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mardi 11 juin 2019

L'étoffe dont on fait les amis



Les relations humaines ont toujours été une chose extrêmement compliquée pour moi. 

Je n'ai pas eu d'amis avant l'âge de 15 ans et mon arrivée dans un club de jeux de rôles fréquenté par des hordes de garçons tout aussi asociaux que moi. Même alors, nos rapports étaient surtout fondés sur le partage d'une activité excitante qui ne nous obligeait pas à aborder quelque sujet personnel que ce soit. Pour le reste, je n'avais aucun point d'accroche avec mes camarades de classe, tous beaucoup plus vieux que moi (et beaucoup plus bêtes, de mon avis qui n'engageait que moi). Ca ne s'est pas arrangé quand j'ai débarqué dans une grande école de commerce où en plus du fossé de l'âge qui s'était encore creusé entre-temps, j'ai été confrontée au fossé de classe sociale et d'ambitions radicalement divergentes qui béait entre eux et moi - ils voulaient conquérir le monde merveilleux de l'entreprise; je n'aspirais qu'à bosser tranquillement dans mon coin sans avoir de comptes à rendre à personne.

mardi 28 mai 2019

Où des interrogations partagées aboutissent à des réponses contraires



Depuis quelques années, je m'intéresse beaucoup à l'autisme et notamment à sa forme dite "syndrome d'Asperger". Il se trouve que je me reconnais dans 95% de la liste des caractéristiques les plus courantes. Toute petite, déjà, j'avais un comportement si différent de celui des autres enfants de mon âge que mon oncle et ma tante - qui travaillaient dans l'Education Nationale - avaient suggéré à mes parents de me faire tester. Jeune adulte, j'ai tenu à peine trois ans dans le salariat; après ça, j'ai su que si je ne trouvais pas un moyen de gagner ma vie toute seule dans mon coin, je finirais par devenir dingue et/ou me foutre en l'air.

mardi 7 mai 2019

Nos vérités contraires




Lors d'un pétage de plombs récent, j'ai jeté des horreurs à la tête de Chouchou, et au cours de la discussion qui a suivi, je me suis excusée en disant que je ne les pensais pas vraiment. Il m'a répliqué que ce qui sort quand on est à bout, c'est toujours la vérité profonde. J'ai contré que pas du tout: lui-même m'avait également balancé des atrocités à l'occasion d'anciennes disputes alors que de toute évidence, il ne les pensait pas. J'ai cité un exemple spécifique et il m'a dit que si si, il le pensait, en expliquant pourquoi. Ce qui ne l'empêche pas de m'aimer, et de me le répéter très souvent sous des formes aussi flatteuses qu'argumentées. Malgré nos accrochages spectaculaires, on va sur nos 13 ans de relation - un fait sans précédent pour lui comme pour moi. Il faut donc croire que l'on pense effectivement des choses très dures l'un sur l'autre, mais que ce négatif est plus que contrebalancé par les qualités qu'on se trouve mutuellement. 

Ou peut-être que c'est un peu plus compliqué que ça.

mardi 16 avril 2019

All out of fucks



Hier soir, en me rasseyant devant mon MacBook après avoir vu "Game of Thrones", j'ai découvert que Notre Dame brûlait. Passée la surprise initiale ("Mais comment un incendie a-t-il pu prendre là-dedans?"), j'ai espéré que les pompiers arriveraient à maîtriser le feu avant qu'il se propage aux habitations environnantes, et surtout qu'il n'y aurait pas de victimes. J'ai trouvé ça triste qu'un monument vieux de plus de huit siècles et faisant partie du patrimoine de l'humanité soit touché de la sorte, mais sans plus. 

mardi 5 mars 2019

L'exception Colère




La semaine dernière, je vous parlais de ma technique d'"arbre des développements possibles" pour juguler mes angoisses irrationnelles. On pourrait croire qu'elle fonctionnerait aussi très bien sur la colère - l'autre grande émotion négative qui domine ma vie. Or, ce n'est absolument pas le cas. 

mercredi 7 novembre 2018

Ces choses que je ne m'autorise pas





Je ne m'autorise pas à trop me soucier de mon apparence - à me laisser abattre par l'expansion de mon tour de taille, la dégringolade de mes chairs ou le blanchissement de mes cheveux. On en est tous plus ou moins là aux abords de la cinquantaine; se prendre la tête pour un phénomène aussi inéluctable est une souffrance inutile. Mieux vaut accepter que je vieillis, comme tout le monde, et qu'il y a des préoccupations autrement plus importantes. 

samedi 1 septembre 2018

J'aimerais être le genre de personne





J'aimerais être le genre de personne qui lit de la poésie et qui s'en délecte au lieu de se manquer s'endormir sur la page qu'elle vient de relire 12 fois et de se sentir aussi intellectuellement raffinée qu'un bulot. 

