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mardi 28 mai 2019

Où des interrogations partagées aboutissent à des réponses contraires



Depuis quelques années, je m'intéresse beaucoup à l'autisme et notamment à sa forme dite "syndrome d'Asperger". Il se trouve que je me reconnais dans 95% de la liste des caractéristiques les plus courantes. Toute petite, déjà, j'avais un comportement si différent de celui des autres enfants de mon âge que mon oncle et ma tante - qui travaillaient dans l'Education Nationale - avaient suggéré à mes parents de me faire tester. Jeune adulte, j'ai tenu à peine trois ans dans le salariat; après ça, j'ai su que si je ne trouvais pas un moyen de gagner ma vie toute seule dans mon coin, je finirais par devenir dingue et/ou me foutre en l'air.

dimanche 10 février 2019

"The Mussorgsky riddle" (Darin Kennedy)


Investigatrice psychique, Mira Tejedor est appelée au secours d'un garçon autiste de 13 ans qui a brusquement sombré dans l'apathie. Si d'ordinaire elle se contente de percevoir les émotions d'autrui, avec Anthony Faircloth, elle plonge dans un univers mental extrêmement codifié, structuré selon "Tableaux d'une exposition" du compositeur Moussorgski...

Voilà un policier fantastique fort original! L'héroïne mène l'enquête à la fois dans le monde réel et dans une oeuvre de musique classique dont chaque personnage est une émanation de la psyché fracturée d'un adolescent. Qu'est-ce qui a bien pu traumatiser Anthony au point qu'il se retranche totalement en lui-même? Bien qu'un peu lentes à mon goût, les révélations sont amenées avec beaucoup d'habileté et aboutissent à une résolution qu'on ne voit pas venir à vingt kilomètres. Intrigant et très réussi, "The Mussorgsky riddle" peut tout à fait se lire seul, mais l'auteur a écrit deux autres tomes avec la même héroïne et sur le même principe, sur lesquels je me pencherai probablement plus tard. 

vendredi 21 décembre 2018

"The kiss quotient" (Helen Hoang)


Stella Lane vient d'avoir 30 ans. C'est une jeune femme brillante, passionnée par son métier d'économètre, mais à la vie amoureuse inexistante car son autisme Asperger lui rend les relations humaines très difficiles. Quand ses parents l'informent qu'ils sont prêts à devenir grands-parents, Stella décidé d'attaquer le problème de manière rationnelle, en embauchant un escort pour lui apprendre à devenir une bonne amante. Cet escort, c'est Michael Larsen, un beau gosse de père suédois et de mère vietnamienne, qui a mis ses rêves de côté et vend son corps un soir par semaine pour résorber les dettes familiales...

Je ne suis pas du tout amatrice de romance. En revanche, je suis toujours intéressée par les romans avec un héros ou une héroïne Asperger, et je gardais un excellent souvenir de "Le théorème du homard". En plus, j'avais lu qu'Helen Hoang était elle-même Asperger, ce qui rendait "The kiss quotient" encore plus attrayant à mes yeux. Mais les cent premières pages, enchaînement de scènes d'intimité sans aucun développement parallèle des personnages, ont bien failli me faire lâcher le livre. J'ai quand même poursuivi par curiosité, et la suite s'est améliorée. Par contre, elle est devenue très très graphique, ce à quoi je ne m'attendais pas du tout. 

Au final, je comprends pourquoi "The kiss quotient" connaît actuellement un gros succès de librairie et a été élu "romance de l'année" par les utilisateurs de GoodReads. Dans son genre, il présente beaucoup de qualités. Bien qu'embarrassée par sa maladresse sociale et paniquée par les relations humaines, Stella jouit d'une excellente estime d'elle-même. Elle est parfaitement autonome, intégrée et consciente de ses qualités. Quant à Michael, c'est un homme viril et sûr de lui en matière de séduction, mais qui traite sa partenaire de façon toujours hyper respectueuse et jamais paternaliste. Dix ans après "Twilight" et cinq après "50 nuances de Grey", franchement, ça fait plaisir. Les scènes de sexe sont parmi les meilleures que j'ai lues, réalistes et excitantes mais jamais vulgaires. J'avoue  cependant que leur multiplication m'a lassée assez vite. Et que le côté ultra-prévisible de la romance n'est toujours pas ma tasse de thé. Mais les amateurs du genre - qui sont probablement plutôt des amatrices - devraient beaucoup apprécier. 

