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mardi 11 juin 2019

L'étoffe dont on fait les amis



Les relations humaines ont toujours été une chose extrêmement compliquée pour moi. 

Je n'ai pas eu d'amis avant l'âge de 15 ans et mon arrivée dans un club de jeux de rôles fréquenté par des hordes de garçons tout aussi asociaux que moi. Même alors, nos rapports étaient surtout fondés sur le partage d'une activité excitante qui ne nous obligeait pas à aborder quelque sujet personnel que ce soit. Pour le reste, je n'avais aucun point d'accroche avec mes camarades de classe, tous beaucoup plus vieux que moi (et beaucoup plus bêtes, de mon avis qui n'engageait que moi). Ca ne s'est pas arrangé quand j'ai débarqué dans une grande école de commerce où en plus du fossé de l'âge qui s'était encore creusé entre-temps, j'ai été confrontée au fossé de classe sociale et d'ambitions radicalement divergentes qui béait entre eux et moi - ils voulaient conquérir le monde merveilleux de l'entreprise; je n'aspirais qu'à bosser tranquillement dans mon coin sans avoir de comptes à rendre à personne.

mardi 20 mars 2018

Des okonomiyaki, de la pop, un missionnaire et des hamburgés





Couchée à 23h30, j'émerge après une bonne nuit de sommeil et constate qu'il est... 10h40. Ah oui, quand même. Nous nous levons sans plus tarder et nous préparons pour aller déjeuner avec Autre Moi et Junior. La moitié des sorties de la station Opéra sont fermées; nous devons donc faire un grand détour sous la pluie pour gagner la rue des Petits Champs. Kioko est en rupture de stock de sobacha; en revanche, je trouve les deux livres que je voulais chez Komikku. 

lundi 19 mars 2018

Du boulot, de l'Irlande, de la laine et du Japon





Après une journée éprouvante et une nuit blanche, ce n'est rien de dire que je ne suis pas au meilleur de ma forme lorsque je me lève vendredi matin... Pendant que je tente de me convaincre que je ne suis pas du tout épuisée et que mon rendez-vous va très bien se passer (méthode Coué, mon amour), Chouchou descend à la bonne boulangerie conseillée par notre logeuse pour en rapporter croissants et pains au chocolat fort bienvenus puisque j'ai également sauté le dîner d'hier. Un peu rassérénée, je me dirige vers le métro avec une marge suffisante pour pallier tout nouvel imprévu, et arrive donc avec une demi-heure d'avance. Histoire de tuer le temps, je fais un tour à la Fnac voisine de chez mon éditrice et y achète deux mangas (le T8 de "March comes in like a lion", qui vient juste de sortir, et le premier d'"Artiste", dont le thème culinaire pourrait me plaire). 

mardi 8 août 2017

Une semaine à Toulouse #5




Lundi

"Hé ben, avec vous, y'a jamais de restes!". Seigneur, empêchez-moi de répondre: "Oui, mais je ne petit-déjeune pas et je ne m'enfile pas deux plaques de chocolat plus un paquet de biscuits dans l'après-midi; du coup, une cuisse de poulet et une portion de salade de tomates, ça ne me paraît pas délirant comme lunch". 

Il a l'air de faire moins chaud aujourd'hui; je vais mettre ma robe noire en dentelle anglaise bien épaisse entièrement doublée. 

dimanche 4 juin 2017

Où ça s'améliore, mais c'est pas encore ça



Très récemment, j'évoquais les limites du développement personnel dans ce billet. Aujourd'hui, je vais les illustrer avec l'exemple concret de ma journée d'hier. Nous avions prévu d'aller à Lille pour voir nos amis Philou et Stef et nous livrer à quelques activités sympathiques avec eux. Le voyage aller en Thalys s'est bien passé. Nous nous sommes rendus à pied au Palais des Beaux-Arts pour voir la Carte Blanche d'Alain Passard, que j'ai trouvée un peu décevante comparée à celle de Zep l'an dernier, avec beaucoup moins de pièces originales (et évidemment beaucoup moins d'humour). Mais ça reste un très beau musée avec un prix d'entrée nettement plus accessible que ceux des musées bruxellois. Après ça, midi approchant, nous avons gagné le resto scandinave réservé par nos amis. Jolie terrasse fermée; beaucoup de plats à base de saumon fumé, que je déteste - c'est gras, c'est froid, ça m'écoeure horriblement - mais j'ai réussi à trouver dans la carte un pavé de saumon bio aux deux sésames tout à fait satisfaisant. 

Nous avons ensuite filé chez Escapers pour tester la salle Braquage à la lilloise ouverte récemment. Et là, c'est le drame. Après une entrée en matière originale qui laissait espérer un très bon moment, le jeu s'est révélé de loin le plus nul que nous avons fait en 3 ans et une trentaine de salles. Je me suis ennuyée pendant une heure, abandonnant toute tentative de participer à dix minutes de la fin. Les autres ont continué, mais sans enthousiasme. Quand le game master est venu nous délivrer, je lui ai exprimé ma déception et mon énervement en des termes non-incertains. Les autres en ont fait autant, bien qu'avec plus de diplomatie. Très flegmatique, le game master nous a dit: "Je comprends que vous n'avez pas aimé, et je prends note de vos remarques". Puis il nous a quand même fait payer l'intégralité des 96 euros du prix de la séance. Alors que la situation exigeant vraiment un geste commercial. Du coup, en plus d'être déçue et énervée, j'étais furieuse et dégoûtée en sortant de là. La panoplie entière des sentiments que je matérialise en rouge dans mon moodmapping.

Nous avons poursuivi notre après-midi par un goûter chez Méert (toujours délicieux), puis une balade dans le vieux Lille. Il faisait doux, j'étais contente de voir Philou et Stef, on avait des discussions agréables, et j'essayais désespérément de me focaliser là-dessus plutôt que de ruminer cette histoire d'escape game. Après tout, c'était passé et on ne pouvait plus rien y faire, n'est-ce pas? Et puis franchement, c'était juste un problème de riches. Personne n'était en train de souffrir ou de mourir; on passait une journée de détente entre amis; il y avait plus de raisons de se réjouir que de faire la tête. D'ailleurs extérieurement, je ne faisais pas la tête - mais à l'intérieur, je fulminais sans pouvoir m'en empêcher. Apercevant un magasin Paul Marius, dont j'avais découvert les sacs sur internet la semaine précédente, j'ai entraîné tout le monde à l'intérieur et fait sur un coup de tête l'emplette d'un sac à dos olive très joli mais pas du tout adapté à mes besoins. Avant même de l'avoir payé, je savais que c'était une bêtise, mais je cherchais à faire un truc pour me changer les idées et j'ai gardé la fâcheuse habitude de reporter ma frustration soit sur la bouffe, soit sur le shopping. Du coup, après ça, je pestais aussi contre moi-même en plus de pester contre Escapers. 

Nous sommes allés boire un verre au Dernier bar avant la fin du monde. Je pensais qu'un cocktail m'aiderait à me détendre, mais pour ça, il aurait fallu qu'il contienne plus d'alcool qu'une quantité à peine suffisante pour soûler une amibe. Nouveau grumpf, un peu atténué par la déco et l'ambiance aussi sympas que dans l'établissement du même nom à Paris. L'heure approchait de regagner Lille Europe pour notre train de retour. A ce stade, j'avais fait plus de 20000 pas dans la journée. Avec une robe, et en oubliant de mettre de la crème Nok sur mes cuisses à l'endroit où elles se touchent. Résultat, je commençais à avoir la chair à vif (toutes les filles en surpoids me comprendront), et chaque pas devenait un peu plus douloureux que le précédent. Pour couronner le tout, en arrivant à la gare, nous avons appris que notre TGV aurait 50 minutes de retard. J'avais faim et toutes les échoppes de bouffe alentour étaient en train de fermer; j'avais hyper froid aux jambes dans la température déclinante et les courants d'air de la salle d'attente; j'avais trop mal pour envisager de partir à la recherche d'un endroit confortable où manger un bout et patienter. Et mon cerveau rationnel avait beau me répéter en boucle "Allez, 50 minutes désagréables, dans une vie, ce n'est rien du tout. Tu auras déjà tout oublié demain", j'étais plutôt abattue et grognon. 