J'aimerais être le genre de personne qui sautait du lit en pleine forme le matin à 5h30 longtemps avant qu'Hal Elrod invente le Miracle Morning. Le genre de personne qui adore courir à cause du shoot d'endorphines et du bol d'air pur. Le genre de personne qui publie des Instagram d'elle bras-dessus bras-dessous avec sa team de crossfit ou contorsionnée en forme de bretzel sur un rooftop à la mode.

jeudi 16 août 2018

Les zones d'ombre





Depuis plus de 14 ans, je suis blogueuse et lectrice de blogs. Je m'intéresse peu aux catégories dans lesquelles on trouve les fameuses "influenceuses": la mode, la beauté ou le lifestyle. Ce que je viens chercher sur internet et que j'essaie de donner aussi, c'est de l'intime. Mais le genre d'intime dont on ne discute pas forcément même avec ses proches. Les versants sombres de la personnalité. Les moments peu glorieux. Les vérités difficiles. Les sentiments honteux. Les sujets tabous. 

dimanche 22 juillet 2018

Le jugement de mon père





Quelques jours après avoir publié ce billet, je suis allée boire un verre avec Gasparde. On a causé de tout un tas de trucs inoffensifs pendant deux heures: nos voyages, nos lectures, nos connaissances communes ou nos petits dégoûts. Puis, alors qu'on attendait patiemment au bar pour payer, elle m'a lancé sur un ton désinvolte: "Au fait, à propos ton billet de l'autre jour: tu as peur qu'il se passe quoi, au juste, si tu te montres plus vulnérable avec ton entourage? Pourquoi tu crois que les gens vont en profiter pour te faire du mal?". 

mardi 10 juillet 2018

Redevenir humaine





Par défaut, je me méfie des gens que je ne connais pas. Je pars du principe qu'il y a de fortes chances qu'ils abusent de ma gentillesse ou cherchent à profiter de mes faiblesses. J'ai de très bonnes raisons "historiques" pour ça. A mes yeux, les autres sont avant tout des menaces, des dangers potentiels. Du coup j'ai, à dessein, choisi un métier extrêmement solitaire, et ça fait 25 ans que je limite mes rapports humains au maximum. Une fois de temps en temps, j'apprends à connaître quelqu'un d'intéressant sur internet, et je finis par me sentir suffisamment en confiance pour avoir envie de le rencontrer en vrai. Mais même à ceux que je considère comme mes proches, je ne dévoile pas tout. Pas tous les faits, et surtout, pas tous les sentiments qui les accompagnent.

mardi 8 mai 2018

Plaidoyer pour l'ennui





Je supporte très mal de n'avoir rien à faire. Les week-ends où je suis à Bruxelles et où Chouchou est bloqué à la maison par son boulot, je me creuse frénétiquement la tête pour dresser quand même une To Do List, dussé-je la remplir de trucs pas fun tels que "Ménage de la salle de bain" ou "Tri du placard à thé". Si je n'ai aucune activité sympa en vue, qu'au moins je mette mon temps à profit pour faire avancer le schmilblik en me débarrassant de quelques corvées. Je suis une excellente glandeuse, mais ma conception de la glande implique de pouvoir faire une petite croix à la fin - à côté de "Lire le dernier roman de Machin" ou "Tester le masque visage Truc", par exemple. Sinon, j'ai l'impression de perdre mon temps, de ne pas faire suffisamment compter chaque journée qui me rapproche de la mort. Déjà que je ne suis pas en train d'élever la prochaine génération ni de produire l'énergie renouvelable ultime ou de chercher un vaccin contre le cancer, il faut que je puisse justifier d'un accomplissement, même minuscule.

lundi 16 avril 2018

Où je règle leur compte aux flocons de neige





Longtemps j'ai été une petite conne. 

