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mardi 30 juin 2020

Où j'invoque Jean de la Fontaine


Photo by Katarzyna Kos on Unsplash

D'ordinaire, j'attends fin décembre pour faire le bilan de l'année écoulée. Mais là, nous sommes à peine à la moitié de 2020 et j'ai l'impression qu'il s'est écoulé une décennie entière depuis que je me suis armée de mes plus belles résolutions pour commencer un nouveau chapitre de ma vie. Je le voulais plus dynamique, plus audacieux, plus confiant. Au lieu de ça, j'ai passé deux mois enfermée à la maison, annulé tous mes projets pour le futur prévisible et frôlé la tentative de suicide. Je crois que c'est ce qu'on appelle un epic fail

vendredi 12 juin 2020

Déconstruction intérieure




Début janvier, j'avais décidé que le grand chantier de 2020 serait la rénovation de mon appartement et la prise de renseignements administratifs, afin de préparer la mise en vente ou en location dudit appartement et mon expatriation en Belgique début 2021. Et ça me stressait d'avance de penser à tout ce que je devrais gérer seule, les prises de tête humaines ou administratives que ça engendrerait, les erreurs susceptibles d'impacter ma situation financière, sans compter le bordel matériel du déménagement lui-même.

vendredi 29 mai 2020

Où je prends les mesures qui s'imposent




Pendant le confinement, la talentueuse Anne Montel (qui a créé la bannière du blog, faut-il le rappeler) publiait sur Instagram des stories la montrant en train de réaliser des dessins libres. Quand j'ai vu celui qui illustre ce billet, il m'a tellement parlé que je le lui ai réservé avant même qu'elle l'ait fini. Cette petite fille qui crie aux animaux qui l'entourent qu'elle n'a pas besoin d'eux, BORDEL, c'est tellement moi! Par rapport aux gens en général, bien sûr. Mais à ce moment-charnière où ma santé mentale recommençait à basculer vers le pire, elle incarnait aussi ma défiance envers les deux seuls moyens connus, non pas de guérir mais de traiter l'anxiété chronique: les médicaments et la thérapie.

samedi 2 mai 2020

Lettre à mon cerveau


J'ai écrit ce billet il y a plus de deux semaines. Depuis, j'ai recommencé à prendre des doses significatives d'anxiolytiques en continu. 




Cher cerveau,

Il est 6h du matin. Voici deux heures que tu m'as tirée d'un sommeil miséricordieusement dénué de rêves pour m'assaillir avec les mêmes questions que depuis un mois. Que se passera-t-il si je ne peux pas aller refaire le frottis au résultat ininterprétable pour lequel j'attends un second rendez-vous depuis décembre? Et si le cumulus que j'aurais dû changer au début du mois lâche en mon absence, noyant ma bibliothèque et mon voisin du dessous? Après plusieurs années de refus de la part de mes copropriétaires, puis une première tentative sabotée par l'incompétence de notre syndic, vais-je de nouveau rater la fenêtre de tir pour le traitement anti-fourmis charpentières? Si je rentre chez moi mi-mai, pourrai-je revenir en Belgique avant la fin de l'été? Si l'économie s'écroule, vais-je réussir à revendre mon appartement l'an prochain pour m'installer officiellement à Bruxelles et ne plus jamais risquer que des circonstances extérieures me séparent de mon amoureux? Et si la prochaine pandémie est beaucoup plus dangereuse que celle-ci? Et si elle provoque l'effondrement de notre civilisation?

mercredi 29 avril 2020

La vérité, toute la vérité, rien que la vérité




De la fascination pour la culture goth qui a marqué la fin de mon adolescence et la première moitié de ma vingtaine, j'ai conservé un trait de caractère finalement peu répandu: je n'ai pas peur de contempler mes abîmes intérieurs. Quand j'étais jeune, il se peut même que j'aie un poil exagéré leur noirceur pour me sentir plus intéressante. Quelques décennies et autant de drames plus tard, la tendance s'est inversée: dans la vie de tous les jours, je parais beaucoup plus gaie et désinvolte que je ne le suis réellement. 

