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mercredi 29 mai 2019

"KakushiGoto" T1 et 2 (Kôji Kumeta)


Kakushi Goto mène une double vie. A la maison, il est le père solo et ultra dévoué de l'adorable Hime. Au boulot, il est le scénariste et le dessinateur de mangas cochons tels que "La gigue des couilles" ou "Le collant folâtre". Pour bien marquer la séparation entre ces deux domaines, il se change chaque jour sur le chemin de son atelier et signe ses oeuvres d'un pseudonyme. Mais son obstination à cacher son véritable métier à sa fille, qui le croit employé de bureau, entraîne souvent des situations cocasses...

Très visiblement basé sur la carrière de son auteur (qui relate entre deux chapitres les anecdotes réelles dont il s'est inspiré), "KakushiGoto" présente le travail d'un mangaka et toutes ses vicissitudes avec un savoureux mélange d'humour et de réalisme. Le héros est si focalisé sur sa double vie qu'il devient aveugle à ce qui se passe autour de lui, et donne involontairement de faux espoirs à plusieurs célibataires de son entourage. Les tweets dont il ponctue la fin de chacune de ses courtes mésaventures renforcent l'impression qu'il est perpétuellement en décalage avec la réalité. Le charadesign, qui m'avait semblé un peu simpliste au premier coup d'oeil, fait finalement très bien son boulot et accentue la légèreté dégagée par l'ensemble. Si vous cherchez une lecture fraîche et amusante, ce manga pourrait bien vous séduire. La série, qui n'est pas encore terminée, compte actuellement 8 volumes au Japon. Les éditions Vega en ont déjà publié deux en français, et le 3ème est prévu pour juillet. 

Traduction de Ryoko Akiyama

dimanche 10 mars 2019

"La lanterne de Nyx T1" (Kan Takahama)


Nagasaki, 1878. Orpheline recueillie par sa tante, qui la considère juste comme une bouche supplémentaire à nourrir, Miyo ne possède aucune compétence monnayable - sauf peut-être ce pouvoir qui lui permet, en touchant un objet, de voir ses propriétaires passés et futurs. Elle parvient à se faire embaucher par Momotoshi, un marchand excentrique tout juste rentré de l'Exposition Universelle de Paris avec une myriade d'objets fort exotiques pour le Japon de l'époque...

Beaucoup d'originalité pour ce manga en 6 tomes (terminé en VO). D'abord le format, légèrement supérieur à celui des publications ordinaires, et qui m'a tout juste suffi à déchiffrer certains passages. Ensuite, l'époque, le thème et l'atmosphère, mélange d'Orient et d'Occident, de réalisme historique et de fantastique. Entre les chapitres, l'autrice expose le résultat de ses recherches sur les objets qu'elle met en scène: la première édition japonaise d'"Alice au pays des merveilles", l'apparition des tablettes de chocolat en Europe, la machine à coudre et le développement du prêt-à-porter, la technologie du phonographe... On apprend plein de choses tout en suivant avec plaisir le quotidien de Miyo, ado mal dégrossie qui, au fur et à mesure qu'elle s'instruit, gagne en assurance et s'épanouit dans son nouvel environnement. J'ai juste regretté qu'elle fasse très peu usage de son intéressant pouvoir dans ce premier tome. Raison de plus pour guetter la suite avec impatience!

Traduction de Yohan Leclerc

mercredi 27 février 2019

"Adieu, mon utérus" (Yuki Okada)


Yuki Okada a 33 ans, un mari très pris par son métier de mangaka, une petite fille de deux ans et demi et une carrière qui décolle enfin quand elle découvre qu'elle a un cancer du col de l'utérus. Dans ce manga en un seul tome, elle raconte son parcours depuis le diagnostic jusqu'à la radiothérapie qui a suivi son opération. Très angoissée de nature, elle doit faire le deuil d'un éventuel deuxième enfant, gérer l'idée d'une ménopause précoce, mais aussi apaiser les craintes de ses proches et gérer les répercussions matérielles que sa maladie va avoir sur eux. 