Bon, j'avais des excuses. A 8 ans j'étais en CM1; on me faisait passer des tests de QI et en voyant le résultat, on débattait pour savoir si on m'envoyait dans une école spéciale surdoués à Nice ou si on me faisait sauter une troisième classe et rentrer en 6ème l'année d'après. J'avais un physique ingrat, zéro aptitude sociale et pas davantage de dispositions artistiques ou sportives; du coup, tout ma jeunesse, je n'ai été valorisée que pour mon intelligence soi-disant hors normes. Un conditionnement très peu propice au développement d'une saine humilité. 

jeudi 5 avril 2018

Le homard




Au commencement j'étais molle. 

Dans tous les sens du terme. 

Physiquement, une petite chose blanche et dodue, dont ni la coupe de cheveux ultra-courte imposée par sa mère, ni la mode disgracieuse des années 70 ne venaient arranger la face de poisson-lune. 

Emotionnellement, une créature peu intéressée par les autres et sans défense aucune face à eux, pleurnicharde en diable qui exécrait tout effort physique et ne respirait que le nez dans ses bouquins. 

Si j'avais pu grandir dans une bulle, tout se serait très bien passé. 

mardi 6 mars 2018

Confessions d'une sociopathe






J'ai zéro empathie. 
Et pas beaucoup de compassion non plus. 
(Je suis toujours en train de défendre avec virulence l'une ou l'autre cause, mais ça n'a rien à voir avec l'empathie ou la compassion: d'un point de vue froid et rationnel, je ne supporte tout simplement pas l'injustice.)
J'ai un sens aigu de moi-même. Je sais très précisément comment je fonctionne et pourquoi. Dans la mesure où peu de gens fonctionnent de la même façon, ma connaissance de mes propres ressorts me rend aveugle et sourde à ceux d'autrui. 

mercredi 29 novembre 2017

Evitante




Je viens de finir le mémoire d'Alyssa Mastromonaco, qui fut la Depuy Chief of Staff de Barack Obama à la Maison Blanche. Bien que moins drôle et finalement moins intéressant qu'escompté, son aperçu des coulisses du gouvernement américain sous ce président pour qui j'éprouve une folle admiration m'a fait envie par certains côtés. Gérer efficacement de graves crises nationales, se dire qu'on a été vraiment utile, qu'on a servi tout un peuple en bossant dur - ça doit procurer une immense satisfaction. D'ailleurs, je m'intéresse suffisamment à la politique, et en particulier aux affaires sociales, pour avoir déjà caressé l'idée d'une carrière là-dedans. Mon sens de la justice et de l'équité est sans doute une des forces principales qui m'animent. Le problème, c'est que parallèlement, je suis une introvertie qui déteste être obligée de parler à des inconnus et dont le travail en groupe sape toute l'énergie. Compliqué de se mettre au service d'un public avec lequel on préfèrerait ne jamais être en contact direct. 

mardi 12 septembre 2017

Ennuyeuse




A un moment de ma vie, j'ai été capable de sauter dans la mer du haut d'une falaise et de prendre des bains de minuit, de faire le grand écart facial et le pied à la main, de sortir avec le ventre à l'air et les fesses très modérément couvertes, de danser toute la nuit et d'aller directement au boulot le lendemain, de baragouiner l'espagnol et de tenir une conversation simple en japonais, de monter à cheval et de plonger avec des bouteilles, de chuter sans me faire mal et de mettre des coups de pied à la hauteur de ma tête, de m'envoyer en l'air un peu partout et souvent dans des endroits pas faits pour ça, de partir à l'étranger à l'arrière d'une moto, de peindre (pas très bien) à l'aquarelle, de manger tout ce que je voulais sans me poser de questions, de faire un gros repas le soir et de dormir quand même la nuit, de me foutre royalement de ce qui se passait dans le reste du monde, de changer de vie sur un coup de tête. 

lundi 19 juin 2017

La glu



Début juin, je me lançais dans un projet 30 days of giving dont j'avais expliqué l'origine et le principe ici. Comme je voulais sortir de ma zone de confort et, plutôt que des dons ponctuels en argent ou en objets que je fais facilement à longueur d'année, offrir du temps ou de l'attention, je me suis rapidement heurtée à mes propres limites. 

