mardi 28 mai 2019

Où des interrogations partagées aboutissent à des réponses contraires



Depuis quelques années, je m'intéresse beaucoup à l'autisme et notamment à sa forme dite "syndrome d'Asperger". Il se trouve que je me reconnais dans 95% de la liste des caractéristiques les plus courantes. Toute petite, déjà, j'avais un comportement si différent de celui des autres enfants de mon âge que mon oncle et ma tante - qui travaillaient dans l'Education Nationale - avaient suggéré à mes parents de me faire tester. Jeune adulte, j'ai tenu à peine trois ans dans le salariat; après ça, j'ai su que si je ne trouvais pas un moyen de gagner ma vie toute seule dans mon coin, je finirais par devenir dingue et/ou me foutre en l'air.

J'ai organisé chaque aspect de ma vie autour de mes difficultés sociales: mon absence d'empathie souvent perçue comme de l'indifférence ou de la dureté, mon incapacité à comprendre les autres et la frustration immense que me causent les réactions affectives plutôt que logiques, ma difficulté  à adopter des attitudes jugées acceptables, mon intolérance à des stimuli (notamment bruits et odeurs) considérés comme normaux et inoffensifs par la plupart des gens, la fatigue que je ressens après plus d'une heure d'interaction même très plaisante et avec des gens que j'apprécie, les efforts que ça me coûte de rencontrer de nouvelles personnes. 

J'ai brièvement envisagé de me faire tester. Puis j'ai découvert à quel point le processus était long et pénible en France, et j'ai renoncé à entamer les démarches nécessaires. Parce qu'à ce stade, même si j'étais diagnostiquée autiste, ça ne changerait plus ma vie. Quand j'étais jeune, oui, ça m'aurait sans doute aidée. Aujourd'hui, je ne vois pas ce que ça m'apporterait - hormis une étiquette à brandir pour expliquer les aspects les plus pénibles de ma personnalité. Non que je recherche spécialement l'indulgence de mon entourage, mais ça me permettrait peut-être de cesser de culpabiliser à mort pour mes défaillances sociales ou mon inaptitude à fonctionner de manière efficace dans certaines circonstances.

Pour le reste, je n'éprouve pas le besoin de m'auto-ranger dans des cases. J'ai eu quelques relations amoureuses avec des filles, bien davantage avec des garçons, et je suis infichue de me définir comme hétéro curieuse, bisexuelle ayant opté pour la facilité, pansexuelle ou je ne sais quelle autre nouvelle catégorie. Ca ne m'intéresse tout simplement pas. Je suis attirée par qui je suis attirée, et puis voilà. De la même façon, je me fous de savoir où je me situe exactement sur une échelle neurotypique. Je suis très consciente de la manière dont je fonctionne, et je m'en débrouille au mieux (pas toujours très bien, certes, mais au mieux avec les moyens dont je dispose). Je me soucie moins de connaître l'origine de mes difficultés que de leur trouver des solutions concrètes - et je ne suis pas du tout persuadée que la première condition entraînerait la réalisation de la seconde. 

Sur la base des mêmes interrogations, ma copine Mélanie a une approche et des besoins radicalement différents. Le bel article de blog qu'elle vient juste de publier m'a enfin décidée à rédiger celui-ci, que je retournais dans ma tête depuis des mois sans me décider à l'écrire. Merci à elle pour ce coup de pouce involontaire!

4 commentaires:

Ladypops a dit…

Je vois petit à petit se créer une société qui arrête de mettre des gens dans des cases. Quand je discute avec Miss A. maintenant, je me rends compte qu'enfin, son univers est fait de pleins de différences et que ces différences ne sont plus stigmatisées.
A son âge, je n'avais jamais vu, à part à la télé, de transgenre, croiser un couple homosexuel qui se tenait la main était quelque chose qu'on remarquait et jugeait de suite. Là j'ai des discussions avec elle sur ces sujets qui sont intelligentes, il n'est pas question de rejets, mais de la protection du droit de pouvoir être qui ont est sans avoir besoin de l'aval de qui que ce soit.
C'est loin d'être tout rose on est bien d'accord, mais j'ai envie de croire qu'ils évoluent vers quelque chose de bien.
Finalement ce n'est pas important de savoir dans quelle case on rentre, c'est important d'être bien et d'être qui ont veut sans restrictions.

maerie a dit…

Merci pour ce témoignage, je trouve important que la parole se libère sur ces sujets...que ceux qui se posent des question se rendent compte qu'ils ne sont pas fous mais juste uniques....depuis quelques années j'apprivoise mon côté haut potentiel et je suis en train (avec l'aide d'une psychologue spécialisée) de guider et soutenir ma fille, qu'elle puisse vivre plus sereinement que moi, dans un monde qu'elle ne comprend pas... et qu'elle puisse se réaliser pleinement si elle le souhaite (et pas attendre d'avoir presque 40 ans ^^)

Je te souhaite un beau cheminement sur ton chemin personnel.

elmaya a dit…

Plus ça va et plus j’ai l’impression… qu’en fait nous sommes tous différents, et surtout très différents du « modèle humain » qui a été érigé et qu’on nous a inculqué comme étant le nôtre. Modèle imposé, probablement, par quelques personnes sans doute considérées (voire auto-considérées) comme ayant la science infuse et le droit de décider de ce qui était « normal » ou pas… selon leurs propres critères.
Modèle auquel l’humanité s’est ensuite efforcée de ressembler à tout prix, de peur de ne plus entrer dans les bonnes cases et de finir à l’asile… et l’imposant à son tour aux autres.

Que de dégâts, que de questions, que de souffrances…

Donnons-nous le droit d’être ce que nous sommes, tout simplement, et surtout donnons-le aussi aux autres…
Un nouvel «  I have a dream » ?

chouvelle a dit…

Alors moi je ne rentre absolument pas dans les cases, étant donné que je suis à haut potentiel intellectuel selon le test de qi wais 4,MAIS seulement pour l'un des 4 subtests... Car je reste dans la norme plus ou moins haute pour les 3 autres subtests. Du coup à chaque fois que je me sens à côté de la plaque, ça m'aide de savoir que factuellement, je ne suis en effet pas comme mes voisins. Ça m'avance pas plus pour les comprendre, mais bon...