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mardi 2 juin 2020

"La maison dans laquelle" (Mariam Petrosyan)


Agée d'à peine 18 ans, Mariam Petrosyan crée un univers singulier et un casting de personnages hauts en couleurs sur lesquels elle écrit pendant toute une décennie, sans aucune intention d'en faire un jour un roman publié. 15 ans plus tard, ce sont des amis à elle qui envoient son manuscrit-fleuve à un éditeur. "La maison dans laquelle" connaît un immense succès commercial et critique en Russie. Il aura pourtant fallu une recommandation de GoodReads pour m'apprendre l'existence de l'ouvrage le plus étrange et le plus fascinant que j'ai lu depuis "La maison des feuilles" de Mark Z. Danielewski - avec lequel il ne partage pas qu'un début de titre et un cadre de huis-clos. Les réactions des lecteurs qui ont laissé un avis sont exceptionnellement tranchées: je n'ai vu aucune note de 3 étoiles, la moyenne molle signifiant "j'ai bien aimé sans plus". Ceux qui se plongent dans cet ouvrage le trouvent parfaitement indigeste ou parfaitement génial - et jusqu'à la fin du premier tiers, j'avoue n'avoir pas su dans quel camp je me rangerais.

jeudi 23 avril 2020

"Bordeterre" (Julia Thévenot)


Alors qu'ils courent après leur chien Pégase, Inès, petite teigne de 12 ans, et Tristan, son grand frère autiste amateur de mots croisés, basculent dans un monde parallèle nommé Bordeterre. Là, les nouveaux venus sont des êtres transparents qui occupent le bas de la hiérarchie sociale et servent de gibier aux nobles. Chanter est interdit sauf dérogation, et l'économie locale est basée sur le quartz qu'il faut aller pêcher au fond d'un lac inquiétant.

Manifestant des dispositions pour cette activité, Inès est recueillie par Philadelphe de Saint-Esprit, le beau Capitaine de la Garde qui l'a prise pour un garçon et rebaptisée Ignace. De son côté, Tristan se lie d'amitié avec Alma, une jeune révolutionnaire fraîchement sortie de prison qui vit dans un camping-car tracté par des poules...

samedi 22 février 2020

"Les toits du paradis" (Mathangi Subramanian)


Elles sont cinq amies d'une quinzaine d'années qui habitent le Paradis, un bidonville de Bangalore. Banu vit seule avec sa grand-mère très malade des poumons; cancre à l'école, elle manifeste des dons surprenants pour le dessin et l'ingénierie. Bien qu'aveugle, Deepa est la meilleure danseuse, la meilleure cuisinière et la plus fine psychologue de la bande.

Cadette de trois garçons, Joy s'appelait autrefois Amand, et sa vie de fille trans a pu commencer le jour où elle s'est convertie au christianisme. Musulmane et lesbienne, Rukshana s'obstine à porter des pantalons et à grimper aux arbres. Enfin, Padma la campagnarde si douée pour les langues pourrait briguer des études universitaires, mais doit veiller en permanence sur sa mère complètement déboussolée par son arrivée en ville.

Jusqu'au jour où la municipalité décide de construire un centre commercial à l'emplacement du Paradis. Un matin, les bulldozers débarquent pour raser les bicoques qui abritent tant d'Intouchables dont nul ne se soucie. Ce sont les femmes qui, courageusement, vont faire un rempart de leur corps pour protéger leur famille et leurs voisins...

jeudi 23 janvier 2020

"Je suis ton soleil" (Marie Pavlenko)


Je vais être honnête. Alors que "Je suis ton soleil" a apparemment fait le buzz chez toutes les amatrices de littérature jeunesse lors de sa parution en grand format, courant 2017; alors qu'il a récolté une dizaine de prix et qu'il est en cours d'adaptation pour le cinéma, je n'en avais même pas entendu parler jusqu'à ce qu'un commentaire d'une de mes copines éditrices, laissé sur un statut de l'autrice à l'occasion de la sortie en poche, excite ma curiosité. Et puis pour être honnête jusqu'au bout: la couverture est craquante, voilà.

