dimanche 5 novembre 2017

Où je surmonte mon angoisse de la foule pour assister (enfin) à un concert de Metallica




Il en a fallu des choses pour arriver au Sportpaleis d'Anvers ce vendredi 3 novembre 2017 aux alentours de 20h20. Il a fallu que, longtemps après que j'avais lâché l'affaire en raison du prix des places et des problèmes techniques du site le jour de la mise en vente, fin mars, Chouchou s'obstine à se connecter et réussisse à nous obtenir deux fauteuils qui me semblaient plutôt mal placés. Il a fallu décider si on louait une voiture pour rentrer à Bruxelles juste après le spectacle, ou si on prenait une chambre d'hôtel à Anvers pour y passer la nuit et profiter d'une journée sur place le lendemain. Il a fallu que j'ignore l'angoisse qui grandissait en moi à l'approche de la date fatidique: la foule m'oppresse de plus en plus en vieillissant, et difficile de ne pas penser à l'attentat de Manchester il y a quelques mois. Je refuse de laisser la peur m'empêcher de faire les choses dont j'ai envie, mais d'un autre côté, j'aime bien arriver à respirer normalement et ne pas me sentir au bord de l'attaque de panique pendant des heures d'affilée. 

Il a fallu qu'on prenne un train vers 15h, qu'on descende à la mauvaise gare, qu'on prenne un autre train, qu'on suive les indications du GPS qui nous a fait décrire à pied un S d'une demi-heure jusqu'à l'hôtel alors qu'un L nous y aurait amenés en 10 minutes. Il a fallu qu'on décide de sortir dîner avant de se rendre au Sportpaleis, qu'à 18h la file d'attente au Hard Rock Café soit déjà de trois quarts d'heure, qu'on se rabatte sur un resto indien voisin où le service était chaotique et où on a mangé les plus mauvais thalis de ma vie pendant que ma tension montait, montait, montait. Il a fallu prendre un tram souterrain bondé d'autres fans qui, au lieu de faire le trajet en moins d'un quart d'heure comme prévu, s'est immobilisé une bonne dizaine de fois dans les tunnels entre deux stations et est resté là sans explication pendant plusieurs minutes tandis que je crispais mes mains sur la barre et me concentrais sur ma respiration pour ne pas me mettre à hurler.




Mais nous avons fini par arriver au Sportpaleis pendant la fin de la première partie. Un coup d'oeil à l'intérieur de la salle m'a très agréablement surprise: la scène ne se trouvait pas au fond, comme d'habitude, mais en plein milieu, très bien visible depuis n'importe où, et nos fauteuils en étaient assez proches pour que je puisse voir les musiciens de mes propres (mauvais) yeux plutôt que sur des écrans géants de toute façon inexistants. De plus, malgré la foule compacte, nous ne serions qu'à quelques marches de la sortie 114, elle-même située à quelques mètres seulement d'une issue de secours. J'ai commencé à respirer un peu mieux. 

...Jusqu'à ce qu'on s'installe pendant l'entracte et que le type derrière nous se mette à gueuler comme un porc qu'on égorge tout en fumant clope sur clope alors que c'est désormais interdit dans les lieux publics et que je ne supporte pas du tout l'odeur. Evidemment, c'était un connard de Français - dont la copine s'extasiait d'être aussi bien placée alors qu'ils avaient acheté leurs places seulement quelques jours avant. J'avoue: des pulsions de meurtre sanglantes m'ont occupé l'esprit jusqu'à ce que le groupe arrive. Et que tout le monde se lève en même temps. Et que je découvre que les deux mecs juste devant nous mesuraient plus d'1m90 pièce, me bouchant la vue de la scène malgré la déclivité des gradins.




Le concert était super. Metallica tourne depuis 36 ans; ce sont des pros de la scène, et ça se voit. A l'approche de la soixantaine, tous ses membres ont encore une forme enviable et une très belle énergie. Ils ont mélangé extraits du dernier album, "Hard wired to self-destruct" et vieux titres que toute la salle connaissait par coeur. Au milieu, ils nous ont même gratifiés d'une surprenante reprise de "Ca plane pour moi". James Hetfield, épouvantablement sexy, changeait de guitare électrique tous les deux ou trois morceaux et se déplaçait autour de la scène avec Robert Trujillo et Kirk Hammett de manière à ce que toute la salle puisse en profiter. Et même s'il n'était pas particulièrement bavard, il s'est réjoui de voir que la "famille Metallica" était aussi mélangée, jeunes et vieux, hommes, femmes et "tout ce qui existe entre les deux", fans qui en étaient à leur 100ème spectacle et newbies qui venaient pour la première fois. 