Le sujet n'est certes pas très gai, mais l'autrice ayant publié "Adieu, mon utérus" cinq ans plus tard, on sait d'entrée de jeu que son histoire se termine bien. Elle la raconte avec beaucoup de candeur et de sensibilité, sans toutefois s'apitoyer sur son sort. J'ai été particulièrement touchée par la solidarité entre elles et les autres patientes qui partagent sa chambre - la manière dont leur présence, qu'elle vit d'abord comme une agression, finit par lui apporter courage et réconfort. Toutefois, j'aurais aimé en savoir un peu plus sur l'après-hystérectomie. J'ai regretté qu'elle ne parle pas vraiment des suites de l'opération, des conséquences sur sa santé et sa forme physique, de ce que ça avait pu changer à sa manière d'appréhender la vie. Du coup, bien que ce manga soit intéressant, je l'ai refermé un peu frustrée. 

Traduction de Mireille Jaccard

mardi 18 décembre 2018

"Souvenirs de la mer assoupie" (Shin'ya Komatsu)


Lisa mène une vie paisible à Cap Verdredi, une petite ville blanche et ensoleillée au bord de la mer. Elle essaie d'apprendre à jouer du violon de verre trouvé sur la plage d'Aoûtia, se délecte des histoires fantastiques du marchand de limonade, rencontre un voyageur en parapluie volant, découvre le vent en canette et les coquillages siestacés qui projettent leurs rêves sous forme de mirage...

Avec son graphisme enfantin et sa dominante bleu azur, "Souvenirs de la mer assoupie" nous transporte dans un cadre qui n'est pas sans rappeler certains films de Miyazaki. Ici, pas d'histoire véritable, juste des tranches de vie empreintes de poésie onirique. C'est plein de douceur, et si rafraîchissant qu'on ne peut que regretter la brièveté de ce joli recueil. 

Traduction d'Aurélien Estager

dimanche 29 juillet 2018

"Birdcage castle" T1 & 2 (Minami Toutarou)


A la recherche d'une de leurs camarades mystérieusement disparue, six lycéens pénètrent dans un château en ruines au fond d'un parc d'attraction abandonné. Là, un personnage mystérieux, le Hibou Bleu, les enferme et les enchaîne par paires pour les forcer à participer à un jeu meurtrier. Deux règles seulement: les binômes ne peuvent jamais être brisés, et il leur est impossible de revenir en arrière. Mais s'ils font les bons choix et réussissent à le trouver, ils pourront sortir sains et saufs... 

Louchant fortement du côté des escape games (dont le concept fut développé au Japon bien avant d'arriver en Europe), "Birdcage Castle" est une série en 4 tomes, terminée dans son pays d'origine et en cours de parution en France. Si, comme moi, vous avez adoré le film "Cube" ou le manga "Dédale", vous devriez vous laisser happer très facilement par ce thriller psychologique. 

La résolution des énigmes et les impératifs de survie posent des dilemmes moraux intéressants, qui révèlent assez vite le vrai visage des personnages. Ceux-ci ne sont pas d'une immense originalité, mais étant donné leur nombre élevé et le format court de la série, il est assez logique que l'auteure ait misé sur des archétypes. Le graphisme est classique, ni sublime ni rebutant, avec des expressions faciales plutôt réussies et des décors sobres mais suffisants pour poser une atmosphère dérangeante. J'ai dévoré coup sur coup les deux tomes actuellement disponibles et attends maintenant avec impatience le troisième, prévu pour mi-septembre. 

lundi 16 juillet 2018

"Mimikaki" (Yarô Abe)


Au Japon, il existe des établissements où l'on peut se faire curer les oreilles la tête posée sur les genoux d'une femme, à l'aide d'un petit instrument appelé mimikaki. Au salon Yamamoto de Nakamachi, la douce Shizue procure à ses clients une volupté auriculaire sans pareille - au point que certains d'entre eux sont littéralement devenus accros...

