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dimanche 16 juin 2019

"Recursion" (Blake Crouch)


Bonjour, je m'appelle Armalite et je suis accro aux histoires qui me retournent les méninges.

Il y a 3 ans, j'étais scotchée par "Dark matter", uchronie personnelle renversante signée Blake Crouch.

Hier, j'ai probablement raccourci mon espérance de vie de 5 ans en lisant le dernier roman du même auteur.

Pourtant, ça n'avait pas si bien commencé. Dans "Recursion", on suit deux trajectoires en parallèle. Helena Smith est une neuroscientifique brillante qui a dédié son existence à combattre la maladie d'Alzheimer. Dans ce but, elle fabrique une chaise censée enregistrer les souvenirs des patients afin de les leur restituer ultérieurement. Onze ans plus tard, Barry Sutton, inspecteur dans la police de NewYork, est confronté au suicide d'une femme atteinte du Syndrome des Faux Souvenirs, une étrange maladie qui a fait son apparition récemment et dont nul n'est encore parvenu à identifier les causes ou le fonctionnement...

lundi 10 juin 2019

"Magic Charly #1: L'apprenti" (Audrey Alwett)


Prenez:
- un jeune héros noir, grand et athlétique, dont les gens se méfient dans la rue alors qu'il est adorable et hyper respectueux des filles;
- sa mère qui est aussi la proviseure de son drôle de lycée, l'Ecole des Allumettes Hurluberlu, et qui peint à ses heures perdues;
- sa grand-mère qui vient juste de refaire surface 5 ans après sa disparition mystérieuse, en ayant complètement perdu la mémoire;
- sa meilleure amie, héritière d'une fabrique de confiserie, qui se pend pour une rebelle et accumule toutes les bêtises possibles;
- une de leurs camarade de classe, éternelle bonne élève plutôt désagréable mais particulièrement douée pour diriger les opérations de nettoyage en grand.
Incorporez-les à un monde apparemment semblable au nôtre, mais où la magie existe. Ceux qui la pratiquent sont appelés "magiciers" et soumis à des règles très strictes - sauf, évidemment, s'ils font partie de l'élite des Académiciens et autres riches habitants de la cité de Thadam. 
Ajoutez quelques artefacts merveilleux, comme une théière perpétuelle qui sert chaque fois un thé différent selon l'humeur de la personne qui va le boire, ou une serpillère animée répondant au doux nom de Pépouze. Plus un crocodile familier, histoire d'apporter un peu de mordant.
Saupoudrez de réjouissantes références aux classiques du genre (Harry Potter et Les Annales du Disque-Monde en tête). 
Laissez cuire à petit feu pendant les deux tiers de l'histoire, le temps que le héros entame très laborieusement son apprentissage. 
Puis, lorsque le mélange commence à prendre, jetez un gros twist en plein milieu, et regardez l'explosion résultante éclabousser les lecteurs ahuris.
Terminez par une confrontation épique et-pic-et-colégram, ponctuée d'un double cliffhanger qui devrait plonger tous les gourmets littéraires dans le désespoir et ne leur laisser qu'une seule phrase aux lèvres: "La suite, et vite!". 
Agrémentez d'une couverture embossée, à l'illustration si jolie que même les accros de la liseuse se jetteront sur la version papier. 
Il ne vous reste plus qu'à servir ce premier tome de "Magic Charly" encore tout chaud et à le dévorer dans la foulée comme il le mérite. 

dimanche 10 mars 2019

"La lanterne de Nyx T1" (Kan Takahama)


Nagasaki, 1878. Orpheline recueillie par sa tante, qui la considère juste comme une bouche supplémentaire à nourrir, Miyo ne possède aucune compétence monnayable - sauf peut-être ce pouvoir qui lui permet, en touchant un objet, de voir ses propriétaires passés et futurs. Elle parvient à se faire embaucher par Momotoshi, un marchand excentrique tout juste rentré de l'Exposition Universelle de Paris avec une myriade d'objets fort exotiques pour le Japon de l'époque...

Beaucoup d'originalité pour ce manga en 6 tomes (terminé en VO). D'abord le format, légèrement supérieur à celui des publications ordinaires, et qui m'a tout juste suffi à déchiffrer certains passages. Ensuite, l'époque, le thème et l'atmosphère, mélange d'Orient et d'Occident, de réalisme historique et de fantastique. Entre les chapitres, l'autrice expose le résultat de ses recherches sur les objets qu'elle met en scène: la première édition japonaise d'"Alice au pays des merveilles", l'apparition des tablettes de chocolat en Europe, la machine à coudre et le développement du prêt-à-porter, la technologie du phonographe... On apprend plein de choses tout en suivant avec plaisir le quotidien de Miyo, ado mal dégrossie qui, au fur et à mesure qu'elle s'instruit, gagne en assurance et s'épanouit dans son nouvel environnement. J'ai juste regretté qu'elle fasse très peu usage de son intéressant pouvoir dans ce premier tome. Raison de plus pour guetter la suite avec impatience!

Traduction de Yohan Leclerc

dimanche 10 février 2019

"The Mussorgsky riddle" (Darin Kennedy)


Investigatrice psychique, Mira Tejedor est appelée au secours d'un garçon autiste de 13 ans qui a brusquement sombré dans l'apathie. Si d'ordinaire elle se contente de percevoir les émotions d'autrui, avec Anthony Faircloth, elle plonge dans un univers mental extrêmement codifié, structuré selon "Tableaux d'une exposition" du compositeur Moussorgski...

