient qu'à nous. J'aime le répertoire de private jokes plus ou moins foireuses qu'on s'est constitué au fil des ans, et qui continuent à nous faire hurler de rire à une heure de la nuit où on devrait déjà dormir depuis longtemps vu qu'il y a école le lendemain. J'aime que la conversation entre nous ne se soit jamais tarie, même si nos opinions divergent sur presque tout. J'aime que lorsqu'un silence s'installe, il soit confortable et qu'aucun de nous deux n'éprouve le besoin de le combler juste pour le combler. 

J'aime quand on parle de nos voyages passés et qu'on prépare les prochains. Depuis le temps, on a repéré ce qui fonctionne bien pour nous. On sait qu'on préfère les appart' Air B n B aux chambres d'hôtel et les  cantines locales aux "vrais" restos, qu'il réussira à m'entraîner dans un musée d'art moderne ou contemporain, que je rouspèterai pendant toute la visite et que ça le fera beaucoup marrer, qu'il verdira un peu s'il y a des turbulences pendant le vol et que je ne mettrai pas les pieds sur un bateau à moins d'avoir été droguée et ligotée. On se souviendra toujours du froid qu'il faisait en juin dernier à Edimbourg, des escape game géniaux à Budapest, du voisin qui écoutait de la musique baroque plein pot jusqu'à une heure du matin à Venise, des fabuleux fish and chips mangés à Reykjavik, des piqûres d'araignée récoltées à Fushimi Inari près de Kyoto. 

J'aime qu'on ait fini par apprendre à ne pas appuyer sur nos mauvais boutons respectifs. Il sait que ça ne sert à rien de me pousser à adopter rapidement des innovations technologiques parce que je résiste toujours fort et longtemps. Je sais que ça ne sert à rien de lui parler pendant qu'il est occupé à autre chose ou de le harceler pour qu'il range ses affaires. Il connaît les tenants et les aboutissants de mes crises d'angoisse; je connais les tenants et les aboutissants de ses troubles de l'attention. Il ne soupire pas quand je le sollicite pour la énième fois parce que je bloque sur un truc informatique. Je ne soupire pas en lui faisant remarquer le sac de courses qu'il est sur le point d'oublier sur la chaise voisine au resto, ni en l'aidant à chercher son iPhone quand il part bosser le matin.  

J'aime qu'on se soit vus au pire de nos états respectifs - lui paralysé de douleur par un calcul rénal, frôlant les cent kilos ou éructant d'une colère horrible, moi vomissant en pleine rue à cause d'une migraine ophtalmique, au poids le plus élevé de ma vie ou en train d'hyperventiler sous le coup d'une attaque de panique - et qu'aucun de nous n'ait pris ses jambes à son cou. Qu'on ait eu des problèmes sérieux et qu'on ait mis beaucoup d'énergie et de bonne volonté à les surmonter. Qu'on ait failli se séparer plusieurs fois mais qu'on soit toujours ensemble alors que rien ne nous attache l'un à l'autre, et même, que notre vie serait matériellement plus simple si nous n'étions pas en couple. 

Oui, dix ans d'une bonne relation, c'est mieux que dix jours, dix semaines ou dix mois. Dommage qu'on ait peu d'espoir d'arriver à se prononcer sur dix siècles!


mercredi 4 janvier 2017

Mes sous et moi





J'ai mis du temps à développer un rapport sain avec l'argent. Mon père gérait les finances familiales. Ayant grandi dans la pauvreté, il  était du genre hyper économe, à ne pas dépenser un franc si ce n'était pas vraiment nécessaire. Résultat: bien que je n'aie jamais manqué de rien enfant, je n'ai pas du tout été gâtée sur le plan matériel. J'avais des cadeaux pour Noël et pour mon anniversaire, point, et un peu d'argent de poche chaque mois (beaucoup moins que les autres jeunes de ma classe en général). 

Lorsque, après avoir réussi les concours des Sup de Co, je suis partie vivre seule à Toulouse à l'âge de 17 ans, ma liberté toute neuve m'a tourné la tête. Je me suis mise à dépenser à tort et à travers, et comme le modeste budget alloué par mon père suffisait à peine pour mes frais incontournables, j'ai souscrit un prêt étudiant au Crédit Lyonnais qui était partenaire de mon école. En 3 ans, j'ai ainsi accumulé 120 000 francs de dettes (environ 18 500€) pour des bêtises: beaucoup de billets de train Toulon-Toulouse, des vêtements dont je n'avais pas besoin... 

Mon DESCAF option marketing en poche, je me suis rendu compte assez vite que je n'étais pas du tout à ma place professionnellement et qu'il serait bon que je change de voie. Le problème, c'est qu'avec mon prêt à rembourser, je ne pouvais pas me permettre de reprendre d'autres études: je devais gagner de l'argent tout de suite pour ne plus être à la charge de personne. J'ai eu la chance de réussir à retomber sur mes pattes en devenant traductrice sans le moindre diplôme. Mais j'ai bien retenu la leçon de mon erreur: ne plus jamais m'endetter pour des choses qui n'en valent pas la peine. 

Une fois mon prêt enfin remboursé, mon nouvel objectif financier a été de mettre de côté l'équivalent de 3 mois de dépenses courantes pour le cas où je connaîtrais une période de chômage technique, chose apparemment assez fréquente chez les freelance. J'ai eu de la chance, et à ce jour ça ne m'est jamais arrivé, mais avoir ces sous de côté me tranquillise - et me permet d'alimenter mon compte courant pour ne pas me retrouver à découvert lorsqu'un éditeur est en retard pour me payer (ce qui, par contre, se produit assez souvent). 

