mercredi 1 août 2018

Le stress du voyage au long cours





Dans la nuit d'avant-hier, j'ai rêvé qu'en arrivant à l'adresse de notre hôtel à Singapour, on trouvait un carré de trottoir vide, un gros paquet de cartons pliés et des instructions de montage pour une "maisonnette cosy". Ce qui vous donne une petite idée de mon état d'esprit vis-à-vis de ce voyage en Asie dont je rêve pourtant depuis des années. 

Depuis que j'ai pris les billets d'avion fin mars, j'angoisse à mort. Chaque jour, je pense à 50 trucs qui pourraient mal se passer et transformer cette expérience ruineuse en pur cauchemar. J'essaie d'être méthodique et d'anticiper les plus gros problèmes potentiels. Par exemple, ma carte bleue périme fin novembre, et elle est physiquement assez fatiguée: signature illisible, puce rayée, film de protection décollé... Pour ne pas me retrouver coincée à l'autre bout du monde sans moyen de paiement, j'ai demandé à mon banquier de m'en ré-émettre une neuve (et non pas d'anticiper le renouvellement, sans quoi la carte que je présenterais dans les hôtels ne correspondrait plus à celle avec laquelle j'ai fait mes réservations). 

Je n'emporte qu'un bagage à main, donc pas de risque de valise perdue a priori. Et j'ai fait une copie de mon passeport pour que l'ambassade de France puisse le remplacer facilement en cas de vol. Mais il reste beaucoup d'autres facteurs sur lesquels je n'ai aucune prise. Les conditions d'embarquement et le déroulement de nos quatre vols, notamment, me font stresser sans fin depuis qu'on a failli rater plusieurs avions ces dernières années. Et aussi, je me souviens comme j'ai souffert les 3 fois où j'ai débarqué au Japon, toujours en début de matinée heure locale et sans avoir réussi à fermer l'oeil pendant le voyage: j'étais debout depuis 36h, sans possibilité de m'allonger pendant encore une journée entière, et j'avais juste envie de me rouler en boule dans un coin pour y mourir de fatigue. Depuis, j'ai pris une décennie et ma résistance physique a nettement diminué. 

Je vais demander à mon généraliste de me prescrire un somnifère pour réussir à dormir dans l'avion, mais je ne suis pas sûre que ça suffira: les médicaments de ce type me font de moins en moins d'effet, surtout en cas de gros stress. Or si je suis crevée quand on débarque dans une ville où on ne connaît rien et où on a du mal à se repérer au premier abord, le risque de dispute explosive avec Chouchou sera multiplié par mille. Il me faudra aussi prévoir des bas de contention car avec ma mauvaise circulation et mes crampes récurrentes au mollet gauche, la perspective d'une phlébite me terrifie. Tout comme celle d'une hospitalisation dans un pays non-européen où je n'aurai aucune couverture médicale. Et s'il arrivait quelque chose à une de nos mères juste avant le départ ou au début de notre séjour? Et si on revenait avec des punaises de lit dans nos bagages? La liste de mes angoisses est sans fin. 

J'en viens presque à regretter ma décision, à me dire qu'on aurait dû s'en tenir à des voyages en Europe comme on l'a fait ces 8 dernières années: les vols sont beaucoup plus courts et beaucoup moins chers, ce qui diminue à la fois la fatigue et l'enjeu financier. Si ça se trouve,  inconsciemment, j'ai utilisé d'abord la maladie de mon père, puis les empêchements professionnels de Chouchou comme excuses pour ne pas me mettre dans une situation trop flippante pour moi. Ca ne m'étonnerait qu'à moitié de la part de mon cerveau, ce pleutre. 

Mais bon, il est trop tard pour reculer maintenant. Et si ce voyage-là se passe bien, ça me mettra dans de bonnes dispositions pour en faire d'autres les années suivantes: j'ai super envie de retourner aux Zuess, de découvrir le Canada, d'organiser un combiné Japon-Corée du Sud et un autre Australie-Nouvelle-Zélande, qui serait encore beaucoup plus crevant que Hong Kong-Singapour. Donc, j'essaie de me convaincre qu'il est également possible que tout se passe bien, ou disons, sans incident majeur qui me laisserait ruinée et célibataire. J'avoue: c'est très difficile pour moi. Et je trouve assez ironique que la chose que j'aime le plus au monde me pousse à ce point hors de ma zone de confort. Mais je ne peux pas laisser mes peurs plus ou moins rationnelles me priver de nouvelles expériences. Je vais partir avec le tensiomètre à 120, mais je partirai quand même. 

