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mercredi 7 août 2019

Stratégie de la chute libre




J'émerge d'une période assez difficile. 
Pendant un peu plus d'un an, mon cerveau a oscillé entre "A quoi ça sert de continuer?" les bons jours, et "Tu ferais mieux de chercher la solution la plus rapide et indolore pour en finir" les mauvais. J'ai eu beaucoup de mal à ignorer ses injonctions. 
En cause, mes premières périodes de chômage technique, qui se sont multipliées en s'allongeant à chaque fois. La crainte grandissante de ne plus pouvoir vivre du métier que j'adore. La terreur pure à l'idée de devoir prendre un emploi "normal", avec des gens autour de moi toute la journée et un lieu de travail fixe qui foutrait ma vie en l'air. 
A côté de ça, une actualité de plus en plus anxiogène. L'accélération visible du réchauffement climatique, les mises en garde affolées de la communauté scientifique. La certitude grandissante que nous allons vers un bouleversement total de notre mode d'existence et sans doute une extinction de masse, pas d'ici la fin du siècle comme initialement prévu mais peut-être bien de mon vivant. La rage de voir que les gens en position de pouvoir ne veulent rien faire, parce qu'ils sont assez âgés et assez riches pour penser que les pires effets ne les concerneront pas. 
Bref, une impuissance de plus en plus grande face à des changements tant personnels que généraux qui me terrifient.

mardi 18 juin 2019

La stratégie anti-patate de canapé


La moitié de l'année étant déjà écoulée, le moment me semblait bien choisi pour faire un petit bilan de mes résolutions 2019. J'avais décidé de développer deux nouvelles habitudes: pratiquer le yoga 20 mn par jour, et dessiner dans mon agenda chaque jour. Au bout de six mois, voici ce que ça donne (les photos ont été prises dimanche):





lundi 28 janvier 2019

L'authenticité plutôt que la perfection





J'ai passé la semaine dernière à bosser et faire du yoga sans mettre le nez hors de chez moi. Du coup, je n'avais rien de sympa à poster sur Instagram, et même si ce n'est pas du tout une obligation, ça me manquait. N'ayant personne sous la main pour me prendre en photo, je me suis dit que j'allais apprendre à me servir de la fonction retardateur de mon Lumix et immortaliser les poses un peu difficiles de mes séances quotidiennes de yoga. La planche latérale, par exemple. Ou le danseur. J'ai fait plusieurs essais pour obtenir des clichés satisfaisants et... j'ai eu honte à l'idée de les poster. Je n'ai pas une silhouette athlétique ni plaisante à regarder, et ces postures, je suis capable de les faire, mais je ne les réussis pas spectaculairement bien non plus. Alors que sur Instagram, c'est plein de vingtenaires élastiques comme du chewing-gum, avec des cuisses fuselées et un ventre concave. D'ailleurs, me suis-je dit tristement en pianotant sur mon iPad, il suffit d'aller voir le hashtag du challenge en cours d'Adriene.

mardi 1 janvier 2019

Commencer petit, être régulier


Je fais partie de ces gens qui tentent perpétuellement de remédier à leurs défauts, d'adopter de bonnes habitudes, de développer de nouvelles compétences. Parfois ça marche, et parfois ça échoue spectaculairement. A force d'essais et d'erreurs, j'ai fini par apprendre deux ou trois choses sur la définition d'objectifs personnels et le meilleur moyen de les atteindre. Par exemple: la fatigue décisionnelle nous guette tous. Au quotidien, nous n'avons pas un stock de volonté infini. Donc, il est inutile d'essayer de tout changer dans sa vie du jour au lendemain. Si une patate de canapé gourmande décide au 1er janvier d'entamer un régime draconien et de faire une heure de sport par jour jusqu'à ce qu'elle ait perdu 10 kilos, le printemps la trouvera déprimée par son échec, plus pauvre d'un abonnement d'un an dans un club de fitness où elle aura mis les pieds 3 fois, frustrée de bonne bouffe et probablement lestée de 2-3 kilos rebond supplémentaires. 

mercredi 29 août 2018

Neuroplasticity: How to rewire your brain




La neuroplasticité, c'est la capacité du cerveau à se modifier lui-même grâce à des apprentissages qui créent des connexions physiques entre nos neurones, leur permettant de communiquer de nouvelles façons. On a longtemps pensé que cette capacité s'éteignait à l'âge adulte, mais c'est archi-faux.