Bien entendu, c'était une réaction tout à fait disproportionnée, que je me reproche de ne pas avoir réussi à dépasser pour profiter davantage des (très) bons aspects de cette journée. Et en même temps, dans des circonstances identiques, il y a vingt ans ou même seulement dix, j'aurais pété les plombs. J'aurais piqué une vraie grosse crise, en beuglant que j'aurais mieux fait de rester chez moi; je me serais montrée généralement imbuvable, et j'aurais gâché la journée de tout le monde. Là, il y avait au moins une partie de mon cerveau qui parvenait à mettre la situation en perspective, à se rendre compte que rien de tout ça n'était objectivement grave et à parler d'autre chose pendant que l'autre partie ruminait sévère en tâche de fond. Au final, je gère ma colère ( = mes émotions rouges) de la même façon que mon angoisse ( = mes émotions noires): en agissant extérieurement comme si de rien n'était. Ca facilite la vie de mon entourage, ce qui est déjà un très bon point; ça m'évite de passer pour plus pénible qu'on ne me sait déjà, et de m'enliser complètement dans mon ressenti négatif. Pour l'instant, c'est tout ce dont je suis capable. Et même si c'est loin d'être parfait, c'est déjà un sacré progrès. 

lundi 19 septembre 2016

Les enfants des autres



Je n'ai jamais voulu d'enfants, et je me suis toujours trouvée devant ceux des autres un peu comme une poule devant un couteau à huîtres: très perplexe et tout à fait incapable de communiquer avec eux. Leurs braillements, leur agitation me fatiguaient. Je me crispais dès qu'un bébé se mettait à hurler dans le train ou l'avion, et je rêvais de restaurants interdits aux moins de 12 ans. Il m'est arrivé de cesser de voir des amis juste parce qu'ils avaient eu des enfants et que je ne supportais plus que toutes leurs conversations tournent autour de ça. Quand mes neveux sont nés, je me suis réjouie du bonheur de ma soeur et de mon beau-frère, et j'ai trouvé ça chouette que la famille s'agrandisse, mais je n'éprouvais pas du tout l'envie de gâtifier devant eux ou de me mettre à quatre pattes pour jouer aux cubes, et il aurait fallu me coller un flingue sur la tempe pour que j'accepte de les garder tant qu'ils n'ont pas été propres et capables de dire où ils avaient mal le cas échéant - j'aurais eu beaucoup trop peur de faire une connerie par ignorance. 

Mais ces dernières années, j'ai commencé à me dire que ben oui, les bébés pleurent et les jeunes enfants courent partout, c'est normal. Quand d'autres gens lèvent les yeux au ciel ou soupirent bruyamment à cause de ça dans les lieux publics, j'ai envie de leur assener: "On vit en communauté et c'est vous l'adulte, comportez-vous comme tel". Je ne soupçonne plus les parents d'être trop laxistes ou de manquer d'autorité: j'ai bien compris que même avec la meilleure volonté du monde, parfois, il n'y a rien à faire pour empêcher un enfant de se rouler par terre en écumant de rage au rayons bonbecs de Carrefour. Mes voisins d'en face ont une petite fille qui a longtemps hurlé à crever les tympans de toute la population de Monpatelin chaque jour vers 18h et 1 heure du matin; ma première pensée n'a pas été de rouspéter qu'elle me réveillait la nuit mais de plaindre ses pauvres parents qui n'avaient sûrement pas signé pour ça. (OK, ma seconde pensée a été d'en faire des statuts sarcastiques sur Facebook en surnommant la gosse la Fille de Satan, mais bon.) 

Là, ça commence presque à devenir inquiétant. Je me suis monstrueusement amusée avec mes neveux pendant nos dernières vacances à Toulouse; maintenant qu'ils ont quinze et dix ans, j'adore faire des trucs et discuter avec eux (même si je ne comprends pas toujours leur vocabulaire de djeûns et si leurs goûts musicaux me font saigner les oreilles). Quand ils m'ont dit au revoir devant l'aéroport de Blagnac le jour du départ, mon coeur s'est brisé un tout petit peu, et ils ont commencé à me manquer à peine la sécurité franchie. Indépendamment de nos liens de sang, j'aime les personnes qu'ils sont en train de devenir: Attila complètement dans la lune mais super gentil et affectueux, Darklulu intelligent, angoissé et hyper déterminé à faire tout comme les grands. Du coup, j'ai décidé qu'on passerait Noël à Toulouse cette année pour profiter encore d'eux. 

Vendredi dernier, mon amie d'enfance Fleur, que je vois seule à seule au resto d'habitude, m'a invitée à dîner chez elle pour rencontrer son compagnon et leurs deux filles. Quand je suis arrivée, l'aînée m'a offert un bracelet en élastiques fluos et la cadette un collage de photos d'animaux sur lequel elle avait péniblement épelé son nom en grosses majuscules d'élève-de-CP-depuis-une-semaine. Elles m'ont entraînée dans leurs chambres pour me montrer leurs petits trésors et bombardée de questions pendant le dîner. La grande a même demandé à sa mère si je ne pourrais pas, un jour, venir faire une soirée pyjama avec elles et dormir là. Bon, j'imagine que ce n'est pas mon fluide personnel qui les a ensorcelées et que ce sont juste des gamines sociables en général, mais ça m'a quand même touchée, et j'ai au final sans doute passé une soirée plus agréable avec toute la famille que si on avait été juste entre adultes. 

Le lendemain, je devais prendre une glace sur le port avec un autre couple d'amis et leur petite fille. "Oui alors tu verras, elle est très vivante" m'a dit Gaby comme si elle s'excusait par avance. Mais bon, ça ne doit pas être super marrant pour une gosse de trois ans de rester assise pendant deux heures autour d'une table avec trois adultes qui parlent de trucs sans intérêt pour elle, devant des glaces auxquelles elle ne peut même pas goûter pour cause d'allergie au lactose. Moi j'ai surtout retenu que mes vieux potes de jeu de rôles étaient devenus des parents de compète, clairement gagas de leur progéniture, attentifs à ses besoins mais fermes quand il s'agit de la cadrer, et que ça ne les empêchait pas de s'intéresser encore à plein d'autres trucs et d'être restés très fun. 

Rentrée chez moi, je me suis quand même demandé pourquoi mon attitude vis-à-vis des enfants des autres avait autant changé ces dernières années, et la réponse m'est apparue presque immédiatement. Entre, disons, l'âge de 25 et 40 ans,  si on m'avait filé dix euros chaque fois que quelqu'un me demandait pourquoi je ne voulais pas d'enfants et m'affirmait que je passais à côté de "la plus belle chose dans la vie d'une fâme", je serais aujourd'hui en train de vous écrire depuis le bord d'une piscine à débordements avec vue sur la baie de Hong-Kong. Ce genre de question - répétée ad nauseam par ma mère et posée fort indiscrètement par des gens que je venais de rencontrer une heure plus tôt - me mettait dans une rage noire. J'en avais assez de me justifier sur mon non-désir de maternité et je le manifestais en mettant le plus de distance possible entre moi et les enfants des autres. 

Et puis j'ai eu 40 ans, et on a cessé de m'emmerder avec ça. "On" a accepté que, si incroyable que ça puisse paraître, j'étais une nullipare parfaitement heureuse de son sort, et que toute façon, même si je regrettais, il était trop tard pour changer d'avis. J'ai pu me détendre dans mes rapports avec les enfants des autres parce que ce n'était pas comme si, en me voyant interagir gentiment avec eux, on risquait encore de me dire: "Tu vois bien, tu ferais une super maman" ou "Allez, avoue qu'en fait, tu en as un peu envie!". Je suis désormais assez vieille pour ne plus avoir à montrer les dents à leur propos, et du coup, ils me sont devenus nettement plus tolérables, voire plaisants à fréquenter pour certains spécimens. 

