jeudi 13 octobre 2016

La nuit je rame




5h10. Une unique et brève sonnerie de l'iPhone de Chouchou me réveille en sursaut. Je suis sûre que cet appareil me hait et a secrètement juré ma perte. Son propriétaire, bien entendu, continue à ronflouiller comme un bienheureux. 
Incapable de me rendormir, je suis une fois de plus assaillie par les idées noires que je parviens si difficilement à maintenir à distance le jour. La nuit est un immense lac noir; je dérive au milieu et ne vois la terre ferme nulle part. 
J'essaie de me concentrer sur mon "happy place", mon "safe place", comme dans cet exercice préconisé par les thérapeutes. Depuis toutes les années où je m'y projette régulièrement, je n'ai toujours pas résolu la question du placement des fenêtres entre les rayonnages de livres (car bien sûr, mon "happy place", mon "safe place" est une bibliothèque), ni décidé si je mettais une baignoire à pieds dans la mezzanine ou pas. Cette nuit, je suis plutôt contre. Juste un bureau adossé à la balustrade et une banquette avec des coussins sous la baie vitrée. 
Mais je n'arrive pas à fixer les images dans ma tête. Toujours mon esprit revient à des cabinets de spécialistes, des appareils à IRM, des radios pleine de taches suspectes, des annonces funestes, la nausée la fatigue écrasante les cheveux qui tombent la dépendance pour tout la vie qui fout le camp sans qu'on parvienne à la retenir.
Lundi, ça fera quatre ans que mon père est mort. Et je ne peux même pas dire que c'est pour ça que je ne parviens pas à retrouver le sommeil. Mes nuits ressemblent à ça en février aussi. 
Depuis hier j'ai en outre cette angoisse sourde de mes finances qui s'annoncent catastrophiques jusqu'à la fin de l'année et peu brillantes en 2017. J'ai beau me dire que c'est juste de l'argent et que je trouverai toujours un moyen de me débrouiller, ça vient s'ajouter au reste. Surtout à 5h42 du matin. 6h10. 6h37.
Je ferais peut-être mieux de me lever, me préparer un thé, attaquer ma journée de travail de bonne heure. Faire quelque chose de positif au lieu de rester là à me battre immobile et en silence de la façon la plus stupide, la moins spectaculaire qui soit. 
Quand je rouvre les yeux, il est 8h40. J'ai réussi à grappiller encore deux heures de sommeil, et le soleil brille. Allons, il ne tient qu'à moi que cette journée soit réussie. 

7 commentaires:

Sophie a dit…

Ça me serre le cœur de lire ça, courage, j'espère que tes angoisses vont vite passer !

Laurence Genève a dit…

Bon courage et F... les iPhone!

grosquick a dit…

Si je te dis que dans ma tête les tâches noires sur les scans ressemblent à des susuwatari (petites boules de suif de Totoro) et qu'un jour, j'ai eu la peur de ma vie, en pensant avoir retiré le gros lot avec un cancer du sein alors qu'il s'agissait d'un petit déjeuner bien présent dans mon estomac, ça t'aide? Biz

nelly poipoi a dit…

Ma psy me dit de fixer mon attention sur un élément dans la pièce... mieux vaut parfois se lever pour se recoucher en paix un peu après.

shermane a dit…

Je te souhaite de ramer vers des rivages plus paisibles un jour.

MadeleineMiranda a dit…

J'espère que tu pourras bientôt passer des nuits plus sereins :) Les angoisses de nuit sont tellement fatigantes... Courage!

ARMALITE a dit…

Merci à toutes pour vos gentilles paroles :-)