Voilà un policier fantastique fort original! L'héroïne mène l'enquête à la fois dans le monde réel et dans une oeuvre de musique classique dont chaque personnage est une émanation de la psyché fracturée d'un adolescent. Qu'est-ce qui a bien pu traumatiser Anthony au point qu'il se retranche totalement en lui-même? Bien qu'un peu lentes à mon goût, les révélations sont amenées avec beaucoup d'habileté et aboutissent à une résolution qu'on ne voit pas venir à vingt kilomètres. Intrigant et très réussi, "The Mussorgsky riddle" peut tout à fait se lire seul, mais l'auteur a écrit deux autres tomes avec la même héroïne et sur le même principe, sur lesquels je me pencherai probablement plus tard. 

dimanche 18 novembre 2018

[NOEL 2018] Des idées de beaux livres à offrir aux enfants de 3 à 12 ans





Voici une sélection de livres illustrés pour les 3-12 ans - ou pour les adultes qui ont gardé une âme d'enfant. Ce sont tous des parutions récentes afin d'éviter les risques de doublons, et la plupart d'entre eux coûtent une vingtaine d'euros. Un ♥︎ signale ceux que j'aime tellement que je les ai achetés pour moi!

Pour les amateurs de grands classiques
Dans la même collection: Le magicien d'Oz, superbement illustré par Benjamin Lacombe, et Les aventures de Pinocchio, non moins superbement illustrées par Justine Brax.
Cette version de La Belle et la Bête avec de ravissantes illustrations en papier découpé de Dinara Mirtalipova.

Pour les passionnés de mythologie
L'atlas des monstres légendaires est merveilleusement complet, avec ses créatures mythologiques présentées par régions du monde. Mon moi de 10 ans aurait tué pour un livre pareil!

Pour les scientifiques de demain
Mes inventions : Léonard de Vinci, un gros popup book éducatif et ludique à la fois qui présente les plus grandes contributions à la science du génie italien. 
Ici reposent tous les oiseaux ♥︎ est le carnet illustré d'un scientifique qui s'est lancé un défi un peu fou: reconstituer mécaniquement des oiseaux de toutes les espèces dans un monde où ils n'existent plus. Poétique et déjanté, un régal même pour les adultes.

Pour les amoureux de la mer
Deux très beaux ouvrages en papier découpé (et, dans le cas du second, animé), pour explorer les fonds marins avec des couleurs franches et des graphismes épurés: Pleine mer d'Antoine Guilloppé et Océan d'Hélène Druvert.

Pour les astronautes en herbe
Style rétro pour ce popup book éducatif qui fait voyager loin, très loin: Pop-up Lune

Pour les coeurs tendres
Les riches heures de Jacominus Gainsborough ♥︎: merveille de douceur et de sagesse, le nouvel album de Rebecca Dautremer raconte la vie d'un petit lapin avec ses joies et ses peines, depuis sa naissance au sein d'une famille nombreuse jusqu'à sa mort paisible. On a juste envie d'habiter dans les dessins avec Jacominus et les siens. 
Les contes du réveil matin: dans un style fort différent de ses romans pour adultes, Michel Bussi narre les poétiques aventures de Corentin, un petit garçon capable de communiquer avec les objets et la nature. C'est très moral sans jamais être moralisateur, et joliment illustré par Eric Puybaret.

Pour occuper tout le monde les jours de grand froid
Trompissime: un livre-jeu cherche-et-trouve dans lequel on piste des éléphants à travers les plus grandes villes du monde. 
To the moon ♥︎ et To the ocean deep: ne vous laissez pas décourager par les titres en anglais; il s'agit de deux livres de coloriage délirants qui se déplient sur une longueur de plusieurs mètres et représentent chacun une tour extraordinaire qui soit s'élance vers la lune soit s'enfonce dans les profondeurs sous-marines. Un vrai régal à détailler, et la possibilité de s'y mettre à toute la famille pour gribouiller pendant des heures, des semaines ou même des mois avant d'exhiber le résultat sur un mur.

Je publierai prochainement une sélection de romans et autres ouvrages pour adolescents. 

Je vous encourage, dans la mesure du possible, à effectuer vos achats dans une librairie indépendante. Mais si vous avez pour une raison quelconque décidé de commander plutôt sur Amazon suite à mes recommandations, ce serait très gentil de passer par les liens affiliés inclus dans ce billet: cela me permettra de toucher une petite commission sous forme de bon d'achat, que je réinvestirai dans d'autres lectures à commenter et partager!

vendredi 2 novembre 2018

"The house with chicken legs" (Sophie Anderson)



Marinka a 12 ans et ne rêve que d'une chose: se faire des amis. Des amis vivants qu'elle pourra côtoyer davantage que l'espace d'une soirée. Car Marinka est la petite-fille d'une Yaga, Gardienne chargée de guider les âmes vers l'au-delà dont elle devra prendre la suite un jour. Tous les soirs, Baba et elle préparent un festin pour accueillir les morts et leur font raconter leurs meilleurs souvenirs avant de les aider à traverser le Portail. De temps en temps, sans crier gare, leur maison se dresse sur ses pattes de poulet et court s'installer ailleurs, dans un endroit toujours désert. Marinka a beau voir du pays et avoir un familier très attachant - un choucas prénommé Jack -, elle n'en peut plus de sa solitude et se rebiffe contre sa destinée...