12 commentaires:

Méghane a dit…

Pour les problèmes d'orientation/repérage, la fonction street view de Google maps est très pratique (et pour vraiment se rassurer, imprimer des screenshots "pas à pas" pour les avoir à l'arrivée).
Au pire, le taxi ça fait mal au budget, mais si ça permet d'éviter une dispute dès le premier jour, ça vaut le coup ^^

Méghane

ARMALITE a dit…

@Méghane: Oh, on est très bien équipés en app de plans et GPS; en général c'est la prise des transports en commun qui pose problème ^^

Alice a dit…

Ah la prise des transports en commun dans un environnement peu maitrisé...tout un poème et clairement une opportunité de dispute sans faille !!
Je comprends tes appréhension (j'en partage certaines parfois) mais je vous souhaite un voyage sans encombre pour pouvoir repartir plus sereine les fois suivantes :)

The Everyday French Girl a dit…

Quand est partis au Japon, c'était notre premier vrai voyage "en terre inconnue" : on ne connaissait ni la langue ni le pays. J'étais responsable de l'organisation (planning, choix des restaurants et des célébrations etc.) en fonction de nos goûts respectifs, et mon mari était responsable des transports en commun : il devait se charger de trouver tous les véhicules et tous les itinéraires pour aller dans chaque lieu du programme. Avant le départ -moi qui aime tout maîtriser et qui ai horreur et peur de l'imprévu- j'étais très stressée de voir mon mari si cool et désinvolte concernant sa part du voyage. J'avais l'impression qu'il n'avait rien prévu. En plus, j'ai peur de l'avion, et on avait 4 vols en 3 semaines. Quand on s'est envolé, j'ai décidé de ne pas dormir -la phlébite me terrifie aussi et je faisais de la rétention d'eau- et de marcher et de faire "de la gym" dans l'avion (dans les grandes toilettes, on voyageait avec Japan Airlines) pour garder ma circulation en mouvement (en plus des bas de contention, et du gel rafraîchissant Apivita jambes lourdes, le plus frais et dont l'effet est le plus long de tous ceux que j'ai testés, je te le recommande "froidement" -mais lave-toi consciencieusement les mains ensuite !). J'étais HS à l'arrivée mais un gros cafouillage de notre compagnie touristique m'a forcée à mobiliser tout mon entrain et ma bonne humeur et mon anglais pour trouver une solution afin d'arriver jusqu'à l'hôtel -en pleine dernière averse de la mousson.
Une fois sur place, j'ai décidé de laisser mon mari gérer sa part -j'avais déjà fort à faire de la mienne, et advienne que pourra : eh bien, à ma grande honte, je l'avais sous-estimé ! Il a géré tous les déplacements comme un chef, même dans la gare de Shinjuku, il ne s'est pas trompé une seule fois, que ce soit dans le métro, le train, le ferry, le shinkansen, les avions, même quand tout était écrit en japonais.
Bien sûr, mon appréhension concernant la misogynie des Japonais, leur politesse qui est normale pour eux mais qui me semble obséquieuse, leur manque de spontanéité et de prise d'initiative, leur réserve, s'est trouvée confirmée, mais je suis contente d'avoir réussi à gérer mes peurs concernant les déplacements et à avoir lâché prise. Ça m'a donné l'élan pour partir au Mexique en avril et prévoir d'autres voyages pour les années à venir. Donc oui, ton voyage peut débloquer des choses. Et une fois sur place, on se dit qu'on a bien fait de surmonter nos appréhensions !

The Everyday French Girl a dit…

Et j'ajouterais (j'étais limitée par le nombre de caractères restreint, désolée pour le double commentaire) que j'appréhendais aussi énormément de me retrouver coincée dans un pays où il me serait impossible de laisser planté là mon mari en cas de dispute, pour me barrer et retrouver seule le chemin de l'hôtel ou d'un endroit réconfortant où je pourrais rester deux jours seule en cas de prise de tête. Comme tout était planifié en avance par l'agence de voyage et que mes affaires étaient dans notre chambre d'hôtel, je n'avais aucune échappatoire en cas de dispute loin de l'hôtel. Ce qui aurait été très très problématique. Or, des prises de tête (mais pas pour les déplacements, juste car je râlais beaucoup à cause de la gestion du voyage par notre agence, et à cause de la fatigue) il y en a eues, je ne me suis pas barrée et on est revenus toujours mariés et amoureux. Ouf !