C'est incroyable ce que ça peut me coûter d'avoir le moindre geste affectueux envers quelqu'un de mon entourage. Vous vous souvenez de ce que dit le renard au Petit Prince dans le roman de Saint-Exupéry? On devient responsable de ce qu'on apprivoise. Et moi, je ne veux être responsable de personne. Pas juste matériellement, comme on peut l'être envers un enfant, mais aussi affectivement. Et pas parce que je suis irresponsable, mais au contraire, parce que je prends toutes mes responsabilités (réelles ou imaginaires) hyper au sérieux. 

En bientôt 23 ans de carrière, dans un métier où rendre son travail en retard est, sinon la norme, au moins un incident assez fréquent, je n'ai réclamé de délai que deux fois: 48h quand j'ai divorcé et organisé en catastrophe mon déménagement vers les USA, 24h quand le cancer de mon père a été diagnostiqué et que je suis descendue à Toulouse pour les aider, ma mère et lui. Pour le reste, même malade comme un chien ou noyée au fond d'un puits d'angoisse, je m'arrange toujours pour rendre mes traductions dans les temps. 

Du coup, je répugne à prendre n'importe quelle forme d'engagement, parce que je mesure très bien à quel point je vais me sentir liée. Et, connaissant mes réactions instinctives, à quel point ça me donnera envie de m'enfuir. Depuis des années, Chouchou et moi, on se dit que ça serait bien de se marier pour de bêtes raisons administratives. Je suis d'accord sur le principe, mais je traîne les pieds: j'ai trop peur, une fois que j'aurai signé au bas du foutu papier, de me sentir prise à la gorge et de commencer à étouffer. Ou que Chouchou se transforme en monstre du jour au lendemain et que je ne puisse lui échapper qu'au terme d'une bataille juridique pénible. J'ai déjà un divorce à mon actif; je sais comment ça se passe parfois. Rien que le fait de l'aimer autant me met au bord de la panique quand j'y pense trop. 

Cette phobie affective fait aussi de moi une mauvaise amie, quelqu'un sur qui on ne peut pas compter pour prêter une épaule compatissante: je ne veux pas que quiconque commence à avoir besoin de moi, parce qu'alors je vais me sentir tenue de répondre toujours présente même quand je n'aurai pas envie ou que ça ne m'arrangera pas. Parfois, quand mes proches ont des soucis d'une nature qui me touche particulièrement, j'ai l'impulsion de leur dire: "Je suis là pour en discuter si tu veux". Et puis neuf fois sur dix, je me retiens. Même chose pour mon empathie défaillante: il ne s'agit pas d'un défaut de fabrication mais d'un choix délibéré. Je ne veux pas me mettre à la place des autres; je ne veux pas ressentir leur souffrance. Les miennes me foutent déjà suffisamment en l'air. Les sentiments, c'est de la glu où on se prend les pattes et le coeur. 

mardi 16 mai 2017

Bienveillance conditionnelle




Pendant les débats houleux autour de l'abstentionnisme du second tour, lors des récentes élections présidentielles françaises, il est une chose qui m'a beaucoup marquée: les abstentionnistes qui se plaignaient que, au lieu de les attaquer sur leur choix, les gens comme moi ne fassent pas preuve d'un peu plus de bienveillance et de compréhension envers eux. Ce à quoi ma réponse était toujours que ma bienveillance et ma compréhension, je les réservais aux minorités qui seraient les premières victimes d'un régime fasciste en cas de victoire de Marine Le Pen. On peut penser que j'ai raison ou tort de fustiger les abstentionnistes; la question a déjà été amplement traitée ici ou ailleurs et ce n'est pas le sujet de ce billet. Je ne reparle de ces incidents que parce qu'ils ont déclenché chez moi une réflexion assez intense. 

Ca fait des années que, après avoir eu le culte de l'intelligence pendant toute ma jeunesse, j'ai décidé que la bienveillance était la plus belle et la plus désirable des qualités humaines. Les gourous de la pensée positive et de la pleine conscience, deux courants auxquels je m'intéresse beaucoup et qui m'ont énormément fait progresser à titre personnel, prônent d'ailleurs une bienveillance tous azimuts, envers soi-même comme envers autrui. Parce que ça rend la vie plus douce; parce que ça évite de s'énerver pour des bêtises voire de s'énerver tout court; parce que souvent les autres sont un miroir qui vous renvoie ce que vous projetez vers eux; parce que c'est un bon moyen de créer un cercle vertueux. Sur le papier, ça fait parfaitement sens pour moi. 