Pour le reste, ma philosophie est la suivante: je peux dépenser tout ce qui reste une fois que j'ai déduit mes dépenses incontournables, mais sans toucher à mes réserves. Je n'ai pas de dettes autre que mon crédit immobilier, que j'aurai fini de rembourser en janvier prochain. Ca fait dix ans que je n'ai pas dû solliciter un prêt de mes parents (et que je ne reçois plus d'argent-cadeau de leur part, excepté la fois où mon père m'a offert de quoi m'acheter mon premier MacBook pour me remercier d'avoir passé un mois chez eux après son diagnostic de cancer). Je tiens énormément à cette autonomie, mais je tiens aussi à me faire plaisir au quotidien. Quelqu'un de plus fourmi que moi continuerait à économiser; quelqu'un de plus cigale piocherait régulièrement dans ses réserves pour voyager davantage en partant du principe qu'on n'a qu'une vie. Chacun son truc, et même si ça m'a pris beaucoup de temps, l'équilibre que j'ai trouvé me convient parfaitement. 

Néanmoins, j'ai constaté que l'argent que je m'autorise à dépenser sans remords chaque mois pourrait être alloué de façon plus judicieuse. Que j'achète encore beaucoup de choses qui me font plaisir sur le moment mais qui au final vont m'apporter beaucoup moins que le billet d'avion que j'aurais pu me payer au bout de quelques semaines en les laissant dans le magasin. Donc, en 2017, j'ai décidé de remettre de l'ordre là-dedans. De ne plus faire de shopping impulsif et de privilégier les dépenses immatérielles car au final ce sont celles qui m'apportent le plus de satisfaction tout en m'encombrant le moins. Et comme la meilleure motivation pour moi, c'est de devoir rendre compte de mes actions d'une manière ou d'une autre, j'ai l'intention de lister à chaque fin de mois ce que j'aurai acheté de non-essentiel: ça me donnera l'occasion de vérifier si je suis toujours sur les rails et de corriger le tir dans le cas contraire!

jeudi 18 août 2016

The 100 best moments of my life (part 2)




51. Septembre 2007 Pique-nique nocturne de gyozas sur le toit du Loft d'Ikebukuro, à Tokyo
52. ...première visite du musée Ghibli, à Tokyo
53. ...et exploration des galeries commerçantes couvertes de Kyoto, avec Chouchou
54. Fin 2007 Expo Araki "A la vie, à la mort" au musée de la photographie de Charleroi avec Chouchou
55. Printemps 2008 Ma soeur et David viennent nous rendre visite quelques jours à Bruxelles
56. 14 juillet 2008 Superbe feu d'artifice à Carcassonne avec Chouchou, ma soeur, David et Attila
57. Septembre 2008 Découverte du Tivoli, à Copenhague, avec Chouchou
58. ...et journée parfaite à Malmö, de l'autre côté du pont de l'Oresund
59. 21 septembre 2008 Double baptême de parachutisme à Spa avec Chouchou
60. Octobre 2008 Magnifique concert de Leonard Cohen à Forest National (Bruxelles) avec Chouchou
61. Noël 2008 Goûter chez Bapz avec ma soeur, mon père et Chouchou
62. ...et Guitar Hero World Tour en famille
63. Février 2009 Au premier rang pour le spectacle de Dita Von Teese au Crazy Horse, avec Chouchou
64. Novembre 2009 Participation à l'émission de télé "Lifestyle" pour la télé belge, avec Chouchou
65. Mars 2010 Interprète de Laurell K. Hamilton à l'occasion de sa venue à Paris pour le Salon du Livre
66. Avril 2010 Voyage en tortillard à travers les montagnes japonaises jusqu'au pied du mont Fuji, avec Chouchou
67. Mai 2010 Mes premières Imaginales à Epinal
68. Août 2010 A Toulouse et dans les environs, premiers pas de géocaching avec Chouchou et mes parents
69. Novembre 2010 Mégateuf pour les 10 ans de Bragelonne dans leurs nouveaux locaux, à Paris
70. Décembre 2010 A Lisbonne, pause ensoleillée au bord du Tage avec Chouchou
71. Juin 2011 Fondue, musée Giger et géocaching à Gruyère avec Chouchou, Lady Pops et Funambuline
72. Juillet 2011 Fabriquer des monstres en feutrine pendant les vacances à Toulouse chez mes parents
73. Mai 2012 Quelques jours à Saint-Malo avec Chouchou
74. Mai 2012 Pendant les Imaginales, déjeuner à côté de Mercedes Lackey qui m'offre une petite poupée à cheveux bleus à la fin du repas
75. Juin 2012 Les nuits sans obscurité au Kex Hotel de Reykjavik
76. ...et toute une journée au Blue Lagoon, en Islande, avec Chouchou
77. Novembre 2012 Visite de la Casa Battlò à Barcelone avec Chouchou
78. Février 2013 Visite des studios Warner Bros consacrés à Harry Potter, au nord de Londres, avec Chouchou
79. Février 2013 Grandiose concert de Sigur Ros à Forest National, avec Chouchou
80. Avril 2013 Merveilleux week-end ensoleillé à Brighton avec Chouchou
81. Mai 2013 Premier repas de groupe chez Sens & Découverte, le resto végétarien d'Epinal, pendant les Imaginales
82. Juin 2013 Zénitude absolue de notre logement Air B'n'B à Helsinki
83. ...et délicieux repas de produits de la mer sur le marché du port
84. Octobre 2013 A Venise, promenade sur l'île multicolore de Burano avec Chouchou
85. Février 2014 Traduction de "Les quinze premières vies d'Harry August", meilleur roman de toute ma carrière
86. Février 2014 Après plusieurs tentatives manquées, rencontre avec Lola Lafon à la Foire du Livre de Bruxelles
87. 26-27 mars 2014 Anniversaire solo ensoleillé à Aix-en-Provence
88. Septembre 2014 Visite du musée de la ville de Copenhague et pause dans son magnifique salon de thé, avec Chouchou
89. 31 décembre 2014 Finir l'année au bord de l'océan Atlantique, Praia da Luz, au nord de Porto, avec Chouchou
90. 1er janvier 2015 Commencer l'année dans la paisible cour intérieure du salon de thé Rota do Chà
91. Avril 2015 Génial escape game "Alice au pays des merveilles" chez Leavin Room, à Paris, avec Eve, Hélie et les VIP dans la salle voisine
92. Mai 2015 Nuit Art Déco à la maison Flagey (Bruxelles) avec Chouchou
93. Mai 2015 Impressionnant escape game dans un ancien fort militaire à Vernayaz, avec Chouchou, Lady Pops, Miss A. et Marika
94. Mai 2015 Hilarante partie de "Cards against humanity" avec plein de Brageloniennes le vendredi des Imaginales
95. Août 2015 Initiation de ma soeur, de David et d'Attila aux escape games avec les deux chouettes salles d'Enigma Escape, à Toulouse
96. Octobre 2015 Flippant escape game post-apocalypse "Safe house" à Budapest avec Chouchou
97. Mars 2016 Réussir malgré tous les obstacles à gagner Lausanne comme prévu pour passer mon anniversaire avec Lady Pops, les Shalbuline et Marika
98. Avril 2016 Super journée à Pairi Daiza avec ma soeur, David et mes neveux
99. Juin 2016 Visite du très ludique musée Camera Obscura
100. ... et afternoon tea cosy chez Mimi's Bakery à Edimbourg avec Chouchou