Le mythe slave de Baba Yaga, la sorcière qui vit dans une maison ambulante, a inspiré de nombreux créateurs - Hayao Miyazaki, notamment. Ici, Sophie Anderson en livre une interprétation extrêmement originale et surprenante. Elle présente la mort comme un passage serein, une boucle qui se referme avec l'assistance bienveillante des Gardiennes que sont les Yaga. Elle réussit à faire de Jack le choucas et surtout de la maison à pattes de poulet des personnages pleins de caractère, extrêmement attachants. Et sur cette toile de fond singulière, elle peint une héroïne à la rébellion fort compréhensible, qui enchaîne les mauvais choix et se retrouve rongée par les regrets et la culpabilité. Bien que s'adressant à un public assez jeune, "The house with chicken legs"  n'hésite pas à aborder de façon très émouvante des thèmes graves tels que la responsabilité et le choix, l'identité et l'appartenance. A la fois roman initiatique et conte envoûtant, il m'a enchantée de bout en bout. 

lundi 8 octobre 2018

"The book of M" (Peng Shepherd)


Il y a 5 ans, un phénomène aussi étrange qu'inexplicable s'est abattu sur l'humanité. Un par un, les gens ont commencé à perdre leur ombre et, dans les jours suivants, leur mémoire, jusqu'à oublier leur identité et devenir dangereux pour leur entourage. Ce fut la fin de la civilisation telle que nous la connaissons, tandis que les humains possédant toujours une ombre se regroupaient en bandes pour éliminer impitoyablement les autres - avant de succomber à leur tour au mal mystérieux. 

Il y a 5 ans, Ory et Max sont venus dans cet hôtel perdu au milieu des montagnes pour y assister au mariage de leurs amis Paul et Imanuel. Depuis, les autres invités sont morts ou partis pour tenter de rentrer chez eux tandis que le couple continue à vivre en autarcie, avec des réserves de nourriture presque épuisées. Le jour où l'ombre de Max disparaît, leur existence vacille. Ne voulant pas devenir un poids pour son mari, la jeune femme quitte l'hôtel sans le prévenir. Autour du cou, elle porte un magnéto qu'Ory lui a donné et par l'intermédiaire duquel elle va continuer à lui parler tandis que ses souvenirs s'évaporent un par un. 

En se lançant à la recherche de Max, Ory rencontre une poignée de survivants qui s'apprêtent à partir pour la Nouvelle-Orléans. Selon la rumeur, un prophète surnommé Celui Qui Rassemble se trouverait là-bas... 

Le post-apocalyptique est un genre que j'ai longtemps évité, le trouvant trop anxiogène, mais auquel j'ai fini par m'intéresser un peu ces dernières années grâce à des romans tels que "Station Eleven". "The book of M" raconte une histoire très originale, teintée de mysticisme et de magie, à travers le point de vue de plusieurs survivants: Ory et Max, mais aussi Naz, une archère iranienne venue aux Etats-Unis afin de s'entraîner pour les Jeux Olympiques, et l'Amnésique, un homme qui peu avant le déclenchement du phénomène avait perdu la mémoire et un oeil dans un accident de voiture. Avec un style déjà très maîtrisé pour son premier roman, Peng Shepherd entraîne le lecteur dans des aventures poignantes et lui coupe le souffle avec une fin des plus inattendues, prétexte à poser des questions fascinantes sur la notion d'identité. J'ai tellement aimé que je ne lui en ai même pas voulu de ne fournir aucune explication sur l'origine du phénomène. Et je ne doute pas qu'un éditeur français proposera bientôt une traduction de ce livre. 

lundi 3 septembre 2018

"Les soeurs Carmines" (Ariel Holzl)


Pas facile de survivre dans la cité de Grisaille, surtout quand vous n'avez jamais connu votre père et que votre mère a disparu sans explication en vous laissant un gros paquet de dettes. Mais les soeurs Carmine s'y emploient avec leurs dons hors du commun. Merryvère, la cadette, est une intrépide monte-en-l'air encore un peu naïve vis-à-vis des choses de l'amour. Tristabelle, l'aînée, fait tourner la tête de tous les hommes avec son physique plantureux qui dissimule une âme de psychopathe. Dolorine, la benjamine, voit les morts et tient de grandes conversations avec son inquiétante poupée M. Nyx.

Dans cette trilogie à l'ambiance steampunk gothique, Ariel Holzl consacre un tome à chacune des soeurs. Si j'ai trouvé son écriture parfois agaçante à force de vouloir éblouir le lecteur, je lui reconnais le mérite d'avoir su donner une personnalité et une voix très distinctes à chacune de ses héroïnes - dont la première est finalement la moins intéressante. (Par contre, j'ai grincé des dents chaque fois que je tombais sur un nom de famille pluralisé, alors que la règle veut qu'ils soient invariable en français. Sérieusement, pourquoi?) Grisaille est un lieu glauque à souhait; dans ses rues perpétuellement envahies par la brume, les membres des huit grandes familles dirigeantes comme les simples manants complotent et s'entretuent allègrement. La série s'achève en apothéose spectaculaire bien qu'un peu rapide, et on regrette de ne pas en avoir découvert davantage sur le passé tumultueux de Maman Carmine, la dernière addition au clan ou les pouvoirs intrigants de chaque famille. On imagine sans peine une seconde trilogie avec des héros différents dans le même univers.

mardi 13 février 2018

"The seven deaths of Evelyn Hardcastle" (Stuart Turton)


Le narrateur revient à lui alors qu'il est en train de courir dans les bois avec le nom d'"Anna" sur les lèvres. Peu de temps après, il voit passer au loin une femme qui hurle, poursuivie par un homme. Un coup de feu retentit. 

Le narrateur ne se souvient de rien; il ignore où il se trouve et ce qu'il fait là. Une boussole lui permet de gagner une vaste demeure décrépite et pourtant grouillante de monde, dont les occupants semblent le connaître. Il se nomme Sebastian Bell; il est médecin et a été invité à passer quelques jours au domaine de Blackheath en l'honneur d'Evelyn Hardcastle, la fille aînée des propriétaires qui rentre au logis après 20 ans d'absence. 