dimanche 22 juillet 2018

Le jugement de mon père





Quelques jours après avoir publié ce billet, je suis allée boire un verre avec Gasparde. On a causé de tout un tas de trucs inoffensifs pendant deux heures: nos voyages, nos lectures, nos connaissances communes ou nos petits dégoûts. Puis, alors qu'on attendait patiemment au bar pour payer, elle m'a lancé sur un ton désinvolte: "Au fait, à propos ton billet de l'autre jour: tu as peur qu'il se passe quoi, au juste, si tu te montres plus vulnérable avec ton entourage? Pourquoi tu crois que les gens vont en profiter pour te faire du mal?". 

mercredi 18 juillet 2018

La tasse est déjà cassée





Plus jeune, j'entassais religieusement les jolis objets, comme si mon appartement était un musée où je me devais de collectionner tout ce que je trouvais beau. Nul n'avait le droit d'y toucher de crainte que mes trésors ne s'abîment ou, horreur des horreurs, ne se cassent. Il me semblait qu'un petit bout de moi aurait disparu avec eux, un petit bout de moi qui devait être préservé à tout prix.

Puis la vie est passée par là.

mardi 17 juillet 2018

De la zone de confort et des coups de pied au cul qui nous en éjectent





J'avais prévu de consacrer mon mois de juin à la traduction d'un livre dont la VO n'était finalement pas disponible à ce moment-là, et ne le serait sans doute pas avant début juillet. Confrontée à la perspective d'un mois de chômage technique, j'ai paniqué et battu le rappel des troupes - autrement dit, j'ai contacté toutes les éditrices avec qui j'avais déjà travaillé pour leur demander si elles auraient quelque chose à me proposer en urgence. La réponse était non. Mais deux d'entre elles avec qui je m'entends particulièrement bien ont eu la gentillesse de parler de moi à leurs collègues. Résultat: avant la fin du mois, j'avais deux romans jeunesse au planning de mon été et, pour peu que je rende du bon boulot, l'assurance d'autres commandes à venir pour deux grosses maisons qui pratiquent des tarifs très satisfaisants. 

mardi 10 juillet 2018

Redevenir humaine





Par défaut, je me méfie des gens que je ne connais pas. Je pars du principe qu'il y a de fortes chances qu'ils abusent de ma gentillesse ou cherchent à profiter de mes faiblesses. J'ai de très bonnes raisons "historiques" pour ça. A mes yeux, les autres sont avant tout des menaces, des dangers potentiels. Du coup j'ai, à dessein, choisi un métier extrêmement solitaire, et ça fait 25 ans que je limite mes rapports humains au maximum. Une fois de temps en temps, j'apprends à connaître quelqu'un d'intéressant sur internet, et je finis par me sentir suffisamment en confiance pour avoir envie de le rencontrer en vrai. Mais même à ceux que je considère comme mes proches, je ne dévoile pas tout. Pas tous les faits, et surtout, pas tous les sentiments qui les accompagnent.

mardi 13 mars 2018

Reprochable




Parmi toutes les injonctions qu'on nous serine à longueur de journée, certaines relèvent d'un moule social dans lequel je me fiche éperdument de ne pas rentrer: je n'ai pas d'enfants, je ne suis pas douce et conciliante, je ne fais pas un 38, je ne me maquille pas, je ne m'épile pas sous les bras et j'emmerde bien fort toutes les idées préconçues sur la féminité. Mais même en me limitant aux valeurs avec lesquelles je suis en accord - en gros, une consommation responsable et l'égalité des droits pour tous, -, je n'arrive pas à être irréprochable 100% du temps. 

mardi 16 janvier 2018

"Be kind and be useful"




La semaine dernière, alors que je parcourais le bel album photo consacré à la présidence de Barack Obama, je suis tombée sur ce conseil de vie qu'il avait donné à sa fille aînée Malia: "Be kind and be useful". Autrement dit: "Sois bienveillante et rends-toi utile". En effet, je crois que c'est le mieux qu'on puisse demander à un être humain, le mieux à quoi chacun de nous puisse aspirer. Et si je fais mon propre bilan à l'aune de ces critères... Honnêtement, ce n'est pas brillant. 

