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mercredi 26 avril 2017

10 ans plus tard



Presque dix ans séparent ces photos: la première a été prise le 23 mai 2007 et la seconde le 23 avril 2017 (et, oui, j'étais bien trop chaudement habillée pour la température qu'il faisait ce jour-là). 

Pendant cette décennie, certains choses sont restées les mêmes. Je suis toujours en couple avec Chouchou malgré quelques passages très houleux, et je suis plus amoureuse que jamais; je vis toujours entre Monpatelin et Bruxelles même si la répartition de mon temps a beaucoup évolué; je suis toujours propriétaire de mon petit duplex dont j'aurai fini de payer le crédit dans quelques mois; j'exerce toujours le métier de traductrice littéraire bien que j'aie élargi ma clientèle et les domaines dans lesquels je travaille; je prends toujours du Lutényl pour mon endométriose, ce qui a eu des effets formidables et d'autres assez difficiles à gérer; je teins toujours mes cheveux en roux malgré un détour par des couleurs nettement plus exotiques; je tiens toujours ce blog dont l'audience a décuplé entre-temps, pour mon plus grand bonheur; je suis toujours écolo de gauche et continue à désespérer du vote de mes concitoyens.

A côté de ça... J'ai pris dix kilos, quelques mentons supplémentaires et des cheveux blancs, mais bizarrement, je suis mieux dans ma peau aujourd'hui. J'ai perdu - dans l'ordre chronologique - Brigitte, mes deux chats et mon père. (Et puis aussi Etre Exquis, même s'il n'est techniquement pas mort.) Mais grâce à Facebook, j'ai renoué avec beaucoup de vieux amis que je continue à suivre et parfois à voir avec plaisir. J'ai développé un syndrome d'anxiété aiguë dont je pense que je ne réussirai jamais à me débarrasser. Je suis de plus en plus féministe, et désormais consciente des privilèges que me confère le fait d'être blanche. J'ai cessé de porter des pantalons et d'acheter des tonnes de fringues, de sacs et de chaussures. Globalement, je suis devenue beaucoup moins matérialiste, ce dont je me réjouis. Je n'ai plus de voiture, et ça ne me manque pas vu que j'ai toujours détesté conduire. Je me suis mise à utiliser des MacBook et bien que je les trouve honteusement peu solides pour leur prix, je ne reviendrai jamais en arrière. 

Je n'ai pas remis les pieds aux USA après mon dernier road trip avec les VIP, mais je suis retournée deux fois au Japon; j'ai fait un stage de carnets de voyage au Maroc et pas mal bougé en Europe. J'ai été hyper déçue par Prague et Istanbul; je suis restée passablement indifférente aux charmes de Stockholm, de Barcelone et de Venise; en revanche, j'ai adoré Copenhague, Reykjavik, Helsinki, Brighton, Edimbourg, Budapest, Lisbonne et Porto. J'ai laissé tomber le scrapbooking; je me suis mise au crochet et au geocaching et j'ai arrêté les deux au bout de quelques années; actuellement, mes grandes passions sont les escape games et l'aerial yoga. J'ai eu un passage complètement végétarien, puis je me suis remise à manger de la viande de temps en temps. Je supporte de moins en moins bien le vin rouge et bois de préférence du blanc ou des cocktails. Et aujourd'hui comme il y a dix ans, aucun candidat pour lequel j'ai voté au premier tour des élections présidentielles n'a jamais réussi à accéder au second. 

mardi 13 septembre 2016

Les super-héros ne portent pas toujours de cape




- Tiens, elle n'est pas là votre dame aujourd'hui?
- Non, elle a des petits soucis de santé depuis deux-trois mois, alors je suis tout seul pour gérer la boutique.
- Ca doit être bien fatigant.
- Ben... je suis debout tous les matins à 3h30, et les deux seules demi-journées où je ferme, le dimanche après-midi et le jeudi après-midi, je m'occupe de ma mère qui est très vieille et qui a un cancer maintenant.
- Ah oui, quand même. J'espère au moins que vous faites une petite sieste entre midi et deux pour vous rattraper.
- Entre midi et deux, j'ai les livraisons.
- Quelles livraisons?
- Vous savez, il y a beaucoup de personnes âgées sur la commune, et puis des gens malades ou handicapés qui ne peuvent pas venir au magasin, alors on les livre, ça fait partie du service. Certains se sentent obligés de commander beaucoup trop, je suis obligé de leur dire: "Ne prenez pas tant, vous allez gaspiller, je préfère passer deux fois pour des quantités plus petites!"
- ...C'est vraiment très gentil de votre part.
- Oh c'est normal, seulement là, y'a mon camion qui m'a lâché. Le garagiste m'a prêté une fourgonnette, mais on en rentre quatre fois moins dedans, et en été, les melons, les pastèques, ça prend de la place."
- Vous devez faire drôlement d'exercice, à déplacer tout ça.
- 10 tonnes depuis le début de la saison. A charger chez le fournisseur, décharger ici, recharger parfois pour le livrer ailleurs. Non mais là, je pense que ça a été le pire été de ma vie.
Tout ça dit très doucement, avec l'ébauche d'un sourire jamais bien loin.

Mon primeur est un super-héros du quotidien. 

vendredi 29 juillet 2016

Mauve




Fin de journée sur Monpatelin. Le primeur était exceptionnellement fermé, et je n'ai pas pu racheter d'avocats, mais j'ai dans mon sac en toile une boule de mozzarella pour me préparer une pizza ce week-end, les oeufs qui manquaient pour mon banana bread, plus un sachet de pains au lait à tartiner de confiture pastèque-vanille pour les moments de blues. 

Hier soir, après presque un mois d'observation de mes humeurs principales, j'ai défini les couleurs que je voulais utiliser pour mon projet de moodmapping. Il y aura le rose pour la joie, le bonheur, la satisfaction, la sérénité; le bleu pour la tristesse, l'ennui, le regret, la mélancolie; le rouge pour la frustration, l'irritation, la colère, l'agressivité; le noir pour l'angoisse qui dévore tout. 

Jusqu'ici, ça a été une journée rose clair. Il fait beau, j'ai bien bossé, Chouchou a reçu une bonne nouvelle très attendue avant-hier. Rien de spécial mais tout va bien - et puis c'est l'été, ce qui constitue en soi une raison d'être heureuse. Comme je n'ai plus rien de spécial à faire chez moi hormis préparer mon repas du soir, je décide de m'accorder une heure de lecture à la terrasse du bar de la Place avant de rentrer. Je commande au serveur qui ne fait pas mal aux yeux mon habituel verre de punch couleur corail, tout droit sorti d'une bouteille bon marché et sobrement additionné de deux glaçons. Ce n'est pas la boisson la plus raffinée du monde, mais je l'aime bien parce que je l'associe aux moments paisibles et ensoleillés passés là, à cet endroit précis où je me sens si bien. 

Je sors mon livre de mon sac et me plonge dans l'histoire de Katie Lavender, qui ayant perdu ses deux parents débarque incognito chez son père biologique au moment où celui-ci apprend que son frère chéri a escroqué un million de livres à l'entreprise familiale et s'est suicidé en se noyant dans la rivière voisine. Ca fait beaucoup de deuils en moins de cent pages. Je ne tourne pas la tête vers le restaurant bistronomique qui, de l'autre côté de la place, a remplacé le bar de la Poste où j'avais un vendredi midi emmené mon propre père manger de l'aoïoli, il y a au moins douze ans. Je n'ai pas envie de voir son fantôme repu et ravi se superposer aux tables chics et aux auvents élégants qui ont remplacé les tables en plastique vert et les parasols Ricard. 

Une petite fille blonde et rose court autour de la fontaine glougloutante. Elle tente une échappée discrète mais déterminée vers le bout de la rue. Son père se lève pour la ramener. A une autre table, des retraités au visage buriné encouragent les joueurs de boule du terrain voisin avé l'assen. Derrière moi, un marchand de bonbons somnole sur son pliant en toile tandis que, sur la scène érigée pour l'occasion, deux chanteuses massacrent allègrement "Tous les cris les SOS" et "Sauver l'amour", probablement en vue d'une soirée hommage à Daniel Balavoine. Quand elles se taisent enfin, l'orchestre attaque une version instrumentale électronique et trop rapide de "Aimer est plus fort que d'être aimé". C'est plutôt guilleret et assez déconnecté de l'original. Trente ans déjà que mon idole de jeunesse s'est tuée sur le Paris-Dakar et que je me suis roulée par terre de désespoir pendant trois jours. Ses chansons survivent déformées, comme le souvenir de mon père. Le temps passant, elles sombreront dans l'oubli, comme le souvenir de mon père. 

A la table voisine, le serveur encaisse les consommations en philosophant: "Il y a un temps pour tout. Un temps pour payer et un temps pour mourir." Les yeux me piquent et je mets connement à pleurer dans mon bouquin. La journée vient de virer au mauve. Il serait temps que je décide ce que je veux faire du reste de ma vie. 

mercredi 13 janvier 2016

Fluide négatif


Fiat gaz!