Je suis très fan de la série "La cantine de minuit" de Yarô Abe. Alors, même si le thème de "Mimikaki" m'inspirait assez peu, je me suis laissée convaincre par les critiques dithyrambiques lues et entendues un peu partout. Et au final, comme je m'en doutais, je n'ai absolument pas accroché. 

D'abord, je ne suis pas fan d'histoires courtes; je ne les apprécie dans "La cantine de minuit" que parce qu'elles sont centrées autour de la nourriture,  (un sujet qui me parle toujours) et parce que, de chapitre en chapitre, on retrouve les mêmes personnages dont on suit ainsi l'évolution en filigrane. Rien de tel ici, et arrivée à la fin de ce recueil, le concept de volupté auriculaire me laissait toujours aussi perplexe. Question de culture, sûrement. 

Traduction de Miyako Slocombe

mercredi 20 juin 2018

"Solitude d'un autre genre" (Kabi Nagata)


A 28 ans, Kabi Nagata est une jeune femme profondément dépressive, incapable de s'accrocher ne serait-ce qu'à un emploi subalterne à mi-temps. Depuis sa sortie du lycée, elle a été tour à tour anorexique et boulimique; souvent, elle s'automutile pour exprimer d'une façon concrète une douleur mentale invisible qu'elle peine à identifier, et l'envie de mourir la taraude constamment. Après sa dernière grosse rechute, elle a dû revenir s'installer chez ses parents qui ne la comprennent pas - alors que son besoin d'être acceptée par eux prime sur toute autre motivation. Elle souffre aussi de phobie sociale, n'a aucun ami et commence juste à comprendre qu'elle est attirée par les femmes. Par soif de contact humain et pour perdre enfin sa virginité, elle décide de faire appel à un service d'escort girls...

Oeuvre 100% biographique, "Solitude d'un autre genre" décortique la maladie mentale de l'auteure avec une franchise si complète, si brutale qu'on se sent parfois gêné en lisant. Le dessin au trait en noir et blanc simplement rehaussé de rose, aux personnages de manga classiquement kawaii, contraste très fort avec l'enfer intérieur que décrit Kabi Nagata. Même les passages un peu drôles - quand elle s'interroge sur l'attitude à avoir avec l'escort girl, notamment - restent poignants de par leur contexte. On souffre vraiment avec elle; à la fin, on se réjouit qu'elle ait pris conscience de ses propres besoins et osé aller à l'encontre des attentes de son entourage pour trouver enfin une forme d'épanouissement. Une douloureuse et pourtant très accessible quête de l'acceptation de soi, que je recommande à tous les anglophones intéressés par les thèmes de la maladie mentale et de l'homosexualité. 

Traduction de Manon Debienne

dimanche 25 février 2018

"Destins parallèles - Elle" et "Destins parallèles - Lui" (Daisuke Imai)



Une histoire d'amour racontée du point de vue de chacune des deux personnes concernées, à travers des volumes intitulés "Elle" et "Lui" sortant simultanément en librairie. Je trouvais le principe tellement intéressant que je n'ai même pas feuilleté les deux tomes 1 de cette nouvelle série signée Daisuke Imai avant de les acheter. De toute façon, le dessin très correct (sans être extraordinaire) n'aurait pas suffi à me dissuader. 

Non, il a fallu que je me plonge vraiment dans ce manga pour me rendre compte que Chihiro, qui rentre tout juste en fac et se fait embarquer dans l'aventure d'un club photo, est l'incarnation de la nunuche romantique capable de tomber follement amoureuse d'un garçon croisé deux fois avec qui elle a échangé exactement 4 phrases. En plus de ça, elle est timide et complexée - plus insipide, tu meurs. 