Dresser cette liste était un exercice long mais vraiment intéressant, qui m'a confortée dans l'idée que les choses qui me rendent le plus heureuse sont de voyager et de passer du temps avec les gens que j'aime. C'était aussi une assez bonne façon de faire un survol de ma vie jusqu'ici en voyant ce qui en ressortait a posteriori: on notera que certaines années, pas forcément mauvaises en elles-mêmes, brillent par leur absence, alors que 2008 et 2012 qui ont été des années de deuil et d'atroces crises d'angoisse ont aussi apporté leur lot de grands bonheurs... Je peux donc n'être ni heureuse ni malheureuse à un moment donné, ou heureuse et malheureuse à la fois dans une courte période. Et vous? 

dimanche 14 août 2016

The 100 best moments of my life (part 1)




Tout en dressant cette liste, je me suis demandé ce que je considérais comme les meilleurs moments de ma vie, et je me suis rendu compte que j'écartais certains de ceux où je m'étais sentie le plus violemment heureuse sur le coup: quand mon ex (avec qui j'avais une liaison depuis un an déjà) et sa femme se sont séparés, ou quand on a cru que le cancer de mon père était guéri, parce que rétrospectivement c'était A/une mauvaise idée B/un bonheur illusoire. Je n'ai conservé que les moments que je revivrais avec une joie sans mélange si je le pouvais. J'ai essayé de les rendre le plus spécifiques possible, mais parfois, ça porte sur toute une période de plusieurs semaines. Et j'ai resitué les dates de mémoire, si bien que certaines sont plus précises que d'autres. (Si vous étiez avec moi lors de certains de ces événements et que vous avez des rectifications à apporter, n'hésitez pas à laisser un commentaire!)