Parfois, j'ai un truc qui ne fonctionne pas sur mon ordinateur (beaucoup plus rarement depuis que je suis sur MacBook, mais tout de même). J'essaie les manoeuvres usuelles, et quand elles ont toutes échoué, j'appelle Chouchou à la rescousse. Il s'approche et commence à tenter les mêmes trucs que moi. Je râle: "Hé, tu me prends pour une noob ou quoi? J'ai déjà essayé et ça ne mar... Ah ben si, quand c'est toi qui le fais, ça marche". C'est aussi systématique qu'inexplicable. J'ai fini par conclure que j'avais un fluide négatif avec les ordinateurs. 

Parmi mes intentions pour cette année 2016, il y avait: remettre le gaz de ville à Monpatelin. Je vous explique. Un jour, les brûleurs de ma cuisine ont cessé de fonctionner. Je me suis dit que ma bouteille était vide, et je suis allée l'échanger contre une pleine à la station-service la plus proche. Sauf que même avec la nouvelle bouteille, bernique. Et que comme le gaz, c'est un truc qui me fout la trouille, je n'osais pas trop y toucher. Du coup, ça fait quatre ou cinq ans (oui, vous avez bien lu) que lorsque je suis à Monpatelin, je mange exclusivement des salades de crudités en été, des trucs préparés au four ou des plats Picard micro-ondés en hiver. 

Mais cette fois, j'en ai eu marre. Dimanche, j'ai pris mon courage à deux mains et affronté ma peur du gaz de ville. Pour endormir ma panique grandissante, j'ai commencé par sortir tout ce qu'il y avait dans le placard caverneux sous mes brûleurs: la bouteille, mais aussi des tonnes de brols rangés là "au cas où j'en aurais besoin un jour", et dont j'avais évidemment oublié jusqu'à l'existence, ainsi qu'environ un milliard de crottes de souris. 

Une heure de ménage et de poubellisation plus tard, mon placard était nickel, et je ne pouvais plus reculer. J'ai clipsé le détendeur sur la bouteille en appuyant sur le petit bouton vert. J'ai entendu le cliquetis indiquant que tout était en place. J'ai actionné le robinet bleu pour ouvrir l'arrivée de gaz. J'ai tourné le bouton d'un des brûleurs et approché une grande allumette (allumée, je précise, car certains de mes potes ont une haute opinion de mes capacités intellectuelles): rien. J'ai répété la manoeuvre avec tous les brûleurs, soufflé dans les trous au cas où la poussière les aurait bouchés: toujours rien. 

A ce stade, j'en avais vraiment ras-le-bol, alors j'ai contacté un plombier. De toute façon, j'envisageais de changer le robinet pourri de mon évier de cuisine et il fallait que je déménage le lave-linge dans la salle de bain, donc, je me suis dit que j'amortirais le déplacement. Le plombier m'a proposé de passer cette semaine pour faire un devis. Il avait dit 18h, il était à l'heure, ça commençait bien. Je lui montre ma bouteille et je lui explique le souci. Comme moi, il clipse le détendeur en appuyant sur le petit bouton vert. Comme moi, il actionne le robinet bleu. Comme moi, il tourne le bouton d'un des brûleurs et approche une allumette. Je commente: "Et là, vous voyez, il ne se passe..." Pouf. Les flammes bleues jaillissent. J'ai l'air d'une quiche géante. 

Le plombier est gentil: il ne fait aucun commentaire. Il regarde juste l'arrivée d'eau dans ma salle de bain pour vérifier que je n'ai pas confondu avec un moule à gaufres (à ce stade il doit penser que tout est possible), me dit qu'il m'enverra un devis pour le changement de mon robinet et repart après avoir passé moins de trois minutes dans mon appartement. 

Je suis humiliée, mais j'ai de nouveau une cuisine opérationnelle. Et visiblement, un fluide négatif au champ d'action beaucoup plus étendu que je ne le soupçonnais. 

jeudi 7 janvier 2016

De la joie dans chaque journée




Hier matin, quand je suis allée à la boulangerie m'offrir une petite galette des rois briochée, j'ai vu que les santons de cette année étaient des Barbapapa. Je ne sais pas si ça parlera aux gosses d'aujourd'hui, mais moi, ça m'a convaincue de prendre la galette grand modèle pour en avoir un. 

Ma fleuriste, à qui je confiais que les anémones achetées à Bruxelles fanaient toujours dans les 48h et que je n'osais plus en acheter, a insisté pour m'en offrir deux bottes, une de rouges et une de roses, avec les renoncules que je lui prenais, "Comme ça, vous verrez si elles ne tiennent pas, celles d'ici!". J'ai voulu les lui payer; elle a refusé catégoriquement. 

Ma pharmacienne, qui sait que je suis toujours à la ramasse avec mes longues absences et le problème des renouvellements d'ordonnance, m'a spontanément donné trois boîtes de Lutényl au lieu de deux. 

La secrétaire de mon ophtalmo m'a appelée pour me proposer d'avancer mon OCT à aujourd'hui, ce qui m'arrangeait vachement. Mon père et moi avons été en guerre contre cette femme pendant plus de 20 ans; chaque fois que nous avions affaire à elle au téléphone ou en direct, nous finissions fulminant "Non mais quelle nioque, c'est pas possible!". Puis j'ai remarqué que beaucoup de patients semblaient l'apprécier énormément. Alors, il y a deux ans, j'ai décidé que moi aussi, j'allais bien m'entendre avec elle. Au lieu de me braquer quand elle me semblait faire preuve de mauvaise volonté, j'ai adopté la technique du "Oui bien sûr je comprends" et de la conciliation. Depuis, je l'appelle par son prénom et elle essaie toujours de m'arranger. 

Dans la salle d'attente, avec les yeux qui brûlaient et qui y voyaient flou à cause des gouttes pour dilater mes pupilles, j'ai trompé mon angoisse et mon impossibilité de continuer à lire en plaisantant avec un couple de sexagénaires venus eux aussi pour un OCT. Le monsieur était plein d'ironie fine et de gestes affectueux envers sa femme, c'était mignon comme tout. Et pour une fois, on est passés très vite. 

Chez Cotélac, où j'étais entrée pour regarder une paire de bottines aperçue en vitrine, je suis tombée sur le pull doudou parfait, en grosse maille écrue chinée gris hyper douce, avec un col cheminée et bien long sur les cuisses. 229€ à la base, soldé 83 et des poussières. C'est la seule fringue que je me suis offerte en ce premier jour de soldes françaises, et elle suffit largement à mon bonheur. 

J'ai pris une carte de fidélité chez Falba, l'ancienne librairie Bédule de ma jeunesse, et acheté deux des bédés prévues ce mois-ci, plus une autre parce qu'elle était dessinée par Gregory Panaccione, un des deux auteurs du sublime "Un océan d'amour". J'ai hâte de les dévorer vautrée sur mon canapé avec mon nouveau pull préféré. 

Je suis allée boire un Earl Grey dans mon repaire habituel, et j'ai eu une vraie conversation avec la serveuse sur le deuil, le cancer, les sales années et la vie qui continue malgré tout. Je l'ai longtemps prise de haut à cause de son manque de culture - honte à moi. Maintenant que je me donne la peine de parler avec elle à chacune de mes visites, je me rends compte que c'est une fille extrêmement gentille et courageuse. Je lui ai peut-être expliqué la différence entre un thé vert et un thé noir ou entre la luxure et le luxe, mais je pense que de nous deux, c'est moi qui ai tiré la leçon la plus profitable de nos échanges. 

Au 1er janvier, j'étais si lasse de déprimer en permanence que je me suis fait une promesse: chercher la joie dans chaque journée de cette nouvelle année. Au besoin, la provoquer. Et m'y accrocher au lieu de ruminer le négatif comme j'ai tendance à le faire spontanément. 

Jusqu'ici, tout va bien.

mardi 1 décembre 2015

Ici et là-bas


Derrière Sherlock, une partie de ma PAL


10 CHOSES QUE JE FAIS A BRUXELLES MAIS PAS A MONPATELIN
- Acheter presque uniquement des produits bio
- Pester contre l'humidité de notre appartement
- Stocker les bouquins que je n'ai pas encore lus
- Manger des pad thai, des ramen et des donburi
- Aller boire des cocktails avec mes copines
- Regarder les saisons en cours des séries télé que j'aime
- Déprimer à cause de la météo
- Voir plein de chouettes expos
- Organiser des troc party
- Prendre le train pour aller me balader le samedi


Derrière Bernadette, une étagère de ma bibliothèque

10 CHOSES QUE JE FAIS A MONPATELIN MAIS PAS A BRUXELLES
- Remplir le congélateur de soupes et de pancakes Picard
- Guetter les souris du coin de l'oeil
- Stocker les bouquins que j'ai lus et que je veux garder
- Prendre un petit-déjeuner à la place du dîner
- Avoir une demi-bouteille de vodka au frigo
- Regarder de vieux DVD
- Mettre mon linge à sécher sur le balcon
- Lire jusqu'au milieu de la nuit
- Discuter avec mes voisins
- Parfois, descendre à pied jusqu'à la plage

mardi 8 septembre 2015

Où je règle mes comptes avec Minnie Mouse



Hier soir, je bouquinais paisiblement sur mon canapé quand, à la limite de mon champ de vision, j'ai cru voir un éclair brun traverser mon tapis. J'ai poussé un petit cri étranglé et mis quelques secondes à jeter un regard prudent à la ronde. Pendant les dix minutes qui ont suivi, je me suis convaincue que j'avais halluciné, que mon imagination me jouait des tours. 