mardi 14 avril 2020

L'anxiété au temps du Covid-19




Depuis une semaine, je m'interroge sur la pertinence de continuer à publier sur les réseaux sociaux. Il me semble que tout est potentiellement crispant: les tentatives de positiver coûte que coûte une expérience douloureuse voire tragique pour beaucoup, mais aussi l'aveu sincère de difficultés psychologiques grandissantes. Dans les phases où je vais à peu près bien, je répugne à l'idée de passer pour une insupportable donneuse de leçons qui pontifie du haut de ses privilèges. Dans les périodes où je suis au fond du trou, je me demande à quoi ça servirait de contaminer mes lectrices qui doivent déjà avoir fort à faire pour maintenir leur propre moral à flot. 

mardi 24 mars 2020

Stratégies du réenchantement #3: Les tactiques pour endurer




Depuis que la Belgique a décrété la fermeture des bars et des restaurants, je ne suis sortie de chez nous qu'une seule fois, pour faire des courses alimentaires. En soi, l'enfermement ne me pèse pas outre mesure: j'y suis habituée, bien qu'avec des fenêtres de liberté qui n'existent actuellement pas. Mais la situation reste épouvantablement anxiogène pour quelqu'un qui imagine douze catastrophes par jour en temps normal. Le décompte des morts augmente chaque soir, et on est toujours incapable d'estimer quand le confinement prendra fin. En onze jours, néanmoins, quelques habitudes se sont mises en place d'elles-mêmes pour préserver ma santé mentale.

jeudi 19 mars 2020

Stratégies du réenchantement #2: La perte des repères




Quand on a compris que le Covid-19 arrivait en Europe et qu'on n'y couperait pas, mais qu'on ne se doutait pas encore trop de l'ampleur que ça prendrait, la première chose que j'ai pensée, c'est "Pourvu que ça ne nous empêche pas de partir en Ecosse pour les 50 ans de Chouchou!". Sur le coup, c'était réellement mon unique préoccupation. J'étais encore si jeune et si naïve fin février.

vendredi 28 février 2020

Les côtés positifs de l'anxiété chronique




Ca va bientôt faire douze ans que mon anxiété chronique me pourrit la vie dans les grandes largeurs. Tous mes efforts pour la contrer n'ont réussi qu'à procurer des répits occasionnels et me doter d'une panoplie d'outils qui, sans être miraculeux, me permettent de la gérer au quotidien - plus ou moins bien selon les périodes et la gravité des déclencheurs, mais ceci est une autre histoire. Aujourd'hui, je voulais vous parler des effets positifs de cette anxiété chronique. Car même s'ils sont loin de contrebalancer ses effets négatifs, ils existent.

jeudi 11 juillet 2019

J'ai (enfin) testé la couverture lourde




Il y a un peu plus d'un an, j'entendais parler pour la première fois des couvertures lourdes (ou couvertures lestées) utilisées dans le traitement des troubles du sommeil et de l'anxiété chronique, particulièrement chez les autistes. Ma première réaction a été un peu sceptique, de l'ordre de "Mouais, je ne vois pas comment c'est censé fonctionner". Puis je me suis rappelé le bien-être inexplicable que je ressentais, enfant, en me glissant sous le lourd édredon en satin safran qui recouvrait le lit de mon arrière-grand-mère. J'ai pensé à mes difficultés d'endormissement toujours plus grandes en été, non seulement à cause de la chaleur elle-même, mais parce qu'elle me dissuade de me couvrir, ce qui entraîne un sentiment de vulnérabilité aiguë et m'empêche de mettre ma vigilance suffisamment en veille pour basculer dans le sommeil. J'ai pensé qu'en effet, ça pouvait être intéressant, mais que le résultat n'était pas garanti. J'ai tendance à rester hermétique aux formes de thérapies alternatives qui fonctionnent pourtant bien sur la plupart des gens - à titre d'exemple, l'hypnose, dont je ne conteste pas l'efficacité dans l'absolu, est absolument sans effet sur moi. Dans ces conditions, j'hésitais à dépenser entre 150 et 200€ pour me retrouver avec un objet encombrant qui ne me servirait peut-être à rien. Mais ces derniers temps, les problèmes liés à mon travail ont poussé mes troubles psychiques et comportementaux à un niveau difficilement gérable, et je me suis enfin décidée à essayer. 

lundi 4 février 2019

"La fille dans l'écran" (Manon Desveaux/Lou Lubie)


Coline souffre d'une phobie sociale paralysante qui l'a conduite à abandonner ses études et se réfugier chez ses grands-parents, à Périgueux. Dans le cadre de son travail Une sur un projet d'album jeunesse, elle contacte Marley, une Française qui s'est installée à Montréal afin de poursuivre sa passion pour la photo, mais qui stagne dans un job alimentaire et une relation amoureuse insatisfaisante. Une complicité très forte se tisse entre les deux jeunes femmes par écran interposé...