Déborah entame son année de terminale sans une paire de chaussures, rapport à Isidore le chien-clochard qui dévore toutes les siennes et seulement les siennes. Mais ce n'est pas le pire, non. Le pire, c'est sa mère qui se fane, et la découverte de son père, au café, en train d'embrasser une inconnue aux longs cheveux bouclés. Le bac est en ligne de mire, et il va falloir de l'aide, des amis, du courage et beaucoup d'humour à Déborah pour percer les nuages, comme un soleil.

mercredi 22 janvier 2020

[CONCOURS] "The Rule of One"


Dans un futur proche, les États-Unis sont cernés par un mur et appliquent la loi de l'enfant unique avec la plus grande sévérité. Ava Goodwin, fille du directeur du Planning familial au Texas, mène une vie paisible et sans histoires. En apparence, du moins, car depuis sa naissance elle cache un lourd secret... Elle a une soeur jumelle, Mira. Aux yeux de tous, seule Ava existe. Depuis 18 ans, les deux soeurs partagent cette identité et sont interchangeables. Mais quand ce dangereux jeu de rôle est découvert, leur père est emprisonné et les jumelles doivent fuir. Considérées comme des traîtresses, traquées par les gardes et les drones du gouvernement, Ava et Mira plongent dans l'inconnu. Parviendront-elles à trouver les alliés qui pourraient les aider à libérer leur père et bouleverser l'ordre établi? Désormais elles ne sont plus une, mais deux, et pour survivre, elles devront d'abord apprendre à être différentes... Un palpitant thriller dans la veine de "Hunger Games" et "Divergente".

Et oui: un second concours immédiatement après celui d'hier! Pour gagner peut-être un exemplaire de "The Rule of One" (premier tome d'une probable trilogie dont j'ai déjà rendu ma traduction du deuxième...), laissez-moi un commentaire en me citant une autre oeuvre que vous avez appréciée (livre, film, série télé...) et qui a également des jumeaux ou des jumelles pour personnages principaux. Participation limitée à l'Europe. Clôture vendredi 24 à minuit et annonce du résultat dans le courant du week-end. Bonne chance à tou(te)s!

jeudi 9 janvier 2020

"Imaqa: Une aventure au Groenland" (Flemming Jensen)


Dans les années 1970, Martin Willumsen, un instituteur danois de 38 ans qui s'ennuie dans la vie, réclame sa mutation au Groenland - non pas dans un comptoir qui se rapprocherait des grandes villes qu'il connaît, mais dans un hameau de quelques centaines d'habitants. Le fonctionnaire du ministère en charge de son dossier le prévient: Martin ne doit surtout pas apprendre un mot de la langue locale. Il va là-bas pour imposer le danois et le mode de vie moderne de son peuple. 

Mais une fois à Nunaqarfik, Martin oublie tous les conseils reçus. Il est fasciné par la joie inouïe dont les Groenlandais font preuve dans les circonstances les plus terribles, le fatalisme qui leur fait accepter les épreuves comme elles viennent, les traditions de chasse, de pêche et d'élevage de chiens de traîneau qui leur permettent depuis toujours de survivre dans des conditions extrêmes. 

Petit à petit, il découvre aussi le revers de la médaille, la raison pour laquelle les Danois considèrent les Groenlandais comme des sauvages qu'ils ont le devoir de sauver d'eux-mêmes. Que peut faire un étranger contre l'alcoolisme omniprésent au village et les violences domestiques qu'il entraîne? Doit-il seulement faire quelque chose? Malgré toute sa bienveillance et sa bonne volonté, Martin ne trouve aucune réponse à ces questions...

lundi 6 janvier 2020

"The map of us" (Jules Preston)