Anonyme a dit…

Bonjour Armalite,
Lors d'un voyage en Asie l'année dernière j'en ai profité pour un faire un petit "saut" de 2 jours à Singapour, et j'ai adoré ! J'ai regretté de ne pas avoir réservé plus longtemps ! J'ai tendance à être une blonde pour les transports, les cartes et autres, et j'ai trouvé très facile de s'y repérer, de prendre les transports en commun, etc. Et les gens sont super gentils là-bas, ils sont habitués aux touristes et aux Européens, beaucoup y vivent !
Et pour une assurance voyage, la carte bleue avec laquelle tu as réservé couvre peut-être une partie de frais en cas de pépin (médical ou autre) ?
J'ai hâte de lire tes posts après ton retour, pour revoir des photos de là-bas !

ARMALITE a dit…

(Il va sans dire que j'ai pris toutes les assurances possibles et imaginables - celle de la carte bleue n'est jamais suffisante, il faut le savoir. Mais d'après mon expérience, en cas de pépin, on tombe toujours sur LE truc pas couvert!)

Anonyme a dit…

Ayant pas mal voyagé en Asie et habitant à Hong Kong, je trouve que Singapour et Hong Kong sont de loin les destinations les plus faciles à explorer dans la région : le système de transport est simple et pratique, avec des cartes à recharger comme l'oyster card de Londres.
Les gens parlent correctement anglais, bien plus qu'au Japon.
En cas de souci, les taxis sont peu chers, mais il vaut mieux leur montrer l'addresse écrite pour être sûr de se faire comprendre.
Les risques de vol sont très limités - bien moins fréquents qu'à Paris.
J'espère que ces destinations te plairont !

mmarie a dit…

Rapide réponse sur le point phlébite. Je n'ai jamais eu cette crainte - mais très rarement fait de très longs vols. Cependant récemment un souci de santé a fait augmenter brutalement ce risque chez moi. On m'a donc prescrit des piqûres d'antithrombotique à m'administrer avant le vol aller et le vol retour d'un long courrier (env. 7h). Ainsi fut fait il y a quelques mois. Et de nouveau aujourd'hui même.
Pas un moment agréable, mais j'étais plutôt contente d'avoir du gras de bide à mettre sous mon aiguille ;-) Et surtout ça rassure. Peut-être une possibilité à aborder avec ton médecin.

Raphaële a dit…

Alors si ça peut te rassurer (ou pas d'ailleurs) on part aussi à Singapour en Septembre suivi d'un tour de Malaisie avec 5 destinations au programme le tout sur 3 semaines. On a booké que 2 hôtels à ce stade et aucun transport intérieur (on avisera sur place ... avec un peu de chance on trouvera des bus de nuit pour optimiser le temps de transfert). Et si on galère ça nous fera des souvenirs de dingue comme notre train en Inde qui n'est jamais arrivé à bon port et qui nous a valu la plus belle rencontre du séjour ! Je sais c'est facile à dire mais la magie du truc c'est l'incertitude. Si tout est calé pour être parfait on risque d'être déçu au moindre problème alors que si on part sans attentes on aura forcément de jolies surprises ;) Bon voyage !

ARMALITE a dit…

@Raphaële: Pour une angoissée, l'incertitude, c'est pas magique du tout, c'est juste l'enfer... Et je ne peux pas partir sans attente pour un voyage qui coûte aussi cher, c'est juste pas possible :-) Mais bon, on verra bien. Quand on a tout balisé à 80% faut accepter de lâcher prise sur les 20% qui restent. Bon voyage à toi, la Malaisie doit être très belle!

Anonyme a dit…

J'ai tendance à angoisser aussi avant de partir mais pour avoir vécu des situations un peu dures en vacances (genre, les avions ne volent plus ou nos deux cartes de banque qui sont bloquées le 2e jour d'un voyage de 18 jours), je peux te dire que le fait de devoir trouver une solution quand tu te retrouves dans une situation pareille, ça te permet de garder la tête froide quitte à péter un câble après :-)

Alors, oui, je suis d'accord, quand tu pars, ça coûte cher et on aimerait profiter au max mais il faut relativiser, il y a plein d'achats qu'on regrette après et si on additionne le montant total, ça équivaut facilement au budget d'un voyage..