Ou bien, c'est juste la vieillerie qui me fait ramollir, ma pauv' Lucette. 

mercredi 17 août 2016

Happiness is... being loved back




Après une semaine de disputes, d'exaspération de mon côté et de larmes du sien, j'avais vraiment, vraiment hâte de mettre de la distance entre ma mère et moi. La séparation d'avec ma soeur et mes neveux à la dépose-minute de l'aéroport de Blagnac n'a pas été facile pour autant. Avec leurs emplois du temps de folie, mes propres aller-retour perpétuels entre Bruxelles et Toulon et les difficultés relationnelles entre ma mère et moi, je ne sais pas si on se reverra avant l'été prochain, et les années ont beau passer de plus en plus vite au fur et à mesure que je vieillis, ça me paraît une éternité. Et puis cette fois, on s'est super bien amusés avec Attila et Darklulu, de piscine en cinéma et de jeux de plateau en escape games. Du coup, je n'étais pas fière au moment de dire au revoir, et je n'étais pas la seule. Darklulu, enfant peu démonstratif qui à cinq ans castagnait des gamins du double de son âge pour protéger son frère aîné, boudait parce qu'il ne voulait pas qu'on s'en aille. Quand je me suis penchée pour lui faire un bisou, il s'est jeté sur moi et m'a serrée dans ses bras sans un mot. Je ne m'y attendais pas du tout et ça m'a un peu achevée. 

Quelques heures plus tard, en arrivant à Bruxelles, j'ai trouvé dans la boîte aux lettres une jolie carte de remerciements envoyée par Shermane. Je ne m'y attendais pas non plus et ça m'a touchée. J'ai défait mes bagages pendant que Chouchou rasait sa barbe d'homme des cavernes, puis je me suis allongée sur notre lit pour cuver ma déprime, et au lieu de me bousculer pour qu'on parte voir le tapis de fleurs sur la Grand-Place comme c'était prévu, Chouchou est venu me faire un câlin en m'assurant que non, je n'étais pas une personne horrible de me disputer tout le temps avec ma mère, et qu'on trouverait un moyen de voir ma famille avant l'été prochain.

Je me suis secouée pour descendre dans le centre malgré tout. Il faisait bien moins chaud qu'à Toulouse, juste la bonne température pour rendre la promenade agréable, et nous avons décidé de manger dans le coin. En prenant le piétonnier du boulevard Anspach, j'ai remarqué une série d'inscriptions sur le sol: HAPPINESS IS... avec de la place pour compléter. J'ai cherché de la craie en vain avant de prendre le genre de photo dont Scarlett Johansson se serait moquée dans "Lost in translation". Et je me suis demandé: "Mais au fait, qu'est-ce que j'aurais écrit? En une phrase très courte, c'est quoi pour moi, le bonheur?" Et la réponse s'est imposée immédiatement à moi: le bonheur, c'est être aimé en retour par des gens qui vous le font sentir.

lundi 28 mars 2016

Le plus beau des cadeaux d'anniversaire




Mercredi dernier vers 16h30, j'étais en train de déprimer sec sous la couette. Notre vol du matin pour Genève avait été annulé suite aux attentats de la veille, et le vol de jeudi sur lequel nous nous étions reportés allait sûrement l'être aussi puisque l'aéroport de Zaventem avait annoncé en fin de matinée que les enquêteurs se trouvaient toujours sur place et qu'il n'était pas question de rouvrir pour le moment. J'avais exploré toutes les options alternatives: le train était outrageusement cher (600€ les deux aller-retour), nous bouffait deux jours sur les quatre restants et de toute façon, la SNCF refusait de nous vendre des billets car il était trop tard pour nous les envoyer par la Poste et de toute évidence, nous faire parvenir un PDF à imprimer à la maison était trop compliqué. Même problématique pour la voiture: cher puisque nous devions en louer une, et long avec en plus des risques d'accident. Bref, je voyais mon séjour en Suisse tant attendu s'envoler en fumée. 

Jusqu'à ce que Chouchou, qui rafraîchissait la page de news d'EasyJet toutes les dix minutes pour voir ce que proposait la compagnie, me lance depuis le salon: "Notre vol est reporté au départ de Lille". Branle-bas de combat. Le dernier TGV pour Lille était à 19h13, la valise de Chouchou n'était pas prête et moi je traînais ma peine en pyjama et pas douchée. Nous nous sommes dépêchés de réserver des billets de TGV par internet, de chercher un hôtel - près de l'aéroport, plus que du Formule 1 ou du vraiment cher, donc plutôt près de la gare -, de vérifier les horaires des navettes et de boucler nos préparatifs personnels avant de nous jeter dehors un peu hagards. Notre rue était complètement bouchée par les voitures; Chouchou a suggéré que nous marchions jusqu'au métro. Mais en arrivant à la station Trône, nous l'avons trouvée fermée. Nous avons donc poussé jusqu'à la Porte de Namur, où le métro était fermé aussi mais où nous avons pu prendre un taxi (en plus, pour une fois, le chauffeur était charmant et ne nous a ni secoués ni infligé une musique atroce ou des commentaires navrants). Gare du Midi, des blindés s'alignaient devant l'entrée, il y avait des soldats en armes et des contrôles de sécurité partout, nous avons un peu eu l'impression de fuir un pays en guerre.

Dans le TGV, enfin, nous nous sommes détendus et Chouchou a envoyé un MP à mon ami Philou pour lui demander s'il était libre à dîner ce soir. Je trouvais ça un peu dernière minute, mais Philou a dit oui, et nous avons donc eu le plaisir impromptu de manger des tartines avec lui à l'Arrière-Pays en bavardant de nos voyages respectifs et des villes européennes qui nous avaient plu ou pas. De retour à l'hôtel, nous avons éteint vers minuit, et comme chaque fois que je dois me lever très tôt pour prendre un train ou un avion, je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit de crainte de ne pas entendre le réveil. A 5h10, branle-bas de combat pour se préparer et partir prendre la navette de 6h à destination de l'aéroport. A ce stade, je craignais encore que tout ne s'écroule au dernier moment, que l'employé du comptoir d'EasyJet me dévisage avec de gros yeux ronds en me disant qu'il n'avait jamais entendu parler de cette histoire de report et qu'il n'y avait pas de vol de 8h40 pour Genève. Mais non. J'ai rarement été aussi heureuse de monter dans un avion. 

Comme d'habitude, nous avons pris le train pour rejoindre Lausanne où Funambuline nous attendait à la gare. Il faisait un temps magnifique au bord du Léman et je n'arrêtais pas de répéter en boucle: "Qu'est-ce que c'est beau... qu'est-ce qu'on est bien... qu'est-ce que je suis contente...". Avant d'aller déjeuner à la brasserie de Montbenon, nous avons pris le métro pour descendre jusqu'à Ouchy dire bonjour au lac. Et là, Funambuline nous a révélé le plan que Lady Pops, Shalf, Marika et elle avaient ourdi par MP sur Facebook tout en discutant avec nous sur un fil séparé où ils suivaient nos efforts pour tenter de les rejoindre. Sur une idée de Lady Pops, ces grands malades avaient prévu, au cas où nous serions coincés à Bruxelles, de partir de Lausanne samedi matin avec la Popsmobile, un caquelon, un kilo et demi de mélange moitié-moitié et une bouteille de vin blanc dans le coffre, plus une glacière pour ne pas que la crème double des meringues tourne, et de se taper toute la route jusqu'à Bruxelles afin que j'aie quand même ma fondue d'anniversaire et que je ne sois pas seule pour mes 45 ans. Ceci, alors que Lady Pops partait en vacances avec sa famille, également en voiture, le lundi matin, que Funambuline est actuellement à la limite de la hernie discale et peine à rester en position assise plus d'une heure d'affilée, et que Marika est tellement débordée de boulot qu'elle doit bosser sept jours sur sept pendant tout le mois à venir. 

Je me suis sentie aimée, vous n'imaginez même pas. 

(En plus, ils m'ont fait lire leur fil de discussion secret, c'était hilarant, surtout le ABORT MISSION ABORT MISSION de Shalf alors qu'on venait d'annoncer qu'on pouvait partir de Lille mais que Lady Pops au taquet et n'ayant pas vu notre message récapitulait la grande manoeuvre de samedi matin avec sa détermination et son énergie coutumières.) 