1. Juin 1979 La mère de ma copine d'école Sylvie m'emmène voir son gala de fin d'année: je suis éblouie, moi aussi je veux faire de la danse classique
2. Printemps 1980 Avec les autres gagnantes du concours de poésie organisé par la Caisse d'Epargne sur le thème "L'enfant et l'espace", enregistrement d'un 45 tours au studio Miraval, dans le Haut-Var
3. Noël 1980 Je reçois un grand Goldorak et une figurine Actarus, meilleur cadeau du monde
4. Juin 1982 Premier gala de danse sur la scène de l'Opéra de Toulon
5. 17 mars 1984 Concert de Daniel Balavoine au premier rang du Zénith de Toulon, avec la mère de mon copain Lionel et une place gagnée grâce à un concours sur Var Matin
6. Juin 1984 Juste avant les grandes vacances, un après-midi au Mourillon avec mon crush à sens unique de l'époque et nos copains de 3ème
7. Juillet 1984 Deux semaines chez ma correspondante anglaise, à côté de Liverpool - premier voyage en avion + découverte du roller (quad, à l'époque), de "Star Wars", du Burger King, d'Avon et du Body Shop
8. Fin 1984 Danseuse-figurante dans une fastueuse production d'"Aïda" à l'Opéra de Toulon
9. Mai 1986 Entrée au F.A.S.T., mon premier club de jeu de rôles
10. Eté 1987 Deux mois de JdR non stop (dont mon premier France Sud Open) avec ma bande de potes de l'époque, surtout chez Paladin et à Châteauvallon
11. Fin 1987 Première de la région PACA au concours blanc des ESCAE, et deuxième toutes sections confondues: mon père est si fier...
12. Fin 1987 ou début 1988 Concert de Marillion (du temps où Fish était encore le chanteur du groupe) au Zénith de Toulon
13. Juin 1988 Découverte de Paris avec mon père qui m'a accompagnée pour passer les oraux des ESCAE
14. Août 1988 Soirée pétards et Ludwig von 88 à La Rochelle, à bord du bateau des frères Z.
15. Eté 1989 Coup de foudre pour le film "Heathers", qui me parle terriblement et que je vais voir deux fois toute seule au Fémina
16. 31 décembre 1990 Fantastique murder party à la Lauzade
17. Fin 1990-début 1991 Passionnante campagne d'"Alternatives" au Cercle d'Argent
18. Juin 1991 Enfin terminé mes études à Sup de Co Toulouse, dont j'ai détesté chaque minute
19. Début 1993 Les nuits à Aix-en-Provence: faire la fête au Charlie's ou chez Sarah et Jean-Mi avec la bande des Illuvatars
20. ...jouer à "Vampire: La Mascarade" dans les caves de la Caverne de l'Elfe Noir
21. ...et danser la moitié de la nuit avec Nicolas sur Body Count ou Suicidal Tendencies à l'IPN
22. Juillet 1993 Mon France Sud Open le plus mémorable, avec la bande habituelle et les Anglais
23. Juillet 1993 Soirée d'adieu/nuit blanche chez Jef avec les Illuvatars
24. Août 1993 Mon seul et unique Gathering (jeu de rôles grandeur nature) dans la forêt de Nottingham
25. 31 décembre 1993 Jour de l'An avec les Illuvatars à côté de Valence
26. Juillet 1994 Premier contrat de traduction professionnelle, pour le "Clanbook: Toreador" de "Vampire: La Mascarade"
27. 31 décembre 1994 Jour de l'An au Succubus Club (Toulon) et retrouvailles avec Philou
28. 12 novembre 1995 Coup de foudre pour une Sacrée de Birmanie chocolate point de 3 mois: Scarlett
29. Fin 1995 ou début 1996 Première traduction de roman pour Fleuve Noir via Arena: "L'épreuve des jumeaux", tome 6 de la franchise Dragonlance
30. Début 1997 A Paris, rencontre avec Jean Claude, Brigitte et Zorro dans un resto italien
31. Mi-avril 1997 Avec Shawn, manger des parts de pizzas monstrueuses dans un boui-boui le soir de mon atterrissage à New York en regardant les gratte-ciels illuminés au-dehors
32. ...et le lendemain soir, voir "Cats" à Broadway depuis le 2ème rang de la salle de spectacle
33. 31 décembre 1997 Soirée extas au Fuse (Bruxelles) avec Etre Exquis et ses copains
34. Mi-1999 Découverte d'Amsterdam avec Etre Exquis
35. Juillet 2000 En Haute-Loire où je suis allée tenir compagnie à mon grand-père pendant les vacances de son auxiliaire de vie, dévorer "Harry Potter and the goblet of fire" en l'espace d'une nuit
36. 2002 ou 2003 Meilleur resto de ma vie: les Magnolias (Le-Perreux-sur-Marne) en l'excellente compagnie de Jean Claude et Brigitte
37. Fin 2003 ou début 2004 Enregistrement de l'émission spéciale Johnny Halliday avec les Filles, en banlieue parisienne
38. Août 2004 Fabuleux goûter chez Demel, à Vienne
39. ...et visite du palais de Schonbrunn avec l'Homme
40. Novembre 2004 Grosse teuf pour les 49 ans de Brigitte, le dernier anniversaire que je fêterai avec elle
41. Mai 2005 Marcher seule dans les rues de Tokyo un jour où mes compagnons de voyage sont tous occupés ailleurs
42. Juillet 2005 Belle journée dans les petites rues pavées de Sienne avec l'Homme
43. Mai 2006 Inoubliable road trip de la Floride à la Californie avec Autre Moi, Junior et Kris
44. Juin 2006 Soirée débauche à base de rhum arrangé et de piscine d'écrivain célèbre, avec Etre Exquis
45. Juillet 2006 Concert en plein air de Toto avec David, près de Hyères
46. Juillet 2006 Aïoli avec mon père et l'Homme au Bar de la Poste, à Monpatelin
47. Juillet 2006 Grande fête familiale pour les 50 ans de mariage de Pierre et Jeanne, à Lyon
48. Janvier 2007 Week-end luxure à l'hôtel Amour (Paris) avec Chouchou
49. 27 mars 2007 A deux heures du matin dans une roulotte au fin fond de la Provence, chanter à tue-tête des génériques de séries télé de notre enfance avec Chouchou
50. Juin 2007 Balade à cheval dans Monument Valley avec Junior et un guide navajo

A suivre...

vendredi 29 juillet 2016

Mauve




Fin de journée sur Monpatelin. Le primeur était exceptionnellement fermé, et je n'ai pas pu racheter d'avocats, mais j'ai dans mon sac en toile une boule de mozzarella pour me préparer une pizza ce week-end, les oeufs qui manquaient pour mon banana bread, plus un sachet de pains au lait à tartiner de confiture pastèque-vanille pour les moments de blues. 

Hier soir, après presque un mois d'observation de mes humeurs principales, j'ai défini les couleurs que je voulais utiliser pour mon projet de moodmapping. Il y aura le rose pour la joie, le bonheur, la satisfaction, la sérénité; le bleu pour la tristesse, l'ennui, le regret, la mélancolie; le rouge pour la frustration, l'irritation, la colère, l'agressivité; le noir pour l'angoisse qui dévore tout. 

Jusqu'ici, ça a été une journée rose clair. Il fait beau, j'ai bien bossé, Chouchou a reçu une bonne nouvelle très attendue avant-hier. Rien de spécial mais tout va bien - et puis c'est l'été, ce qui constitue en soi une raison d'être heureuse. Comme je n'ai plus rien de spécial à faire chez moi hormis préparer mon repas du soir, je décide de m'accorder une heure de lecture à la terrasse du bar de la Place avant de rentrer. Je commande au serveur qui ne fait pas mal aux yeux mon habituel verre de punch couleur corail, tout droit sorti d'une bouteille bon marché et sobrement additionné de deux glaçons. Ce n'est pas la boisson la plus raffinée du monde, mais je l'aime bien parce que je l'associe aux moments paisibles et ensoleillés passés là, à cet endroit précis où je me sens si bien. 

Je sors mon livre de mon sac et me plonge dans l'histoire de Katie Lavender, qui ayant perdu ses deux parents débarque incognito chez son père biologique au moment où celui-ci apprend que son frère chéri a escroqué un million de livres à l'entreprise familiale et s'est suicidé en se noyant dans la rivière voisine. Ca fait beaucoup de deuils en moins de cent pages. Je ne tourne pas la tête vers le restaurant bistronomique qui, de l'autre côté de la place, a remplacé le bar de la Poste où j'avais un vendredi midi emmené mon propre père manger de l'aoïoli, il y a au moins douze ans. Je n'ai pas envie de voir son fantôme repu et ravi se superposer aux tables chics et aux auvents élégants qui ont remplacé les tables en plastique vert et les parasols Ricard. 