C'est l'histoire de Tilly,  analyste de données en plein divorce qui crée un dossier à base de graphiques et d'index pour comprendre comment elle en est arrivée là.
C'est l'histoire de Violet aux jambes détruites par la polio, qu'une famille maltraitante a abandonnée dans une grande maison dont elle parvient à s'évader grâce à l'écriture. 
C'est l'histoire d'Abby qui ne peut pas avoir de frange parce que les cheveux ras, c'est plus pratique pour sa maman. 
C'est l'histoire de John, autorité mondiale sur la couleur bleue que tout le monde prend toujours pour un skater. 
C'est l'histoire de Katherine qui achète des centaines de sacs à main parfaits sans réussir à combler le vide de son existence.
C'est l'histoire d'un sculpteur de sable abonné aux deuxièmes places parce que c'est toujours un dauphin qui remporte la première.
C'est l'histoire d'Owen qui n'a pas de nom de famille mais qui parle aux jardins. 
C'est l'histoire de Daniel, businessman aux sept costumes gris-chemises blanches-paires de chaussures Oxford identiques, qui ne sait rien faire d'autre que travailler. 
C'est l'histoire de Rose qui envoie des lettres à sa fille trop souvent absente pour la tenir au courant de l'espérance de vie de sa 76ème machine à laver. 
C'est l'histoire de Matt qui tient beaucoup trop à ce vieux canapé rose défoncé dont il n'a jamais payé sa moitié. 
C'est l'histoire d'un chien appelé Le Chien, qui aime se faire transporter en brouette comme un roi. 
C'est l'histoire d'Arthur, aventurier peu coopératif qui refuse parfois de bouger de son rocher pendant des jours. 
C'est l'histoire de Sidney, l'homme qui n'enlevait jamais ses gants parce que...

vendredi 3 janvier 2020

"Greenglass House" (Kate Milford)


Milo Pine, 11 ans, s'attend à passer un Noël tranquille avec ses parents adoptifs: l'hôtel où ils habitent est surtout fréquenté par des contrebandiers, et ils n'ont jamais de clients à cette période. Pourtant, le premier soir des vacances, cinq personnes empruntent le funiculaire pour se hisser au sommet de la colline où se dresse Greenglass House. 

Le matin suivant, trois d'entre elles rapportent que des effets personnels ont été volés dans leur chambre - et peu de temps après, une tempête de neige coupe l'hôtel du reste du monde. Aidé par son amie Meddy, Milo tente de résoudre un mystère qui pourrait bien être lié à l'histoire de Greenglass House...

Quel dommage d'avoir lu ce chouette roman 9-12 (disponible en français sous le titre "L'étrange hôtel de Secrets' Hill") trop tard pour l'inclure dans ma liste de bouquins à offrir pour Noël: je connais pas mal de jeunes lecteurs qui auraient pu l'adorer! Certes, c'est un pavé dont l'histoire prend son temps pour dérouler les méandres. Mais la lenteur du rythme colle parfaitement à l'ambiance hivernale archi-douillette et un peu intemporelle. Le huis clos et la galerie de personnages secondaires tous potentiellement coupables font penser à une version junior des romans d'Agatha Christie. 

samedi 21 décembre 2019

"Le berger de l'Avent" (Gunnar Gunnarsson)


Le premier dimanche de l'Avent, le fermier Benedikt se met en route avec son bélier Roc et son fidèle chien Leo pour aller chercher les moutons égarés dans les montagnes avant qu'ils ne soient condamnés par l'hiver. C'est la 27ème fois qu'il entreprend ce périple à pied et à skis. Mais cette année, rien ne se passe comme prévu. D'abord retardé par des imprudents, Benedikt se trouve vite confronté à une météo extrêmement hostile...

Avec moins de 70 pages au compteur, ce très court roman se lit aussi vite qu'il laisse une forte impression. Benedikt est un homme simple qui se satisfait de peu et, même dans les pires situations, ne doute jamais de sa mission. Il a la force tranquille des gens qui se sentent à leur place dans le monde. Résultat, "Le berger de l'Avent" irradie la sérénité dans la tempête - d'une façon très littérale que la lectrice admirative que je suis aimerait pouvoir transposer dans sa propre vie.

Traduction de Gérard Lemarquis et Maria S. Gunnarsdottir

lundi 18 novembre 2019

"The Starless Sea" (Erin Morgenstern)


Alors qu'il prépare une thèse sur la narration dans les jeux vidéo, Zachary Rawlins découvre un curieux livre dans la bibliothèque de son université. Parmi les histoires de pirates amoureux, de cités perdues et d'acolytes sans nom, il tombe sur une scène extraite de sa propre enfance. Bien décidé à résoudre cette énigme, il suit la piste des indices présents sur la couverture. Une abeille, une clé et une épée le guident jusqu'à un bal masqué, puis un inquiétant club privé, et pour finir, une porte magique. De l'autre côté de celle-ci s'étend un monde souterrain rempli d'histoires...