Alors voilà. Le monde devient fou, mais j'ai les meilleurs amis qui puissent exister. Pour quelqu'un d'aussi ours que moi, c'est surprenant autant que merveilleux. Je ne sais pas ce que j'ai fait pour les mériter, mais j'espère bien les garder toujours. Et n'avoir plus jamais autant de mal à les rejoindre pour partager un repas à 15 638 calories/tête. 

mercredi 25 novembre 2015

Parfois, juste un peu, ça compte vraiment beaucoup




Franchement, je m'étais préparée à me retrouver coincée à Bruxelles. Ou alors, à atteindre Toulon, mais avec trois heures de retard. Et je me serais encore estimée heureuse d'arriver vivante et en un seul morceau. 
Ouais, j'ai beau crâner et faire comme si de rien n'était, je suis légèrement traumatisée par les attentats de Paris et le lockdown bruxellois. Ca fait dix jours que je dors super mal et que je passe mon temps éveillée à imaginer des scénarios catastrophe tous plus horribles les uns que les autres. J'arrive à me faire chialer toute seule, c'est d'une connerie...
Bref. Hier matin, je me suis pointée à la gare du Midi une heure avant le départ de mon train, tellement je m'attendais à ce que ce soit un bordel innommable. 
En fait, les halls étaient quasiment déserts. Il y avait plus de policiers et de militaires que de passagers. Pour la première fois, j'ai mis environ quinze secondes à acheter mon sandwich chez Panos au lieu des dix minutes habituelles. J'ai fait un bisou à Chouchou (qui m'avait accompagnée en voiture, vu que le métro ne circulait toujours pas) en essayant de ne pas écouter la petite voix dans ma tête qui me disait: "Si ça se trouve, c'est la dernière fois que tu le vois". Je lui ai fait promettre de m'envoyer des petits mots toute la journée pendant mon absence. Puis il est parti. J'ai montré mon titre de transport, ma pièce d'identité, ouvert mon sac et ma valise, remercié les agents pour leur service, et je me suis retrouvée avec trois quarts d'heure à tuer avant l'heure officielle de départ de mon TGV. 
Je crois qu'il s'est ébranlé avec deux minutes d'avance. 
Pendant tout le début du trajet, j'étais super crispée. Je me disais: "S'il se passe quoi que ce soit, tu es cuite. Aucun moyen de t'échapper ou de te planquer." Dans ma paranoïa, j'ai recensé les enfants de ma voiture (seulement deux, moins de 5 ans pièce à vue d'oeil), et calculé que si on entendait tirer à l'autre bout du train, en faisant très vite, on avait juste le temps de les cacher derrière les valises dans les nouveaux porte-bagages au sol pour qu'eux au moins soient sauvés. 
C'était riant dans ma tête, je vous raconte même pas. 
(Ah si, en fait, je suis en train.) 
(En train. Ha ha.)
(Humour ferroviaire.)
Comme Bruxelles puis Paris s'éloignaient, j'ai commencé à me détendre un peu. Je suis allée au wagon-restaurant me chercher un Earl Grey et une mousse au chocolat au prix de la truffe blanche. J'ai lu un premier roman qui connaît un très gros succès en librairie, et que j'ai trouvé pas terrible. J'ai repéré, dans le carré en diagonale à mon siège, un jeune couple qui voyageait avec un British Shorthair bleu de cinq ou six mois à vue de nez, terriblement mignon. J'ai été prise d'une folle envie de l'enlever et de m'enfuir en courant avec, mais j'ai résisté. J'ai entamé un second roman que j'ai tout de suite adoré, et dont j'ai dévoré les 250 premières pages. 
Un peu après Marseille, mon téléphone a sonné. C'était Seb et Gaby. "On est dans le centre de Toulon, tu veux qu'on vienne te chercher pour t'emmener chez toi en voiture?" J'ai dit: "C'est gentil, mais vous êtes sûrs que ça ne vous dérange pas?" "Mais non enfin, avec tout ce qui se passe en ce moment!". J'ai accepté avec gratitude.
Pour la première fois en trois ans, mon TGV est arrivé à l'heure à la gare de Toulon. Et un quart d'heure plus tard, Gaby me déposait chez moi avec environ une heure et demie d'avance sur mon horaire habituel. J'ai remercié tout plein. 
Et je me suis dit qu'au milieu de toutes ces horreurs, il restait une multitude de petits miracles comme celui-là. Les miracles de la solidarité, de la bienveillance, de l'amitié, de l'entraide. Des mains spontanément tendues dans le noir, qui chassent les ténèbres juste un peu. 
Mais parfois, juste un peu, ça compte vraiment beaucoup. 

jeudi 19 novembre 2015

[BRUXELLES] Escape Hunt: "Kidnapping à l'Opéra"




Ouvert depuis Noël dernier, Escape Hunt Bruxelles, branche locale d'une franchise qui compte une quarantaine d'établissements similaires à travers le monde, propose 3 scénarios de niveaux différents jouables en simultané sur 8 salles: Bombe au Palais Royal (débutant), Le vol du Manneken Pis (intermédiaire) et Kidnapping à l'Opéra (avancé). Samedi après-midi, nous avons testé cette dernière avec le Rock'n'roll bunny et son amoureux, qui découvraient les escape games à l'occasion. Sans spoiler le jeu, disons que la décoration et les énigmes étaient axées sur le thème assez original de la musique en général et de l'opéra en particulier, et que nous avons réussi à sortir en 55' 20", alors que 90% des équipes n'y parviennent pas avant la fin du chrono. 

La raison, malheureusement, n'est pas notre génie collectif mais plutôt le fait que le jeu était très linéaire et pas très riche d'après notre expérience de vieux routards de l'escape game, à Chouchou et à moi: nous avions déjà eu affaire à pratiquement tous les "mécanismes" et n'avons été surpris que par l'ultime point avant la sortie. Il y avait très peu de fouilles à effectuer, ce qui est avantageux si l'on vient juste en couple, mais ennuyeux pour une équipe plus nombreuse. Bref, malgré le taux de réussite étonnamment bas, je ne recommanderais pas ce scénario à des joueurs chevronnés, même si des débutants pourraient l'apprécier malgré tout. Les indices éventuels ne sont pas donnés par un écran, mais au moyen d'un téléphone, et les joueurs peuvent en réclamer eux-mêmes s'ils pataugent, ce qui doit éviter frustration et découragement pour une première expérience de ce type. 

Points positifs: d'abord, les organisateurs se sont montrés très ouverts à nos remarques (contrairement à ceux de l'escape game lillois testé en septembre, dont les MJ nous ont limite accusés de crétinerie quand nous leur avons fait remarquer qu'une de leurs énigmes prenait de trop de place dans le jeu et surtout était complètement tirée par les cheveux). Ils ont dit qu'ils travaillaient constamment à améliorer leurs scénarios, et aussi que nous aurions sans doute davantage apprécié Le vol du Manneken Pis dont les mécanismes sont plus originaux - c'est noté. Ensuite, l'accueil est très sympathique, dans une grande et belle pièce décorée de façon cosy avec de beaux tapis et des tas de canapés ou fauteuils confortables. Après chaque partie, les organisateurs offrent à boire aux joueurs, et ceux-ci peuvent se faire prendre en photo déguisés en Sherlock Holmes célèbre détective du XIXème siècle. 

En résumé, si Chouchou et moi n'avons que modérément apprécié, c'est surtout parce que nous commençons à être très difficiles en matière d'escape games. Les débutants devraient être conquis par la machinerie bien rodée d'Escape Hunt, le côté luxueux de l'accueil et la possibilité de jouer à plusieurs équipes en parallèle sur la même énigme. 

Rue de Livourne 13-15
1060 Bruxelles

mercredi 4 novembre 2015

Comment te dire adieu


Mon cher Yal, 

Je ne crois pas que les morts nous observent de là-haut. (Et je le regrette, parce que j'adorerais penser qu'on se retrouvera tous un jour: ça doit être merveilleusement réconfortant.) Mais trois ans après qu'il a été emporté par le même crabe que toi, je continue à écrire à mon père dans ma tête et sur ce blog, alors pourquoi pas à toi qui connais bien mieux que lui la valeur des mots? 