Quant au fringant Yukichi, c'est un étudiant de seconde année très imbu de lui-même, agressif, manipulateur et franchement antipathique. Tous les deux incarnent grosso modo le pire des clichés sur la féminité et la masculinité. Certes, cela leur laisse une grande marge de progression personnelle pour les tomes suivants. De plus, le quiproquo sur lequel se base le début de leur histoire semble une excellente idée, propice à un développement plus complexe que celui d'un coup de foudre réciproque. Mais rien à faire: avec des héros aussi horripilants, "Destins parallèles" se poursuivra sans moi.

Traduction de Fabien Nabhan

samedi 24 février 2018

"Eclat(s) d'âme" (Yuhki Kamatani)


Deux jours avant les vacances d'été, Tasuku, lycéen sans histoire, est "outé" par un camarade indélicat qui a fouillé dans son smartphone et y a trouvé des vidéos gay. Pour ne pas être rejeté par les autres, le jeune homme plaide une blague de son frère et affirme que l'homosexualité le dégoûte. Mais il craint que ce démenti ne suffise pas et que sa vie devienne un enfer, au point qu'il envisage le suicide. Au même moment, il voit au loin une femme se jeter dans le vide. Il se précipite vers l'endroit d'où elle a sauté et découvre, non seulement que l'inconnue est toujours en vie, mais qu'elle est l'hôte d'un curieux salon de discussion...

Après l'émouvant "Le mari de mon frère", les éditions Akata nous proposent un autre manga centré sur les problématiques LGBT - très différent du premier, mais tout aussi intéressant. Ici, le héros est un ado qui peine à accepter son orientation sexuelle, a fortiori, à trouver le courage nécessaire pour l'assumer publiquement dans une culture où elle est encore très mal vue. Les rencontres que fait Tasuku au salon de discussion, où personne ne le juge, vont peu à peu l'aider à mûrir. A partir d'une situation réaliste aussi banale que douloureuse, Yuhki Kamatani tisse une histoire empreinte d'une grande poésie et rehaussée d'une pointe de mystère. La finesse de son graphisme ajoute encore au charme fou de cette série dont j'attendrai impatiemment les prochains tomes.

Traduction d'Aurélien Estager

dimanche 26 novembre 2017

"Isabella Bird, femme exploratrice T1" (Taiga Sassa)


En mai 1878, l'exploratrice anglaise Isabella Bird, qui a déjà exploré les Montagnes Rocheuses et l'archipel d'Hawaï, se lance dans un nouveau défi: remonter le long de l'archipel du Japon en empruntant des routes peu fréquentées, pour finir son périple sur l'île d'Ezo où elle espère rencontrer le peuple Aïnous.  En se basant sur les récits publiés par cette femme extraordinaire, Taiga Sassa propose un manga instructif sur les moeurs et les conditions de vue du peuple japonais au tout début de l'ère Meiji. L'Isabella qu'elle campe est sympathique en diable, pleine d'enthousiasme et d'énergie. Bien qu'issue  d'un milieu habitué au confort et bourré de préjugés, elle ne rechigne pas devant les difficultés du voyage, et surtout, elle manifeste curiosité et respect aux gens qu'elle rencontre, si différents d'elle soient-ils. Ce premier volume la voit débarquer à Yokohama où elle engage celui qui sera son unique compagnon de route, l'interprète Tsurikichi Ito, puis traverser successivement Edo, Kasukabe et Nikko en multipliant les découvertes. J'attends impatiemment la sortie du second, prévue pour début décembre. 

samedi 24 juin 2017

"Gloutons & dragons T1" (Ryoko Kui)


C'est un groupe d'aventuriers tout ce qu'il y a de plus classique, parti à l'assaut d'un de ces donjons dans lesquels plusieurs de mes alter ego ont traîné leurs guêtres durant une bonne partie de mon adolescence. Quand sa soeur se fait gober par un dragon, le guerrier de la bande décide de repartir à l'assaut pour la délivrer avant qu'elle ne soit digérée. Le voleur est partant pour le suivre; la magicienne elfe crève la dalle et veut manger d'abord. Mais leurs fonds sont au plus bas, et on trouve peu de tavernes dans les sous-sols infestés de pièges et de créatures redoutables. Heureusement, nos aventuriers croisent le chemin d'un nain très versé dans la cuisine de monstres...

