lundi 21 août 2017

Sale touriste




D'après tout ce que je lis sur internet et les commentaires que me laissent aimablement des gens auxquels je n'ai jamais demandé leur avis sur la question, il n'existe qu'une seule bonne manière de voyager: à savoir, s'immerger dans la Natûûûre. Si tu vas en Norvège, il faut voir des fjords. Si tu vas au Maroc, te balader dans le désert à dos de chameau. Si tu vas en Thaïlande, arpenter la jungle autour de Chiang Mai est le minimum syndical. Pour les USA, New York est une destination tolérable grâce au cinéma qui a surexcité l'imaginaire collectif à son sujet, sinon, c'est tournée obligatoire des parcs nationaux. On est prié de s'extasier dûment sur le bon air pur, la faune et la flore sauvages, les paysages quand même autrement plus grandioses que nos villes bétonnées. Sinon, on n'est pas un voyageur - juste un sale touriste moutonnier. Nonobstant le fait qu'il y a sans doute autant de vacanciers étrangers dans les fjords norvégiens, le désert marocain et la jungle thaïe qu'à Oslo, Marrakech ou Bangkok, et que si l'endroit était aussi sauvage que le fantasment ceux qui en font la pub, ils ne seraient jamais arrivés jusque là en premier lieu. 

Les paysages grandioses, moi, je les aime bien en photo sur Instagram - surtout s'ils ont été mis en boîte par le surdoué Konsta Punkka. Dans la réalité, un paysage grandiose, c'est des heures à rouler en bagnole (ou pire: à naviguer en vomissant ses tripes) pour se rendre sur place, plus encore des heures à crapahuter dans des fringues moches achetées exprès pour l'occasion et qu'on ne remettra pas le reste de l'année, à se faire des ampoules dans les grolles, à bouffer des mauvais sandwichs et boire l'eau tiédasse d'une gourde qu'on pissera accroupi derrière un buisson, à avoir trop chaud ou trop froid, à récolter des coups de soleil ou des engelures, des égratignures de ronces, des piqûres d'insectes et, si on n'a vraiment pas de bol, une foulure à la cheville en prime. La nature, c'est beau mais c'est hostile. Y'a qu'à voir l'empressement avec lequel les humains ont bâti des villes dès qu'ils en ont eu les moyens matériels. 

Moi, ça m'angoisse d'être loin de la civilisation. En cas de pépin, ne pas devoir faire cent bornes pour trouver un hôpital me paraît assez appréciable. Je veux bien marcher toute la journée, mais de préférable sur une surface que je peux négocier autrement qu'en baskets ou en godillots de randonnée. Et quand je décide de faire une pause, j'aime autant avoir un salon de thé ou un bar à cocktails dans un rayon de 500 mètres. La nuit, je veux dormir dans un lit vaguement confortable, pas sous une tente ou dans un refuge avec douze inconnus ronfleurs et péteurs. Le jour, je ne veux pas guetter les ours en colère ou les singes voleurs d'appareil photo ni me remettre de l'écran total et de l'anti-moustique tropicaux toutes les dix minutes: je veux déambuler dans des musées climatisés (dont je critiquerai ou pas le contenu, mais ceci est une autre histoire), goûter les spécialités locales dans de sympathiques petites cantines, tester de nouveaux escape games et photographier les monuments en cherchant un angle qui n'a pas déjà été utilisé dix milliards de fois. Mes ambitions de sale touriste s'arrêtent à peu près là. Et je ne comprends pas qu'elles suscitent un mépris aussi ahurissant. 

21 commentaires:

Cécile de Brest a dit…

Comme je l'ai déjà dit, je ne comprends pas qu'on puisse avoir de telles réactions sur les goûts des autres.
Quand nous voyageons, nous louons un gîte (ou équivalent suivant le pays) et nous déambulons à travers la région au gré de nos envies. Nous rentrons aujourd'hui d'Irlande. Nous avions loué un cottage dans le Connemara et organisé nos journées suivant la météo et nos envies : musées, monuments, balades, shopping...
Chacun fait bien ce qui lui plaît, quand même !!

ARMALITE a dit…

@Cécile de Brest: Tu n'as pas de compte Instagram, par hasard? (Et le plan cottage me tenterait pas mal à l'occasion, même si je vise plutôt le pays de Galles!)