Hier, donc, on s'est rassemblés au crématorium de Bruxelles pour te dire adieu. C'était rue du Silence, et elle aura sans doute rarement aussi peu mérité son nom. On avait tous des tas de trucs à se raconter. Certains venaient de loin, du Sud de la France ou même de Corfou. Parfois, on ne s'était pas vus depuis longtemps, et on déplorait bien d'être réunis par un événement aussi triste. On n'était pas encore entrés dans la salle que les gorges se nouaient déjà, que les yeux piquaient et que les voix commençaient à accrocher un peu. Ca promettait. 

Un éditeur avec qui j'ai fait mes études à Toulouse autrefois m'a interpelée. "Ben, tu connaissais Yal? me suis-je étonnée avant d'enchaîner très vite: En même temps, on bosse dans un tout petit milieu, hein..." Enfin, un tout petit milieu, ça dépend pour qui. Une grande partie de mes amis se trouvait là, et les trois quarts des gens m'étaient de parfaits inconnus. J'ai pu mettre un visage sur le nom de ton éditrice Marion Mazauric quand elle a la première pris la parole pour relater votre amitié de trente ans, et sur celui du président du SELF Christian Vila, comme toi ardent défenseur des droits des auteurs en France, qui n'a réussi qu'à faire une courte bafouille très émue. 

Les témoignages se sont succédés pendant une heure, avec quelques entractes musicaux. J'ignorais que tu possédais toute la discographie de Goldman et de Balavoine; c'est une chose que nous avons en commun. Par contre, je ne vais plus jamais pouvoir écouter "Envole-moi" sans penser à toi - c'est malin. Et aussi, il faut que tu saches: de toutes les obsèques auxquelles j'ai assisté ces dernières années, les tiennes sont indubitablement celles où le mort s'est fait le plus insulter. Je ne veux pas balancer, mais ta fille Joanna t'a traité de con par lettre interposée, et un autre de tes potes a répété plusieurs fois que tu faisais chier. 

Franchement, j'aurais bien renchéri, mais j'étais occupée à torturer un Kleenex généreusement offert par Hélie, assise à ma droite, et à réduire en charpie la main d'Ando, assise devant moi avec son bidon arrondi, tout en écarquillant les yeux et en les levant vers le plafond comme si je voulais me mettre du mascara sauf qu'en fait c'était pour retenir mes larmes. J'aurais aussi bien pu les laisser couler, ce n'était pas la compagnie qui manquait. Mais Sara était tellement digne et forte, elle qui aurait eu plus que n'importe lequel d'entre nous le droit de s'écrouler. Tu aurais été encore plus fier d'elle que d'habitude. 

A la fin, elle nous a expliqué que ton cercueil était en carton, qu'on pouvait tous s'avancer pour y écrire un petit mot avec des marqueurs rouges et noirs, et que plus tard, tes cendres seraient enterrées en forêt pour donner naissance à un arbre auquel tes proches pourraient rendre visite de temps en temps. C'était vraiment une belle idée, et on s'est tous précipités pour couvrir de gribouillis maladroits mais pleins d'amour cette boîte qui me semblait bien trop petite pour contenir un si grand coeur. Y'a même des gens qui ont fait des dessins, les sales frimeurs. 

J'ai un aveu à te faire, Yal. Alors que tu es l'un des plus grands auteurs de SF français, et un très grand auteur tout court à en croire la presse comme tes lecteurs, je n'ai jamais lu une seule ligne de toi. J'évite de lire les gens que j'aime de peur d'être déçue. Il me semblait que de toi, je savais déjà l'essentiel: ton amour immense pour Sara, tes valeurs humanistes et sociales qui sont aussi les miennes, ton énergie infatigable et la grande gueule que tu n'hésitais jamais à ouvrir quand il s'agissait de combattre l'injustice, le féminisme que tu avais chevillé au corps, la générosité avec laquelle tu prodiguais encouragements et bons conseils, ta tendresse envers tes proches, ce ton goguenard et ces yeux pétillants de malice quand tu racontais des anecdotes de notre cher milieu de l'édition... 

Du coup, maintenant que tu n'es plus là, il me reste toute ton oeuvre à découvrir. 

Je n'ai pas fini de te parler dans ma tête. 

jeudi 30 juillet 2015

Où je me ruine pour l'amour de mon coccyx


A l'époque où je touchais, chaque mois de juin, une somme coquette en droits d'auteur excédentaires sur l'exercice précédent, j'avais pris l'habitude de programmer de petits travaux d'amélioration de mon appartement pendant l'été. Ainsi, en 2012, j'ai fait changer mes fenêtres d'origine en bois passablement abîmé pour des fenêtres en PVC dont certaines à oscillo-battant. En 2013, j'ai remplacé mon vieux tableau électrique par un modèle plus moderne et plus sûr, puis fait poser une climatisation réversible - une décision dont je me félicite depuis, aussi bien pendant les grosses chaleurs de l'été que pendant les mois les plus froids de l'hiver. L'an dernier, mes droits d'auteur excédentaires avaient tellement piqué du nez que je me suis contentée de changer mes tapis et ma table de salon (l'ancienne avait presque 15 ans et je ne pouvais plus la voir en peinture). 

Cette année, mes droits d'auteur excédentaires sont devenus quasi inexistants, mais comme le grand voyage auquel j'aspire ne s'est toujours pas concrétisé, j'avais quand même un peu de sous en banque, et après longuement hésité, j'ai décidé de les consacrer à un aménagement dont je parle depuis l'achat de mon appartement en janvier 2003: remplacer l'escalier de ma mezzanine. L'escalier d'origine n'était guère plus qu'une échelle améliorée, avec des marches de 18 cm de large couvertes d'une moquette super glissante. Chaque fois que je me levais la nuit pour descendre aux toilettes, j'avais peur de tomber et de me péter le coccyx ou pire. Et il restait jusqu'au mur d'en face assez de marge pour tirer un escalier un peu plus long qui décrirait un virage d'un quart de tour dans la fin, ce qui permettait de gagner sur l'inclinaison et donc de faire des marches plus larges.


Ceci n'est pas un bouquet de tulipes rouges. 

En octobre dernier, j'ai confié le projet à mon ami Jean-Michel, menuisier émérite qui avait déjà fabriqué ma bibliothèque sur mesure à l'époque de mon emménagement, ainsi qu'un meuble à chaussures et une étagère de cuisine assortis au reste de mon mobilier Interiors. Je savais qu'il bossait super bien et à des tarifs corrects. Je lui ai exposé mon idée; il m'a confirmé que c'était tout à fait réalisable et que ça donnerait bien, et m'a présenté un devis qui correspondait à ce que j'avais en tête. J'ai dit banco. Les travaux initialement prévus au printemps ont été repoussés deux fois, la première parce que je manquais de liquidités, la seconde parce que Jean-Michel manquait de temps. Finalement, ils ont eu lieu lundi dernier.




Le samedi précédent, Jean-Michel était passé avec son fils et un collègue pour m'apporter le plus gros morceau de mon escalier déjà assemblé (montants en fraké, marches en hêtre). Ils avaient dû le hisser par mon balcon, en une manoeuvre dangereuse qui m'avait fait grimper la tension à 28. Le dimanche, le bois encore non traité a embaumé tout mon petit appartement tandis que je me familiarisais avec la bête. J'ai ôté tous les bibelots des meubles placés sous l'escalier actuel et dégagé le reste du salon afin de laisser un maximum de place pour manoeuvrer les pièces anciennes et nouvelles. Le lundi matin, Jean-Michel est arrivé un peu après neuf heures et a commencé la dépose de mon ancien escalier. La manoeuvre, plus rapide et beaucoup moins bruyante que je m'y attendais, m'a même permis de faire un peu de relecture dans le bureau voisin. Quand il est parti déjeuner, il n'y avait plus moyen d'accéder à ma mezzanine. J'ai posté un Instagram pris de face, et plusieurs personnes ont commenté: "J'ai d'abord cru que c'était une maison de poupée!". C'est vrai que ça faisait tout bizarre. 