dimanche 8 octobre 2017

Le mérite et le privilège




Longtemps, ça m'a beaucoup énervée qu'on me dise "Tu as de la chance de...", suivi d'un truc que je devais uniquement à mon travail ou à mes choix de vie. Exemple: "Tu as de la chance de pouvoir lire autant." Euh, non. Je n'ai ni enfants ni télé, ça me laisse du temps libre le soir, point. Ou encore: "Tu as de la chance de faire un métier que tu aimes." Ouais, mais toujours non. Ce métier que j'aime, je me suis lancée dedans sans avoir fait les études correspondantes ni bénéficier d'aucun piston. J'ai pris le risque de m'installer comme travailleur indépendant alors que je n'avais aucun filet de sécurité genre parents friqués ou conjoint salarié, et pendant les sept premières années, j'ai bossé 51 semaines par an, 6 jours par semaine, 12 heures par jour. Donc pour la chance, on repassera. 

mardi 5 septembre 2017

La fin de l'anxiété?




Si j'ai toujours été d'un naturel plus inquiet que la moyenne, c'est en 2008, suite au décès d'une amie atteinte d'un cancer, que j'ai commencé à souffrir d'angoisses aiguës. Assez vite, je me suis mise à faire des attaques de panique, et au bout d'un an, j'étais dans un état si pitoyable que j'ai dû accepter de me faire mettre sous anxiolytiques. Pendant six mois, j'ai dormi 12 heures par jour et été complètement abrutie le reste du temps; j'ai aussi bouffé comme quatre et pris dix kilos que je n'ai jamais réussi à reperdre par la suite. Mais je pense vraiment que sur le coup, ça m'a sauvée. J'ai bien fait de les prendre - et encore mieux fait de les arrêter dès que je m'en suis sentie capable. 

samedi 5 août 2017

"Le début des haricots" (Fanny Gayral)


Médecin urgentiste, Anna consacre toute sa vie et son énergie à ce métier qu'elle adore, mais où elle se trouve entièrement sous la coupe de son père - un éminent cardiologue qui terrorise tout son entourage. Le jour où elle commet une grave faute professionnelle, la jeune femme craint d'avoir fichu sa carrière en l'air. Alors, au lieu de se rendre au prestigieux congrès où elle doit présenter le résultat des travaux de son père, elle s'inscrit sur un coup de tête à un stage de psychothérapie intégrative. Elle ne croit pas beaucoup à ce qu'elle considère comme du blabla ésotérique, mais à ce stade, elle a grand besoin que quelque chose change dans sa vie...

Premier roman d'une médecin qui non seulement sait de quoi elle parle, mais qui possède aussi un joli brin de plume, "Le début des haricots" raconte avec beaucoup d'humour comment la méditation et la thérapie de groupe vont permettre à une jeune femme trop docile, depuis toujours sous l'emprise d'une figure paternelle écrasante, de se trouver elle-même et de choisir sa propre voie. Parfois, nous dit-il, les catastrophes sont l'occasion d'un nouveau départ, et ce qu'on prend pour la fin de tout n'est en fait que le commencement de quelque chose de meilleur. Un roman sympathique, résolument positif et optimiste. 

Merci aux éditions Albin Michel pour cette lecture. 

samedi 29 juillet 2017

Tostaky-Chantilly




Je suis assise sur une des banquettes en velours vert de la brasserie où j'aime venir bouquiner l'après-midi. Un thé glacé trop sucré devant moi, je lis l'histoire d'un auteur bientôt quinquagénaire confronté à son propre vieillissement. J'ai les pieds gonflés dans mes sandales à talon et je transpire dans ma robe en lin rose pâle. Tout à l'heure, j'ai déjeuné avec une amie et sa fille de 15 ans qui mesure une tête de plus que moi; on a parlé de la sexualité des ados et je me suis sentie antique en repensant à mes premières expériences - si loin. Mon esprit vagabonde. Il serait temps de commencer à organiser notre prochain séjour en Irlande. Vaut-il mieux que j'achète un lave-vaisselle ou que je mette des sous de côté pour changer mon MacBook rapidement? Avec tous les magasins de fringues qu'il y a dans le centre-ville, c'est quand même fou de ne pas réussir à trouver UN débardeur noir en coton épais avec des bretelles un peu larges. Est-ce qu'on réserve un escape game pendant les vacances à Toulouse? Dans un coin de la salle s'élèvent, en sourdine, les premières mesures d'une de mes chansons préférées de tous les temps.