Une petite fille blonde et rose court autour de la fontaine glougloutante. Elle tente une échappée discrète mais déterminée vers le bout de la rue. Son père se lève pour la ramener. A une autre table, des retraités au visage buriné encouragent les joueurs de boule du terrain voisin avé l'assen. Derrière moi, un marchand de bonbons somnole sur son pliant en toile tandis que, sur la scène érigée pour l'occasion, deux chanteuses massacrent allègrement "Tous les cris les SOS" et "Sauver l'amour", probablement en vue d'une soirée hommage à Daniel Balavoine. Quand elles se taisent enfin, l'orchestre attaque une version instrumentale électronique et trop rapide de "Aimer est plus fort que d'être aimé". C'est plutôt guilleret et assez déconnecté de l'original. Trente ans déjà que mon idole de jeunesse s'est tuée sur le Paris-Dakar et que je me suis roulée par terre de désespoir pendant trois jours. Ses chansons survivent déformées, comme le souvenir de mon père. Le temps passant, elles sombreront dans l'oubli, comme le souvenir de mon père. 

A la table voisine, le serveur encaisse les consommations en philosophant: "Il y a un temps pour tout. Un temps pour payer et un temps pour mourir." Les yeux me piquent et je mets connement à pleurer dans mon bouquin. La journée vient de virer au mauve. Il serait temps que je décide ce que je veux faire du reste de ma vie. 

mercredi 29 juin 2016

Museum of Me




1. "Guide des oiseaux", état neuf, Sélection du Reader's Digest
Il appartenait à mon père, grand chasseur devant l'éternel. C'est un très bel ouvrage dont j'ai passé des heures et des heures à admirer les illustrations et à mémoriser les informations. Son odeur assez particulière symbolise affectivement toute mon enfance. Il suffit que je respire ses pages un grand coup pour que mes yeux se remplissent de larmes.

2. Chausson de danse Repetto rose saumon, pointure 10, usé et taché
J'ai pratiqué différentes formes de danse (classique, modern jazz, rock, salsa...) depuis l'âge de 10 ans jusqu'à mes 30 ans. C'est la seule activité physique que j'aie jamais vraiment adoré et le premier endroit où je me suis fait des copines.

3. Compotier Art Déco (?) bleu
Il trônait jadis sur le buffet de mes grands-parents maternels, en Haute-Loire, rempli non pas de fruits frais mais de tous les petits machins qui n'avaient leur place nulle part ailleurs. Il détonne un peu avec la déco du reste de mon appart', mais je l'adore et c'est l'une des rares choses que je sauverais d'un incendie.

4. 20 carnets intimes, dont un journal de rêves
Les ancêtres de ce blog! Je n'ai pas conservé les plus anciens, tenus à partir de l'âge de 8 ans - le premier qui me reste date de 1984. En les ressortant pour les photographier, j'en ai relu quelques passages (ce que je ne fais presque jamais d'habitude), notamment le début de mon histoire avec l'Homme-ce-chacal-jaune. Elle figure dans mes tout derniers carnets écrits, et j'ai été sidérée d'éprouver de telles émotions en la survolant. Le pouvoir des mots...

5. "Notre prison est un royaume"
LE livre qui a marqué mon adolescence, lu en classe de 3ème sur l'initiative d'une prof de français stagiaire au look baba cool et à l'enthousiasme débordant dont j'ai hélas oublié le nom. Je l'ai tellement feuilleté  que les pages se détachent, et la tranche a viré au jaune-brun avec le temps; de toute ma bibliothèque, c'est l'un des ouvrages en plus mauvais état. C'est aussi une sorte de blessure littéraire qui ne s'est jamais vraiment refermée.

6. Intégrale de "Versailles no bara" en DVD (moins le volume 6)
Si je regardais "Goldorak" et "Candy" comme tous les enfants de ma génération, c'est "Lady Oscar", diffusé pour la première fois l'année de ma terminale, qui m'a conquise à la cause du manga et poussée à prendre des cours de japonais pendant quatre ans. De là mon intérêt pour les arts martiaux, de là ma rencontre avec l'Homme-ce-chacal-jaune, de là mes voyages au Japon - et de là aussi le fait que la seule période historique sur laquelle je touche un peu ma bille, c'est la Révolution Française.

7. "Clanbook Toreador" + "L'épreuve des jumeaux"
Le "Clanbook Toreador", supplément pour le jeu de rôles "Vampire: la Mascarade", fut la première traduction professionnelle que j'ai décrochée, au début de l'été 1994; "L'épreuve des jumeaux", 6ème tome de la série Lancedragon, le premier roman en VF au début duquel figura mon nom, un an et demi plus tard. Qui aurait cru que le jeu de rôles, passe-temps largement méprisé par mon entourage, serait un jour mon sésame pour une carrière tout autre que celle à laquelle mes études m'avaient préparée?

8. Portrait scrapé de Scarlett à 9 ans
J'ai eu d'autres chats, mais Scarlett, Sacré de Birmanie chocolate point issue d'un élevage du Morbihan (sa mère figure dans ce livre de Yann Arthus-Bertrand), était l'amour félin de ma vie. Elle m'a accompagnée pendant presque 17 ans, et quatre ans après sa mort, elle me manque encore terriblement. Quant au scrapbooking, ça a été ma grande passion de 2004 à 2009, jusqu'à ce que mes albums et mon matériel commencent à devenir beaucoup trop envahissants.

9. Théière extra-terrestre en céramique, Andy Titcomb
Depuis plus de seize ans, je bois au moins un litre de thé chaque jour. J'ai collectionné les théières pendant des années avant de renoncer faute de place. Celle-ci est une de mes préférées, achetée à Londres dans le magasin de thé de Neal Street lors d'un séjour avec Philou.

10. 4 flacons-souvenirs de voyage
De gauche à droite: cailloux ramassés au Ryoanji (Kyoto, 2005), terre rouge de Monument Valley (Utah, 2006), sable d'une plage des alentours de Saint-Malo (Bretagne, 2012), lave volcanique (Islande, 2012).


J'ai dû faire deux photos car les derniers objets se trouvaient à Bruxelles 
tandis qu'en ce moment, je suis à Toulon.