Le lendemain matin, le narrateur se réveille dans une autre chambre que celle où il s'est endormi, et dans un autre peau que celle de Sebastian Bell - mais le même jour que la veille. Désormais, il est le majordome qui ouvre la porte au médecin quand celui-ci arrive affolé, affirmant qu'on vient de tuer une femme dans les bois...

Une atmosphère à la croisée des romans d'Agatha Christie et d'une partie de Cluedo, en un peu plus sinistre encore. Des éléments qui rappellent le film "Un jour sans fin", le début de la deuxième saison de "The Good Place", la fin du roman "Dark matter" et le principe d'un escape game. Une intrigue épouvantablement retorse qui donne le tournis. Ca faisait longtemps que je n'avais pas à ce point été happée par une histoire, que je n'avais pas dépensé autant d'énergie mentale à assembler les pièces d'un puzzle sans avoir la moindre idée de ce que l'image finale allait donner. 

Souvent, les romans qui partent sur une base très originale ou provocante ont du mal à maintenir l'intérêt du lecteur sur la durée et peinent à proposer une conclusion satisfaisante. Ici, j'ai adoré l'explication donnée aux tribulations du narrateur, et j'ai été enchantée par la façon dont, à l'exception peut-être d'un ou deux détails sans importance, tous les éléments s'emboîtaient à la perfection. Ma seule réserve concerne l'origine de la mort d'Evelyn Hardcastle, celle qui est révélée tout à la fin et qui déclenche la succession des événements - je ne la trouve pas hyper crédible. 

J'ai également eu du mal à me faire à l'écriture de l'auteur, que j'ai trouvée un peu plate pendant toute la première moitié du livre. Après, je m'y suis faite et j'ai considéré la narration comme un exposé et un processus purement intellectuels - même si les émotions du narrateur jouent un rôle très important dans la résolution de l'histoire. Dans l'ensemble, malgré quelques légers défauts,  "The seven deaths of Evelyn Hardcastle" m'a soufflée comme peu de romans y parviennent encore aujourd'hui.

Si vous aimez les histoires qui bougent et les grands sentiments, je ne vous le recommande pas: il vous ennuiera sûrement. Si, par contre, vous aimez vous torturer les neurones et admirer l'architecture d'une intrigue complexe autant que moi... Foncez. (Puis revenez me dire combien j'ai été admirable d'écrire une critique sans spoiler grand-chose alors qu'il y a tant d'éléments que j'aurais eu envie de commenter!)

mercredi 31 janvier 2018

"The rise and fall of D.O.D.O." (Neal Stephenson/Nicole Galland)


Melisande Stokes, experte en langages anciens, est contactée par Tristan Lyons, un agent du gouvernement en mission secrète, qui l'embauche pour traduire des documents historiques relatifs au fonctionnement de la magie. Ayant découvert la raison pour laquelle cette dernière a disparu au milieu du 19ème siècle, les deux acolytes s'adjoignent les services de Frank Oda, un physicien à la retraite, et le chargent de créer une sorte de boîte de Schrödinger à l'intérieur de laquelle il serait possible de lancer des sorts. Ils se demandant où trouver une sorcière lorsqu'une étrange vieille femme nommée Erszebet Karpathy contacte Melisande sur Facebook en affirmant qu'elles se sont rencontrées à Londres en 1851, et que Melisande lui a demandé de prolonger son existence afin de pouvoir les aider à faire revenir la magie au 21ème siècle...

Malgré la popularité de Neal Stephenson auprès des lecteurs de SFFF, je n'avais encore jamais lu aucun de ses romans, toujours très longs et réputés pleins de technoblabla. Mais je suis incapable de résister à une histoire de voyage dans le temps, surtout avec une couverture aussi intrigante. Il m'aura fallu près de deux semaines pour venir à bout de "The rise and fall of D.O.D.O.", et je le referme très partagée. J'ai beaucoup aimé les 200 premières pages, qui racontent la mise en place du D.O.DO. et les premières expéditions temporelles des deux héros. Mais ensuite, les voyages dans le temps deviennent extrêmement répétitifs; le D.O.DO. se mue en organisme gouvernemental tentaculaire; la narration s'éclate et, quittant le point de vue de Melisande, progresse par accumulation de documents écrits - lettres, mails et mémos - visant à ridiculiser le côté procédurier des administrations. Certes, c'est très bien foutu et assez drôle au début, mais on a l'impression que les deux auteurs, éblouis par leur propre brillance, font durer leur plaisir au-delà du raisonnable. L'histoire s'embourbe dans des longueurs ennuyeuses, et l'événement entrevu dans les toutes premières pages, celui qui a servi à exciter la curiosité du lecteur, semble ne jamais devoir se produire. Puis, dans le dernier cinquième du roman, l'action s'accélère brusquement. On se réjouit qu'il se passe enfin quelque chose, mais tout va si vite qu'on peine un peu à suivre le mouvement. L'attaque du Walmart par une horde de Vikings, racontée à la façon d'une saga épique, cristallise assez bien mon sentiment sur l'ensemble du livre: une idée excellente, mais une réalisation qui se regarde beaucoup trop le nombril et finit par en devenir chiante.

mardi 2 janvier 2018

"La femme d'argile et l'homme de feu" (Helene Wecker)


1899. Une golème créée en Pologne se réveille à bord du bateau qui la conduit à New York avec son époux. Celui-ci ayant succombé à une appendicite, c'est seule et âgée de quelques jours seulement qu'elle débarque à Ellis Island. Sans maître, cette créature d'argile à la force surhumaine et au tempérament potentiellement meurtrier est tout à fait perdue. Elle a de la chance: un rabbin devine sa véritable nature et la prend sous son aile. 
Pendant ce temps, dans le quartier syrien, un djinn est accidentellement libéré du flacon où il croupissait depuis plus de mille ans. Il a perdu la mémoire et ne sait pas qui l'a emprisonné ni comment il est arrivé là. Coincé sous sa forme humaine par une manchette de fer, il est forcé de s'adapter à une nouvelle vie triviale et pleine d'entraves. Un soir dans Manhattan, sa route croise celle de la golème...