samedi 17 juin 2017

"Miss you" (Kate Eberlen)


Teresa et Angus se croisent pour la première fois à Florence, à la fin de l'été 1997. Teresa est alors sur le point de perdre sa mère d'un cancer et de voir ses rêves d'études universitaires s'envoler car elle est la seule à bien vouloir s'occuper de sa petite soeur autiste, Hope. De son côté, Angus court pour oublier que quelques mois plus tôt, son frère aîné Ross - le fils préféré de leurs parents - est mort dans un accident de ski. Il s'apprête à faire médecine comme le défunt, mais sans aucun enthousiasme. Au fil des ans, Teresa et Angus ne vont cesser de se rater partout où ils iront avant de se découvrir à un moment où il semble qu'il n'y a plus d'espoir pour eux...

Si cette présentation de "Miss you" vous rappelle "Un jour" de David Nicholls, c'est bien normal - moi-même, je n'ai cessé de comparer les deux durant ma lecture. Mais le roman de Kate Eberlen, lui, fait fi de tout souci de vraisemblance. Seize ans de rencontres manquées pour que, à la fin, les deux héros se rappellent qu'ils se sont parlé pendant trente secondes lors de leurs précédentes vacances en Italie. J'avoue, je suis jalouse de leur mémoire. En revanche, ils peuvent se garder le manque de discernement qui leur fait enchaîner des choix de vie épouvantables jusqu'au moment où le coup de foudre les frappe enfin et où ils commencent à parler mariage au bout de 24 heures.

On ne dirait pas, mais j'ai dévoré "Miss you". Malgré l'énorme suspension d'incrédulité qu'il exige du lecteur, je l'ai trouvé bien écrit, à la fois touchant et réaliste dans sa façon d'aborder des sujets difficiles tels que le deuil, l'autisme ou le cancer. J'ai apprécié le fait que les vies parallèles des deux héros se faisaient écho de maintes façons, de sorte qu'ils semblaient réellement destinés l'un à l'autre. Et j'ai beaucoup apprécié la conclusion de Gus, dans le genre "De toute façon, on ne sait jamais de quoi demain sera fait". Puis ce n'est pas tous les jours qu'on lit une histoire d'amour qui s'arrête au moment de la rencontre des amoureux!

Article publié à l'origine en septembre 2016, 
et mis à jour en raison de la parution de l'ouvrage en français depuis cette date

vendredi 26 août 2016

"Les Autodafeurs T1: Mon frère est un Gardien" (Marine Carteron)


"Je m'appelle Auguste Mars, j'ai 14 ans et je suis un dangereux délinquant. Enfin, ça, c'est ce qu'ont l'air de penser la police, le juge pour mineurs et la quasi-totalité des habitants de la ville. Evidemment, je suis innocent des charges de "violences aggravées, vol, effraction et incendie criminel" qui pèsent contre moi, mais pour le prouver, il faudrait que je révèle au monde l'existence de la Confrérie et du complot mené par les Autodafeurs; or, j'ai juré sur ma vie de garder le secret. Du coup, soit je trahis ma parole et je dévoile un secret vieux de vingt-cinq siècles (pas cool), soit je me tais et je passe pour un dangereux délinquant (pas cool non plus). Mais bon, pour que vous compreniez mieux comment j'en suis arrivé là, il faut que je reprenne depuis le début, c'est-à-dire là où tout a commencé.
PS: Ce que mon frère a oublié de vous dire, c'est qu'il n'en serait jamais arrivé là s'il m'avait écoutée; donc, en plus d'être un Gardien, c'est aussi un idiot. Césarine Mars"

L'été dernier, je craquais pour une pétillante trilogie des éditions du Rouergue mettant en scène un ado un peu spécial. Sans préméditation aucune, je recommence cette année, bien que dans un tout autre registre. Dans "Les Autodafeurs", il est question de Templiers, du pouvoir des livres et de la nécessité de protéger la vérité historique coûte que coûte - mais aussi de secrets de famille, de gentils grands-parents qui se révèlent être des machines de guerre, d'une petite soeur autiste Asperger qui pige tout avant tout le monde mais qu'on n'écoute pas.