Puis une petite souris est tranquillement sortie de derrière le comptoir de ma cuisine, est restée plantée sur le carrelage blanc deux ou trois secondes histoires de bien s'assurer que je l'avais repérée, et a de nouveau battu en retraite hors de ma vue. Je pense avoir poussé un gémissement dans un registre sonore habituellement réservé aux chauve-souris. 

La bestiole a réitéré son manège encore deux fois, tout tranquillement comme si elle me narguait. A ce stade, pour éviter un incident cardiaque qui n'aurait été découvert que lorsque les voisins, alertés par l'odeur de décomposition émanant de mon appartement, se seraient décidés à appeler les pompiers, j'ai jugé préférable de battre courageusement en retraite dans ma chambre en mezzanine où s'est engagé un passionnant débat intérieur.

Ma Raison: Oui, parce que monter quelques marches va suffire à te mettre hors d'atteinte. Au-delà du deuxième étage, c'est sûr, l'air deviendra trop rare pour ce monstre redoutable. 
Ma Panique: Ta gueule. Je vais m'enrouler bien serré dans le drap, tête y comprise; comme ça, elle ne pourra pas me mordre et me refiler la Peste Noire. 
Ma Raison: Tu as raison: le monstre redoutable a très probablement déclaré une vendetta personnelle contre tes orteils. Mieux vaut encore t'empoisonner au monoxyde de carbone, ce sera plus rapide et moins douloureux. 
Ma Panique: C'est... c'est quoi ce bruit de meuble déplacé que j'entends à l'étage de dessous? 
Ma Raison: Certainement pas un voisin peu respectueux de la tranquillité des autres. Je penche plutôt pour un rongeur élevé au Banania et salarié chez les Déménageurs Bretons. 
Ma Panique: Moque-toi. Je te signale que si on se fait grignoter dans notre sommeil, tu y passes avec moi. 
Ma Raison: Pour qu'il y ait sommeil, il faudrait déjà que tu te décides à t'endormir. Tu t'es couchée avant minuit, et là, on approche des 2h30 tellement tu gamberges. Tu penses qu'une nuit blanche va améliorer ton jugement déjà si affûté?
Ma Panique: M'en fous, demain matin, je sors les pièges que j'avais achetés en juin
Ma Raison: Pourquoi pas maintenant? Si ça pouvait te convaincre de nous laisser fermer un oeil...
Ma Panique: Tu veux que je lise un mode d'emploi d'au moins 3 lignes AU BEAU MILIEU DE LA NUIT?
Ma Raison: *gros soupir*
Ma Panique: ...Putain, faut que j'aille faire pipi. 

Cette nuit-là, j'ai dû descendre aux toilettes pas moins de quatre fois, les pieds chaussés de pantoufles d'hiver en moumoute rose vif, en allumant toutes les lumières de l'appartement, en jetant des regards soupçonneux autour de moi, en dévalant les marches de la mezzanine et en courant dans le couloir (bien fait pour le voisin du dessous) à l'aller comme au retour. 

Ce matin, j'ai sorti un piège, lu le mode d'emploi, glissé un bout de Lindt noir à la fleur de sel dans le fond (apparemment, le bon vieux gruyère ne fait plus recette: il faut utiliser du chocolat ou du beurre de cacahouète!) et installé le tout au pied du comptoir de ma cuisine. Puis je suis partie chez le dentiste en priant pour retrouver le piège vide à mon retour: je n'avais aucune envie de devoir le trimballer bien fermé jusqu'à 400 mètres de chez moi pour pouvoir relâcher son contenu gigotant sans risque qu'il revienne aussitôt.

Quand je suis rentrée de chez le dentiste, le piège était vide. Je me suis enfermée dans mon bureau pour commencer à bosser sur le MOOC The Science of Happiness qui démarrait aujourd'hui. Quand je me suis prudemment aventurée jusqu'à la cuisine pour dîner, le piège était vide. Je suis retournée dans mon bureau, j'ai skypé avec Chouchou et commencé à rédiger ce billet. Et au moment où j'allais conclure que le piège était toujours vide et que j'espérais qu'il le resterait, j'ai entendu un premier petit bruit sec, suivi par une série d'autres petits bruits plus frénétiques. Je me suis dit: "Merde, elle est dedans".




Je me suis approchée de la cuisine sur la pointe des pieds. Oui, elle était dedans. J'ai pris une photo de loin. Puis je me suis accroupie avec un peu le coeur dans la gorge, et je me suis forcée à la regarder. Elle était... minuscule, plutôt jolie et complètement affolée. J'avais lu qu'il ne fallait pas laisser les souris trop longtemps dans ce genre de piège, car le stress pouvait les tuer, ou bien elles pouvaient réussir à ronger le plastique pour se libérer. Je n'ai pas pris le temps de me changer: j'ai juste enfilé les premières chaussures qui se présentaient, soulevé le piège très délicatement en coinçant la porte avec mes doigts, et je suis sortie dans les rues obscures de Monpatelin à 21h45, en pyjama corail et bottines léopard. 

J'ai fait deux fois la distance prescrite, juste au cas où, et aussi parce que je ne voulais pas relâcher la bestiole trop près d'une autre habitation. Arrivée en bordure d'un champ, j'ai posé le piège par terre et j'ai soulevé la porte. La souris a mis quelques secondes à se rendre compte qu'elle pouvait sortir. Puis elle s'est retournée, a hésité un instant sur le seuil du piège et détalé d'un coup - sans même emporter mon bout de Lindt noir à la fleur de sel, l'ingrate. Les fourrés ont bruissé sur son passage. Après, le calme est revenu, et je suis rentrée chez moi avec mon pyjama corail, mes bottines léopard et mon piège vide qui avait rempli son office. 

Je n'ai plus aussi peur des souris. 

Mais quand même, je vais remettre le piège en position dans la cuisine, juste au cas où Minnie Mouse aurait des frangines dans le coin. 

jeudi 30 juillet 2015

Où je me ruine pour l'amour de mon coccyx


A l'époque où je touchais, chaque mois de juin, une somme coquette en droits d'auteur excédentaires sur l'exercice précédent, j'avais pris l'habitude de programmer de petits travaux d'amélioration de mon appartement pendant l'été. Ainsi, en 2012, j'ai fait changer mes fenêtres d'origine en bois passablement abîmé pour des fenêtres en PVC dont certaines à oscillo-battant. En 2013, j'ai remplacé mon vieux tableau électrique par un modèle plus moderne et plus sûr, puis fait poser une climatisation réversible - une décision dont je me félicite depuis, aussi bien pendant les grosses chaleurs de l'été que pendant les mois les plus froids de l'hiver. L'an dernier, mes droits d'auteur excédentaires avaient tellement piqué du nez que je me suis contentée de changer mes tapis et ma table de salon (l'ancienne avait presque 15 ans et je ne pouvais plus la voir en peinture). 

Cette année, mes droits d'auteur excédentaires sont devenus quasi inexistants, mais comme le grand voyage auquel j'aspire ne s'est toujours pas concrétisé, j'avais quand même un peu de sous en banque, et après longuement hésité, j'ai décidé de les consacrer à un aménagement dont je parle depuis l'achat de mon appartement en janvier 2003: remplacer l'escalier de ma mezzanine. L'escalier d'origine n'était guère plus qu'une échelle améliorée, avec des marches de 18 cm de large couvertes d'une moquette super glissante. Chaque fois que je me levais la nuit pour descendre aux toilettes, j'avais peur de tomber et de me péter le coccyx ou pire. Et il restait jusqu'au mur d'en face assez de marge pour tirer un escalier un peu plus long qui décrirait un virage d'un quart de tour dans la fin, ce qui permettait de gagner sur l'inclinaison et donc de faire des marches plus larges.


Ceci n'est pas un bouquet de tulipes rouges. 