8 ans. 

Après le succès mondial de "The Night Circus", que j'avais adoré à l'époque, c'est le temps qu'Erin Morgenstern aura pris pour publier son deuxième roman à la quatrième de couverture si prometteuse. Je l'attendais avec tant d' impatience qu'à minuit une le jour de sa sortie, je le téléchargeais sur ma Kindle.

jeudi 26 septembre 2019

"Changer l'eau des fleurs" (Valérie Perrin)


Au risque de passer pour la snob que je suis de moins en moins au fil du temps, j'avoue me méfier des grands succès populaires. Une fois, j'ai ouvert un livre de Marc Lévy, parcouru la première page et failli m'évanouir d'horreur dans les rayons de la Fnac. Les prix littéraires, qu'ils soient distribués par les professionnels sur fond de magouilles ou par le public sur la base du plus petit dénominateur commun, ne m'inspirent pas davantage confiance. Surtout sur le créneau du "bouquin pas vraiment feel-good mais débordant d'une humanité poignante". Je garde un souvenir douloureux des trois heures consacrées à m'infliger jusqu'au bout la pomposité de "L'élégance du hérisson". Du moins ai-je eu le bon sens d'abandonner "Mémé dans les orties" vers la page 80 avant de mourir d'une overdose de clichés.

Mais parfois, je tombe sur des exceptions à la règle, tel le très lacrymal "Avant toi". Et bien que je ne comprenne toujours pas l'intérêt de cette enfilade de poncifs qu'est "Les gens heureux lisent et boivent du café", je suis clairement bonne cliente pour les histoires dont l'héroïne reprend goût à la vie après un deuil. C'est donc avec une bonne volonté prudente que j'ai abordé "Changer l'eau des fleurs", deuxième roman d'une autrice qui avait déjà fait un carton avec son premier. Violette Toussaint est garde-cimetière dans une petite ville de Bourgogne. Les gens de passage et les habitués viennent se confier et se réchauffer dans sa loge. Avec la petite équipe de fossoyeurs et le jeune curé, elle forme une famille décalée. Mais quels événements ont mené Violette dans cet univers où le tragique et le cocasse s'entremêlent? Après "Les oubliés du dimanche", un hymne au merveilleux des choses simples.

mardi 17 septembre 2019

"Dans la mansarde" (Marlen Haushofer)


En avril, je découvrais Marlen Haushofer avec "Le mur invisible" et je me prenais une énorme baffe littéraire. Si énorme, en fait, que je n'osais pas me procurer d'autres romans de cette écrivaine: par comparaison, ils ne pouvaient que me décevoir. Mais il y a une dizaine de jours, alors que je flânais sans but dans ma librairie de quartier, mon regard s'est posé sur un livre de poche dont l'illustration m'a plu. J'ai déchiffré le nom de l'autrice et le titre; avant même de lire la quatrième de couverture, j'ai su que j'allais l'adorer aussi. Mon intuition ne m'avait pas trompée, et comme il ne fait guère plus de 200 pages, je me suis rationnée pour ne pas le finir trop vite. La narration est découpée en 8 jours consécutifs; je l'ai lu de même.

"Dans la mansarde" retranscrit le monologue intérieur d'une épouse bourgeoise, vraisemblablement au début des années 60. Mère de deux enfants et femme au foyer, cette narratrice anonyme passe la plupart de ses journées seule chez elle. Les autres l'indiffèrent. Elle n'a pas d'amies proches, estime ne pas du tout connaître sa fille de 15 ans, et le mari avec qui elle vit en bonne entente depuis près de 30 ans lui demeure à certains égards un étranger. Le regard qu'elle pose sur son entourage est tantôt lucide et amusé, tantôt perplexe ou fataliste. Les conventions ont peu de prise sur elle. La domesticité ne l'intéresse pas; elle s'y plie docilement, comme il convient à une femme de son époque et de sa condition sociale, mais sans y investir grand-chose d'elle-même.

dimanche 16 juin 2019

"Recursion" (Blake Crouch)


Bonjour, je m'appelle Armalite et je suis accro aux histoires qui me retournent les méninges.