La page de gauche pour Manon Desveaux qui dessine  Coline en noir et blanc, celle de droite pour Lou Lubie qui dessine en couleurs ce que fait Marley au même moment - avec l'inévitable décalage horaire dû à leurs deux pays de résidence. Cette disposition en vis-à-vis, qui permet de bien saisir le contraste entre la vie et la personnalité des deux héroïnes, donne également beaucoup de fluidité au récit à quatre mains. La phobie sociale de Coline et la pression que lui mettent ses parents, la routine dans laquelle Marley se sent de plus en plus enfermée et sa rébellion qui monte petit à petit sont rendus de manière réaliste et délicate à la fois. "La fille dans l'écran", c'est l'histoire de deux jeunes femmes qui vont n'en faire qu'à leur tête et résister aux conventions pour choisir leur propre chemin. Un roman graphique très réussi. 

dimanche 6 janvier 2019

"Everything all at once" (Katrina Leno)


Helen Reaves vient de mourir d'un cancer. Agée de 40 ans seulement, elle était l'autrice de la série jeunesse la plus vendue dans le monde: l'histoire de deux enfants devenus immortels après avoir bu une potion magique. Elle laisse à sa nièce bien-aimée une série de lettres contenant chacune une mission destinée à la faire sortir de sa zone de confort, et ainsi, l'aider à surmonter l'anxiété chronique qui lui pourrit la vie. Tandis qu'elle s'efforce tant bien que mal de suivre les instructions de sa tante, Lottie fait la connaissance de Sam, un ancien élève d'Helen qui va lui apporter une aide précieuse dans sa quête...

"Everything all at once" n'était pas le premier roman de Katrina Leno que je lisais. Je m'attendais à ce qu'il verse dans le réalisme magique à un moment ou à un autre; aussi, j'ai immédiatement deviné le secret d'Helen et la vérité au sujet de Sam, et surtout, je n'ai pas été désarçonnée par la fin contrairement à beaucoup d'autres lecteurs. Cela dit, la révélation des derniers chapitres n'a au fond que peu d'importance. L'intérêt de ce roman, c'est l'évolution de Lottie, la façon dont elle apprend à vivre avec ses angoisses de mort paralysantes et ce qu'elle finit par réaliser à leur sujet. J'ai particulièrement aimé sa très jolie relation avec son frère cadet Abe, un ado de 16 ans féru de littérature. Cette fois encore, Katrina Leno dose avec talent l'amertume et la douceur pour ouvrir les perspectives de son héroïne et finir sur une magnifique note d'espoir. Je me réjouis qu'il me reste encore quelques romans d'elle à découvrir. 

vendredi 23 février 2018

"Les optimistes meurent en premier" (Susin Nielsen)


Suite à la mort de sa petite soeur, Pétula De Wilde, 16 ans, a contracté à peu près toutes les phobies du monde. Sa peur des germes l'empêche d'avoir la vie sociale d'une fille de son âge, et en secret, elle collectionne les coupures de journaux sur les accidents loufoques. Elle s'est brouillée avec sa meilleure amie qui partageait son amour immodéré des loisirs créatifs; sa mère ne cesse d'adopter de nouveaux chats pour compenser la perte de Maxine, et sa psy impose à son groupe d'art-thérapie des exercices dignes de gamins de sept ans. Bref, Pétula broie sérieusement du noir jusqu'à ce que sa route croise celle de l'homme bionique: Jacob Cohen, qui a perdu un bras et ses deux meilleurs amis dans un accident de voiture...

