mardi 17 juillet 2018

De la zone de confort et des coups de pied au cul qui nous en éjectent





J'avais prévu de consacrer mon mois de juin à la traduction d'un livre dont la VO n'était finalement pas disponible à ce moment-là, et ne le serait sans doute pas avant début juillet. Confrontée à la perspective d'un mois de chômage technique, j'ai paniqué et battu le rappel des troupes - autrement dit, j'ai contacté toutes les éditrices avec qui j'avais déjà travaillé pour leur demander si elles auraient quelque chose à me proposer en urgence. La réponse était non. Mais deux d'entre elles avec qui je m'entends particulièrement bien ont eu la gentillesse de parler de moi à leurs collègues. Résultat: avant la fin du mois, j'avais deux romans jeunesse au planning de mon été et, pour peu que je rende du bon boulot, l'assurance d'autres commandes à venir pour deux grosses maisons qui pratiquent des tarifs très satisfaisants. 

Autrement dit, la réalisation d'une de mes plus grandes craintes - une période de chômage technique - venait de déboucher sur l'acquisition de deux nouveaux clients et allait, à terme, me permettre de laisser enfin tomber certains types de traductions dont je m'étais lassée pour me réorienter vers des projets plus intéressants. Tant que j'avais du boulot en continu, je ne me posais pas trop la question de savoir s'il me plaisait ou pas: consciente de la mauvaise conjoncture actuelle, je m'estimais déjà heureuse d'avoir un planning rempli. Et ça aurait pu durer ainsi jusqu'à la retraite que je n'aurai sans doute jamais les moyens de prendre vu comment c'est parti. Le manque de boulot immédiat a été le coup de pied au cul qui m'a éjectée à mon corps défendant de ma zone de confort: un moment douloureux pour un résultat archi-positif. 

J'ai réalisé que mes plus grosses évolutions personnelles avaient toujours été le fruit de circonstances similaires. Si quelque chose dans ma vie ne me convenait pas mais que ça restait supportable, généralement, la flemme et la peur du changement m'empêchaient de bouger mes fesses. "Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras", "Il ne faut jamais lâcher la proie pour l'ombre", "On sait ce qu'on perd mais pas ce qu'on gagne", etc. Il a toujours fallu que je me retrouve dans des situations de souffrance extrême pour me décider à prendre des risques. C'est comme ça que j'ai fini par démissionner du genre de boulot auquel m'avaient préparée mes études pour me lancer dans la traduction littéraire la fleur au fusil. C'est comme ça que je me suis décidée à divorcer d'un époux très mal choisi et à tout plaquer pour partir vivre aux USA. Si je ne m'étais sentie que modérément inconfortable dans ma carrière initiale et mon mariage, j'y serais probablement encore. Peut-être pas malheureuse, mais bien moins épanouie que je ne le suis aujourd'hui. 

Je ne pense pas être la seule à fonctionner ainsi. Si la zone de confort porte ce nom, c'est pour une bonne raison. Malgré toutes les exhortations des gourous du développement personnel, on est rarement motivé pour en sortir. Or de la motivation, il en faut beaucoup pour s'extirper de l'équivalent mental d'un canapé moelleux avec tasse de thé fumant et bouquin à portée de main dans le seul but d'aller se colleter avec un Grand Dehors potentiellement hostile. L'idée ne commence à devenir vaguement attrayante que quand le chat a pissé sur les coussins et renversé le thé sur le bouquin. Autrement dit, quand rester là devient plus pénible que se lever et partir dans l'inconnu. Ce qui est tout à fait compréhensible. Et qui présente en outre un gros avantage: chaque catastrophe qui nous tombe dessus peut potentiellement devenir une opportunité de changer notre vie pour le meilleur. 

5 commentaires:

Elodie a dit…

"Si quelque chose dans ma vie ne me convenait pas mais que ça restait supportable, généralement, la flemme et la peur du changement m'empêchaient de bouger mes fesses."
Voilà l'histoire de ma vie résumée en 3 lignes...
Depuis deux ou trois ans maintenant que je m'enlise dans une situation professionnelle qui me pèse - mais pas assez apparemment. Bon salaire, job pas trop stressant, possibilité de ne travailler qu'à 50%, horaires libres, rien de négligeable avec un enfant en bas âge. Ca a l'air d'être le rêve dis comme ça, mais voilà moi je m'embête, je vais au travail sans entrain ni passion. Et j'angoisse en me demandant "j'en serai encore là dans 10 ans?".
Seulement voilà, j'y reste. Pourquoi? Par peur et manque de confiance en moi comme d'habitude. Mais aussi car je ne saurai pas vers quoi me tourner!

Clarisse a dit…

Merci pour cette article!
Je vais recopier et coller partout cette excellente(-issime) définition de la zone de confort, qui mélange thé, bouquin et urine de chat ^^.
Au-delà de l'humour dans la description, elle est très parlante.

Anonyme a dit…

La zone de confort, c'est très surfait. Au final, pour moi, c'est plus un espace étriqué, une espèce de cage, mais comme je ne vois pas bien ce qu'il y a après cet espace délimité (et que mon esprit imagine les pires situations en premier, forcément) j'angoisse.
Cela fait trois ans que je sors de ma zone de confort. De temps en temps. Ça fait toujours peur, j'angoisse à chaque fois, mais tout ce qu'il en résulte est que je grandis et élargis mes possibles :)
Ma zone de confort est un mensonge de la Petite voix intérieure, celle qui voudrait bien me gouverner à grands coups d'angoisses sur l'avenir et de scénarios catastrophes qui me garderaient là où je suis sans bouger. Le monde est beaucoup plus beau lorsque je prends le risque de faire un pas dans le vide :)

Mélusine

Anonyme a dit…

Merci pour cet article qui met les mots exacts sur ma vie actuelle qui pourrait se résumer à "sauvée par le gong " ! Sauf que bientôt il va falloir que je me remue les fesses un peu plus que d'ordinaire. J'ai des projets qui ronronnent depuis début 2018 et qu'il faut que je concrétise si je ne veux pas mourir d'ennui.
Quand on en vient à (presque) souhaiter que son appart prenne feu pour être obliger de tout changer c'est qu'il est plus que temps d'agir!

ARMALITE a dit…

@Anonyme: le fantasme de l'appart' qui prend feu, je l'ai régulièrement... Ce serait si libérateur quelque part!