Il y a 3 ans, j'étais scotchée par "Dark matter", uchronie personnelle renversante signée Blake Crouch.

Hier, j'ai probablement raccourci mon espérance de vie de 5 ans en lisant le dernier roman du même auteur.

Pourtant, ça n'avait pas si bien commencé. Dans "Recursion", on suit deux trajectoires en parallèle. Helena Smith est une neuroscientifique brillante qui a dédié son existence à combattre la maladie d'Alzheimer. Dans ce but, elle fabrique une chaise censée enregistrer les souvenirs des patients afin de les leur restituer ultérieurement. Onze ans plus tard, Barry Sutton, inspecteur dans la police de NewYork, est confronté au suicide d'une femme atteinte du Syndrome des Faux Souvenirs, une étrange maladie qui a fait son apparition récemment et dont nul n'est encore parvenu à identifier les causes ou le fonctionnement...

lundi 10 juin 2019

"Magic Charly #1: L'apprenti" (Audrey Alwett)


Prenez:
- un jeune héros noir, grand et athlétique, dont les gens se méfient dans la rue alors qu'il est adorable et hyper respectueux des filles;
- sa mère qui est aussi la proviseure de son drôle de lycée, l'Ecole des Allumettes Hurluberlu, et qui peint à ses heures perdues;
- sa grand-mère qui vient juste de refaire surface 5 ans après sa disparition mystérieuse, en ayant complètement perdu la mémoire;
- sa meilleure amie, héritière d'une fabrique de confiserie, qui se pend pour une rebelle et accumule toutes les bêtises possibles;
- une de leurs camarade de classe, éternelle bonne élève plutôt désagréable mais particulièrement douée pour diriger les opérations de nettoyage en grand.
Incorporez-les à un monde apparemment semblable au nôtre, mais où la magie existe. Ceux qui la pratiquent sont appelés "magiciers" et soumis à des règles très strictes - sauf, évidemment, s'ils font partie de l'élite des Académiciens et autres riches habitants de la cité de Thadam. 
Ajoutez quelques artefacts merveilleux, comme une théière perpétuelle qui sert chaque fois un thé différent selon l'humeur de la personne qui va le boire, ou une serpillère animée répondant au doux nom de Pépouze. Plus un crocodile familier, histoire d'apporter un peu de mordant.
Saupoudrez de réjouissantes références aux classiques du genre (Harry Potter et Les Annales du Disque-Monde en tête). 
Laissez cuire à petit feu pendant les deux tiers de l'histoire, le temps que le héros entame très laborieusement son apprentissage. 
Puis, lorsque le mélange commence à prendre, jetez un gros twist en plein milieu, et regardez l'explosion résultante éclabousser les lecteurs ahuris.
Terminez par une confrontation épique et-pic-et-colégram, ponctuée d'un double cliffhanger qui devrait plonger tous les gourmets littéraires dans le désespoir et ne leur laisser qu'une seule phrase aux lèvres: "La suite, et vite!". 
Agrémentez d'une couverture embossée, à l'illustration si jolie que même les accros de la liseuse se jetteront sur la version papier. 
Il ne vous reste plus qu'à servir ce premier tome de "Magic Charly" encore tout chaud et à le dévorer dans la foulée comme il le mérite. 

dimanche 19 mai 2019

"Les âmes silencieuses" (Mélanie Guyard)


1943. Héloïse Portevin a vingt-et-un ans lorsqu'un détachement allemand s'installe dans son village. Avides d'exploits, son frère et ses amis déclenchent un terrible conflit. Pour aider ceux qu'elle aime, Héloïse prend alors une décision aux lourdes conséquences... 

2012. Loïc Portevin est envoyé par sa mère au fin fond du Berry pour y vider la maison familiale après le décès de sa grand-mère. Loïc tombe sur une importante correspondance entre cette dernière et un dénommé J. Commence pour lui une minutieuse enquête visant à retrouver l'auteur des lettres. 