En octobre dernier, j'ai confié le projet à mon ami Jean-Michel, menuisier émérite qui avait déjà fabriqué ma bibliothèque sur mesure à l'époque de mon emménagement, ainsi qu'un meuble à chaussures et une étagère de cuisine assortis au reste de mon mobilier Interiors. Je savais qu'il bossait super bien et à des tarifs corrects. Je lui ai exposé mon idée; il m'a confirmé que c'était tout à fait réalisable et que ça donnerait bien, et m'a présenté un devis qui correspondait à ce que j'avais en tête. J'ai dit banco. Les travaux initialement prévus au printemps ont été repoussés deux fois, la première parce que je manquais de liquidités, la seconde parce que Jean-Michel manquait de temps. Finalement, ils ont eu lieu lundi dernier.




Le samedi précédent, Jean-Michel était passé avec son fils et un collègue pour m'apporter le plus gros morceau de mon escalier déjà assemblé (montants en fraké, marches en hêtre). Ils avaient dû le hisser par mon balcon, en une manoeuvre dangereuse qui m'avait fait grimper la tension à 28. Le dimanche, le bois encore non traité a embaumé tout mon petit appartement tandis que je me familiarisais avec la bête. J'ai ôté tous les bibelots des meubles placés sous l'escalier actuel et dégagé le reste du salon afin de laisser un maximum de place pour manoeuvrer les pièces anciennes et nouvelles. Le lundi matin, Jean-Michel est arrivé un peu après neuf heures et a commencé la dépose de mon ancien escalier. La manoeuvre, plus rapide et beaucoup moins bruyante que je m'y attendais, m'a même permis de faire un peu de relecture dans le bureau voisin. Quand il est parti déjeuner, il n'y avait plus moyen d'accéder à ma mezzanine. J'ai posté un Instagram pris de face, et plusieurs personnes ont commenté: "J'ai d'abord cru que c'était une maison de poupée!". C'est vrai que ça faisait tout bizarre. 




L'après-midi, Jean-Michel est revenu avec son collègue pour mettre en place le nouvel escalier, et ça a été une autre paire de manches. Pendant deux heures, je les ai entendus jurer, grogner, casser des plinthes et scier des trucs qui ne passaient pas. J'étais à deux doigts de m'évanouir de stress en imaginant mon salon dévasté. Mais finalement, c'est rentré. Après ça, le collègue est parti et Jean-Michel a encore passé plus de quatre heures à poser la rambarde de la mezzanine et la main-courante de l'escalier (ouvert côté pièce), puis à lazurer le tout en blanc et à remettre un peu d'ordre. Après son départ vers 20h30, j'ai dû faire la poussière, passer un sérieux coup d'aspirateur et tout remettre en place, avec quelques petites améliorations par rapport à la disposition précédente. J'ai notamment pu caser sous la partie supplémentaire de l'escalier un coffre qui jusqu'ici était coincé entre mon canapé et mon plan de travail américain. Les appareils électro-ménagers qui reposaient sur le coffre en question sont partis sur la petite commode qui contient des chopes et mes verres: la hauteur est bien plus pratique et ça m'évitera de contourner le plan de travail chaque fois que je veux faire bouillir de l'eau pour me préparer un thé.





Je maintiens que j'aurais préféré consacrer mon argent à un beau voyage, mais puisque ça n'était pas possible, investir dans un aménagement pratique et sécurisant me semble une solution de rechange nettement plus satisfaisante que le dépenser insidieusement en conneries au fil des mois. Je n'ai plus de visions d'horreur de mon corps fracassé sur le carrelage quand je me lève la nuit. Le nouvel escalier est bien plus beau que l'ancien, au bois lacéré de vieilles griffures de chat et à la moquette jaune à moitié effilochée. Je pense même qu'on pourrait y faire des photos sympas. D'un point de vue strictement esthétique, la main-courante était dispensable, mais d'un point de vue "gestion de mes angoisses idiotes", je préfère quand même l'avoir. Globalement, donc, un bilan positif pour ces travaux dont la réalisation me stressait pas mal d'avance.





La prochaine fois que j'aurai un peu de sous à consacrer à mon intérieur, je ferai refaire les peintures (la hauteur sous plafond dans ma pièce principale est telle que je ne peux pas envisager de m'en charger moi-même, et puis j'adorerais me débarrasser de l'horrible revêtement gouttelette et ça, c'est clairement un travail de pro) et j'en profiterai pour virer les petites loupiotes de la cuisine dont les caissons de coffrage se détachent du plafond et dont plusieurs ampoules ont un faux contact qui les maintient éteintes depuis des années. 

lundi 6 janvier 2014

Idée de dernière minute




Dites, les gens de la région de Toulon, ça vous dirait de faire connaissance en vrai? Je me doute que vous n'êtes pas méga-nombreux, mais ça pourrait être sympa quand même. Un goûter samedi après-midi dans le centre-ville (à l'Aparté ou à la Théière, par exemple), ça tente quelqu'un?

dimanche 4 août 2013

Canicule (et remède)




Les commerçants du village se plaignent tous de la chaleur: la boulangère qui officie à quelques mètres des fournils, la marchande de primeurs qui a 60 plateaux de melons à décharger à 16h... Seule la fleuriste s'en tire bien grâce à la fraîcheur s'échappant de ses frigos. Sortie de chez moi les cheveux encore trempés après ma douche, je suis rentrée une demi-heure plus tard avec toutes mes petites courses, les cheveux complètement secs, et je n'ai pas été fâchée de retrouver ma clim' dont la pose était finalement une idée de génie. L'après-midi, luttant contre une torpeur qui m'incitait à faire la sieste, j'ai lu sur mon canapé puis, quand la température extérieure s'est enfin décidée à tomber vers 19h, je me suis transportée sur mon balcon. Le soir, je n'ai pu m'endormir que le ventilateur réglé sur minuteur et tourné vers moi, allongée en petite tenue par-dessus les draps. L'été dans le sud, quoi. 

Ce n'est pas que je ne souffre pas de la chaleur (passé 35°, je transpire et je crame comme tout le monde), c'est que j'aime toutes les petites choses qui l'accompagnent. Le bruyant crincrin des cigales dans les pins parasols. L'odeur de poussière et de sève mêlées. Le bleu uniforme du ciel et les ondulations qui montent du bitume, pareilles à des mirages. L'excuse parfaite pour porter une jolie capeline ou un crâne petit chapeau de paille. Les orteils gaiement vernis de rouge dans les sandales. Le parfum des fruits d'été dans la corbeille, l'explosion des tomates dégoulinantes de jus quand la peau cède sous les dents. Le thé glacé consommé par litres dès le réveil. Le linge à peine pendu et déjà presque sec. Le moindre souffle d'air éprouvé telle une caresse divine. L'impression que le monde tourne au ralenti et que les journées n'auront jamais de fin. L'indolence permise. La sensation d'être en vacances même quand on travaille. L'optimisme automatique dans la lumière qui inonde tout. 

Vendredi après-midi, après quelques heures de travail étonnamment productives, j'ai eu la flemme de me traîner jusqu'à l'arrêt de bus pour tenter de gagner une zone où il y aurait de la vie. Au lieu de ça, je suis allée m'installer dans un des fauteuils en bambou du bar de la place avec le bouquin du swap bonne humeur et un diabolo-menthe à 1,60€, servi avec le sourire et l'accent du Midi. Pendant une heure, j'ai lu à l'ombre des platanes où circulait une brise très légère et où il faisait divinement meilleur que dans les rues goudronnées. C'était un moment ordinaire et parfait comme je les chéris tant. 