C'est à l'occasion de sa sortie en poche que j'ai découvert ce roman qui avait beaucoup fait parler de lui dans le milieu des littératures de l'imaginaire au moment de sa sortie, en 2015. Si la femme d'argile et l'homme de feu sont des créatures de légende, Helene Wecker les utilise surtout pour évoquer les problèmes bien réels de l'immigration, du sentiment d'inadaptation et de la solitude. A travers eux, elle pose d'une manière très intéressante la question de la nature des êtres: en est-on responsable, est-il possible de lui échapper? Elle dépeint New York à l'aube du 20ème siècle, ses communautés juive et arabe avec ce qu'elles ont de chaleureux mais aussi de contraignant, la pauvreté qui accable les gens du commun et surtout ceux qui viennent d'ailleurs. Dans un contexte plutôt tragique, elle parvient à tisser une histoire enchanteresse dont la lenteur et la longueur pourront rebuter certains, mais qui m'a tenue sous son charme jusqu'à la dernière page. 

Traduction de Michèle Albaret-Maatsch

mardi 17 octobre 2017

"Lumikko" (Pasi Ilmari Jääskeläinen)


Il y a 30 ans, Laura White créait dans la petite ville finlandaise de Rabbit Back une Société de Littérature destinée à accueillir dix membres seulement: des élèves de primaire que cette auteure de livres pour enfants célèbre dans le monde entier formerait à devenir de brillants écrivains. Mais la Société n'a jamais eu que neuf membres... Jusqu'au jour où Ella Milana, jeune enseignante qui se débat avec le douloureux diagnostic de sa stérilité, est choisie pour compléter le groupe. Le soir de sa présentation officielle, Laura White disparaît au coeur d'une tempête de neige à l'intérieur de sa propre maison, et Ella entreprend de fouiller dans les secrets de la Société. En quoi consiste l'étrange Jeu aux règles si sévères que les neuf premiers membres évitent désormais tout contact les uns avec les autres? Et pourquoi l'histoire se modifie-t-elle toute seule à l'intérieur de certains des livres de la bibliothèque locale? 

"Lumikko" est le premier roman que j'aurai lu en 2015, et j'espère bien qu'il augurera de la qualité de l'ensemble de l'année. Il faut dire qu'un roman scandinave parlant de livres, d'écrivains et de bibliothèques avait, d'entrée de jeu, de sérieux atouts pour me séduire. Et ce n'était pas les seuls. En s'appuyant sur le folklore nordique pour créer des phénomènes à la frontière du rêve éveillé et du surnaturel, Pasi Ilmari Jääskeläinen tisse une atmosphère très particulière de conte de fées inquiétant, dans lequel évoluent une héroïne anesthésiée par le froid de son propre coeur et des personnages secondaires excentriques juste ce qu'il faut. Son histoire, qui reste imprévisible jusqu'à la dernière page, donne à réfléchir sur la fiabilité de la mémoire, sur la façon dont on peut occulter des souvenirs ou se convaincre soi-même d'un mensonge et bâtir toute son existence dessus. J'aurais pu me sentir frustrée par l'absence d'explication à certains mystères, mais je me suis très bien accommodée de ne faire que l'entrevoir, parce que le véritable intérêt du roman n'était pas là. Si je ne suis pas du tout certaine que l'envoûtement de Rabbit Back fonctionnerait sur n'importe qui, pour ma part, j'ai totalement succombé à son charme étrange. 

Article publié à l'origine en janvier 2015, 
et mis à jour en raison de la parution de l'ouvrage en français depuis cette date

jeudi 14 septembre 2017

"Ces jours qui disparaissent" (Timothé Le Boucher)


Que feriez-vous si d'un coup, vous vous aperceviez que vous ne vivez plus qu'un jour sur deux? C'est ce qui arrive à Lubin Maréchal, un jeune homme d'une vingtaine d'années qui, sans en avoir le moindre souvenir, se réveille chaque matin alors qu'un jour entier vient de s'écouler. Il découvre alors que pendant ses absences, une autre personnalité prend possession de son corps. Un autre lui-même avec un caractère bien différent du sien, menant une vie qui n'a rien à voir. 

Pour organiser cette cohabitation corporelle et temporelle, Lubin se met en tête de communiquer avec son "autre" par caméra interposée. Mais petit à petit, l'alter ego prend le dessus et possède le corps de Lubin de plus en plus longtemps, ce dernier s'évaporant progressivement dans le temps. Qui sait combien de jours il lui reste à vivre avant de disparaître complètement?

Récit fantastique ou histoire de personnalités multiples? Je m'en voudrais de vous gâcher la découverte d'un roman graphique d'une telle richesse. "Ces jours qui disparaissent" aborde le thème fondamental de l'identité et de la dualité intérieure par un biais si palpitant qu'il se lit comme un thriller psychologique. Ni essai philosophique ni démonstration psychologique, c'est juste une putain de bonne histoire qui tient en haleine à chacune de ses 200 pages et jusqu'à sa fin magistrale. 

Les personnages sont extrêmement attachants, à commencer par le héros acrobate, rêveur tendre et passionné mais tout à fait détaché des contingences matérielles qui voit sa vie, son art, ses amis, ses amours et sa famille lui échapper peu à peu. Tout le long, mon coeur a saigné pour lui; je me suis révoltée à sa place; je l'ai attendu avec ses proches. Car ce qui fait la poignance du récit, c'est que Lubin est quelqu'un de très aimé - donc, qui a beaucoup à perdre. L'auteur a su l'entourer de figures bien campées, tout aussi vivantes et vibrantes que lui: un des gros avantages d'un format aussi long, c'est qu'il permet de bien développer même les personnages secondaires et de susciter un vrai investissement émotionnel du lecteur.