11. Boots de moto Free Lance, pointure 36

J'ai eu jusqu'à 120 paires de chaussures à la fois dans mes placards, pour la plupart des escarpins à talons hauts que je ne mettais pratiquement pas. Ces boots-là, par contre, je les ai achetés en décembre 2004 et portés six mois par an jusqu'à l'été dernier, aussi bien avec des jeans qu'avec des robes et des collants. Elles étaient un peu devenues ma signature niveau look. Jusqu'au jour où j'ai fait changer la semelle intérieure et où le cordonnier m'en a mis une plus épaisse, si bien que je suis désormais un peu à l'étroit dedans. Entre-temps, j'étais venue à bout de ma légendaire boulimie de chaussures - aujourd'hui, je n'en achète presque plus.

12. Régis, Uglydog rouge en 36 cm
Pendant plusieurs années, il a été notre mascotte, à Chouchou et à moi. Il avait même un blog où nous le mettions en scène en train de faire des bêtises. Le Régis originel a été perdu un jour d'été à Toulouse; nous en avons racheté un identique, mais pour moi l'élan était brisé. Plus tard, je me le suis fait tatouer sur l'avant-bras gauche par quelqu'un qui m'a fait un très sale boulot - mais je n'ai pas vraiment le courage d'aller me le faire enlever au laser. Un jour, peut-être.

Afin que tout le monde puisse consulter les billets de l'ensemble des participantes, je vous demande:
- si vous êtes blogueuse, de mettre un permalien vers votre article dans les commentaires, et je les recopierai ici au fur et à mesure
- si vous êtes instagrameuse, d'utiliser le hashtag #museumofme

Articles de blogs: 
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mardi 10 mai 2016

Avant internet



Le film mythique de mon adolescence; j'ai dû le voir 3 fois rien qu'au cinéma

Ce mois-ci, entre autres objectifs, je me suis fixé de passer moins de temps devant un écran (essentiellement ordinateur et tablette dans mon cas). J'ai lu récemment que les rayons bleus émis par ces derniers favorisaient l'apparition de la DMLA - c'est-à-dire, la perte de la vision de près - dès la cinquantaine. J'ai 45 ans passés, et ne plus pouvoir lire est l'une de mes plus grandes trouilles dans la vie. Donc, j'ai résolu de m'arracher à mon MacBook quand je ne suis pas en train de travailler, de bloguer ou de faire quelque chose de vaguement utile. Ca tombe bien, parce qu'un autre de mes objectifs du mois est de faire radicalement baisser ma PAL. Mais je me suis rendu compte qu'hormis lire, je ne sais plus guère m'occuper sans une connexion internet. 

Pourtant, j'appartiens à une génération qui a grandi sans ça. J'ai acheté mon premier PC en 1994, à l'âge de 23 ans, pour l'unique raison que je commençais à bosser en free lance et que j'en avais besoin comme outil de travail. Et je n'ai découvert internet que deux ans plus tard. Donc, j'ai passé toute mon adolescence sans ordinateur, mais aussi sans vie sociale (ou presque), et rétrospectivement, je me demande bien ce que je pouvais foutre de mon temps libre, sachant que mes devoirs étaient très vite expédiés à la sortie de l'école. 

Je me souviens que je regardais pas mal la télé en fin d'après-midi et le mercredi - les premiers anime qui arrivaient en Europe, notamment, et qui m'ont donné envie d'apprendre le japonais un peu plus tard. J'étais déjà boulimique de lecture, mais je n'avais pas des tonnes de bouquins à disposition. J'écrivais dans mon journal (l'équivalent de mon blog d'aujourd'hui, lecteurs en moins). J'écoutais beaucoup de musique, chose que je ne fais plus du tout aujourd'hui: d'abord de la variété française et du rock, puis de la cold wave, du metal et du goth en vieillissant. Je prenais des cours de danse classique et de modern jazz, ce qui devenait assez chronophage dès le printemps avec la préparation du gala de fin d'année. Et vers 15 ans, je me suis mise aux jeux de rôles qui ont très vite occupé une place importante dans ma vie, puisque c'est grâce à eux que j'ai pu démarrer professionnellement dans la traduction quelques années plus tard. 

Finalement, il me semble que mes activités étaient plus variées qu'aujourd'hui - je sortais et bougeais davantage, je voyais plus de gens même si je n'avais pas d'amis proches. Internet m'a ouvert des portes fabuleuses et permis des dizaines de rencontres enrichissantes, mais il m'a aussi vissée à ma chaise en encourageant mon tempérament d'ours de maison. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles je refuse de prendre un smartphone: je n'ai pas besoin qu'on encourage mon addiction; les rares fois où je me traîne dans le Grand Dehors, je veux en profiter pleinement au lieu de rester le nez collé à un écran juste plus petit que celui que j'ai chez moi. 

Et vous - si vous avez grandi avant l'avènement d'internet, vous occupiez votre temps libre à quoi quand vous étiez plus jeune? Qu'est-ce que l'apparition d'internet a changé dans vos activités et votre mode de vie? 