Nous survolons des villes, des autoroutes en friche...

mercredi 26 juillet 2017

Où je recommence à faire des projets



Je ne m'en suis pas rendu compte tout de suite, mais depuis sept ans, j'ai cessé de faire des projets d'avenir. 

Au mois de septembre 2010, on a diagnostiqué un cancer à mon père, et j'ai aussitôt mis entre parenthèses mes projets de grands voyages - je ne voulais pas être à l'autre bout du monde si son état empirait brusquement. Pendant deux ans, j'ai vécu entre Bruxelles, Toulon et Toulouse selon un planning soigneusement calculé et en passant une bonne partie de ma vie dans des TGV. Au final, mon père est mort en octobre 2012, et je n'étais quand même pas près de lui ce jour-là. 

mardi 18 juillet 2017

J'essaie d'apprendre...




...à demander - de l'aide, ou autre chose - sans avoir honte
...à m'autoriser la tristesse parfois, et à l'exprimer
...à faire la sourde oreille quand mon-cerveau-ce troll est en roue libre
...à ne pas stresser pour des trucs qui n'en valent pas la peine
...à être plus affectueuse même quand je n'ai rien bu

mardi 20 juin 2017

10 articles #7




5. Du coup, comment donner du sens à votre vie? En vous posant très sérieusement ces 7 questions incongrues en apparence. (En anglais)

6. Les grandes leçons du développement personnel, reformulées en plus terre-à-terre. (En anglais)

7. Pourquoi c'est important de savoir perdre du temps.  (En anglais)

8. Et aussi: au boulot comme dans le sport, ou la poursuite de n'importe quel objectif, il est crucial de marquer des pauses(En anglais)

9. Comment pratiquer la pleine conscience sous la douche. (En anglais)

10. J'ai toujours déploré que l'argent soit un sujet tabou. Sarah VonBargen est de mon avis, et elle explique très bien pourquoi on devrait vraiment en parler. (En anglais)

dimanche 4 juin 2017

Où ça s'améliore, mais c'est pas encore ça



Très récemment, j'évoquais les limites du développement personnel dans ce billet. Aujourd'hui, je vais les illustrer avec l'exemple concret de ma journée d'hier. Nous avions prévu d'aller à Lille pour voir nos amis Philou et Stef et nous livrer à quelques activités sympathiques avec eux. Le voyage aller en Thalys s'est bien passé. Nous nous sommes rendus à pied au Palais des Beaux-Arts pour voir la Carte Blanche d'Alain Passard, que j'ai trouvée un peu décevante comparée à celle de Zep l'an dernier, avec beaucoup moins de pièces originales (et évidemment beaucoup moins d'humour). Mais ça reste un très beau musée avec un prix d'entrée nettement plus accessible que ceux des musées bruxellois. Après ça, midi approchant, nous avons gagné le resto scandinave réservé par nos amis. Jolie terrasse fermée; beaucoup de plats à base de saumon fumé, que je déteste - c'est gras, c'est froid, ça m'écoeure horriblement - mais j'ai réussi à trouver dans la carte un pavé de saumon bio aux deux sésames tout à fait satisfaisant. 

Nous avons ensuite filé chez Escapers pour tester la salle Braquage à la lilloise ouverte récemment. Et là, c'est le drame. Après une entrée en matière originale qui laissait espérer un très bon moment, le jeu s'est révélé de loin le plus nul que nous avons fait en 3 ans et une trentaine de salles. Je me suis ennuyée pendant une heure, abandonnant toute tentative de participer à dix minutes de la fin. Les autres ont continué, mais sans enthousiasme. Quand le game master est venu nous délivrer, je lui ai exprimé ma déception et mon énervement en des termes non-incertains. Les autres en ont fait autant, bien qu'avec plus de diplomatie. Très flegmatique, le game master nous a dit: "Je comprends que vous n'avez pas aimé, et je prends note de vos remarques". Puis il nous a quand même fait payer l'intégralité des 96 euros du prix de la séance. Alors que la situation exigeant vraiment un geste commercial. Du coup, en plus d'être déçue et énervée, j'étais furieuse et dégoûtée en sortant de là. La panoplie entière des sentiments que je matérialise en rouge dans mon moodmapping.