Cécile de Brest a dit…

Si si, j'ai un compte instagram...je peux te donner les infos cottage si tu veux, c'est tout bête ! Fais-moi signe en cas de besoin (et je crois que pour nous l'an prochain, ce sera l'Ecosse)

Anonyme a dit…

Je crois que j'ai passé la moitié de mes vacances à m'extasier sur la forêt ou les paysages et l'autre moitié à arpenter gaiment villes et musées.
Chacun voyage comme il l'entend et à la manière qui lui fait le plus plaisir, ville ou campagne, au pas de course pour tout voir ou en prenant tout son temps et se laissant porter. Mais il semblerait que je fasse partie d'une minorité si je considère cela, et ça me chagrine de le lire.

Mélusine

ARMALITE a dit…

@Cécile de Brest: J'ai bien l'intention d'y retourner, en Ecosse, Glasgow me fait de l'oeil :-) Pas besoin de coordonnées de cottage en Irlande, c'était juste pour voir tes photos !

Cécile de Brest a dit…

OK ! Alors elles seront plutôt sur mon compte facebook !

Anneso a dit…

AHAH j'ai ri! nNn mais tu exagères dans ta description des voyages "nature" quand même! On peut aimer voir des paysages grandioses sans être un trekkeur averti,je suis allée par exemple dans les montagnes du Cachemire(avec un guide,bon,ok ) ou le désert marocain et je n'en ai pas tant bavé que ça même en voyageant sans circuit ,en "individuel" (j'ai une résistance limitée),non non je ne suis pas une "vraie baroudeuse"!
Bon néanmoins aujourd'hui,j'ai 55 ans (MAIS JE NE LES FAIS PAS),et je préfère aussi les city-trips,j'aime les villes.Enfin le jour où j'irai à Monument Valley,gniiiiiiiiiii!!!

Lucy a dit…

Très drôle. Et comme je te comprends. Je vis à l'année en pleine cambrousse entourée de vaches, à 20 minutes de voiture du premier croissant, alors quand je me prévois un voyage, je choisis la ville. Mais c'est aussi parce que je voyage seule et que cela reste plus confortable (de mon point de vue, je n'ai rien d'une aventurière) de passer 3 jours seule à Tolède ou Édimbourg, entre musées, restos et parcs que de louer une voiture (en plus grosse angoisse du pépin qui me coûterait un rein), rouler pendant des heures pour m'extasier seule devant un paysage.

Bee a dit…

Si je peux me permettre... Glasgow de mon point de vue, c'est vraiment moche, déprimant et décevant... rien à voir avec le reste de l'Ecosse qui m'a enchantée, émerveillée, tourneboulée,... tant qu'à retourner là-bas, ce n'est pas là que j'irai, mais c'est un avis purement subjectif et on ne recherche peut-être pas les mêmes choses :-)

Ségolène a dit…

Oh non, Glasgow, ce n'est pas moche ni déprimant. J'y ai vécu 1 an donc je m'insurge!! Les bâtiments de la fac sont superbes, à deux pas, il y a le Kelvingrove Park super agréable avec un joli musée au milieu. A Glasgow, l'accent est à couper au couteau et les gens sont super gentils. La ville est bien plus hétérogène qu'Edinburgh mais les habitants sont plus souvent vraiment du coin alors qu'Edinburgh est plus mélangée. Les deux sont à voir mais Glasgow est loin d'être inintéressante. Il y a tellement à voir en Ecosse, plein d'iles plus belles les unes que les autres, des coins de paradis dans les Highlands... A voir, vraiment.

Sunalee a dit…

Niveau camping, ceci n'est pas si mal ;-)
http://www.manvar.com/index.php?/camps/

A part ça, je suis un peu des deux, villes à certains moments, nature à d'autres.