mercredi 27 janvier 2016

Ce que je leur dois




A Sylvie J et Virginie D, de m'être mise à la danse classique, puis au modern jazz
A Legolas, la découverte de Marillion qui reste mon groupe préféré 30 ans après
A Marie-Jo, celle des jeux de rôle qui devaient devenir mon ticket d'entrée dans le monde de la traduction
A Fanfan, la présence de Bidouille et Violette dans ma bibliothèque, et celle des albums de Jethro Tull, Bel Canto et Emiliana Torrini dans mon iTunes
Au Breton, mon amour des chats et l'arrivée dans ma vie de Scarlett et Copernique
A Philou, de m'être mise à boire du thé
A Etre Anciennement Exquis, de savoir tirer à l'arme de poing 
A l'Homme-ce-Chacal-Jaune, mon goût pour les Bordeaux rouges et mon brevet de plongée sous-marine
A David M. Burns, M.D., la prise de conscience que si je n'ai pas toujours de contrôle sur les événements, j'ai en revanche toujours le choix de la façon dont j'y réagis
A JC, la mise sur les rails de ma carrière de traductrice; à Brigitte, l'exemple haut de ce que je pouvais devenir; à eux deux, l'apprentissage d'une bienveillance sincère
A la collègue anonyme qui après 50 pages du tome 1 d'Anita Blake a finalement décidé de ne pas traduire la suite, la série la plus lucrative sur laquelle j'ai bossé jusqu'ici
A Anne et Gérard, l'exemple d'une séparation aussi réussie que le mariage qui l'avait précédée (non que ça m'ait servi à quoi que ce soit)
Aux VIP, les expériences en bande que je n'avais pas eu l'occasion de faire plus jeune, notamment deux beaux road trips à travers les USA
A Owen, l'introduction auprès d'un groupe de blogueurs belges parmi lesquels je devais rencontrer Chouchou 
Au Dr R, le dépistage - enfin! - de l'endométriose qui me faisait souffrir depuis l'adolescence
A Claudia et Catherine, des techniques de méditation qui m'ont beaucoup aidée dans la lutte contre mes angoisses
A Amanda Palmer et Brené Brown, de ne plus considérer la vulnérabilité comme une faiblesse honnie

Certains de ces gens ont eu une influence déterminante sur ma vie alors qu'ils ne me connaissent même pas, ou très peu. Ca me laisse rêveuse - et moi, dans la vie de qui ai-je fait une différence positive sans le savoir? 

lundi 25 janvier 2016

10 choses que j'ai appris à apprécier




Le vin blanc, puis le rouge, puis de nouveau le blanc
Jeune, je n'aimais pas ça du tout. J'y suis venue vers la trentaine grâce à mon entourage. D'abord un peu de vin blanc, timidement, pendant les déjeuners avec mon mentor et mes éditeurs (des gens qui avaient du mal à concevoir qu'on arrose un bon repas à l'eau). Puis lors du mariage du demi-frère de l'Homme-ce-Chacal-Jaune, j'ai goûté un Château Haut-Brion 1964, et à partir de là, non seulement j'ai aimé le vin rouge, mais je l'ai aimé de préférence bien charpenté et tanniné. Récemment pourtant, je me surprends à revenir au blanc que je semble mieux assimiler. 

Le thé
Mes parents buvaient du Lipton jaune. Autant dire que ça ne me faisait pas trop envie. En 2000, Philou m'a initiée aux produits Mariage Frères. J'ai commencé par boire beaucoup de Thé sur le Nil et de Marco Polo; petit à petit, j'ai diversifié mes achats et appris à apprécier la subtilité des thés nature (surtout les verts japonais). Aujourd'hui, je dois boire 4 ou 5 mugs dans une journée de travail ordinaire, et quand je pars en vacances, mon thé fait partie des essentiels à emporter dans ma valise au même titre que ma Visa ou mon iPad. 

La salade verte
Contrairement à ma soeur, je n'étais pas une gamine difficile niveau bouffe et je mangeais à peu près tout ce qu'on me présentait sans rechigner. Seule exception: la salade verte que je haïssais - et pourtant, à la maison, c'était généralement de la laitue, assez inoffensive au niveau du goût. Je ne me souviens pas d'un moment précis où j'ai eu le déclic, mais aujourd'hui, je sais que la roquette et les pousses d'épinards font partie des indispensables que j'ai toujours dans mon frigo. 

Un beau crâne chauve
Jusqu'à ce que je rencontre Chouchou, j'avais deux critères incontournables en matière de physique masculin: l'homme devait mesurer au moins 1m80 et avoir une tête pleine de cheveux, si possible longs. Quand j'ai commencé à me faire draguer par un chauve qui ne dépassait pas 1m75, j'ai pensé que ça ne marcherait jamais. Nous fêterons en octobre nos dix ans de relation. Avoir un genre, c'ets bien; l'oublier, c'est mieux. 

Le vernis à ongles
Je n'ai jamais vu l'utilité de me peinturlurer les ongles jusqu'à ce que je commence à lire MBDF et à m'intéresser à tout ce qui touchait au maquillage. Pendant trois ans environ, j'ai dépensé chez MAC l'équivalent du PIB d'un petit pays africain. Puis ça m'a passé quasiment du jour au lendemain, et maintenant, je ne mets plus rien, pas même un peu de mascara ou de fond de teint. Par contre, mon amour des ongles joliment colorés est resté; simplement, après une période arc-en-ciel, je suis revenue au rouge pimpant basique type A Oui Bit of Red ou Vodka & Caviar d'OPI. Outre le fait que je trouve ça gai, ça me dissuade de me bouffer les doigts dès que je stresse. 

Les lunettes 
J'avais dix ans quand l'ophtalmo de la famille (qui est toujours la mienne aujourd'hui) m'a annoncé que j'étais astigmate et que je devais porter des lunettes pour bien y voir au tableau. J'ai sangloté bruyamment chez l'opticien pendant le choix de ma première monture, réclamant qu'on me trouve "la plus invisible possible" - j'ai donc fini avec une horreur en plastique transparent. Au fil du temps, j'ai appris à considérer mes lunettes comme faisant partie de mon visage, et chaque changement de monture est une décision mûrement soupesée (sauf la fois où j'ai pété la mienne à Tokyo et, à moitié aveugle, dû en racheter une paire en catastrophe et sans ordonnance, dans un magasin d'Ikebukuro où personne ne parlait anglais). Jamais je ne me ferais opérer pour corriger mes défauts de vue, et pas seulement parce que l'idée qu'on touche à mes yeux me panique. Depuis que je deviens presbyte, j'ai besoin de deux paires dont je change en fonction des circonstances, et si c'est une gymnastique un peu pénible, ça veut dire aussi que je peux m'éclater avec non pas une mais deux montures différentes. Et plus je vieillis, plus je les aimes originales. 