Au passage, je tiens à saluer l'inclusivité du récit: il met en scène des personnes de couleur et des gays qui ne sont pas là parce parce que l'histoire a besoin de leur taux de mélanine ou de leurs préférences sexuelles, mais juste parce que le monde n'est pas un éternel bastion blanc hétéro. Sans oublier une grosse absolument sublime en la personne d'Alexandra, l'artiste de ruban aérien, dont le poids n'est jamais mentionné ne serait-ce qu'en passant. 

Face à eux, l'Autre qu'il serait très tentant de haïr parce que tel un parasite, il vole la vie du gentil Lubin. Et aussi parce qu'il est presque une caricature de "membre productif de la société", le type qui gagne des tonnes de fric, qui porte des costards, qui a une belle maison avec piscine - l'incarnation de la réussite selon Macron, en somme. Pourtant, si on prend une minute pour se mettre à sa place, on sort très vite de la dichotomie du bon et du méchant, et on commence à choper un sérieux mal de crâne...

Le dessin en ligne claire, dont j'ai craint au début qu'il colle mal avec un scénario aussi dramatique, évite au contraire que l'atmosphère ne devienne trop pesante. Il réserve de très beaux moments de grâce, comme les numéros d'acrobatie de Lubin, et n'empêche pas l'auteur de faire vieillir ses protagonistes d'une façon fort réaliste. Emouvant, intrigant et maîtrisé de bout en bout, "Ces jours qui disparaissent" est LE roman graphique à ne pas rater en cette rentrée 2017. En ce qui me concerne, il rentre directement dans le Top 10 de mes préférés de tous les temps. 

dimanche 20 août 2017

"Ornithomaniacs" (Daria Schmitt)


La mère de Niniche veut faire d'elle un phénomène de foire. Il faut dire que l'adolescente de quatorze ans est née avec deux petites ailes de plumes dans le dos... et ne rêve que de se les faire enlever. Un jour, croyant se rendre dans une clinique recommandée par son amie Tina, elle tombe sur deux étranges personnages: Icare momifié et le professeur Balaeniceps Rex. Tous deux se proposent avec enthousiasme de lui apprendre à voler. Mais leur dévouement est intéressé, et bientôt, le piège se referme sur Niniche...

Si c'est le somptueux graphisme de cette bédé qui a d'abord attiré mon attention en librairie, je peux vous assurer que je n'ai pas non plus été déçue par son histoire. A la fois dessinatrice et scénariste, Daria Schmitt livre ici une fable gothique envoûtante, sorte d'"Alice au pays des oiseaux" d'une centaine de pages en noir et blanc très dense. D'abord onirique et cruelle,  elle finit par basculer dans la légèreté et l'absurde sur le dernier quart. Mais même si ce changement de ton peut désarçonner, "Ornithomaniacs" reste un régal pour les yeux comme pour l'imagination.




dimanche 16 juillet 2017

"How to stop time" (Matt Haig)


Tom Hazard a 439 ans et l'apparence d'un jeune quadragénaire. Il a passé sa longue existence à sillonner le monde sans jamais rester plus de quelques années au même endroit, ni oser s'attacher à personne depuis qu'il a dû quitter son unique amour afin de la protéger. Souvent, il a songé à en finir par pure lassitude. Une seule chose l'aide à tenir: l'espoir de retrouver un jour sa fille Marion qui, elle aussi, vieillit au ralenti...

De Matt Haig, j'avais déjà lu "Rester en vie", un mémoire très intéressant sur son syndrome couplé de dépression et d'anxiété, et le roman "Humains" que je n'avais pas adoré (j'aimais l'idée de base, mais je n'ai pas été convaincue par son traitement). Après la place de l'homme dans l'univers, l'auteur se penche ici sur son rapport au temps - un sujet qui me passionne. 

Mais très vite, j'ai été prise par un sentiment de déjà-vu. Ce héros quasi-immortel. Ces chapitres très courts. Ces aller-retour dans l'espace et le temps. Cette société secrète qui veille sur les "albatros" et protège le secret de leur existence avec des moyens aussi brutaux qu'expéditifs. Tout cela me rappelait furieusement "Les quinze premières vies d'Harry August", mais en beaucoup moins bien écrit, avec une histoire nettement moins passionnante et bien entendu sans la fin magistrale. En découvrant que "How to stop time" allait faire l'objet d'une adaptation cinématographique avec Benedict Cumberbatch dans le rôle principal, j'ai juste eu envie de hurler à l'injustice. Je suppose néanmoins qu'à condition de ne pas avoir lu le roman de Claire North, on peut le trouver assez distrayant. 

lundi 17 avril 2017

"Le livre des possibles" (Erika Swyler)


Simon Watson vit seul dans sa maison familiale du détroit de Long Island, perchée au sommet d'une falaise qui s'effrite lentement dans la mer. Ses parents sont morts tous les deux depuis des années: sa mère par noyade, son père de chagrin. Sa soeur cadette Enola travaille comme voyante dans une fête foraine ambulante et ne l'appelle que rarement. Sur le point de perdre son emploi de bibliothécaire en raison de coupes budgétaires, Simon se demande comment il va bien pouvoir financer les travaux indispensables pour sauver sa maison. 