Dans la pratique, par contre, je n'y suis jamais arrivée. Mais si vous me suivez depuis un certain temps, vous savez que je suis adepte du travail sur soi et de l'auto-amélioration constante. Je pourrais donc ajouter la bienveillance universelle à la liste des qualités que je m'efforce de cultiver, mais... Ces élections m'ont fait prendre conscience que je n'en avais pas envie. Que j'étais bien trop dans le jugement et que je n'avais absolument pas assez d'empathie pour faire des efforts vis-à-vis de personnes dont j'estime, pour une raison quelconque, qu'elles ne méritent pas que je gaspille mon énergie positive avec elles. 

Je suis plutôt bien disposée vis-à-vis de mon prochain - un peu plus quand je suis de bon poil, un peu moins dans le cas contraire, mais globalement, je fais partie des gens qui aiment rendre service et embellir le quotidien des autres dans la mesure du possible. Je complimente des inconnues sur leur beau manteau ou leurs cheveux magnifiques à l'arrêt de bus; j'aide les mamans encombrées à descendre leur poussette dans les escaliers du métro; je dis "C'est pas grave, ça peut arriver à tout le monde" quand quelqu'un fait une erreur de bonne foi. Je n'engueule pas les contrôleurs quand mon train est encore en retard; je ne soupire pas bruyamment quand un bébé pleure dans l'avion; je soutiens les grévistes même s'ils contrarient mes projets. Bref, le mode "hyène" n'est pas  mon réglage par défaut. J'aime quand tout le monde fait preuve de bonne volonté, s'entraide et oeuvre à chercher des solutions acceptables pour l'ensemble des personnes concernées. 

Par contre, si je me heurte à de la mauvaise foi ou de la mauvaise volonté, je démarre au quart de tour. J'entends bien que les gens ont toujours leurs raisons d'être désagréables, de nourrir des préjugés ou d'avoir des réactions que j'estime pourries, mais... ce n'est pas mon problème. J'aimerais pouvoir me montrer naturellement patiente et compréhensive avec eux. Si ce sont mes amis, je fais un effort au nom de toutes les qualités que je leur trouve par ailleurs. Si ce sont des inconnus, tant pis. La vendeuse qui me prend ouvertement pour une truite, le fonctionnaire qui se fiche éperdument de mon dossier, le mec qui me balance une grosse vanne sexiste en se trouvant très drôle, les voisins répétitivement indélicats, la vieille dame qui me parle de la fiancée noire de son neveu en la traitant de "sac de charbon" (oui, c'est du vécu), je me fous de leur boulot pas folichon, de leurs insécurités personnelles ou de l'éducation qu'ils ont reçue. Je ne vais pas gaspiller ma bienveillance avec eux. En revanche, j'ai toujours un stock fourni de réparties acerbes sur le bout de la langue; il suffit de demander.

Je n'ai jamais compris qu'on glorifie la notion d'amour inconditionnel. Pour moi, l'amour (ou l'amitié) doit se mériter un minimum. Pas forcément tous les jours et dans chaque chose - au sein d'une relation de longue durée les erreurs, les compromis ou les passages à vide me paraissent tout à fait normaux. Mais être toujours celle qui fait les efforts, celle qui mord sur sa chique pour faire fonctionner le biniou, franchement ça ne me tente pas. Et c'est pareil pour la bienveillance. J'admire les gens assez zen pour en faire preuve en toutes circonstances. Mais je ne serai jamais membre de leur club, et très honnêtement, je n'y aspire même pas. Je sais ce que je suis capable de donner. La bienveillance inconditionnelle n'en fait pas partie. 

mercredi 12 avril 2017

Stressée de l'horloge




Ca doit faire vingt ans que je ne porte plus de montre. Et comme mon vieux Nokia est rarement allumé, je donne l'impression de vivre sans heure. La nana cool, qui peut se permettre d'aller à son propre rythme vu qu'elle bosse à la maison et qu'elle n'a pas d'enfants. 

En réalité, je suis tout sauf décontractée de l'horloge.

J'ai un TOC curieux qui fait que je ne peux commencer à bosser que sur une heure pile, éventuellement la demie. Mais je me soigne: ces derniers temps, j'arrive parfois à m'y mettre à et quart ou moins le quart! 