jeudi 4 juillet 2013

La folle aventure de la clim de Schrödinger




7h30: Je me tire péniblement du lit. J'ai encore lu tard hier soir, mais l'électricien doit passer à 9h pour poser ma clim et je voudrais ranger un peu avant son arrivée. 
8h30: Je tente de vider la poubelle. Le sac trop plein se déchire et répand, moitié sur le sol moitié à l'intérieur de la poubelle, 500g de chocolat en poudre italien périmé depuis octobre 2010 ainsi qu'un demi-paquet de coquillettes complètes préhistoriques. Positivons: ça fait des mois que je me dis "Il faudrait quand même que tu nettoies cette poubelle". Là, j'ai plus le choix. 
9h: Penchée au-dessus de ma baignoire remplie de cacao, je récupère les coquillettes en fuite avant qu'elles ne s'engouffrent dans la bonde. Pourvu que l'électricien ne sonne pas maintenant!
9h10: La poubelle est propre et sèche. L'électricien brille par son absence. Mais bon, dans le Sud, on sait bien ce que ça veut dire, "à 9h". Il arrivera sans doute à 9h15. 
9h30: ...Ou pas. 
10h: Ca commence à bien faire, je l'appelle sur son portable. 
10h02: Pas de bol, il ne décroche pas.
10h20: Je retente ma chance. Cette fois, l'électricien décroche. "Bonjour, c'est Mme Armalite." "Ah oui, on est en retard, mais j'avais pas votre numéro pour vous prévenir." "..."
10h30: L'électricien arrive avec un collègue et une quantité de matos inouïe avec laquelle il cogne joyeusement les murs de mon couloir. 
10h45: Les deux électriciens se disputent sur la manière de poser ma clim. Je commence à flipper.  
10h50: J'entends "Ah merde, ça sort à droite", suivi de "Tant pis, au pire, on cassera un peu". Qu'est-ce qui m'a pris de vouloir faire poser une clim au début de l'été le plus pourri du millénaire? 
11h05: Le collègue de l'électricien demande: "On perce maintenant?" Réponse: "Ah ben non je peux pas, j'ai un rendez-vous à 11h." 
11h06: L'électricien s'en va.
11h20: Le collègue de l'électricien fume une clope en téléphonant sur mon balcon. Pendant ce temps, au moins, il ne casse rien.
11h45: Le collègue de l'électricien s'agite en maugréant entre ses dents. Je n'ose pas sortir de mon bureau pour voir ce qu'il fait. Pourtant, ce serait bien que je monte dans ma chambre vider une penderie, ça me détendrait un peu...
11h50: J'entends comme des coups de masse et un bout de mur qui s'effrite.
12h05: J'entends un genre de perceuse.
12h07: J'entends un "Oh putain!".
12h08: Re-perceuse.
12h11: Re-"Oh putain!". Où est mon Xanax?
12h25: Je n'entends plus rien depuis plusieurs minutes. Je crois que c'est pire.
12h35: L'électricien revient. Son collègue lui annonce que le marteau-piqueur est en panne. C'était donc ça.
12h37: "Madame Armalite, on va manger au McDo et on en profite pour passer au bureau chercher un autre marteau-piqueur, d'accord?"
14h20: Retour des électriciens. Je faisais la sieste sur les 7 centimètres carrés de canapé qui n'étaient pas occupés par des sacs de trucs à donner. J'ai un début de migraine et un torticolis; je sens que l'après-midi va être plaisant.
14h25: Ouh putain, il marche bien le nouveau marteau-piqueur. J'aurais peut-être dû prévenir les voisins que je faisais des travaux chez moi aujourd'hui. Et me faire prescrire du Doliprane en perfusion.
14h30: J'envisage la trépanation à la mèche de 12 pour mettre un terme à mes souffrances.
14h50: Il me semble urgent de mettre en oeuvre la célèbre tactique dite du "Courage, fuyons". J'annonce que je pars faire quelques courses au village.
15h: Evidemment, c'est la seule fois depuis douze ans que j'habite ici qu'il n'y a pas UN péquin avant moi à la Poste.
15h20: Quand je rentre, je ne peux m'empêcher d'apercevoir le trou dans le mur de mon salon: au-dessus de l'ouverture pratiquée par le tuyau, un bon morceau de revêtement s'est détaché. J'espère que ça sera masqué par l'appareil.
15h21: Chaleur oblige, le collègue de l'électricien s'est mis torse nu pour travailler. C'est pas vraiment le sosie de Vin Diesel. Mes yeux saignent. Quand on se croise dans mon couloir (plutôt étroit), je retiens mon souffle pour que son gros ventre blanc et luisant de sueur ne me touche pas.
15h22: J'aurais dû demander aux vieux sur la place du village de me laisser jouer à la pétanque avec eux.
15h50: J'offre une bière aux électriciens. Il ne s'agirait pas qu'ils meurent déshydratés avant d'avoir fini de poser cette foutue clim. "Fait chaud hein?" me lance #1. "C'est parce que vous vous agitez. Moi je suis juste bien." "Ah ouais, mais les femmes, vous, vous êtes des lézards!" Euh.
16h20: L'électricien #1 me demande une pelle et une balayette pour nettoyer, parce qu'ils ont fini. J'hésite à beugler "It goes like this, the fourth, the fifth, the minor fall, the major lift..." en levant les bras au ciel, mais je me retiens de crainte qu'il ne me dise "Moi aussi, j'aime beaucoup cette chanson de Jeff Buckley".
17h20: L'électricien #1 m'appelle pour m'expliquer le fonctionnement de ma clim. Passé "On/Off", le réglage du mode et celui de la température, je ne comprends plus rien. J'ai l'impression qu'il ne me parle même pas français. "De toute façon, c'est dans le mode d'emploi", me dit-il en brandissant un genre de catalogue de La Redoute, les photos en moins. Je réponds que ma religion m'interdit de lire les modes d'emploi, et qu'il faudra donc que je me débrouille avec les trois boutons de base.
17h35: La porte se referme sur les deux électriciens. Ils ont tout bien nettoyé avant de partir et il fait délicieusement frais dans mon salon. Allez, l'été prochain, je fais changer mes volets.

Non, ceci n'est pas le produit de ma dernière sortie geocaching, 
mais ce que les électriciens ont retrouvé à l'intérieur du radiateur de mon salon. 
Les archéologues apprécieront. 

mercredi 3 juillet 2013

Ici et maintenant



Après une journée passée à trier et à jeter frénétiquement, se dire sur le coup de 17h30 qu'on a bien mérité une petite pause.
Prendre un livre de saison: "Under the Tuscan sun", de Frances Mayes, et l'emporter sur la terrasse.
Tourner le transat pour avoir une meilleure vue sur le grand pin.
Commencer à lire et à rêver de vacances en Italie.
De temps en temps, lever la tête vers le ciel bleu et soupirer d'aise.
Se remplir de cette luminosité sublime par tous les pores.
Finir par poser le livre et fermer les yeux.
Somnoler à moitié tandis que le crincrin des cigales cède la place au hululement plaintif de la première chouette.
Rester là longtemps malgré l'air qui fraîchit et l'estomac qui gargouille un peu.
Se demander s'il existe un seul autre endroit au monde où on se sentira jamais aussi complètement en paix qu'ici. 

vendredi 28 juin 2013

Auprès de mon arbre




Quand j'ai acheté mon appartement, je n'ai même pas fait attention à lui. Trop excitée par la perspective d'avoir une terrasse où mes chats pourraient prendre l'air, je n'ai pas pensé à tourner la tête vers le géant placide qui dominait de loin ma résidence et la rangée de petites maisons en contrebas. 

J'ai commencé à l'admirer pendant l'été 2006, alors que je tentais vaillamment de recoller les miettes de mon coeur brisé en mille morceaux. Pour bien commencer la journée, je petit-déjeunais face à lui et scrutais ses aiguilles qui frémissaient à peine dans la brise en me demandant quel était le secret de sa sérénité. L'après-midi, je lisais allongée sur un transat en lui tournant le dos, mais savoir qu'il veillait sur moi m'apaisait de façon inexplicable

C'est drôle, parce que globalement, je n'ai pas ce qu'on pourrait appeler un rapport étroit avec la nature. Je me soucie énormément de sa préservation, mais moins je la fréquente de près, mieux je me porte. La campagne, la montagne, les grands espaces en général sont souvent photogéniques et suscitent occasionnellement chez moi des fantasmes de retraite loin de tout, dans quelque lieu pittoresque où j'aurais une grande révélation sur le sens de la vie. Mais en pratique, il y fait toujours trop chaud, trop froid ou trop venteux; on s'y tord les pieds sur les cailloux et on s'y fait piquer par des bêtes. (Sans parler de l'absence de librairie décente à des kilomètres à la ronde.)

Non vraiment, je ne suis pas du genre à communier avec la nature. Mais cet arbre-là m'a ensorcelée tout doucement au fil des ans. Quand j'arrive à Monpatelin, à peine la porte de l'appartement refermée sur moi et ma valise déposée dans l'entrée, je vais pousser les volets du salon pour le saluer. Il est beaucoup plus vieux que moi, et il me survivra probablement - ce qui me remet tout de suite à ma place éphémère d'être humain. Bien que nous n'appartenions pas à la même espèce ni au même règne, son souffle nourrit le mien et réciproquement. Il reste planté là, majestueux et immuable, tandis que ma minuscule personne s'agite en tous sens et saute sur chaque occasion de s'envoler à l'autre bout de la planète. 

Pourtant, je crois qu'on se comprend, "mon" arbre et moi. 

mercredi 15 mai 2013

"En nous portant dans leur corbeille les figues, les grappes vermeilles, l'abricot double et parfumé..."




La fleuriste de Monpatelin qui, me voyant approcher de son magasin, me crie: "J'ai des pivoines!". Et comme je la rejoins, ajoute plus bas avec un sourire complice et un délicieux accent: "Je le sais ce que vous aimez, va!". Me donne à choisir entre une botte de roses pâles, celles que je prends tout le temps, et une autre de rouges. Pour changer un peu, ce sera les rouges. 5€ de bonheur enveloppés dans du papier à imprimé zèbre. 




Le premier déjeuner de l'année en terrasse, table conquise de haute lutte à 13h30 au Sur la place, sourire du couple de propriétaires débordés mais toujours de bonne humeur, "Il vous reste du pavé de saumon grillé? Oui? Super, je vais prendre ça", siroter un jus d'abricot en lisant un roman jeunesse et en admirant le jeu des transparences vertes dans la fontaine dont quelques bambins scrutent l'eau avec envie par-dessus la margelle en pierre fraîche, manger sans me presser et après le dessert, quand je me retrouve seule dehors, "Vous voulez pas vous mettre sous un parasol pour continuer à lire? Vous êtes en train de griller, là." J'explique que je viens de passer un mois à Bruxelles et que je suis super contente de griller, en fait. 