J'avais lu tellement de bien de ce roman de la Canadienne Susin Nielsen que je m'attendais à être déçue par sa lecture. Et puis, pas du tout: grâce à sa collection de personnages bancals mais hyper-attachants, ainsi que son juste équilibre entre drame et espoir tempéré par une bonne dose d'humour, "Les optimistes meurent en premier" mérite largement tous les compliments qui lui ont été faits. Pétula (que sa mère surnomme "Pétouille") a un sens de l'auto-dérision hilarant, rendu à la perfection par une traduction si dynamique qu'on croirait que l'auteure a écrit directement en français, et on regrette beaucoup de la quitter après 200 pages seulement. Un délice à mettre entre toutes les mains. 

Traduction de Valérie Le Plouhinec

samedi 23 décembre 2017

"Tortues à l'infini" (John Green)


C'est sûrement très snob de ma part, mais malgré mon amour pour la littérature jeunesse, je n'avais encore jamais rien lu de John Green, l'un des auteurs du genre qui a vendu le plus de livres ces dix dernières années. La faute au film tiré de "Nos étoiles contraires", dont on a tellement parlé que même sans l'avoir vu, j'en connais l'intrigue qui m'avait donné une impression d'insupportable sentimentalisme. Mais son nouveau roman, "Tortues à l'infini", qui met en scène une héroïne atteinte d'anxiété chronique, a réussi à éveiller ma curiosité.

Aza Holmes, seize ans, a perdu son père quand elle était enfant. Elle vit seule avec sa mère prof de maths et chérit comme des trésors la vieille Toyota Corolla de son père, baptisée Harold, ainsi que son téléphone sur lequel elle aime à revoir les photos prises avant sa mort. Aza souffre de troubles anxieux aigus, essentiellement focalisés sur les microbes et les germes. La moitié du temps, elle est absente au monde extérieur, entraînée par la spirale de ses pensées qui la persuadent que, puisque ses bactéries la contrôlent, elle n'est pas plus réelle qu'un personnage de roman. Malgré ça, elle entretient une relation très forte avec sa meilleure amie Daisy, feu follet passionné de Star Wars qui écrit des fan-fictions en ligne. Un jour, un magnat de l'industrie sur le point de se faire arrêter pour escroquerie disparaît dans leur ville. Aza se souvient qu'elle fréquentait autrefois un camp d'été avec son fils Davis, et Daisy, issue d'une famille pauvre, la convainc de renouer avec ce dernier pour tenter d'obtenir des renseignements qui leur permettront de toucher la récompense de cent mille dollars promise à quiconque permettra de retrouver le fuyard...

Si dans "A semi definitive list of worst nightmares", que j'ai lu peu de temps auparavant, le sujet de l'anxiété maladive était traité sur le mode du réalisme magique qui permettait d'en contrebalancer un peu la noirceur, ici, John Green opte pour une approche tellement réaliste-pas-magique-du-tout que, même si je n'en souffre plus moi-même, j'ai éprouvé un fort sentiment de claustrophobie tout au long de ma lecture. Parce que "Tortues à l'infini" est écrit du point de vue d'Aza, on se retrouve directement dans sa tête, pris entre la voix de sa raison qui tente de l'apaiser et la voix de son anxiété qui la pousse à avoir des comportements de plus en plus obsessionnels, de plus en plus extrêmes, de plus en plus déconnectés de la réalité. Les moments où elle finit par boire du gel anti-bactérien parce qu'il lui semble qu'elle est en train de pourrir de l'intérieur sont atrocement bien rendus, tout comme le rétrécissement progressif de la spirale de ses pensées, la sensation d'enfermement dans son propre esprit malade, l'impossibilité de toute fuite. Très réalistes aussi l'impuissance de l'entourage, la mère qui a déjà perdu son mari et ne sait pas quoi faire pour ne pas perdre aussi sa fille, la meilleure amie qui adore Aza mais doit supporter le fait que son angoisse l'empêche de s'intéresser vraiment à quoi que ce soit d'autre qu'elle-même, le désarroi de Davis qui, tombant amoureux d'Aza, doit accepter qu'il ne pourra jamais vraiment sortir avec elle parce que malgré toute sa patience et toutes ses attentions, l'état de la jeune fille ne va pas s'améliorer.