Entre secrets de famille et non-dits, Loïc et Héloïse font chacun face aux conséquences de leurs décisions, pour le meilleur... et pour le pire.

jeudi 11 avril 2019

"Le mur invisible" (Marlen Haushofer)


Une femme d'une quarantaine d'années accompagne sa cousine et l'époux fortuné de celle-ci dans leur chalet de montagne pour y passer le week-end. Le soir de leur arrivée, la cousine et son mari se rendent au village voisin pour faire des courses. Le lendemain matin, ils ne sont toujours pas revenus. La narratrice part à leur recherche et... se heurte à un mur invisible. Très vite, elle découvre qu'humains et animaux semblent s'être instantanément pétrifiés à l'extérieur, et que les stations de radio ont cessé d'émettre. Incapable d'établir l'origine du phénomène, elle entreprend d'organiser son existence solitaire avec un chien, une vache et une chatte pour seule compagnie. 

D'ordinaire, je ne suis pas très fan de romans post-apocalyptiques - même si peu d'entre eux sont aussi durs que "La route" de Cormac Mccarthy, probablement le plus célèbre de tous. Les seules exceptions à cette règle jusqu'ici étaient "Station Eleven" et "The book of M", que j'ai adorés tous les deux: le premier pour sa poésie du désastre, le second pour son exploration originale du thème de l'identité. L'an dernier, j'ai tenté de lire "Dans la forêt" qui récoltait d'excellentes critiques, et j'ai dû m'interrompre aux deux tiers tellement cette histoire de deux soeurs adolescentes livrées à elles-mêmes dans un monde encore peuplé de gens potentiellement hostiles m'angoissait. Mais au lieu d'invoquer une catastrophe crédible de type pandémie ou attaque nucléaire, "Le mur invisible" part d'un postulat à la limite du fantastique, ce qui m'a tout d'abord évité de trop m'identifier à son héroïne.

Puis très vite, il m'est apparu que le fameux mur n'était qu'un prétexte pour isoler cette dernière, l'obliger à renoncer à sa vie de citadine ordinaire et à tout ce qui faisait son existence pour se métamorphoser au contact de la nature. Et bien qu'il ne se produise quasiment rien durant les deux ans que couvre son carnet de bord, les pages ont défilé toutes seules tant j'étais fascinée par la facilité avec laquelle cette femme banale se résigne à son étrange sort. S'il lui arrive d'avoir peur et de déprimer, on la sent aussi soulagée par la rude simplicité de sa nouvelle vie. Elle passe très peu de temps à ruminer le passé ou à s'interroger sur son avenir au-delà des quelques mois sur lesquels elle doit planifier les travaux agricoles nécessaires à sa subsistance. Au lieu de ça, elle apprivoise la montagne; elle apprend à goûter la satisfaction du labeur manuel, la beauté de ce qui l'entoure, la tendresse qui la lie à ses animaux - et à s'en contenter sans récriminations amères. Sa solitude la renforce, développe sa vie intérieure et la rapproche d'une forme de vérité universelle.

Ecrit par une autrice autrichienne durant la Guerre Froide, "Le mur invisible" dresse un magnifique portrait de femme contrainte de ne compter que sur elle-même, et qui en des circonstances extraordinaires se découvre des ressources insoupçonnées. Un véritable traité de résilience et de sagesse dont je ne saurais que trop vous recommander la lecture. 

Traduction de Liselotte Bodo et Jacqueline Chambon

mercredi 6 mars 2019

"Seconhand spirits" (Juliet Blackwell)


Lily Ivory est une sorcière de naissance, que ses pouvoirs ont obligée à fuir la petite ville du Texas où elle avait grandi. Pendant des années, elle a parcouru le monde sans s'attacher à personne - mais à présent, elle estime le temps venu de se fixer quelque part. Elle a choisi San Francisco pour son énergie positive, et ouvert une boutique de vêtements vintage dans l'ancien quartier hippie de Haight Ashbury. Malgré ses hésitations, elle a déjà commencé à tisser des liens: avec Bronwyn, la wiccane herboriste qui la seconde chez Aunt Cora's Closet, avec Conrad, un jeune "punk du caniveau" à qui elle confie de menues tâches en échange d'un solide petit déjeuner, ou avec Maya, une étudiante en arts plastiques dont la mère effectue des travaux de couture pour elle. Mais un jour, alors qu'elle s'est rendue chez une vieille dame au passé douloureux pour y récupérer toute une collection de robes anciennes, Lily entend la plainte de la Llorona, un esprit mexicain connu pour noyer des enfants... 

