vendredi 10 août 2018

Les ratés de la déconstruction





Je suis devenue très militante ces dernières années. En partant des causes qui me tenaient déjà à coeur de base (le féminisme et l'environnement), j'ai lu et discuté sur beaucoup d'autres sujets et fait ce qu'on appelle un travail de déconstruction: c'est-à-dire, appris à reconnaître les préjugés que m'avait inculqués la culture dominante, et essayé de les dépasser. Ca a bien marché dans pas mal de domaines. Par exemple, je suis désormais consciente de mes privilèges de personne blanche, cisgenre et (plus ou moins) hétéro; je m'efforce d'écouter les minorités qui sortent de ce cadre et de me comporter en alliée envers elles. Non, je ne comprends toujours pas la transexualité et non, je n'ai aucune expérience des discriminations raciales, mais j'ai foi en la parole des concerné(e)s et je gueule chaque fois que je peux pour qu'on leur fasse une juste place. 

Par contre, je suis assez consternée de me rendre compte que sur d'autres points, avoir conscience du problème et de ses origines n'a pas suffi à le résoudre. Par exemple, je reste désespérément grossophobe en première ligne. Sur un plan intellectuel, j'ai bien intégré que surpoids ne signifie pas manque de volonté, goinfrerie, paresse ni même mauvaise santé. Et je suis persuadée qu'avec 15 kilos de moins, je ne serais pas meilleure que maintenant. Mais quand je vois une personne grosse (à commencer par mon propre reflet dans le miroir), ma première pensée, c'est toujours qu'elle serait mieux si elle faisait un 38 ou un 40. Dans ma tête, la minceur - pas la maigreur ni l'absence de formes, juste un pourcentage de gras "raisonnable" - reste encore et toujours l'état le plus désirable. Savoir combien les critères esthétiques ont varié au cours des siècles n'y change absolument rien. J'ai beau trouver les mouvements body positive admirables, je ne parviens pas à y adhérer.

Même chose avec la pilosité féminine. Non, ce n'est pas un sujet dramatique, mais il me semble assez représentatif du conditionnement social qu'on fait subir à toutes les propriétaires d'utérus. Les poils des hommes sont virils; les nôtres sont dégoûtants. Pour être considérées comme baisables, nous nous devons de consacrer un temps, une énergie et un fric fous à les éradiquer. Je trouve ça tout à fait débile, et j'ai un amoureux à l'esprit ouvert sur ce point. Pourtant, je suis incapable de sortir en été avec une jolie robe, les orteils vernis dans mes sandales et des mollets en friche entre les deux (d'autant que j'ai la peau très blanche et le poil très noir). J'adorerais m'en foutre comme je me fous d'arborer un visage non maquillé depuis des années, être capable comme Amanda Palmer d'afficher fièrement ma fourrure toute l'année. Mais pour le moment, je n'y arrive pas. L'âge me délivrera peut-être de ce conditionnement social - et encore, ce n'est pas sûr. 

Crédit: Arvida Byström, une mannequin suédoise qui a a reçu des menaces de viol et de mort 
après avoir posé pour une campagne Adidas les jambes non épilées.

4 commentaires:

Yoelle a dit…

Idem, gros travail de déconstruction par ici. Et ton blog en est un précieux allié.

ARMALITE a dit…

@Yoelle: Ah, ben je suis bien contente de contribuer à transmettre le flambeau!

Londoncam a dit…

Mais tellement, tellement pareil ici... Merci de mettre des mots sur mon ressenti !

Anonyme a dit…

Continue comme ça car tu exprimes très souvent ce que je pense ou vis mais sans avoir les mots pour le dire.
Bisous Nad ;)