En vérité, c'est un roman dans lequel il ne se passe pas grand-chose: un embryon d'histoire d'amour touchante bien qu'avortée (ou plutôt, touchante parce qu'avortée), une histoire d'amitié assez jolie, la vague recherche d'un homme et d'un père défaillant sur tous les plans. Le véritable sujet de "Tortues à l'infini", c'est l'angoisse elle-même, si atroce pour celui ou celle qui la vit, si incompréhensible pour ceux qui ont la chance de ne pas en souffrir. Plus qu'un ouvrage de fiction, c'est presque un cas d'étude, qui se termine sans même offrir une note d'espoir - à peine un message de résilience. Du coup, je me demande à qui il peut bien plaire. Les personnes concernées risquent d'y voir un déclencheur; les personnes non concernées trouveront sans doute ça barbant. Mais moi, j'avoue: je l'ai beaucoup aimé. 

mercredi 20 décembre 2017

"A semi definitive list of worst nightmares" (Krystal Sutherland)


Esther Solar n'est pas une fille comme les autres. Ce n'est pas seulement à cause de sa façon de s'habiller (toujours avec un déguisement: aujourd'hui, le Petit Chaperon Rouge), ou même de sa famille dont chaque membre souffre d'une obsession unique et maladive. Quand elle se fait détrousser par Jonah Smallwood, un ancien camarade de classe, celui-ci lui prend son téléphone et la liste de ses pires cauchemars. Il lui rend le premier, dans lequel il a tout effacé hormis son propre numéro. Et la seconde lui inspire un défi: affronter les peurs d'Esther ensemble, une par une, chaque dimanche durant l'année à venir...

C'est toujours difficile de parler d'un livre qu'on a adoré et qu'on voudrait forcer tout le monde à lire. Pourtant, au premier abord, "A semi-definitive list of worst nightmares" n'a rien d'un inoffensif roman jeunesse. Les Solar souffrent d'une malédiction qui les condamne à avoir une grande peur dans la vie, et à mourir de l'objet de cette grande peur. Esther n'a pas encore trouvé la sienne, mais elle souffre déjà d'une anxiété généralisée galopante. Eugene, son frère jumeau, voit des démons et des monstres dans le noir, raison pour laquelle toutes les lumières sont allumées en permanence chez eux. Dépressif, il s'automutile et nourrit des pensées suicidaires. Peter, le père, est tellement agoraphobe qu'il n'est pas sorti de la cave depuis six ans, y compris quand une série de petits AVC a commencé à le pétrifier. Rosemary, la mère, est paralysée par ses superstitions et accro aux jeux d'argent, de sorte que parfois, les meubles partent au mont-de-piété et qu'il n'y a plus rien à manger dans la maison. Autour d'eux, Jonah est battu par son père et Hephzibah, la meilleure amie d'Esther, refuse de parler pour une raison inconnue.

Rien de bien riant en somme, d'autant que les maladies mentales des Solar sont dépeintes d'une façon criante de vérité. Et pourtant... Ce roman est aussi plein de fantaisie, d'humour, de bienveillance et même d'espoir. Dans ma tête, j'entendais ce que je lisais récité par la voix du narrateur de "Pushing daisies", série télé trop courte à laquelle je trouvais le même genre d'atmosphère. Le style vif et ironique de Krystal Sutherland est un pur régal. J'ai été enchantée par sa façon d'inclure des tas de petites listes dans sa narration, agréablement intriguée par l'histoire de Reginald Solar, le grand-père inspecteur de police qui entretient une drôle de relation avec la Mort, et touchée en plein coeur par certaines des choses que dit l'auteure sur l'amour et la vulnérabilité. La fin, qui arrive beaucoup trop vite et a réussi à me surprendre, est un bijou de douceur amère ou d'amertume douce. J'espère que "A semi definitive list of worst nightmares" sera rapidement disponible en français pour que je puisse l'offrir et le recommander à l'infini.

samedi 22 octobre 2016

"L'épouvantable peur d'Epiphanie Frayeur" (Séverine Gauthier/Clément Lefèvre)


Epiphanie a huit ans et demi. Depuis toujours, elle a peur de son ombre, qui grandit plus vite qu'elle. Sa quête d'un remède lui fera croiser un guide qui a perdu son sérieux et qui est devenu aussi léger qu'un ballon, un docteur qui l'enverra chez un coiffeur sans corps, un preux chevalier qui proposera de la sauver mais qu'elle finira par contaminer, un dompteur et une voyante... Nourrie par toutes ces rencontres, c'est en elle que la fillette finira par trouver le déclic pour maîtriser sa peur. 