L'après-midi, Jean-Michel est revenu avec son collègue pour mettre en place le nouvel escalier, et ça a été une autre paire de manches. Pendant deux heures, je les ai entendus jurer, grogner, casser des plinthes et scier des trucs qui ne passaient pas. J'étais à deux doigts de m'évanouir de stress en imaginant mon salon dévasté. Mais finalement, c'est rentré. Après ça, le collègue est parti et Jean-Michel a encore passé plus de quatre heures à poser la rambarde de la mezzanine et la main-courante de l'escalier (ouvert côté pièce), puis à lazurer le tout en blanc et à remettre un peu d'ordre. Après son départ vers 20h30, j'ai dû faire la poussière, passer un sérieux coup d'aspirateur et tout remettre en place, avec quelques petites améliorations par rapport à la disposition précédente. J'ai notamment pu caser sous la partie supplémentaire de l'escalier un coffre qui jusqu'ici était coincé entre mon canapé et mon plan de travail américain. Les appareils électro-ménagers qui reposaient sur le coffre en question sont partis sur la petite commode qui contient des chopes et mes verres: la hauteur est bien plus pratique et ça m'évitera de contourner le plan de travail chaque fois que je veux faire bouillir de l'eau pour me préparer un thé.





Je maintiens que j'aurais préféré consacrer mon argent à un beau voyage, mais puisque ça n'était pas possible, investir dans un aménagement pratique et sécurisant me semble une solution de rechange nettement plus satisfaisante que le dépenser insidieusement en conneries au fil des mois. Je n'ai plus de visions d'horreur de mon corps fracassé sur le carrelage quand je me lève la nuit. Le nouvel escalier est bien plus beau que l'ancien, au bois lacéré de vieilles griffures de chat et à la moquette jaune à moitié effilochée. Je pense même qu'on pourrait y faire des photos sympas. D'un point de vue strictement esthétique, la main-courante était dispensable, mais d'un point de vue "gestion de mes angoisses idiotes", je préfère quand même l'avoir. Globalement, donc, un bilan positif pour ces travaux dont la réalisation me stressait pas mal d'avance.





La prochaine fois que j'aurai un peu de sous à consacrer à mon intérieur, je ferai refaire les peintures (la hauteur sous plafond dans ma pièce principale est telle que je ne peux pas envisager de m'en charger moi-même, et puis j'adorerais me débarrasser de l'horrible revêtement gouttelette et ça, c'est clairement un travail de pro) et j'en profiterai pour virer les petites loupiotes de la cuisine dont les caissons de coffrage se détachent du plafond et dont plusieurs ampoules ont un faux contact qui les maintient éteintes depuis des années. 

lundi 29 juin 2015

Walaku, la perle japonaise secrète de Paris




Pour un peu, j'ai failli ne jamais découvrir le Walaku. C'est au hasard d'une conversation entre Mélusine et Kettch sur Facebook que j'ai appris qu'ils mangeaient ensemble dans "un super resto japonais" samedi dernier. J'ai demandé si je pouvais m'incruster, et justement, ils avaient une place libre, Andoryss s'étant décommandée pour de sombres raisons de déménagement transeuropéen. "Tu vas voir, c'est très spécial, m'a prévenue Mélusine. C'est un menu bento unique à 32€, tu ne sais pas ce qu'il y a dedans, mais tout est toujours raffiné et génial." Ah, euh. C'est que je ne mange ni poisson cru ni fruits de mer, qui comptent tout de même parmi les ingrédients principaux de la cuisine nipponne. "Pas de problème, ils sont adorables, je leur ai déjà signalé l'allergie aux champignons de Hélie, je vais leur demander s'ils peuvent éviter de te mettre ça dans ton repas." Ils pouvaient. 




Le Walaku fait partie de ces adresses fabuleuses sur lesquelles on ne tombe pas par hasard: situé dans une rue calme, loin du quartier Saint-Anne ou de toute attraction touristique, le restaurant n'a pas d'enseigne, et sa devanture beige est la moins racoleuse du monde. A l'intérieur, seulement huit places: quatre au comptoir derrière lequel le chef officie avec dextérité, et quatre autour d'une table près de la fenêtre. Autant dire que ce n'est pas un endroit où venir avec toute une bande d'amis, qu'il vaut mieux réserver bien à l'avance et ne pas être trop pressé car les bentos sont préparés chez Aida, restaurant japonais étoilé situé non loin de là. 




La nourriture était tout à fait à la hauteur des descriptions de Mélusine. Je ne suis pas certaine d'avoir identifié tout ce que j'ai mangé, je sais juste que 1/le tofu grillé, ce n'est pas facile à couper avec des baguettes à cause de la "peau" qui résiste 2/dépiauter une joue de poisson avec des baguettes, ce n'est pas évident non plus 3/tout était fabuleusement bon, y compris le riz et la soupe miso, les deux accompagnements les plus humbles de ce bento de luxe (qui était précédé d'une entrée non photographiée).




Mais le meilleur, je crois, c'était le dessert (servi avec un thé compris dans le menu, et suivi d'une sorte de pousse-dessert non-photographié). Je ne suis pas fan de pâtisseries japonaises; pourtant, j'ai complètement craqué sur le doryaki à la pêche blanche, sorte de sandwich de pancakes avec de la pâte de haricot rouge et une crème fouettée ressemblant un peu à du mascarpone. Sucré mais pas trop, subtil et délicat, c'était un vrai ravissement des papilles. Hélie en a commandé un à emporter, avec un autre gâteau en forme de fleur rose que le chef a confectionné sous nos yeux éblouis à l'aide d'un tamis et de gestes cabalistiques. (Ses pâtisseries sont présentes sur le stand du Japon à l'Exposition Universelle de Milan - c'est dire si elles sont formidables!)




Bref, j'étais super enthousiasmée, au point que j'ai hésité à en parler ici de peur que des hordes de lecteurs ne prennent le restaurant d'assaut. Puis je me suis dit que je surestimais probablement mon influence, et que ça serait bien dommage de ne pas faire découvrir cette excellente adresse si bien planquée à la poignée de Parisiens que je sais susceptibles de l'apprécier. 

33, rue Rousselet
75007 Paris
Tel: 01 56 24 11 02
Métro: Vaneau (10) ou Duroc (10,13)
Fermé le lundi et le mardi
Réservation fortement conseillée

mercredi 3 juin 2015

L'expérience n'est pas une maladie transmissible




Choses que j'aurais pu lire dans n'importe quel bouquin de développement personnel, ou entendre de la bouche de n'importe quel adulte de la génération au-dessus, au lieu de payer le prix fort pour l'apprendre par mes propres moyens: 
- Sortir avec un jeune homme très empressé pour qui on éprouve beaucoup d'affection mais zéro attirance physique, c'est le meilleur moyen de lui briser le coeur au bout de 3 mois. 
- Epouser un type qui veut absolument des enfants quand on est soi-même certaine de ne pas en vouloir, c'est un chemin très sûr vers le désastre. 
- Epouser un type qui a une conception hyper machiste du couple quand on est soi-même une féministe endurcie, c'est un autre chemin très sûr vers le désastre. 
- Il est parfaitement possible de cumuler les causes de désastre. 
- L'amour ne suffit pas. 
- Le divorce: sur le coup, ça fait tellement mal qu'on croit qu'on va en crever, mais en fait non. 
- ...Et rares sont les gens dont la vie amoureuse est terminée à l'âge canonique de 27 ans. 
- Un homme qui a trompé sa femme avec moi six semaines avant de l'épouser me trompera certainement aussi une fois que je serai devenue sa partenaire officielle. 
- Parfois, la personne que l'on cherche n'est pas la personne qu'il nous faut. 

...Et je vais me limiter à ma vie amoureuse, parce que la liste est déjà bien assez longue comme ça, mais vous voyez l'idée. L'idée, c'est que toutes ces choses qui me semblent évidentes aujourd'hui ne l'étaient pas DU TOUT avant que je n'en fasse personnellement la douloureuse expérience. Et que si quelqu'un de mon entourage avait tenté de me mettre en garde à l'époque, fut-ce avec les meilleures intentions du monde, je l'aurais vertement rabroué. Comment pouvait-il prétendre savoir ce dont j'avais besoin, moi? N'étais-je pas la personne la mieux placée pour en juger? Et puis, je préférais me tromper à ma façon qu'avoir raison à celle d'un autre. Fin de la discussion. 