"Gloutons & dragons": le manga qui invente la gastronomic fantasy, clame la quatrième de couverture de ce tome 1. Et de fait, comme dans tout bon manga culinaire qui se respecte, chaque chapitre porte le titre d'un plat dont on suit la préparation et la dégustation. Sauf qu'ici, les personnages n'achètent pas les ingrédients au supermarché: ils doivent les chasser en risquant leur peau. Si le guerrier bien propre sur lui nourrit des fantasmes gustatifs délirants, la magicienne elfe, en revanche, pousse des cris hystériques devant le contenu de sa gamelle - avant de finir par admettre que c'est étonnamment délicieux. Quant au nain, il tient absolument à ce que l'équilibre diététique soit respecté et fournit la composition en protéines, en graisses, en vitamines et en minéraux de chacune de ses recettes.

J'ignore si les lecteurs biclassés rôlistes/gourmands, et donc susceptibles de goûter pleinement le piquant de cette série, sont légion. Mais j'en fais définitivement partie. Comment éplucher une mandragore? Y a-t-il quelque chose à bouffer dans une armure animée? Dans le basilic, du serpent et du coq, qui est la tête et qui est la queue? Comment récupérer l'huile du piège censé vous ébouillanter pour faire plutôt une bonne friture? "Gloutons & dragons" répond à toutes ces questions que vous ne vous êtes jamais posées, et plus encore! Un mélange  aussi improbable que réussi.

vendredi 17 février 2017

"March comes in like a lion T1 & 2" (Chica Umino)


Rei Kiriyama, 17 ans, fut seulement le 5ème collégien à passer joueur professionnel de shôgi. Pourtant, les échecs japonais ne sont pas une passion pour lui. Il a commencé à les pratiquer pour se rapprocher de son père puis, après la disparition brutale de ses parents et de sa petite soeur, pour faire plaisir son père adoptif - ce qui lui a valu la haine des enfants de celui-ci. 

Aujourd'hui, Rei vit seul dans un appartement à peine meublé, au bord d'un grand fleuve dont la proximité l'apaise. Il a repris le lycée avec un an de retard mais, malgré de bons résultats scolaires, ne s'y est fait aucun ami. C'est un jeune homme profondément marqué par son passé, qui ne sait pas qui il est ni où il va et dont seuls les tournois de shôgi structurent la morne existence. 

Mais un jour, il fait la rencontre de trois soeurs également orphelines qui vivent dans une vieille maison un peu décrépite. Akari, l'aînée, travaille au magasin de gâteaux de son grand-père le jour et fait l'hôtesse dans le bar de sa tante la nuit Hina, la cadette, va au collège et a le béguin pour un joueur de baseball très convoité par toutes les filles de sa classe. Momo, la benjamine, est encore à la maternelle. Même si leur mère leur manque beaucoup, chez elles, tout n'est que rires et bavardages, une effervescence qui contraste très fort avec l'atmosphère presque funèbre de l'appartement dépouillé de Rei...

Drôle de série que "March comes in like a lion (et à ce stade, non, je ne sais pas à quoi le titre fait allusion, même si j'imagine qu'il s'agit d'une tactique de shôgi ou autre élément lié à ce jeu). Dès les premières pages, elle dégage une puissante impression de solitude et d'errance intérieure. On sent combien Rei est perdu, combien il s'est coupé de ses propres émotions et refoule ses mauvais souvenirs pour arriver à survivre, combien il répugne à s'abandonner à l'affection chaleureuse des trois soeurs. Lorsqu'il n'est pas en train de jouer au shôgi, les pages qui lui sont consacrées sont souvent muettes et d'une austérité extrêmement mélancolique.