Un jour de fin juin, il reçoit un livre mystérieux dans lequel figure le nom de sa grand-mère. Cet ancien registre de cirque raconte l'histoire de deux amants maudits: un Garçon Sauvage et une Sirène qui faisaient partie de la troupe deux siècles auparavant. Fasciné par leur histoire, ainsi que par les étranges dessins de cartes de tarot qui émaillent les pages, Simon découvre que toutes les femmes de sa famille ont une fâcheuse tendance à mourir noyées un 24 juillet. Parviendra-t-il à contrer la malédiction pour sauver Enola, qui vient de réapparaître après une absence de plusieurs années? 

Ne vous laissez pas abuser par sa couverture peu excitante: "Le livre des possibles" (en VO: "The Book of Speculation") est un roman original à l'atmosphère étouffante juste ce qu'il faut. Nous suivons en parallèle l'histoire de Simon, de nos jours, et celle de son ancêtre Amos deux siècles plus tôt. Tous deux placés sous le signe de l'eau, les récits - dont l'un est narré à la première personne et l'autre à la troisième, ce qui permet d'instaurer la distance nécessaire avec les événements du passé - se font écho de maintes façons bien entendu pas du tout fortuites. Au fil des chapitres alternés se révèle une histoire sombre empreinte d'un fantastique subtil, qui touche à leur insu non pas une mais trois familles aux destins entremêlés. Plutôt qu'au "Cirque des Rêves" (auquel il a été défavorablement comparé pour la seule raison qu'une partie de l'action se déroule dans le milieu des forains), ce roman d'Erika Swyler m'a de par son atmosphère fait penser à ceux d'Alice Hoffman, une auteur que j'adore. Une lecture prenante.

Article publié à l'origine en septembre 2015, 
et mis à jour en raison de la parution de l'ouvrage en français depuis cette date

mardi 11 avril 2017

"Le projet Starpoint T1: La fille aux cheveux rouges" (Marie-Lorna Vaconsin)


Pythagore Luchon a quinze ans et s'apprête à entrer en seconde pour une année sans surprise. Il sait qu'il devra supporter les moqueries sur sa mère, qui est prof de maths dans son lycée. Il sait aussi qu'il lui faudra trouver le courage d'aller plus souvent à l'hôpital voir son père, un ancien chercheur en physique quantique plongé dans le coma à la suite d'une agression.

Une chose le réjouit: il va retrouver sa meilleure amie, Louise Markarian. Mais dès les premiers jours, Pyth découvre que Louise s'est liée à une nouvelle du nom de Foresta Erivan, une fille aux cheveux rouge sang, souvent habillée de cuir et au tempérament explosif. A cause d'elle, Louise l'ignore et commence à sécher les cours. 

Pythagore déplore silencieusement la présence de cette Foresta qui l'exaspère autant qu'elle l'attire, jusqu'à ce qu'elle débarque chez lui en pleine nuit pour lui annoncer que Louise a disparu. Pour la retrouver, ils doivent passer par ce qu'elle appelle l'"angle mort" des miroirs. Pyth la prend pour une folle mais la suit, sans se douter qu'il est sur le point de basculer dans un monde parallèle - le monde dans lequel Foresta a grandi et où Louise est sur le point de se perdre.

Je ne vais pas vous mentir: je n'avais jamais entendu parler ni de Marie-Lorna Vaconsin, ni de son premier roman, ni même de la collection dans laquelle il est paru. Pas vu passer la moindre promo ni la moindre critique malgré mon intérêt pour les romans jeunesse et le fantastique. C'est la superbe couverture de "La fille aux cheveux rouges" qui m'a incitée à le prendre en main dans une librairie, à lire sa présentation et à parcourir les premières pages vite fait, pour voir si le style d'écriture me plaisait. Comme c'était le cas, je me suis laissée emporter par ma curiosité.

Je pensais passer un bon moment de lecture avec un peu de chance. Au lieu de ça, j'ai dévoré le roman dans la journée et tout de suite commencé à exhiber des symptômes de manque tels que je n'en avais pas ressentis depuis la fin du tome 2 de "La passe-miroir". Non que les univers des deux séries se ressemblent, mais ils partagent une grande originalité qui donne envie d'en découvrir plus sur eux, et une auteure qui sait révéler leurs secrets au goutte-à-goutte pour donner au lecteur soif de toujours plus.

Basé sur des principes de physique quantique plutôt que sur une atmosphère steampunk, ce premier tome du "Projet Starpoint" offre un scénario plein de rebondissements passionnants et jamais prévisibles; on ignore totalement où l'auteure nous emmène, mais on se laisse entraîner avec délices - et un léger vertige. L'écriture est fluide, du niveau d'un roman pour adultes, et particulièrement évocatrice dans les scènes où les perceptions de Pythagore sont chamboulées par des phénomènes propres au monde de Foresta. Le bouquin refermé, on se surprend à manipuler ses miroirs de salle de bain pour voir si, par hasard, on ne pourrait pas créer son propre angle mort et voir où on arrivera. (Ou peut-être que c'est juste moi.) Bref, un très gros coup de coeur en ce qui me concerne.

mardi 21 mars 2017

"Nous autres simples mortels" (Patrick Ness)