Moyennant quoi, la mauvaise foi n'étant pas le moindre de mes défauts, ces jours-ci, je n'en finis pas de dispenser mes bons conseils à des gens qui ne m'ont strictement rien demandé. A ma décharge, je fais ça uniquement avec les gens que j'aime et que je vois malheureux alors que je SAIS, je SAIS très bien ce qu'ils devraient faire pour ne plus l'être. Mettre de la distance entre eux et leur mère toxique, se séparer de ce partenaire avec qui ils sont aussi bien assortis qu'une poule et un rasoir électrique, insister pour qu'on les rémunère convenablement, chercher un autre boulot que celui qui les tue à petit feu, oeuvrer activement à une reconversion professionnelle. Bosser leur estime de soi, car en avoir davantage (voire, en avoir tout court...) leur changerait la vie. Oser, oser, oser, parce que la vie est courte et que c'est idiot de ne pas en tirer le maximum. 

Sauf que ça n'est pas ma vie, c'est la leur, et qu'ils ont bien le droit de la gâcher (selon mes critères) si ça leur chante. 

Sauf que peut-être, pour certains d'entre eux, ça ferait une vraie différence qu'une personne bienveillante mais ferme les harcèle encourage et leur indique la bonne direction. 

Sauf que je ne suis ni coach ni thérapeute, et même pas particulièrement douée pour les relations humaines, alors qu'est-ce qui me fait croire que je pourrais être cette personne-là? 

Sauf que regarder des gens que j'aime souffrir sans rien faire pour tenter de les aider, ça m'est complètement impossible. 

Sauf que tenter de les aider ne sert à rien, parce que comme je suis bien placée pour le savoir, l'expérience n'est pas une maladie transmissible. Chacun doit faire la sienne à son rythme et à sa façon. 

Et je crois bien que c'est l'une des raisons pour lesquelles j'essaye de pas trop m'attacher aux gens. 

lundi 1 juin 2015

Imaginales 2015: samedi




Aujourd'hui il est censé faire beau: je mets ma jolie robe à cerises Collectif et des peep toes rouges. Sauf qu'une fois sortie de l'hôtel, je me rends compte qu'il pleut et qu'il gèle. Tant pis, je resterai au chaud sous la bulle. Mais le sommier de notre lit était défoncé, et j'ai hyper mal dormi cette nuit - résultat, je passe la matinée à comater à la buvette avec un mauvais Earl Grey à peine tiède, en piquant du nez sur le roman pourtant très chouette que j'ai apporté. Je ne me réveille que pour acheter un badge "I love Ayerdhal" (parmi les grands absents de cette édition pour raisons de santé), puis me traîner péniblement jusqu'à l'espace Cours où Brage organise son pot traditionnel.




Stéphane tarde à faire son discours, dont la teneur me paraît sensiblement différente cette fois - plus axée sur l'idée de communauté que sur des succès éditoriaux de plus en plus fuyants depuis quelques années. Le temps de boire trois coupettes et d'avoir une discussion sur l'oeuvre de Stephen King avec Mélanie, je vois que tout le monde se disperse déjà pour aller manger. Mon blues s'intensifie. Pas de trace d'un pique-nique officiel cette année; mes amis vont s'installer sur les tables en plein air derrière la buvette mais moi, j'ai beaucoup trop froid et je rentre à l'hôtel pour me changer. Le temps que je revienne, ils ont fini de manger et je me rabats sur un poulet rôti de la buvette (froid, figé dans son gras et essentiellement composé d'os - beurk). 




L'après-midi, je reste de nouveau écroulée dans un des fauteuils moelleux de la buvette. De toute façon, je n'ai pas de bouquins à faire dédicacer et aucune des conférences ne m'intéresse. Tiens, et si je faisais pleurer Mélu en tentant de lui imposer mon avis avec toute la subtilité d'un bulldozer? Y'a vraiment des jours où je mérite des baffes. Avant de causer davantage de dégâts, je décide d'aller me dégourdir les jambes en me baladant dans le minuscule centre-ville d'Epinal. Un petit tour au Camaïeu local, au cas où ils auraient encore la jolie robe rayée blanc et rouge dans ma taille - mais non. En regagnant la bulle, je découvre la présence d'Hélène Larbaigt, auteur de "L'étrange cabaret des fées désenchantées" - très beau livre illustré que je comptais me faire dédicacer à Trolls & Légendes, sauf que j'avais renoncé à cause de la file d'attente insensée. Cette fois, il n'y a qu'une seule personne devant elle, j'en profite! Ca m'évitera de rentrer des Imaginales en ayant acheté du thé, une robe, de la papeterie et zéro bouquin. J'aperçois également une éditrice avec qui je me suis un peu pris la tête en début de semaine. J'envisage d'aller la saluer pour dissiper le malaise, mais honnêtement, je n'ai pas le courage de prendre sur moi.




Le soir, on rassemble la bande habituelle plus un couple d'amis de Mélu et on se dirige vers le resto bio Sens et Découverte pour le désormais traditionnel dîner du samedi (même si cette année, c'est AnneEli qui s'est chargée de l'organisation). Comme d'habitude, le repas est délicieux et les conversations vont bon train, mais j'apprécierais sûrement davantage si je n'étais pas aussi fracassée et sur mes gardes. Je me pose beaucoup de questions sur l'amitié en ce moment, mon refus de m'attacher trop fort aux gens, ma façon de parler sans réfléchir, la brutalité involontaire de mes propos, et ces trois jours n'ont fait que souligner le problème d'une manière assez flagrante. Si l'on ajoute à ça que je ne suis pas du tout rassurée sur l'avenir de l'édition en général et la pérennité de mon boulot en particulier... Tout ça sent la remise en cause massive, ce qui me fatigue un peu d'avance. Heureusement que, rentrée à l'hôtel, j'ai l'idée de dresser le sommier pourri à la verticale pour poser le matelas par terre: au moins, mon sommeil de cette nuit est sauvé! Demain, nous partirons par le train de 11h sans être repassés par la bulle. Honnêtement, je n'ai pas besoin d'en rajouter une couche dans la déprime.

Imaginales 2015: vendredi


Aujourd'hui il est censé faire un gros orage: emmitouflons-nous un maximum., et n'oublions pas le parapluie. Direction le Monoprix, histoire de faire un repérage pique-nique pour demain. Oh, une robe à imprimé ananas qui m'irait trop bien! Oh, moins 20% sur tous les collants Dim! Oh, de la papeterie avec des étoiles! Oh, un nouveau magazine sur la psychologie positive! Je ressors de là bien chargée, sans même être montée au rayon bouffe. Hum.




Nettement plus de monde à la bulle en ce vendredi matin, mais toujours aucun auteur qui m'intéresse. J'avais demandé 4 tablettes de chocolat suisse à Marika, elle m'en a apporté 10, mais je saurai être courageuse dans l'adversité et les finir toutes. J'assiste à 70% de la conférence sur la transmission orale des contes, parce que c'est toujours chouette d'écouter Pierre Dubois raconter des anecdotes. Ando, Hélie et Mélu arrivent juste avant l'heure du déjeuner; on récupère Kettch et on part manger au Bureau - dedans car la terrasse est prise d'assaut sous un soleil éclatant. Gros orage, mon fondement. Un petit cocktail ne peut pas me faire de mal. Ma Cobb salad est servie dans... une soupière, il n'y a pas d'autre mot, et je n'en viens pas à bout. Discussion sur les casseroles d'enfance. Un jour, j'apprendrai à me mêler de ce qui me regarde - mais pas aujourd'hui, visiblement.







J'arrive à la yourte avec 11 minutes de retard, me faufile à l'intérieur aussi discrètement que possible et, comme c'est bondé, m'assois par terre à côté de la porte. Pierre Dubois est un conteur extraordinaire; il faut le voir imiter le corbeau, l'entendre décrire une immonde ogresse, le regarder à moins de 5 centimètres de distance pendant qu'il vous tonne au visage. La plus belle expérience du week-end, sans doute. Dans un tout autre registre, grosse grosse marrade sur la terrasse en jouant à Cards Against Humanity avec la quasi intégralité de la Brage Team. Débarquement de Chouchou et des Gasparde qui sont venus de Bruxelles en voiture. Comme je suis en train de mourir de chaud, je repasse à l'hôtel déposer mon tombereau de chocolat suisse et surtout me changer - excellente occasion d'étrenner la robe aux ananas! Mais malgré le beau temps, je me sens mélancolique. Trop d'absents cette année...