Par contraste, dès que les trois soeurs font irruption dans le récit, les cases deviennent joyeusement bordéliques, encombrées de bulles de dialogue qui partent dans tous les sens et souvent squattées dans les coins par des chats perpétuellement affamés. On notera aussi la touche d'humour apportée par Harunobu Nikaîdo, le rival et meilleur ami auto-proclamé de Rei, un garçon joufflu, déterminé et envahissant dont les pitreries dissimulent de graves problèmes de santé. Ici, personne n'a la vie facile et chacun se débrouille comme il peut pour tracer son chemin en dépit de tout. Un manga émouvant, en cours depuis dix ans au Japon et dont j'ai hâte de découvrir la suite. Deux tomes sont déjà disponibles en français, le 3ème suivra en avril et le 4ème en juin.

dimanche 5 février 2017

"La cantine de minuit T1" (Yarô Abe)


C'est un petit restaurant qui ne paye pas de mine. Situé dans le quartier chaud de Shinjuku, à Tokyo, il est ouvert tous les jours entre minuit et sept heures du matin. Sa carte se limite à un menu fixe et trois types de boissons, mais en réalité, le patron peut préparer n'importe quel plat à la demande pour peu qu'il ait les ingrédients sous la main. Autour de son comptoir se succèdent des gens de la nuit - yakuza, stripteaseuse, entraîneuse de bar, propriétaire de boîte gay, catcheuse, boxeur, ou encore cambrioleurs - qui partagent ce qu'évoquent pour eux les plats réclamés. Parfois, ils se chamaillent sur la façon d'assaisonner ou de manger un aliment; parfois, à force de se côtoyer, ils forment des couples ou des amitiés improbables.

Bien que bonne cliente pour les mangas culinaires, je n'étais pas certaine d'apprécier celui-ci lorsque je l'ai acheté: j'avais un peu de mal avec le dessin des visages et je craignais que ça ne me gâche le récit. En réalité, je m'y suis faite très vite, et j'ai même fini par apprécier le fait que le graphisme ne ressemble pas à celui d'un millier d'autres mangas.

Ici, pas d'histoire à proprement parler, mais des chapitres courts comme autant de nouvelles, chacun axé autour d'un plat et d'un ou deux clients du restaurant. Si la nourriture est ce qui les rassemble, elle n'est pas le thème principal comme dans "Le gourmet solitaire", "Oishinbo" ou "What did you eat yesterday": juste un prétexte pour raconter des tranches de vie un peu à la marge de la société japonaise (et en même temps très typiques de celle-ci). Les plats présentés sont du genre simple et sans prétention. Tout le monde les connaît et les apprécie; tout le monde a des souvenirs liés à eux et une idée bien précise sur la meilleure façon de les consommer, ce qui contribue a créer une atmosphère de camaraderie nocturne étrangement apaisante. J'ai aimé "La cantine de minuit" beaucoup plus que je ne m'y attendais, et j'achèterai volontiers les prochaines tomes.

jeudi 15 septembre 2016

"Le mari de mon frère" (Gengoroh Tagame)


Yaichi vit seul avec sa fille Kana lorsqu'un jour, un gigantesque gaijin barbu frappe à sa porte. Mike était le mari de Ryôji, le frère jumeau de Yaichi avec lequel ce dernier avait perdu contact depuis son installation au Canada, dix ans plus tôt. Ryôji étant décédé le mois précédent, Mike a décidé d'entreprendre un voyage au Japon sur les traces de son passé. Si Yaichi est horriblement gêné face à ce beau-frère qu'il rencontre pour la première fois et vis-à-vis duquel il ne sait comment se comporter, Kana accepte tout de suite son oncle avec le naturel affectueux d'une enfant...