Absolument tout m'a plu dans "Secondhand Spirits". San Francisco est une ville géniale où j'espère bien retourner un jour, et que j'ai eu plaisir à retrouver dans les pages de ce livre. Le commerce de vêtements vintage qui occupe officiellement les journées de Lily est présenté sous un jour intéressant et attachant. Les personnages secondaires sont nombreux et divers, avec des caractères très distincts - bienveillants pour la plupart, mais pas nécessairement Bisounours. Le familier de Lily, un gobelin-gargouille qui se change en cochon nain pour pouvoir accompagner sa maîtresse sans attirer l'attention (!), apporte une touche d'humour toujours bienvenue. L'intrigue m'a parue assez originale, bien menée, prenante et pas du tout évidente à résoudre.

Mais ce que j'ai le plus adoré, c'est l'héroïne. Lily est une jeune femme très indépendante. Habituée à ne compter sur sur elle-même, elle est souvent mystifiée par les relations humaines, réticente à se laisser approcher sur le plan amical ou amoureux. Pourtant, elle fait preuve de beaucoup de bonne volonté et nous épargne les drames imbéciles aussi bien que les sarcasmes constants qui ont fini par me lasser chez d'autres "femmes fortes" de la littérature récente. Juliet Blackwell en fait un personnage très humain et très crédible, dont on aimerait bien devenir la BFF. Et elle nous laisse entrevoir juste assez de son passé tumultueux pour nous donner envie d'y revenir - je veux vraiment savoir ce qui s'est passé avec ce perroquet fou à Hong Kong.

"Secondhand spirits" est le premier tome d'une série qui en compte actuellement 9, la parution du 10ème étant prévue pour cet été. Je l'ai tellement aimé que j'ai aussitôt enchaîné sur le deuxième. Pour les amateurs du genre, il est décrit comme un "cosy mystery", mais autant vous prévenir: malgré une atmosphère générale très feel good, il contient certains éléments assez sombres en rapport avec la sorcellerie. A l'heure où j'écris ces lignes, la série "A witchcraft mystery" n'est pas traduite en français. Il va sans dire que je serais tout à fait volontaire pour m'en charger!

mardi 12 février 2019

"La grande traversée" (Shion Miura)


Jeune homme discret et emprunté, Majimé se voit bombardé éditeur d'un dictionnaire en cours d'élaboration. Il ne le sait pas encore mais ce projet ambitieux, baptisé "La grande traversée", va prendre une quinzaine d'années de sa vie...

Enorme succès commercial au Japon, où il a également été adapté sous forme de film et de dessin animé, "La grande traversée" a pourtant mis du temps à me séduire. La quatrième de couverture laissait supposer une forte composante gastronomique à travers le personnage de Kaguya, dont Majimé est amoureux et qui est tout aussi obnubilée par la cuisine que lui par la lexicographie. En réalité, le sujet est à peine évoqué, ce qui m'a  déçue au point que j'ai failli abandonner ma lecture en cours de route. 

Et puis je me suis attachée à ce héros improbable qu'est Majimé. Un peu excentrique, il se fiche des apparences, ne se souciant que de faire le meilleur travail possible: approcher au plus près la vérité de chaque mot, en répertorier toutes les nuances possibles, décider quels termes désuets doivent être éliminés pour faire place à d'autres plus modernes. Un labeur de fourmi dans lequel il met toute son énergie et tout son coeur. Il n'a pour l'assister qu'une équipe réduite: deux hommes âgés spécialistes des dictionnaires, une secrétaire à mi-temps, un collègue désinvolte et moqueur qui va devenir pour lui un précieux allié, et plus tard, une jeune femme d'abord contrariée par sa mutation mais que l'enthousiasme de Majimé va gagner peu à peu. Malgré des années d'incertitude quant au sort de "La grande traversée", il fait preuve d'une obstination sans faille, d'un dévouement à la pureté contagieuse. 