Nous avons poursuivi notre après-midi par un goûter chez Méert (toujours délicieux), puis une balade dans le vieux Lille. Il faisait doux, j'étais contente de voir Philou et Stef, on avait des discussions agréables, et j'essayais désespérément de me focaliser là-dessus plutôt que de ruminer cette histoire d'escape game. Après tout, c'était passé et on ne pouvait plus rien y faire, n'est-ce pas? Et puis franchement, c'était juste un problème de riches. Personne n'était en train de souffrir ou de mourir; on passait une journée de détente entre amis; il y avait plus de raisons de se réjouir que de faire la tête. D'ailleurs extérieurement, je ne faisais pas la tête - mais à l'intérieur, je fulminais sans pouvoir m'en empêcher. Apercevant un magasin Paul Marius, dont j'avais découvert les sacs sur internet la semaine précédente, j'ai entraîné tout le monde à l'intérieur et fait sur un coup de tête l'emplette d'un sac à dos olive très joli mais pas du tout adapté à mes besoins. Avant même de l'avoir payé, je savais que c'était une bêtise, mais je cherchais à faire un truc pour me changer les idées et j'ai gardé la fâcheuse habitude de reporter ma frustration soit sur la bouffe, soit sur le shopping. Du coup, après ça, je pestais aussi contre moi-même en plus de pester contre Escapers. 

Nous sommes allés boire un verre au Dernier bar avant la fin du monde. Je pensais qu'un cocktail m'aiderait à me détendre, mais pour ça, il aurait fallu qu'il contienne plus d'alcool qu'une quantité à peine suffisante pour soûler une amibe. Nouveau grumpf, un peu atténué par la déco et l'ambiance aussi sympas que dans l'établissement du même nom à Paris. L'heure approchait de regagner Lille Europe pour notre train de retour. A ce stade, j'avais fait plus de 20000 pas dans la journée. Avec une robe, et en oubliant de mettre de la crème Nok sur mes cuisses à l'endroit où elles se touchent. Résultat, je commençais à avoir la chair à vif (toutes les filles en surpoids me comprendront), et chaque pas devenait un peu plus douloureux que le précédent. Pour couronner le tout, en arrivant à la gare, nous avons appris que notre TGV aurait 50 minutes de retard. J'avais faim et toutes les échoppes de bouffe alentour étaient en train de fermer; j'avais hyper froid aux jambes dans la température déclinante et les courants d'air de la salle d'attente; j'avais trop mal pour envisager de partir à la recherche d'un endroit confortable où manger un bout et patienter. Et mon cerveau rationnel avait beau me répéter en boucle "Allez, 50 minutes désagréables, dans une vie, ce n'est rien du tout. Tu auras déjà tout oublié demain", j'étais plutôt abattue et grognon. 

Bien entendu, c'était une réaction tout à fait disproportionnée, que je me reproche de ne pas avoir réussi à dépasser pour profiter davantage des (très) bons aspects de cette journée. Et en même temps, dans des circonstances identiques, il y a vingt ans ou même seulement dix, j'aurais pété les plombs. J'aurais piqué une vraie grosse crise, en beuglant que j'aurais mieux fait de rester chez moi; je me serais montrée généralement imbuvable, et j'aurais gâché la journée de tout le monde. Là, il y avait au moins une partie de mon cerveau qui parvenait à mettre la situation en perspective, à se rendre compte que rien de tout ça n'était objectivement grave et à parler d'autre chose pendant que l'autre partie ruminait sévère en tâche de fond. Au final, je gère ma colère ( = mes émotions rouges) de la même façon que mon angoisse ( = mes émotions noires): en agissant extérieurement comme si de rien n'était. Ca facilite la vie de mon entourage, ce qui est déjà un très bon point; ça m'évite de passer pour plus pénible qu'on ne me sait déjà, et de m'enliser complètement dans mon ressenti négatif. Pour l'instant, c'est tout ce dont je suis capable. Et même si c'est loin d'être parfait, c'est déjà un sacré progrès.