Ce soir nous dînons à la Cornouaille. La pauvre Kleo qui n'aime pas le fromage se retrouve à côté de la crêpe au roquefort de BBL et face à ma crêpe au munster: bon appétit.  Mélu nous rejoint au milieu du repas après avoir fini son speed dating avec les éditeurs, et elle semble toujours vivante, ouf. Puis ce sont les Tagada-Kaswiti qui arrivent à leur tour et prennent place en bout de table. Cette année, pas de discussion gore, mais des considérations professionnelles un peu déprimantes. Pas assez en forme pour aller boire un verre au Bougnat, je préfère rentrer à l'hôtel vers 22h. 

Imaginales 2015: jeudi


Pas bien dormi du tout cette nuit entre les ronflements de Chouchou et le stress de pré-départ. Je crois que c'est la première fois depuis un an et demi que la SNCF m'amène à destination à l'heure. Si ce TGV avait déraillé, c'est l'ensemble de la fantasy francophone qui aurait disparu d'un coup d'un seul. Arrivée à l'hôtel Azur, j'ai déjà plus de 5000 pas au compteur pour la journée, youhou! Comme d'habitude, le gentil proprio a laissé ma clé scotchée sur la porte d'entrée - j'ai la chambre 4 cette fois. Sur le chemin du parc, mon regard est attiré par un "Mélange Mystérieux" (c'est son petit nom) dans la boutique de thé locale. J'entre, sniffe un coup et, bien que ce soit un thé noir parfumé, en achète 100g. Le visage de la vendeuse me dit vaguement quelque chose: normal, c'est la femme du gentil proprio de l'hôtel. Le monde est petit, et Epinal plus encore.






Pas grand-monde à la bulle en ce jeudi après-midi, ça fait tout bizarre. Par contre, excellente idée d'avoir rapproché le Magic Mirrors 2 qui était toujours perdu au fond du parc, et surtout d'avoir installé une terrasse derrière la buvette, au bord de la Moselle. Mag m'offre un George-Arthur en fil de fer rouge et noir confectionné par ses soins, c'est adorable. Bien que ses raisons soient tout à fait compréhensibles, je suis triste d'apprendre qu'elle compte fermer sa petite mais excellente maison d'édition dans deux ans. "Je suis libraire: et vous, c'est quoi votre super pouvoir?" affichent fièrement les vendeurs sur leur T-shirt bleu. JCD a apporté un masque de troll pour faire la promo de son dernier recueil de nouvelles. Encore Robin Hobb? Décidément, elle est de tous les festivals! Et Christopher Priest aussi, assis pile au même endroit que l'an dernier. Quant à Pierre Dubois, il fume tranquillement la pipe sur un banc dans le parc.




Il ne fait pas si chaud que ça; du coup je repasse à l'hôtel pour me changer avant d'aller dîner. Je n'avais pas porté de pantalon depuis Venise en octobre 2013; j'avais même oublié l'existence de ce slim bordeaux taille haute qui me va pourtant très bien. Resto bio à cinq, avec Mag, Manu, Kettch et une éditrice de livres pour enfants qui habite depuis peu au Puy-en-Velay, dans la région où je passais mes vacances quand j'étais gosse. Le vin bio n'est pas mauvais, et ce crapuleux à la rhubarbe, quelle merveille! Kettch me sert de chien d'aveugle pour rentrer à l'hôtel. Il est à peine plus de 22h, mais les rues d'Epinal sont désertes. J'ai hâte que tout le monde arrive demain et... aujourd'hui, j'ai fait plus de 13000 pas!

jeudi 21 mai 2015

Opération sabotage de régime en Helvétie (4/4)


Merci la fondue d'hier soir pour cette nuit remplie de cauchemars; la prochaine fois, je tâcherai d'avoir les yeux moins gros que le ventre. Pour autant, suis-je dégoûtée de la nourriture, ai-je l'appétit coupé pour les deux jours à venir? Même pas. Lorsque nous arrivons sur le coup de 11h à la ferme aux Cretegny, j'ai de nouveau une faim de loup. Et ce serait de toute façon pécher que de ne pas faire honneur à ce superbe brunch presque exclusivement composé de produits fabriqués sur place. J'aime toujours autant la rösti, et cette cuchaule est une merveille. Mais attention au gaspillage: les deux cochons sont au régime! Bien que citadine endurcie, j'avoue: je ne déteste pas l'odeur du crottin. Par contre, la décharge que je me prends en touchant involontairement la clôture électrifiée non signalée de l'enclos des poules et des lapins, je m'en serais bien passée (même si c'est plus surprenant que réellement douloureux). 







Pour l'honneur, une géocache nano rapide et facile à Morges, où les places de parking sont aussi rares que les repas sautés dans l'histoire de ma vie, puis un dernier verre avec Lady Pops et Miss A. dans un salon de thé de la grande rue piétonne, et c'est déjà l'heure de prendre le train pour l'aéroport de Genève. On serait pourtant bien restés quelques jours de plus, fût-ce au péril de la vie de nos estomacs...

(Le lendemain matin, de retour à Bruxelles, je me pèse en frémissant d'avance: je fais exactement le même poids que la veille de notre départ, alors que je me suis gavée et que je n'ai pas fait de fitness pendant 4 jours, juste nettement plus marché que d'habitude. Mon généraliste doit avoir raison quant aux activités bénéfiques pour moi. Je me commande donc immédiatement un bracelet connecté pour m'encourager à accumuler les pas supplémentaires. Mais ceci fera l'objet d'un autre billet!)

mercredi 20 mai 2015

Opération sabotage de régime en Helvétie (3/4)






Ce matin en me levant, je trouve Lady Pops en train de préparer des scones maison. La loi suisse permet-elle de se faire adopter par une personne plus jeune que soi? Moka le lapin de combat a le poil doux comme de la soie, tandis que Timmy le patapouf arbore une magnifique paire d'oreilles hélicoptère. Chouchou se fait prendre en photo sur le ponton du château de Chillon (visité en 2011) pour illustrer son nouveau site professionnel. J'aime bien le concept du croque-monsieur à la béchamel, un peu moins les deux cheveux que je trouve dans mon assiette.




Cette sculpture géniale qui allie science et poésie, entre le parking et le bord du lac à Vevey - est-ce que c'est possible de la piquer en douce pour la rapporter à la maison? Marika nous rejoint en robe bain de soleil et tongs; je porte une jupe d'hiver, des collants et des boots de moto: on dirait qu'on n'appartient pas au même espace-temps. Le timing est serré; modifions nos plans et commençons par faire les courses. Claquer 100€ en fromage (plus 5 tablettes de chocolat), c'est une expérience inédite pour moi. Euh, Chouchou, tu as vu le prix du livre que tu guignes chez Payot? Il coûte 12€ de plus qu'en France; achète plutôt l'e-book sur Amazon!








L'Alimentarium est un bien beau musée, mais peut-on se fier aux informations nutritionnelles diffusées par Nestlé? En attendant, l'expo Détox (très bien foutue) m'apprend deux ou trois choses sur la digestion - j'ignorais par exemple que les vitamines A,D, E et K étaient solubles dans le gras alors que les B et C sont solubles dans l'eau. Et aussi, l'estomac d'un buveur de bière, ça fait un peu peur. "Viens faire des câlins au fenouil violet". En effet, il a une texture tout à fait particulière, comme de la peluche caoutchouteuse. Breaking news: on peut tenir (et même s'attacher) à trois à l'arrière d'une Fiat 500 rose, pourvu que l'une des trois soit une Miss A. filiforme. La fondue moitié-moitié, c'est très bon; la fondue au vacherin, c'est encore meilleur, mais la fondue au fromage de chèvre, accompagnée d'olives noires et de tomates séchées, ça tabasse TOUT. Le problème, c'est que je ne sais pas m'arrêter et que j'en mange à peu près deux fois plus que nécessaire pour me rassasier. Compteur calorique du jour: 17 356, à vue de nez. Burps. Et si quelqu'un me chante "Julie la petite olive" encore une fois, je le noie dans le fond du caquelon, merci, bisous.