La remontée du cours Lafayette. Ce poème de Jean Aicard que je n'avais jamais remarqué, sur le socle d'une statue. Les oliviers magnifiques sur une place joliment rénovée. Un morceau de chichi fregi, le gras de la friture qui transperce le papier, les grains de sucre qui collent autour de la bouche, le goût de l'enfance. Devant un bistrot minuscule, un jeune papy qui lance en l'air son petit-fils de quatre ou cinq ans; ils rient tous deux aux éclats et je ne sais qui de l'homme ou de l'enfant est le plus ravi. Un peu plus haut, l'horloge de la pharmacie indique 24°. 

Je crois que j'aimerais bien revenir ici à plein temps.

jeudi 21 février 2013

Le meilleur des deux




Pendant assez longtemps, ça m'a pesé de vivre à cheval entre deux pays, deux villes séparées l'une de l'autre par plus de mille kilomètres. Quand j'étais à Bruxelles, je pestais contre la météo; quand j'étais à Monpatelin, je pestais contre l'absence de Chouchou et le manque d'une vie culturelle digne de ce nom. Jusqu'au jour où j'ai décidé d'inverser ma vision des choses et de profiter à fond de ce que chaque endroit avait à m'offrir. 

A Bruxelles, je savoure les possibilités de sortie: le ciné en VO, les expos par dizaines, les tonnes de restos sympas et pas chers, les librairies ouvertes le dimanche, les magasins introuvables dans une ville de province (même s'il manque encore un Sephora et un Muji pour bien faire). 

A Monpatelin, je refais le plein de soleil. Je me paie le luxe de porter encore des sandales ouvertes en octobre ou de transpirer dans mes cachemires en janvier. 

A Bruxelles, je goûte la vie à deux, le plaisir d'entendre le pas de Chouchou monter l'escalier le soir à 18h et celui de m'endormir contre lui. 

A Monpatelin, je reprends mes habitudes de célibataire; je mange quand j'ai faim et je vais me coucher à pas d'heure. 

A Bruxelles, j'ai plein de copines. 

A Monpatelin, j'ai quelques vrais amis et encore un peu de famille. 

A Bruxelles, j'aime lire dans les salons de thé et les cafés tranquilles qui pullulent à tous les coins de rue.

A Monpatelin, j'aime lire vautrée dans la chaise longue sur mon balcon. 

A Bruxelles, je trouve facilement de la nourriture bio et tous les ingrédients pour cuisiner végétarien.

A Monpatelin, les fruits et les légumes ont du goût. 

A Bruxelles, les gens parlent des tas de langues différentes dans le bus, et j'adore ce côté "tour de Babel". 

A Monpatelin, les gens parlent avec cet accent du Midi qui me fait sourire chaque fois que je l'entends. 

De mes deux vies, j'essaie de ne garder que le meilleur. 



jeudi 20 décembre 2012

Où 2012 tente de se racheter in extremis


Hier, j'avais rendez-vous à 10h pour une IRM. Je suis passée à l'heure, et j'ai été reçue par deux jeunes femmes souriantes. Je n'ai pas tourné de l'oeil quand l'une d'elles m'a posé un cathé (ma trouille des piqûres n'a pas résisté au piercing à l'aiguille de mon labret, il y a quelques années de ça). Je n'ai rien senti quand l'autre m'a injecté le produit de contraste, et je n'ai eu aucun des effets secondaires donnés comme fréquents sur la notice: sensation de froid puis de chaud, maux de tête et de ventre, voire choc anaphylactique pour les sujets les plus chanceux. Je n'ai pas paniqué quand je me suis retrouvée dans l'appareil; contrairement à ce que j'imaginais, le tube est ouvert aux deux bouts, de sorte que je voyais le plafond de la pièce au-dessus de moi et un peu en arrière. Je n'ai pas bougé même si c'est dur de rester immobile un quart d'heure entier, et j'ai tenu sans problème les 4 x 20 secondes d'apnée requises. Et cerise sur le gâteau: je n'étais pas encore complètement rhabillée que le médecin de service est venu m'annonçait que je n'avais rien. En tout cas, pas ce qu'on cherchait ce jour-là, qui était la seconde hypothèse la plus grave (la première ayant déjà été écartée par un examen différent). J'imagine que les explications restantes sont de l'ordre du bénin. J'en recauserai plus tard avec ma gynéco, mais en attendant, la fin de l'année venait d'opérer un redressement de dernière minute assez spectaculaire.

Comme il faisait super beau à Monpatelin (15°, ciel bleu, grand soleil), j'ai décidé que ce serait quand même dommage de rentrer m'enfermer chez moi. D'un autre côté, je n'avais pas spécialement envie de faire de shopping. Un effet secondaire non répertorié du gadolinium, peut-être? Bref, après être passée à la Sécu pour régulariser ma situation, j'ai fait une descente chez Contrebandes, d'où je pense avoir réussi à ressortir les mains vides une seule fois dans ma vie. Non, les livres, c'est pas du shopping. Surtout qu'il m'en fallait au moins un pour mettre à exécution la suite de mon plan: tester en solo un resto recommandé par un lecteur il y a presque un an.





Situé dans une ruelle perpendiculaire à la place de l'Opéra, le Resto des Artistes se compose de deux petites salles über-cosy. La formule du midi est à 18,50€, pas donnée, mais beaucoup de choix tous plus alléchants les uns que les autres. Mon crumble de légumes à la feta était délicieux, tout comme le quasi de veau et sa farandole de garnitures (gratin de pollenta, gratin de courge muscade, gratin dauphinois, purée de céleri, carottes mijotées) qui a suivi. En dessert, une tarte Tatin maison, peu originale mais tout à fait honnête. En lecture, donc, "Une princesse au palais", enchantement graphique et poétique. Je recommande chaudement - le resto ET le livre.

Malgré tout, le service était un peu lent, ce qui aurait pu faire dérailler la suite de ma journée car... j'avais raté le début du film que je voulais aller voir au cinéma. Qu'à cela ne tienne: après être passée chez New Look pour racheter un de leurs fantastiques jeans taille haute, en bordeaux cette fois, je suis sagement allée prendre un Trois Empires dans mon salon de thé préféré - en lisant, cette fois, "La patience du tigre". Ou du moins, ses 70 premières pages, car ce gros roman graphique va m'occuper pendant quelques heures encore.

Après ça, j'ai donc vu "Main dans la main", le dernier film de Valérie Donzelli, une sorte de fable sur les attachements qui emprisonnent et empêchent d'avancer. Je l'ai trouvé... un peu bancal mais très touchant, avec de belles trouvailles de mise en scène, quelques passages forts, une chouette BO et ce mélange particulier d'énergie et de poésie qui semble être la "patte" de la réalisatrice. Valérie Lemercier est insensément belle et élégante; dommage qu'elle peine à véhiculer la moindre émotion. Jérémie Elkaim est graou, surtout quand il arpente la campagne en skate ou récite des chansons d'amour en langage des signes. J'ai eu plaisir à les voir évoluer à l'intérieur de l'Opéra Garnier, lieu mythique de ma jeunesse. Et j'ai chialé ma race (attention, spoiler!) quand un des personnages meurt sous respirateur, puis qu'on assiste à son incinération. Mais quand même, malgré tous ses défauts et son absence totale d'effets spéciaux, j'ai préféré dépenser mon petit billet de 10€ pour voir "Main dans la main" plutôt que le dernier Twilight ou le premier Hobbit. 

Je pensais conclure ma journée par un achat de makis à emporter, mais le Sushi Shop n'ouvrait qu'à 18h, et le bus pour rentrer à Monpatelin passait à 17h50. Comme il n'y en a qu'un par heure, le choix a été vite fait. En arrivant chez moi, j'ai eu le plaisir de découvrir dans ma boîte les deux lots gagnés à des concours la semaine dernière. En plus du vernis violet Geisha Gown Iris, Kim de chez Priti NYC m'a envoyé un flacon de Floral Dance qui semble avoir la couleur exacte de la cerise bigarreau mûre (tout à fait mon genre de teinte), ainsi que deux lingettes biodégradables de dissolvant: une super idée, je trouve. De son côté, Jérémias de chez Nominoë a ajouté trois beaux échantillons à mon pot d'exfoliant corps. Je vais pouvoir me chouchouter pendant ces vacances! Enfin, last but not least, ma boîte mail contenait un très gentil et très long mail de Francis Dannemark qui me remerciait pour ma critique de son dernier roman. 