The Everyday French Girl a dit…

Si c'est un manifeste pour découvrir le monde comme on le sent, je signe ! :-D
Mon mari et moi avons décidé qu'on alternerait les voyages "tourisme-visite-découverte-culture-nature-changer de ville pour couvrir un maximum d'endroits de la même zone" (bref, un périple), et les voyages "glander sur la plage les doigts de pied en éventail". Après notre périple japonais de trois semaines (où on changeait de ville et d'hôtel tous les trois jours en moyenne, et où on n'a pas pu vraiment se poser, je garde d'ailleurs de notre voyage une impression de marche ininterrompue -on a d'ailleurs fait 27km de marche quotidienne en moyenne) l'an dernier, on part en avril prochain pour dix jours et douze nuits à Akumal (près de Tulum au Mexique -après le springbreak, hein !), dans un hôtel all inclusive, les doigts de pieds en éventail sur une plage privée de sable blanc, à boire dans les noix de coco, et à faire du snorkeling (et de la plongée si j'y arrive) parmi les tortues et les dauphins. Comme on sera au Yucatán, on ira visiter une pyramide et une réserve naturelle, mais c'est tout. Sinon, ce sera farniente sur la plage et dans l'eau...
Toute excitée, j'ai fait part de mon projet à mon frère, un vrai baroudeur, qui a pas mal visité l'Amérique du sud, et qui découvre l'Asie, et il était choqué qu'on ne passe pas plus de temps à visiter le patrimoine culturel et écologique du Mexique. Même quand je lui ai expliqué qu'on s'y consacrerait certainement lors d'un autre voyage, le fait d'aller glander au soleil, dans un tel cadre, pour le plaisir, l'a interloqué... Il a failli partir dans un sermon, mais j'ai esquivé.
Bref, je comprends ton point de vue. Ce que tu évoques concernant le fait d'être en pleine nature -cette impression d'être loin de tout- ça me le fait même au cœur de la Normandie : quand on partait assister à des mariages au fin fond de la Normandie (la vraie campagne, pas Caen), et qu'il y avait juste une route et des champs pendant plus de trois quart d'heure, j'angoissais : si on a besoin de toilettes ? qu'il y a un accident et besoin d'un docteur ? Si on se paume et qu'on n'a pas de réseau (bon, en même temps, avec juste une route dans intersection... pas le choix !) ?
J'ai deux taties qui vivent au fin fond des champs, les plus proches voisins sont à 20 minutes en voiture pour l'une, trente pour l'autre, les commodités, à 40 minutes en moyenne, ça me stresse. L'une d'elle vit en plus seule, elle est isolée, c'est flippant.
Après, je n'exclus pas la possibilité de faire des voyages un peu roots pour une excursion d'une journée (les toilettes improvisées entre deux arbres ne me font pas peur !) mais pas pour une nuit. J'ai besoin d'une vraie chambre et d'une vraie salle de bain, avec mon bras pété, c'est un confort nécessaire.
Tous ces discours sur les voyages "découverte de la nature", c'est à la mode, c'est la tendance écolo-authentique. C'est bien, mais il y a plein de façon de voyager, qui nous nourrissent autant et qui peuvent aussi faire du bien à la planète et aux habitants locaux.
Désolée pour le pavé !

The Everyday French Girl a dit…

Oh mon Dieu les fautes...
sans* intersection
l'une d'elleS*
plein de façonS*
je pars me flageller avec un Bescherelle et un Bled...

ARMALITE a dit…

@Anneso: Ah, Monument Valley, moi, c'est fait! Et j'avoue que c'était assez inoubliable (d'ailleurs j'ai encore une cicatrice sur le coccyx) (mais ceci est une autre histoire :-P).

@TheEverydayFrenchGirl: J'ai lu vos projets sur ton blog, et clairement, le Mexique en all inclusive ou le passeport illimité Disney, ce serait un vrai cauchemar pour moi. Des GENS, des GENS partout! :-D (Oui je sais, par définition, dans les villes, il y a des gens aussi, mais dès qu'il y en a trop quelque part, je me sauve avant de faire une attaque de panique.)

VéroZéroSept a dit…

Alors moi je suis plutôt du genre baroudeuse et pas hyper fan des mégapoles. Cela dit, en dehors du fait élémentaire que chacun voyage bien comme il veut, je trouve votre façon de vous « installer » dans les villes (de mon point de vue de lectrice du blog en tout cas : vous louez un appart, vous passez du temps dans les cafés, vous vivez au rythme des habitants) moins touristique - au sens tourisme de masse - que la moyenne. Pas que ça ait une quelconque valeur, d’ailleurs, que ce soit plus ou moins touristique. Pour moi un trek dans le cirque des Annapurnas, par exemple, c’est par essence touristique, vu que les habitants du coin ne feraient jamais ça pour le plaisir, ce qui n’empêche pas que ça fasse partie de mes meilleurs souvenirs. C’est ça l’essentiel en fait, se fabriquer des chouettes souvenirs, quels qu’ils soient. Du coup, je vous en souhaite tout plein !