Mon coup de coeur bédé d'octobre, c'est cet album qui, s'il s'adresse apparemment aux enfants, aborde le problème de l'angoisse avec tant d'intelligence et de finesse que ça devrait aussi parler aux adultes concernés. (Suivez mon regard.) "Tu prends toujours tellement de place, dit Epiphanie à l'ombre-peur monstrueuse qui la suit partout. Je n'arrive plus à respirer." Sur ces prémisses peu réjouissantes en apparence, Séverine Gauthier bâtit une histoire aux métaphores aussi justes que poétiques, superbement illustrée par Clément Lefèvre. La fantaisie de leur univers offre un contrepoint bienvenu à la pesanteur de leur sujet. Une vraie réussite. 



jeudi 4 février 2016

"La folle rencontre de Flora et Max" (Martin Page/Coline Pierré)


Lorsqu'elle découvre l'étonnante lettre de Max, Flora est à la fois heureuse et troublée: elle reçoit si peu de courrier depuis qu'elle est en prison... Que peut bien lui vouloir ce garçon excentrique qui semble persuadé qu'ils ont des points communs? Que peut-il partager avec une lycéenne condamnée à six mois ferme pour avoir violemment frappé une fille qui la harcelait? 
Max ne tarde pas à révéler qu'il vit lui aussi enfermé. Il a quitté le lycée après une grave crise d'angoisse. Depuis, il n'arrive plus à mettre un pied dehors et vit retranché chez lui avec ses livres, son ordinateur, son chat gourmet et son ukulélé.
Flora et Max vont s'écrire, collecter chaque jour des choses lumineuses et réconfortantes à se dire, apprivoiser leur enfermement et peu à peu, avec humour et fantaisie, se construire une place dans le monde. 

Je ne suis pas certaine qu'il existe beaucoup de filles ordinaires de dix-sept ans et demi ayant pour auteurs préférés Sylvia Plath et Fernando Pessoa, s'exprimant avec un vocabulaire aussi châtié que celui de Flora et terminant leurs lettres par "Douce journée". Des deux héros de ce roman épistolaire, c'est son personnage qui m'a paru le moins crédible, bien que pas inintéressant puisque l'on découvre l'univers carcéral à travers ses yeux. J'ai davantage accroché à l'humour décalé et aux petites excentricités de Max, peut-être parce que je suis familière avec la prison mentale des angoisses paroxystiques et tout à fait capable de comprendre sa phobie sociale. Les efforts qu'il déploie pour s'en sortir m'ont beaucoup touchée, et j'ai aimé l'idée des lettres qui aident deux solitaires à panser leurs blessures respectives et à s'ouvrir de nouveau à la vie.

(Max) Le suicide, je comprends, j'y ai pensé souvent, mais à chaque fois c'était pour le rejeter violemment. Le désespoir est mon adversaire. Pas la vie. Alors je me bats. Je crois que Sylvia aurait dû rencontrer plus de gens dépressifs: ils sont bien placés pour aider, comprendre, encourager, donner de l'espoir. Je trouve ça beau que tu la fasses revivre grâce à une marionnette. Et puis ainsi tu as de la compagnie. Je crois en l'amitié des êtres inanimés, des esprits, des objets, des morts, des personnages de fiction. Ils ont les mains plus chaudes et plus de conversation que la plupart des vivants. 

(Flora) Si tu n'y arrives pas, ce n'est pas grave. Je suis sûre qu'elle aurait compris. On peut penser aux morts sans aller à leur enterrement, sans mettre de fleurs sur leur tombe. On peut y penser en restant chez soi, en lisant un livre, en écoutant la pluie tomber, en jouant de la musique. On peut leur tenir la main en pensée, se remémorer leur voix et leur sourire, leurs expressions favorites. On peut aussi leur parler et leur lire des poèmes.