Se coucher de bonne heure
Plus jeune, j'éprouvais une véritable fascination pour la nuit. Voir le soleil se lever après une nuit blanche me donnait l'impression de vivre plus que les autres. J'aimais les discussions jusqu'à pas d'heure avec mes potes, et plus tard, travailler pendant que le reste du monde dormait. Ca a commencé à devenir problématique quand je me suis mise en couple avec un marin qui se couchait à 22h30 pour se lever à 6h. Me recaler m'a pris des années. Aujourd'hui, je ne bosse plus après la tombée de la nuit; je suis très heureuse si je peux filer au lit à 21h30 avec un bouquin, et même quand nous sortons, il est très rare que nous rentrions passé minuit. Mon idée d'un super réveillon du jour de l'An, c'est me coucher de bonne heure pour attaquer la nouvelle année fraîche et dispose. 

Les films en VO
J'ai longtemps pensé que c'était du pur snobisme de vouloir regarder en VO les films ou les séries télé tournés dans une langue qu'on ne comprenait pas. Et puis au fil du temps, moi aussi, entendre des voix françaises sortir de bouches asiatiques en décalage avec le mouvement des lèvres, ça a a commencé à me gonfler, et j'ai préféré récupérer le débit et les intonations des acteurs originaux quitte à me farcir des sous-titres. 

La gentillesse
Existe-t-il une qualité que l'on sous-estime davantage quand on est jeune, plein de niaque et de grandes certitudes? Moi, en tout cas, il m'a fallu du temps pour l'apprécier. Limite si je ne trouvais pas ça louche qu'on soit sympa avec moi sans idée derrière la tête. Au mieux, je prenais ça pour un signe de faiblesse, la marque des pauvres gens un peu simples d'esprit qui risquaient de se faire souvent entuber dans la vie. J'admirais les cyniques et les manipulateurs charismatiques qui parvenaient toujours à leurs fins. Ca a mis un peu de temps à me passer, mais aujourd'hui, je place la bienveillance loin au-dessus de toute forme de vivacité intellectuelle, parce qu'elle est un choix de chaque jour plutôt qu'un cadeau de la nature et qu'elle rend la vie drôlement plus douce et plus belle. 

Avoir la santé
Tenue pour acquise jusqu'à la mort de Brigitte puis de mon père. Désormais considérée comme mon bien le plus précieux. 

mardi 12 janvier 2016

Souvenirs de David Bowie



La première fois que j'ai entendu David Bowie, ça devait être un album de sa période Ziggy Stardust, dans la chambre sous le toit d'une cousine plus âgée qui l'avait découvert peu de temps auparavant et avait conçu pour lui une vénération immédiate. Sur le coup, ça m'avait laissée assez froide. 

Le première fois que j'ai vraiment écouté David Bowie, c'est quand Marc Toesca a commencé à passer "Let's dance" dans son émission du Top 50. L'album éponyme est sans doute son plus méprisé, mais je parie que c'est le seul sur lequel les gens de ma génération ont tous des souvenirs de boum. En 3ème, j'avais une prof d'anglais cool qui nous faisait étudier des textes de chansons pendant les cours renforcés; j'avais apporté celles de "China Girl" découpées dans OK Magazine, et on les avait décortiquées en classe. C'était cool. 

La première fois que j'ai vu David Bowie comme acteur, c'était dans "Les prédateurs", film tiré d'un roman de Whitley Strieber qui m'avait infiniment troublée. Je commençais tout juste à développer la fascination pour les vampires qui allait me durer plus d'une décennie, et la prestation de Bowie en prédateur déchu, tragique, m'avait beaucoup marquée. 

La dernière fois que j'ai vu David Bowie comme acteur, c'était dans une autre adaptation de roman, "Le prestige" - et honnêtement, je ne m'en souviens même pas. Entre les deux, rien: "Furyo" n'était pas du tout ma tasse de thé, et je suis inexplicablement passée à côté de "Labyrinthe".

Les deux fois où je me souviens très bien d'avoir entendu une chanson de David Bowie dans un fauteuil de cinéma, c'était pour "Frances Ha" (la scène où l'héroïne danse dans la rue sur "Modern Love", la seule je crois qui m'a vraiment plu dans tout le film) et pour "Le monde de Charlie" (la scène où les héros roulent en pick-up la nuit en écoutant "Heroes"). Dans le second cas, je me souviens m'être dit qu'il n'était guère vraisemblable que des fans de rock ne connaissent pas ce morceau. 

La dernière fois que j'ai parlé de David Bowie avec des amis, c'était chez M1 et M2 alors qu'on traînait à table après le dessert. Yal m'a appris que Bowie avait un cancer, ajoutant qu'il ne lui donnait pas longtemps à vivre. Le crabe qu'on ne connaissait pas encore à Yal à cette époque l'aura emporté avant celui de Bowie. La vie est étrange parfois. 

La dernière fois que j'ai rouspété contre David Bowie, c'était au printemps dernier, à l'occasion de l'exposition qui lui était consacrée et que j'avais été voir à Paris avec Chouchou. Trop de monde, trop d'audioguide obligatoire - j'étais sortie en trombe et furibarde au bout de deux salles, avec une forte envie de meurtre de masse.

La seule et unique fois où j'ai lu une bédé consacrée à David Bowie, c'était "Haddon Hall", et c'était vachement bien. 

La chanson de David Bowie la plus écoutée dans mon iTunes (elle figure même dans mon top 10!), c'est "Sufragette City", un de ces morceaux qui me filent une pêche irrésistible dès les premières notes et me font faire des bonds dans tous les sens. Ca ne rate jamais. Je me souviens d'une scène dans "Gilmore Girls" où Jess rencontre enfin son père biologique, qui ne semble rien avoir de commun avec lui, jusqu'au moment où ce morceau passe à la radio et où ils commencent tous les deux à hocher la tête en rythme de la même façon.

David Bowie n'était pas mon idole, et je suis loin de connaître toute sa discographie, mais j'admirais le bonhomme pour son audace sans limites et sa capacité à sans cesse se réinventer. Son élégance morale, son goût impeccable, sa créativité toujours renouvelée. Des artistes de son calibre, il n'en existe pas tant que ça.