Tout le monde ne peut pas être l'Elu(e). 
Au fil des générations, les indie kids au prénom et à la destinée hors du commun ont repoussé une vague de zombies, une autre de fantômes mangeurs d'âmes, et ont mis fin à une épidémie de romance vampirique. Cette fois, ils luttent contre la Cour des Immortels qui à coups de faisceaux de lumière bleue explosive tente de prendre possession de la Terre. 
Mais ceci n'est pas leur histoire. 
"Nous autres simples mortels" (en VO: "The rest of us just live here") est l'histoire de la majorité généralement invisible dans les histoires fantastiques, celle des jeunes gens ordinaires qui assistent à ces combats épiques en simples spectateurs tout en essayant de survivre aux maux habituels de l'adolescence. 
Il y a Mikey, le narrateur, bouffé par des troubles obsessionnels compulsifs. Il y a sa soeur Mel, toujours à la limite de retomber dans l'anorexie qui l'a déjà tuée une fois. Il y a leurs amis Jared, joueur de foot américain bien en peine de vivre son homosexualité dans leur petite ville de province, et Henna, fille de missionnaires très stricts qui veulent l'entraîner dans la Centrafrique en guerre pendant les grandes vacances. Tous disent n'aspirer qu'à survivre à leur remise de diplômes et pouvoir enfin partir à la fac, mais Mikey voit venir avec angoisse le moment où leur petite bande se dispersera. 
Et pendant qu'ils gèrent leurs problèmes scolaires, familiaux et amoureux, l'en-tête de chaque chapitre raconte en quelques phrases lapidaires les retournements de situation abracadabrants de la bataille entre les indie kids et la Cour des Immortels, de sorte que les héros habituels des romans fantastiques sont réduits au rôle d'ombres chinoises s'agitant à l'arrière-plan.
Dans un univers qui rappelle fortement le Buffyverse, Patrick Ness se moque gentiment des codes du genre en soulignant leur absurdité (les adultes qui ne voient jamais rien, sont frappés d'amnésie sélective ou imputent les explosions bizarres à une énième "fuite de gaz"). Par contraste, sa peinture des troubles de l'adolescence est hyper-réaliste, voire poignante par moments. La juxtaposition des deux produit un roman original et rafraîchissant, qui mérite d'être découvert.

Article publié à l'origine en juillet 2016, 
et mis à jour en raison de la parution de l'ouvrage en français depuis cette date

dimanche 11 décembre 2016

"13 Devil Street: 1888" (Benoît Vieillard)


Londres, 1888. Le jour de chacun des meurtres commis par Jack l'Eventreur, l'agitation règne au 13 Devis Street. Le rez-de-chaussée de cette maison bourgeoise est occupé par Tatoo, la vieille domestique sri lankaise qui voit au-delà du réel, et son époux écossais Douglas un peu trop porté sur la bouteille. Au premier étage vivent les Church. Monsieur dirige la plus grande fabrique de boutons du monde mais perd tout son argent au poker et espère marier sa fille dans la bonne société. Farouchement opposée à ce plan car elle a déjà un amoureux secret, Elizabeth est tourmentée par des visions médiumniques dues à son hypersensibilité. Au deuxième étage, le Dr. Freaks soigne même les pauvres sans leur demander d'argent et s'adonne corps et âme à la recherche scientifique pour soulager les maux de ce monde, pendant que sa ravissante épouse Peggy, ancienne artiste de cabaret, veille sur leur fils unique - le petit William que ses crises de somnambulisme amènent fréquemment à errer à la nuit dans toute la maison...

Sorti en 2015 sans grand tapage, "13 Devil Street:" est réédité en cette fin d'année 2016, ce qui m'a permis de le découvrir un peu par hasard et d'être immédiatement séduite par l'originalité de son concept. En effet, chaque double page montre l'intérieur de la bâtisse en coupe, un peu comme on pourrait regarder simultanément à l'intérieur de toutes les pièces d'une maison de poupée. Plusieurs actions se déroulent en simultané dans une ambiance à la fois policière, vaudevillesque et fantastique; il faut bien observer toutes les cases pour ne manquer aucun détail et comprendre de quelle façon les différentes histoires finissent par se rejoindre. Un bel  et gros ouvrage (plus de 320 pages!) qui devrait ravir même les amateurs de bédé les plus blasés. Je guetterai avec impatience le prochain volume dont l'action se situera en 1940.





dimanche 4 décembre 2016

3 livres de cuisine que je convoite en ce moment


S'il y a un rayon de librairie où je suis toujours émerveillée par les nouveautés, c'est bien le rayon cuisine. Les livres sont tellement beaux que pour un peu, on les achèterait juste pour les regarder. Sauf que pour quelqu'un qui s'efforce de suivre le chemin du minimalisme, ce ne serait pas très judicieux. Je sais que je n'aime pas passer du temps à préparer mes repas, et encore moins à pister des aliments exotiques à travers toute la ville. Mais comme tout le monde n'est pas aussi feignasse que moi, je vous présente trois ouvrages repérés récemment et qui m'ont beaucoup fait saliver:


Tout ce que je connais à la cuisine coréenne pour le moment, c'est le bibimbap (que j'adore) et le kimchi (qui me fait cracher des flammes par les nasaux). Mais j'aime l'aspect équilibré et les belles couleurs des plats proposés dans ces pages. Principes, ustensiles et ingrédients sont expliqués au début; la mise en page est claire et donne l'impression qu'exécuter une des recettes serait un jeu d'enfant. 





Dans la ligné de Gastrono Geek, des plats et desserts inspirés de tout un tas d'oeuvres de la culture populaire fantastique: Ma sorcière bien-aimée, Le monde de Narnia, Harry Potter... Les recettes sont très nombreuses et bien détaillées; elles semblent plutôt faciles à réaliser, et les illustrations font terriblement envie. De quoi composer un succulent repas à thème (pour Halloween plutôt que pour Noël, peut-être... encore que quand on aime, on ne se soucie pas des dates!).




Un des rares livres de cuisine que je possède est justement un livre de Clea, connue pour ses recette végétariennes et véganes aussi faciles que délicieuses. La soupe accompagnée de tartines est l'un de mes dîners préférés en hiver, et j'aimerais bien varier un peu mes classiques. Comme en plus, cet ouvrage est illustré par des photos incroyablement belles et poétiques, il n'est pas impossible que je finisse par craquer pour celui-là!