2012, je vois ce que tu es en train d'essayer de faire. Tu te dis qu'après le deuxième semestre pourri que tu m'as infligé, tu vas tenter de redresser un peu la barre dans les dix derniers jours de l'année. Ma chérie, ta dette karmique envers moi est plus abyssale que celle de Gérard Depardieu envers la France. Mais je ne suis pas rancunière: si tu te débrouilles pour que toutes mes trads d'il y a 2 ans se vendent à 50 000 exemplaires chacune à l'occasion des fêtes, et que je puisse donc financer bientôt un mois de vacances pour deux en Australie et en Nouvelle-Zélande, j'oublie tout. Ou pas. Mais je trouverais ça classe de ta part de finir sur un beau geste. C'est toi qui vois. 

lundi 15 octobre 2012

Monpatelin




Il y a ici quelque chose que je trouve profondément apaisant. 
Les traînées roses du couchant que j'aperçois, depuis la fenêtre de mon bureau, derrière la montagne d'en face. 
Le hululement d'un oiseau nocturne, régulier comme un métronome, tandis que je me pelotonne sous les draps bien après minuit.
Le silence immobile de mon quartier le dimanche matin. Et la certitude que je n'ai que cinq cents mètres à faire pour tomber sur un petit marché provençal grouillant d'animation. 
Le souffle d'air tiède qui, milieu octobre, entre encore par la porte-fenêtre grande ouverte, et l'éclat du soleil qui me dissuade de m'installer sur la terrasse pour tremper mes toasts briochés dans mon chocolat chaud. 
Les rires des enfants dans la cour des maisons d'en face; les voix de leurs parents qui au téléphone parlent trop fort comme tous les gens d'ici. 
L'odeur d'ozone et d'asphalte mouillée qui flotte dans l'air après un orage surprise; le bruit d'éclaboussures produit de loin en loin par le passage d'une voiture dans l'avenue.  
Si je vivais ici tout le temps, je crèverais d'ennui. C'est pourtant le seul endroit où je me sens vraiment sereine.




jeudi 9 août 2012

Cette semaine, j'ai...




...déballé mon swap voyage (chouette) et ma Little Travel Box (bof); changé mes fenêtres et grappillé des points de karma auprès de l'installateur; fait établir et approuvé un devis pour la pose d'un nouveau tableau électrique en octobre; choisi un bouquet de tournesols pour orner le comptoir de ma cuisine américaine; tenté en vain de boire un verre avec Sparke et de manger un bout avec Kiki; avancé mon couvre-lit d'une bande par jour; bien profité de ma terrasse chaque soir à la fraîche; lu trois mangas, une bédé et 1,33 récits de voyage; vu et aimé "Le Lorax" mais failli attraper une pneumonie à cause de la clim du cinéma; déjeuné seule sur une de mes terrasses préférées et résolu de tenter le velouté glacé petits pois/menthe à la maison; savouré en quatre fois un demi-litre de glace au caramel beurre salé de chez Picard, mon péché mignon; bu des litres et des litres de thé glacé à l'ananas de Martinique; découvert les délices de la salade aux trois tomates grâce aux conseils avisés de mon primeur; déniché d'idéales ballerines corail ajourées en soldes, ainsi qu'un slim rouge pas soldé mais pas cher qui manquait à ma collection; investi dans ZE ultime produit anti-taches brunes (paraît-il); beaucoup pleuré la mort de Roland Wagner et l'euthanasie programmée de Scarlett; sursauté quand une jolie petite mésage s'est suicidée en se jetant violemment sur une de mes fenêtres toutes neuves; compulsivement feuilleté le catalogue Maisons du Monde en imaginant un projet de redécoration totale de l'appart'; fini de regarder la saison 5 de Gossip Girl qui rivalise assez bien avec True Blood en matière de WTF?; maté "Paris je t'aime" qui m'a moins plu que "New York je t'aime" malgré deux ou trois scènes vraiment remarquables; bazardé tout ce qui me restait de matos à chat à la maison, ainsi que le rideau en dentelle anglaise de ma chambre et le pochon en toile à Demak'Up qui n'allaient plus avec les nouvelles fenêtres; viré trois paires de baskets de ville pratiquement jamais portées pour faire de la place dans mon meuble à chaussures; utilisé à fond le petit ventilo vertical acheté pour une bouchée de pain chez Carrefour il y a déjà plusieurs étés; pas songé une seule fois à me plaindre de la chaleur. 

dimanche 5 août 2012

Où je manque de peu le sans-faute karmique


Samedi matin, encore toute auréolée du bon karma de mes efforts de sociabilité de la veille, je prends le TER pour me rendre à Grandeville. Je profite des 13mn de trajet au frais pour descendre quelques pages de "Salaam London" qui est décidément un excellent bouquin. Lorsque j'arrive, il est à peine 11h, trop tôt pour aller manger. Je me dis que je vais jeter un coup d'oeil aux fins de soldes pour tuer le temps jusqu'à midi.

La vive lumière du jour délave le bleu du ciel sans nuages et blanchit uniformément les rues. En passant coup sur coup sur les deux seuls cinémas restants de la ville, je constate avec tristesse qu'ils ne passent aucun des films que j'aurais aimé voir: plus de "Starbuck", pas de "Je me suis fait tout petit" ni de "Cinq ans de réflexion", et "Le Lorax" seulement en VF et en 3D, argh. Devant un vieil immeuble pseudo-haussmannien, un homme à l'air perdu m'aborde. "Excusez-moi, je suis mal voyant, je dois déposer un courrier dans la boîte aux lettres de ma dermato qui se trouve à l'intérieur du hall, mais je n'arrive pas à trouver le bon interphone." Le nom de la dermato ne figure sur aucun bouton. Je sonne aux deux qui ne portent pas de nom: pas de réponse. Tant pis, je sonne à tous les autres jusqu'à ce que quelqu'un m'ouvre la porte, et puis j'aide le monsieur à repérer la bonne boîte. Il me remercie chaleureusement et, comme le remercier en retour de m'avoir fourni l'occasion d'une BA à peu de frais me semble manquer de tact, je me contente de lui souhaiter une bonne journée. 

Chez Cache-Cache, un petit sac-cartable en synthétique me fait de l'oeil. Normalement, je n'achète que du cuir, mais à ce prix-là, on va dire qu'aujourd'hui j'ai décidé d'épargner une vache. A la caisse, je compatis au malheur de la vendeuse: la clim du magasin est cassée alors qu'il fait plus de trente degrés dehors. Elle me signale qu'il me manque cinq euros d'achats pour avoir droit à... une réduction de cinq euros, donc j'embarque une parure collier et boucles d'oreille en triangle. Comme je n'ai pas les oreilles percées, je propose de lui donner les boucles. Craignant d'être accusée de vol par son patron, elle préfère refuser. Bon, ça ira dans le sac pour la prochaine troc party, le 16 septembre. Encore un quart d'heure à tuer; je rentre chez Texto où je n'achète jamais rien non plus sous prétexte de cheapitude. La paire de compensées qui me plaît n'est plus disponible dans ma taille. "Mais allez donc regarder à l'étage, vous trouverez peut-être quelque chose qui vous plaît", suggère la vendeuse, dont le bronzage terracotta et le maquillage prononcé m'empêchent d'estimer son âge dans une fourchette de 25 à 45 ans. Je monte sans conviction, pour passer le temps... et là, je tombe sur une ravissante paire de ballerines en cuir corail ouvertes au bout et découpées de partout. Il reste ma pointure. Je les essaie en me disant qu'elles doivent être raides comme tout et faire mal aux pieds: elles sont méga souples et confortables. Bon. Ben ça sera ma paire du mois (et tant pis pour la vache de tout à l'heure).




Déjeuner au restaurant Sur la place, où je suis la première cliente. J'adore cet endroit à l'écart de l'agitation des rues commerçantes, sa fontaine glougloutante, ses arbres grouillants de cigales qui fournissent une ombre bienvenue, ses petites tables gaiement colorées, sa carte avec des plats chaque jour renouvelés, tous au même prix et systématiquement délicieux. Je prends une ardoise fraîcheur avec velouté de petits pois à la menthe, brousse au concombre, brochettes de melon, salade italienne haricots verts-tomates-oignons rouges-coppa-copeaux de parmesan-pignons. C'est un régal. Je bouquine un peu le temps de digérer en attendant mon dessert: une Tatin abricot-romarin servie avec une boule de glace à l'abricot dont la douceur contraste agréablement avec l'acidité du fruit cuit. Miam. Le vin rouge servi au verre n'est vraiment pas terrible, mais tant pis: je complimente la patronne pour sa cuisine du marché si fraîche et son service toujours nickel avant de repartir ravie.



Sur la place
Place dame Sibille
83000 Toulon

L'après-midi, je passe voir Kiki au magasin où elle bosse, puis je descends sans me presser vers le centre commercial. De grosses machines sont en train de nettoyer la chaussée après que les commerçants du marché ont remballé leurs étals; une betterave pleine de terre gît abandonnée dans un caniveau, et je ralentis encore le pas pour ne pas m'éclabousser toute seule avec l'eau accumulée dans les rainures du sol. Je m'arrête chez le torréfacteur pour racheter du thé à préparer glacé, car mes stocks monpatelinois sont au plus bas. Je reprends deux grands classiques, le thé du Hammam et le thé des Alizés du Palais des Thés et, sur le conseil du propriétaire, je teste aussi le thé de la Martinique, mélange à l'ananas dont il est infoutu de me citer la provenance mais qui sent délicieusement bon. 