Je ne supporte pas les gens chroniquement en retard. Je considère ça comme un manque de respect, une façon de dire "Mon temps est plus précieux que le tien, donc, tu peux bien m'attendre". Du coup, le simple fait d'arriver 10 minutes après l'heure indiquée chez des amis qui nous ont invités à dîner me file des palpitations. Au fil des ans, ça été source d'énormément de tensions entre Chouchou - qui a une conception du temps, disons, plutôt élastique - et moi.

Quand j'ai un rendez-vous à 15h40 chez un médecin que je sais toujours très en retard, et que le bus qui dessert Monpatelin à 15h me déposerait devant son cabinet à 15h45, la semaine qui précède, je me dis: "Bah pour 5 minutes, c'est pas grave du tout, il ne s'en apercevra même pas". Le jour J, je prends quand même le bus de 14h, j'arrive à 14h45 et je poireaute jusque vers 17h15 en me traitant d'imbécile psychorigide. Mais j'avance bien dans mon bouquin en cours. 

Si je dois prendre un avion ou un train, je calcule de combien de temps j'ai besoin au pire pour atteindre la gare ou l'aéroport, et je me rajoute encore une marge d'une demi-heure à trois quarts d'heure. Si le départ a lieu avant 10h du matin, la nuit précédente, je suis tellement stressée que je ne dors quasiment pas (d'autant plus que je n'ose ni prendre de somnifère ni mettre de boules Quiès de peur de ne pas entendre mon réveil - du moins, s'il n'est pas victime d'un accident bizarre et se décide bel et bien à sonner). Si quelqu'un doit me conduire, je lui indique une heure de départ un quart d'heure avant l'heure réelle.

Je calcule toujours large, et j'ai horreur de courir. Résultat, lorsque nous sommes en voyage, le programme que je nous avais prévu pour la journée est généralement bouclé vers 15h, et ensuite, nous errons comme des âmes en peine dans le dernier quartier où nous avons atterri. (Et là, j'envisage vaguement de me remettre au geocaching juste pour meubler.)

J'ai très envie de retourner au Japon, d'aller en Australie, de visiter Seoul, Kuala Lumpur ou Hong-Kong, mais outre le manque de temps et de sous ces dernières années, je suis hyper freinée par 1/ la longueur du vol 2/ le gros décalage horaire dans le mauvais sens. J'ai mis vingt ans à caler mon rythme biologique sur des horaires normaux, et le foutre en l'air pour deux ou trois semaines de vacances m'angoisse énormément. 

vendredi 27 janvier 2017

Fausse fille




Je ne me maquille plus depuis des années, et je me trouve très présentable comme ça, merci. 
Je ne me suis jamais fait de brushing de toute ma vie, considérant comme une perte de temps la moindre minute passée dans ma salle de bains hors des nécessités d'hygiène basiques. 
Les comédies romantiques m'ennuient à mourir.
Je déteste la Saint-Valentin.  
Je vomis la galanterie, ce pseudo-esprit chevaleresque qui ne sert qu'à maintenir les femmes dans le rôle de créatures fragiles et donc inférieures. (En revanche, je suis une très grande fan de la politesse indépendante du contenu de la culotte des gens.) 
Je n'ai jamais rêvé de me marier, surtout pas en robe blanche et grand tralala. 
Je n'ai jamais voulu d'enfants non plus. Mon instinctmaternelomètre est coincé sur zéro depuis 45 ans et 9 mois. 
On m'a également oubliée lors de la distribution d'empathie, de sensibilité et de douceur. 
A un moment donné, il était question de m'enlever l'utérus à cause de mon endométriose: le concept ne me posait aucun problème. Non, je ne me serais pas sentie moins fâââme, juste soulagée. 
Dans le même ordre d'idée, si je dois avoir un cancer un jour, à gravité et risques égaux, j'espère que ce sera un cancer du sein plutôt que d'un organe qui me sert vraiment à quelque chose. 
Mais apparemment, la cerise sur le gâteau, c'est que que je trouve que Cillian Murphy - un des acteurs de la série "Peaky blinders" - a une tête de mérou resté trop longtemps dans le formol. "Toutes les filles le trouvent irrésistible", m'a affirmé Chouchou l'autre soir. "Euh, ben non, pas moi." "Toutes les filles", a-t-il insisté. 
Du coup, je ne sais plus trop à quoi je suis censée m'identifier. Un cornichon?