Excellente surprise que cette nouvelle série signée Gengoroh Tagame, qui aborde le sujet de l'homosexualité par un angle très frais, plein d'humour autant que d'émotion. Yaichi nourrit à l'égard de son beau-frère tous les préjugés classiques vis-à-vis des gays, même si sa réserve japonaise l'empêche de les exprimer franchement. Avec son absence d'idées préconçues, sa spontanéité de petite fille qui n'hésite pas à poser des questions embarrassantes mais accepte les réponses comme si elles allaient de soi, Kana sert de pont entre les deux hommes, entre lesquels le fossé  va se combler petit à petit. Un premier tome formidable qui donne de grands espoirs pour la suite. Le deuxième paraîtra en français au mois de novembre. 

dimanche 14 août 2016

Mes envies pour la rentrée littéraire




ROMANS

"Le rouge vif de la rhubarbe" d'Audur Ava Olafsdottir: J'ai adoré les trois premiers romans traduits en français de cette auteure islandaise à l'écriture si délicate, dont les héros empruntent toujours des chemins de traverse en quête d'eux-mêmes. Et puis, comment un livre comportant le mot "rhubarbe" dans son titre pourrait-il ne pas me plaire? 

"Nos premiers jours" de Jane Smiley. Il y a très longtemps, j'ai lu et beaucoup aimé "Un appartement à New York" de la même auteure. Et surtout, les chroniques familiales qui se déroulent aux Etats-Unis sur plusieurs décennies, je suis toujours assez bonne cliente, surtout si l'éditeur les promet "émouvantes et fascinantes". 

"Les règles d'usage" de Joyce Maynard. Après la mort de sa mère dans les attentats du 11 septembre, une ado de 13 ans part quelques semaine en Californie où elle tente de se reconstruire grâce à ses lectures et ses rencontres. "Un roman d'initiation lumineux", ça aussi, ça fait partie du genre de promesses qui ne peuvent que m'attirer!

MANGA

"Perfect world" de Rie Aruga. Une nouvelle série qui raconte l'histoire d'amour entre une jeune femme valide et son ancien amour de lycée qu'elle retrouve près de dix ans plus tard, alors qu'il est en fauteuil roulant. J'aime quand les mangas abordent des sujets sociaux ou un peu difficiles et font évoluer la vision de leurs lecteurs; j'espère que ce sera le cas de celui-là. 

"Le mari de mon frère" de Gengoroh Tagame. Un papa célibataire qui élève seul sa petite fille voit un jour débarquer le mari de son frère jumeau décédé récemment. Canadien, le jeune veuf est venu faire un voyage identitaire dans la patrie de l'homme qu'il aimait... Un pitch qui me paraît extrêmement prometteur! 

Et vous, quels sont les titres de la rentrée littéraire que vous attendez avec impatience? 

dimanche 24 juillet 2016

"Dédale" (Takamichi)


Et si la vie réelle pouvait bugger? 
Reika et Yôko, deux étudiantes, errent dans un gigantesque bâtiment, véritable dédale sans fin défiant l'imagination. Seul indice: un mystérieux message posé sur une table basse signé Tagami, un célèbre créateur de jeux vidéo, qui semble en savoir long sur cet endroit. 
Quel est la nature de cet étrange lieu? Pourquoi Reika et Yôko sont-elles le seul espoir de l'humanité? 

Parmi la profusion des titres désormais disponibles en français, c'est toujours chouette de tomber sur un manga vraiment original, et bouclé en deux tomes de surcroît. Je ne pouvais qu'être sensible au côté "escape game" de "Dédale", où les deux héroïnes passent tellement de temps à essayer de comprendre les règles d'un environnement nouveau, puis à les utiliser à leur profit ou à les contourner astucieusement.

Si le personnage de Yôko, peu développé et guère attachant, semble surtout là pour servir de faire-valoir à Reika, cette dernière en revanche ne cesse de surprendre le lecteur par sa façon de raisonner et de réagir. C'est un vrai plaisir de voir une otaku complètement inadaptée à notre monde s'épanouir dès lors qu'elle est placée dans des conditions qui lui correspondent davantage, et j'ai adoré son choix final si peu conventionnel. Lu d'un trait, "Dédale" a été pour moi une bouffée de fraîcheur inattendues et des plus plaisantes. 

dimanche 1 mai 2016

Les sorties bédé que j'attends avec impatience en mai




Le 4: "Les enfants de la baleine T3"
Après le virage assez choquant amorcé à la fin du tome 2, je suis curieuse de voir où va nous emmener cette fable écolo-futuriste si originale.