Le rideau de fer de la grande parapharmacie pas chère qui se trouve dans la galerie commerçante est cassé. Il faut faire le tour par l'extérieur et traverser la réserve pour accéder au magasin, dont la clientèle est du coup plutôt rare en ce samedi. Une vendeuse pas franchement débordée m'aide à trouver le Photo-Reverse dont on m'a vanté les propriétés miraculeuses contre les taches d'hyper-pigmentation. Je manque m'évanouir à la vue du prix. "En ce moment, il est en promo, le deuxième à moitié prix." Euh, à 64€ le tube, je vais commencer par le tester avant de faire des stocks. Comme j'achète aussi deux produits Avène dont un solaire, j'ai droit à un coffret-cadeau avec un mini-brumisateur d'eau thermale, un tube de crème après-soleil, un sac à maillot et un immense cabas de plage qui tombe à pic pour que j'y regroupe tout mon shopping. Chouette! A la Fnac, on m'informe que j'ai cumulé assez de points pour avoir droit à un chèque cadeau de 10€; en l'absence du tome 5 des "Gouttes de Dieu" au rayon manga, j'en profite pour me faire un petit plaisir régressif et m'offrir le tome 1 de "Hikari no densetsu", plus connu des Françaises de ma génération sous le nom "Cynthia ou le rythme de la vie". Comme je me dirige vers les caisses, je passe près d'une minuscule fillette de trois ans maxi qui feuillette un énorme roman d'un air fasciné. "Tu ne trouves pas qu'il y a un peu trop de choses à lire pour toi?" demande sa maman, amusée. Je lui fais les gros yeux et souffle: "Chut, ne la découragez pas!". Nous échangeons un sourire. 

Quand je ressors de la Fnac, il est à peine 15h30. Je n'ai pas d'autres courses à faire, mais pas non plus envie de rentrer déjà chez moi alors qu'il fait si beau. Je troque les compensées qui commencent à me faire mal aux pieds contre mes nouvelles ballerines corail et rebrousse chemin jusqu'à la place de l'Opéra. Confortablement installée dans un fauteuil en osier, je parcours le Biba de septembre et le dernier Marie-Claire avec Vanessa Paradis en couverture. Mon portable sonne; c'est un faux numéro (sauf si on m'a rebaptisée Yvonne à l'insu de mon plein gré). Le monsieur à l'autre bout du fil s'excuse; je lui dis que ce n'est pas grave et je lui souhaite une bonne journée. En partant, je propose à une dame également seule qui vient de s'installer à la table d'en face de lui laisser mes magazines, puisque je les ai terminés. Surprise, elle accepte volontiers. Et je remonte vers l'avenue pour prendre mon bus. 

Il arrive après dix minutes d'attente. Je monte et demande joyeusement un ticket au chauffeur. Le type qui était en train de discuter avec ce dernier singe ma voix haut perchée et chantante avec un sourire goguenard: "Un ticket s'il vous plaît!". Je le fixe d'un regard mauvais. "Oh ben quoi, je plaisante, faut savoir rigoler dans la vie." Ma réponse tombe, glaciale: "Je rigole seulement quand c'est drôle."

Si près. Je suis passée si près de la parfaite journée Zénitude & Amour de mon prochain.

samedi 4 août 2012

Où un Sicilien change mes fenêtres et découvre le thé glacé


Quelques raisins secs gisent dédaignés au bord d'un bol, parmi de vagues traces de fromage blanc, et les pétales du bouquet de tournesols posé sur le comptoir commencent juste à s'ouvrir quand on sonne à l'interphone dix minutes avant l'heure prévue. Aujourd'hui, je fais changer les fenêtres de mon appart'. C'est une décision qui m'a coûté, et pas juste financièrement, parce que la perspective  d'inconnus qui piétinent chez moi, cognent les meubles et font des saletés partout me provoque limite une attaque de panique. Mais j'ai décidé d'utiliser systématiquement une partie de mes droits d'auteur excédentaires pour faire des travaux "utiles". Cette année, les fenêtres et un tableau électrique aux normes; l'an prochain, une clim réversible et peut-être des volets en PVC. 

Le menuisier monte. Il est souriant mais seul; j'ai une porte-fenêtre dans le salon et j'habite au deuxième étage sans ascenseur. "Euh, vous êtes sûr que ça va aller?" "Oui oui, ne vous en faites pas, je suis costaud." Je guette ses premières manoeuvres. Bim le mur quand il évacue le premier battant vitré. Je grince des dents mais ne dis rien. Le MacBook posé sur la table basse que, d'ailleurs, il faudrait remplacer aussi, j'essuie un tir nourri de remarques et de questions. Misère, je suis tombée sur un bavard. Je me réfugie dans mon bureau; il hausse simplement la voix pour se faire entendre et continue à jacasser de plus belle. Ce garçon a envie de parler, et moi, j'ai envie qu'il me fasse du bon boulot. Je me résigne et retourne au salon.

Je lui offre à boire. Non, désolée, je n'ai pas de café. Un jus d'orange? "Oui, mais coupé à l'eau parce que je suis au régime." Au final, je lui fais découvrir le thé glacé et il est conquis. Je me détends. De toute façon, j'avais prévu de prendre la journée parce que je me doutais que je n'arriverais pas à bosser. Je m'installe dans le canapé avec mon ouvrage et je crochète en discutant. A défaut de ma traduction, mon couvre-lit avancera aujourd'hui! 

Le menuisier jure un peu parce que le battant gauche de remplacement peine à entrer dans les gonds. Je propose un coup de main; il me rit au nez, mais gentiment. Soit. Il me dit qu'il est d'origine sicilienne, super-macho et ancien boxeur professionnel. En fait, nous nous découvrons des connaissances communes dans le (tout petit) milieu local de la muay thai que j'ai moi aussi pratiquée il y a fort longtemps. Encouragé, il me montre des photos de ses enfants - deux petites filles à joues rebondies et un bébé-garçon de trois mois avec un énorme sourire -, me demande si moi j'en ai? Je prends une grande inspiration; ne t'énerve pas, c'est juste une question comme ça. Je réponds que non. Il me dit plus tard peut-être; je réplique qu'à mon âge ça ne va plus être possible. Il s'extasie: je vous aurais à peine donné trente ans. En voilà un qui sait brosser la cliente dans le sens du poil. 

Une fois que j'ai accepté l'idée de tenir le crachoir à un gars avec qui je n'ai absolument rien en commun hormis le fait de savoir frapper un sac sans me retourner les poignets, je me surprends à savourer le côté détendu et légèrement surréaliste de ce moment. La chaleur lourde n'incite de toute façon guère à s'agiter; d'ailleurs le polo jaune du menuisier est vite trempé de sueur. Il décline ma proposition maladroite d'utiliser la salle de bain pour se rafraîchir s'il le souhaite, mais me remercie vivement chaque fois que je remplis son verre de thé glacé et, quand il n'en reste plus, d'eau sortie du frigo. Il me demande comment je suis devenue traductrice; je mentionne que j'ai passé un an aux USA. "Où ça, aux USA?" En Pennsylvanie. "C'est de là qu'il vient Dracula, non?" ...Euh, non. On se raconte pas mal de choses finalement - enfin, lui plus que moi, mais au bout d'un moment je cesse d'être sur la défensive. Ca ne m'arrive pas souvent.

Vers 17h, les nouvelles fenêtres sont posées et habillées. En nettoyant les saletés dans mon bureau, le menuisier fait tomber ma statuette collector d'Anita Bomba, qui se brise en plusieurs morceaux - foutue. La consternation se lit sur son visage. Je lui dis qu'elle n'était pas très stable, que ça devait finir par arriver un jour ou l'autre et que ce n'est pas bien grave. Mais le plus beau, c'est que je le pense. Je ramasse calmement les morceaux et je les mets dans la poubelle au-dessus des longues échardes de bois. Quand le menuisier finit par remballer ses affaires, je note sur sa fiche d'évaluation qu'il a fait un boulot propre et très consciencieux, et il m'adresse un sourire rayonnant. J'ai l'impression qu'il traîne un peu au moment de s'en aller. Il me remercie chaleureusement pour mon accueil et pour la bonne journée qu'il a passée avec moi; puis il s'en va comme à regret après m'avoir fait répéter la "recette" du thé glacé et dit au revoir plusieurs fois. 

Ca fait déjà une personne au monde qui ne me trouve pas sarcastique, intransigeante et asociale. Par contre, je ne sais pas trop où je vais en trouver une deuxième. La reconquête de mes points de karma perdus risque d'être lente.