J'ai aimé sa relation peu conventionnelle avec Kaguya, chacun se consacrant entièrement à sa passion et respectant celle de l'autre au détriment d'une vie de famille classique. J'ai aimé l'ambiance du service des dictionnaires, relégué par la maison d'édition dans un vieux bâtiment délabré, insuffisamment financé et considéré avec une pointe de mépris par les autres employés, mais qui se transforme en ruche bourdonnante durant la période de bouclage. J'ai aimé la plaisanterie pourtant pas très fine de Nishioka, prétexte à une annexe amusante à la fin du roman. Bref, même si ce n'était pas tout à fait le roman que je pensais lire lorsque je l'ai acheté, je l'ai finalement beaucoup apprécié. 

Traduction de Sophie Refle

dimanche 10 février 2019

"The Mussorgsky riddle" (Darin Kennedy)


Investigatrice psychique, Mira Tejedor est appelée au secours d'un garçon autiste de 13 ans qui a brusquement sombré dans l'apathie. Si d'ordinaire elle se contente de percevoir les émotions d'autrui, avec Anthony Faircloth, elle plonge dans un univers mental extrêmement codifié, structuré selon "Tableaux d'une exposition" du compositeur Moussorgski...

Voilà un policier fantastique fort original! L'héroïne mène l'enquête à la fois dans le monde réel et dans une oeuvre de musique classique dont chaque personnage est une émanation de la psyché fracturée d'un adolescent. Qu'est-ce qui a bien pu traumatiser Anthony au point qu'il se retranche totalement en lui-même? Bien qu'un peu lentes à mon goût, les révélations sont amenées avec beaucoup d'habileté et aboutissent à une résolution qu'on ne voit pas venir à vingt kilomètres. Intrigant et très réussi, "The Mussorgsky riddle" peut tout à fait se lire seul, mais l'auteur a écrit deux autres tomes avec la même héroïne et sur le même principe, sur lesquels je me pencherai probablement plus tard. 

jeudi 7 février 2019

"Dites aux loups que je suis chez moi" (Carol Rifka Brunt)


En 1987, dans l'Etat de NewYork. June a 14 ans lorsque son oncle adoré meurt du Sida. Finn était un artiste renommé qui venait juste d'achever un portrait de ses deux nièces. A son enterrement, June aperçoit un homme que sa soeur aînée Greta et leurs parents traitent d'assassin. Il s'appelle Toby, et il était le compagnon de Finn depuis presque dix ans. D'abord blessée d'apprendre que son oncle lui a caché tout un pan de sa vie, June trouve bientôt un message dans lequel Finn lui demande de veiller sur Toby, également malade et désormais seul au monde. Une amitié étrange naît entre eux...

On pourrait faire beaucoup de reproches au premier roman de Carol Rifka Brunt. June est l'archétype de l'ado maussade, persuadée que personne ne la comprend. Greta est jalouse et cruelle; leur mère, amère et injuste; leur père, falot et inexistant. Toby suscite la compassion mais se comporte en irresponsable total d'un bout à l'autreSérieusement, il n'y a pas un personnage pour rattraper l'autre - hormis Finn, sorte de saint intouchable mais essentiellement vu à travers les yeux de ses proches, sans qu'on sache à quel point l'image qu'ils s'en font correspondait à la réalité. 

Même avec des parents très pris par leur travail, June jouit d'une liberté de mouvement assez peu crédible pour son âge. Pourtant, son portrait psychologique est fouillé et accrocheur, notamment dans l'approche de ses sentiments les plus inavouables. Même si j'ai rouspété intérieurement tout le long, j'ai lu "Dites aux loups que je suis chez moi" presque d'un trait. L'autrice dépeint avec justesse les réactions que suscitait le Sida à la fin des années 80: la curiosité morbide du public, la honte de l'entourage, l'isolement des malades. Elle tisse des relations familiales complexes et douloureuses dans l'ensemble, mais leur offre une résolution aussi créative qu'émouvante. 

Traduction de Marie-Axelle de La Rochefoucauld