L'histoire est racontée à la première personne, essentiellement par Gus qui s'exprime avec un curieux mélange de gouaille adolescente et d'érudition un peu pédante, avec ça et là des interventions écrites de Césarine qui déteste les chiffres de 1 à 21, prend tout au pied de la lettre et tient son aîné pour un parfait idiot. Leurs aventure rocambolesques les amènent à affronter des méchants très bêtes mais dénués de scrupules, et ce tome 1 s'achève par une explosion de violence comme on en voit rarement dans ce créneau de la littérature jeunesse. Les tomes suivants s'appellent respectivement "Ma soeur est une artiste de guerre" et "Nous sommes tous des propagateurs", et ils me font déjà envie!

mardi 15 décembre 2015

"Les choses comme je les vois" (Roopa Farooki)


Diagnostiquée Asperger dans sa petite enfance, Yasmine Murphy présente aussi le syndrome du savant, et elle est synesthète par-dessus le marché. Sa vision du monde ne ressemble à aucune autre - et elle s'apprête à la partager avec les neurotypiques en se laissant filmer pendant qu'elle prépare ses examens de fin de lycée.
Lila est la soeur de Yasmine. Rongée par un eczéma chronique qu'elle se donne un mal fou pour dissimuler, elle vit dans un taudis et enchaîne les conquêtes amoureuses autant que les petits boulots. C'est une artiste douée mais en colère, persuadée que Yasmine fait du cinéma depuis toujours et qu'elle lui a volé toute l'attention maternelle. 
Asif est l'aîné de la fratrie, l'éternel gentil garçon invisible aux yeux de tous. A la mort de leur mère, il a abandonné des études prometteuses pour prendre soin de Yasmine. Depuis, il fait un travail de bureau sans intérêt et a tiré une croix sur toute vie sociale. 
Le tournage du documentaire consacré à Yasmine va bouleverser leur équilibre bancal, obligeant chacun d'eux à repenser sa vision de la vie et de son propre avenir.

Je ne saurais dire si la voix très particulière de Yasmine est réaliste par rapport à sa forme d'autisme, mais elle m'a complètement fascinée - sans doute parce que je suis également synesthète, même si beaucoup moins qu'elle, et que je partage pas mal de ses névroses à un certain degré. J'ai trouvé passionnant de voir comment son neuroatypisme affectait les autres membres de sa famille, les forçant à adopter des rôles dont ils ne voulaient pas. Roopa Farooki montre bien de quelle façon le handicap d'un enfant concentre toute l'attention sur lui au détriment de ses frères et soeurs, créant des situations injustes et frustrantes qui ne sont la faute de personne et auxquelles personne ne peut remédier vraiment. Pour autant, "Les choses comme je les vois" n'est pas une lecture déprimante, puisque tous ses protagonistes finissent par trouver leur place - un compromis entre devoirs et choix personnels - ainsi qu'une certaine forme d'apaisement. Un beau roman humain et intelligent, qui s'efforce de comprendre sans jamais juger. 

"Si je m'organise soigneusement, je peux essayer de faire en même temps une dernière chose sur ma liste qui est la seule qui ne concerne pas une expérience sensorielle: je pourrais sauver une vie. En fait, je pourrais peut-être même en sauver plusieurs si je me débrouille pour mettre un terme à ma vie d'une manière qui permette à mes organes d'être prélevés pour des greffes. C'est logique: on pourrait sauver plein de vies si on organisait de temps à autre une loterie dans laquelle une personne mourante donnerait ses organes à tous les autres avant que la maladie qui est en train de la tuer ne les abîme, mais je suppose que la famille s'y opposerait. Cette idée ne me dérange pas, mais je suis réaliste quant au fait que je suis en train de mourir. Comme tout le monde. C'est juste une question de temps. Et aucune personne n'est plus importante qu'une autre, pas plus qu'un grain de sable dans l'océan."