C'est vrai que l'atmosphère était très bon enfant, archi-enthousiaste mais pas violemment agitée. Le son dépotait comme on pouvait s'y attendre. Les cubes-écrans qui entouraient la scène se déplaçaient constamment en une chorégraphie très réussie. Un nuage de drones lumineux a un moment créé un effet magique, et dans la dernière partie du concert, des flammes ont jailli du plancher en plusieurs endroits. Le groupe avait gardé le meilleur pour la fin: le rappel s'est achevé sur "Nothing else matters" et l'incontournable "Enter Sandman" qui m'a fait sauter dans tous les sens, bras levés, majeurs et annulaires repliés entre index et auriculaires bien tendus. Rock'n'roll.




Nous nous sommes sauvés aux dernières notes, pendant que James Hetfield prenait congé, pour ne pas nous retrouver pris dans la foule de la sortie. Le tram était de nouveau bondé au retour, mais des employés de la compagnie De Lijn régulaient la foule, et le trajet a été beaucoup plus rapide qu'à l'aller. Quelques centaines de mètres à pied au sortir de la station Astrid et nous étions de retour à notre hôtel, si assoiffés que nous nous sommes assis au bar pour commander un Schweppes et un Coca gras avant de monter dans notre chambre.




Bilan de la soirée? Mitigé. Le Sportpaleis est une très belle salle, à l'agencement optimal pour le plaisir des spectateurs. Et après avoir attendu 30 ans pour voir un de mes groupes préférés sur scène, je n'ai pas du tout été déçue par leur prestation. C'était un putain de concert, sans aucune fausse note au propre comme au figuré. J'ai réussi à voir assez bien en fin de compte, et pris tout plein de chouettes photos avec mon nouvel appareil (ce qui était théoriquement interdit, mais mon Lumix est très petit, et la fouille des sacs à l'entrée des concerts toujours superficielle). Mon dos n'a pas souffert des 2h30 passées debout à piétiner, et même debout, le fait d'être dans les gradins m'a protégée de la pression de la foule. Mais nerveusement, cette soirée m'a laissée épuisée - et imprégnée jusqu'à la moelle d'une horrible odeur de clope. Je suis à la fois contente d'avoir surmonté mon angoisse pour y assister, et pas du tout sûre de vouloir réitérer l'expérience. 

3 commentaires:

The Everyday French Girl a dit…

Je comprends le mélange des sentiments que tu as ressenti, mais je suis très heureuse pour toi que tu aies assisté au concert d'un groupe que tu voulais voir.
J'ai éprouvé plusieurs fois la même chose que toi à Disneyland : des gens qui fument partout alors que c'est interdit dans le parc, un prodigieux énervement envers ceux qui laissaient leurs enfants faire n'importe quoi, les adultes qui faisaient n'importe quoi, être trop petite derrière d'autres spectateurs qui me bouchaient la vue pour des spectacles etc. et je trouve que c'est de pire en pire à chaque visite dans le parc. Je me demande si ce sont les relous-fâcheux-pénibles qui sont plus nombreux chaque année ou si c'est moi qui supporte de moins en moins ces attitudes désagréables.

Et oui, tes photos sont très belles !

ARMALITE a dit…

@TheEverydayFrenchGirl: l'honnêteté m'oblige à dire que les photos d'ensemble ont été prises par Chouchou (moi, j'ai fait les gros plans sur les membres du groupe). Je crois qu'on supporte de moins en moins les incivilités en vieillissant, surtout quand on prend sur soi pour en commettre le minimum!

Boomerang a dit…

Je suis allée les voir il y a quelques années au Pukkelpop,j'en garde un super souvenir ! Mais ça doit être quand même vachement mieux de les voir dans une salle, où le public n'est pas soumis aux aleas de la météo et où le show n'est pas limité en temps.
Je penserai à toi le 16, je vais voir Queens of the Stone Age aussi au Sportpaleis, avec une copine qui fait ma taille, c'est à dire moins de 1,60 m...
Dans la fosse en plus ^^ On va rire...