Anneso a dit…

Je ne suis pas accoutumée aux attentats?surtout que je suis allée souvent à Barcelone,ça me touche toujours mais ça ne me fait pas peur, Carpe Diem.

Ln de Mtl a dit…

Hahaha ! Qu'est-ce que j'ai rigolé en te lisant ! Je reviens d'un week-end de camping dans les Adirondacks qui ressemble à certaines de tes descriptions :-)
La beauté du voyage c'est qu'il y a mille et une façon de découvrir le monde...l'important est de découvrir celle qui nous convient...et le must ? Trouver un compagnon de voyage avec qui on peut trouver un terrain d'entente ;-)

Leyciaan a dit…

Je ne comprendrai jamais ce qu'ont les gens à vouloir juger et imposer leur point de vue. Chacun fait bien comme il le sent!

J'adore me balader, marcher en découvrant de nouveaux endroits c'est ça mon délire. Que ce soit dans des villes ou en pleine nature. Je suis toujours un peu gênée quand on me dit "il faut que tu ailles voir tel ou tel musée! visiter tel ou tel monument!" Je suis insensible à l'art en général et pas vraiment férue d'histoire. Je me sens jugée par ces gens là ou par ceux pour qui les vacances c'est fait pour se reposer.

La police des vacances a de beaux jours apparemment puisque nous sommes tous différents!

Olympe a dit…

Oh merci Segolene, tu as ôté les mots de ma bouche ! Moi aussi j'ai vécu à Glasgow et ça m'a fait mal au coeur de lire qu'on puisse penser que cette ville est moche alors qu'elle a son caractère, son histoire... Oh oui qu'elle est différente du reste de l'écosse, et alors ? C'est sa diversité aussi bien architecturale qu'au niveau des paysages, qui rend ce pays tellement charmant !
Bref, on peut ne pas aimer un pays, une ville mais de là à employer des mots aussi durs, je trouve ça blessant...

prettylittletruth a dit…

Chacun ses gouts! Si j'aime faire des kms pour me sentir loin de tout et voyager autrement, j'aime aussi faire des attractions plus touristiques. :)

Melgane a dit…

Ton premier paragraphe m'a fait penser à quelque chose que j'ai appris en option géo (le seul truc que j'ai dû retenir du semestre entier, avec le nom de Paul Vidal de la Blâche qui a traumatisé toute ma promo xD) : avant le mot "touriste" n'avait pas le sens d'aujourd'hui, c'était péjoratif et on opposait le touriste au voyageur ou à l'aventurier. Du coup j'ai farfouillé un peu sur Géoconfluence et dans un ancien exposé et j'ai retrouvé une définition de 1803 : « Touriste : Il se dit des voyageurs qui ne parcourent des pays étrangers que par curiosité et désœuvrement, qui font une espèce de tournée dans des pays habituellement visités par leurs compatriotes. Il se dit surtout des voyageurs anglais en France, en Suisse et en Italie » et en 1937 par la Société des Nations : « Touriste : toute personne qui, voyageant pour son agrément, s'éloigne pendant plus de 24 heures et moins d'un an de son domicile habituel ». On voit que le sens a changé en assez peu de temps. Enfin bref.

Du coup je pense pouvoir répondre à l'interrogation de ton dernier paragraphe : ça suscite le mépris parce que c'est tout à fait ce que l'on entend de péjoratif dans le mot touriste : juste faire les monuments connus, etc. Alors qu'en fait quand on parle de voyage on imagine l'aventure, etc. Je pense que c'est pour ça que les gens te jugent (ils sont un peu bêtes, m'enfin). Aussi parce que beaucoup de villes (et villages) ont des problèmes avec les touristes, comme Barcelone, les Baux-de-Provence, etc. Et que du coup le "touriste" (pas le mot mais la personne) revêt quelque chose de négatif. C'est aussi lié je pense à l'expression "venir en touriste" sans trop s'intéresser au fond des choses ; l'oisiveté face à la connaissance, à une certaine forme d'érudition, ce genre de choses... je pense que l'on devrait se rappeler que les vacances sont faites pour se détendre. Si tu ne te détends pas en allant marcher dans la nature, on n'a pas à te juger pour ça... Moi ça ne me dérange pas de gravir des montagnes (enfin, des montagnes, pas trop quand même xD) pour aller voir une cascade pendant 3min avant de devoir redescendre dans l'essoufflement le plus total ! x)