Le 11: "Notre univers en expansion"
J'aime les bédés d'ensemble d'Alex Robinson depuis que je l'ai découvert avec son formidable "De mal en pis". Cette fois encore, il sera question du quotidien d'un groupe d'amis à New York - cette fois, des quadragénaires en proie à diverses interrogations existentielles. J'en salive d'avance.

lundi 4 avril 2016

"Les rêveries d'un gourmet solitaire" (Taniguchi/Kusumi)


Dans "Le gourmet solitaire", Gorô Inokashira était un simple commercial qui aimait, au gré de ses déplacements professionnels, manger seul dans de petites gargotes en y allant de moult commentaires sur le contenu de son bol ou de son assiette. Bien que 22 années se soient écoulées depuis la parution du premier volume de ses pérégrinations gourmandes, Gorô n'a pas pris une ride sur le papier. En revanche, il a beaucoup gagné en épaisseur. Dans "Les rêveries d'un gourmet solitaire", on le voit exercer son métier de représentant, ressasser ses souvenirs d'une ancienne amoureuse, dévoiler un petit complexe d'infériorité intellectuelle ou se battre avec une brute épaisse qui force un de ses employés à boire trop d'alcool. On peut même admirer ses fesses sous la douche! Qu'on se rassure pourtant: le sujet principal de ce volume reste bien la nourriture que Gorô consomme avec un appétit étonnant. D'une nécessité terrestre, il fait un véritable art de vivre, voire une philosophie. Et cette fois, outre les spécialités japonaises, il se hasarde à quelques incursions dans des restaurants de cuisine étrangère - péruvienne ou coréenne -, sans parler du couscous qu'il dévore lors d'un voyage à Paris. Pour le lecteur aussi, le plaisir est au rendez-vous à chaque page. A consommer sans modération.



vendredi 1 avril 2016

Les sorties bédé que j'attends avec impatience en avril




Une excellente série steampunk jeunesse, dans un monde où la Première Guerre Mondiale fait encore rage à la fin des années 20 et où les méchants robots du 3ème Axe poursuivent nos intrépides héros. J'avais chroniqué les deux premiers tomes ici



Tout ce que j'ai lu au sujet de cette série poético-magique en 7 tomes m'a donné ultra-envie de la découvrir puisque Black Box a l'excellente idée de la publier en français (4 tomes d'un coup en avril, et les 3 autres en juin, ce qui fait un peu beaucoup d'un coup me semble-t-il, mais si j'aime je serai bien contente de ne pas devoir attendre).

samedi 12 mars 2016

"La photographe T1" (Kenichi Kiriki)


Une adolescente qui vient d'intégrer le club photo de son lycée se promène dans Tokyo et ses environs avec un vieil appareil argentique, à la recherche d'endroits possédant un intérêt historique ou culturel. "Un titre d'exception à mi-chemin entre "L'homme qui marche" et "Le gourmet solitaire" de Jiro Taniguchi", affirme la quatrième de couverture. Forcément, je me suis laissée tenter. Et la déception a été à la hauteur de mes espoirs. D'abord, les promenades d'Ayumi sont découpées en chapitres de 5 pages seulement, ce qui est bien trop court pour avoir le temps d'instaurer une ambiance ou une émotion. L'auteur a cherché à caser un maximum d'informations sur les endroits qu'il montre, ce qui pouvait être très intéressant mais qui, en gros pavés de texte tassés sur des dessins en noir et blanc, nuit gravement à la lisibilité de l'ensemble. Et puis le dessin m'a paru très vieillot et vraiment peu attrayant. Bref, j'ai eu du mal à parvenir au bout du tome 1 et je n'achèterai pas les suivants.