mercredi 5 octobre 2016

Journal de santé mentale et physique, mode d'emploi


Plusieurs d'entre vous ont manifesté de la curiosité vis-à-vis du "Journal de santé mentale et physique" que j'ai commencé à tenir voici quelques semaines, et je leur avais dit que j'écrirais un article dès que j'aurais un peu de recul. Chose promise, chose due!

Au départ, il y a les fichues angoisses qui me pourrissent la vie depuis 2008, et qui sont essentiellement des angoisses de santé: la peur de tomber gravement malade et de ne pas m'en apercevoir assez vite pour pouvoir me soigner. Chaque gargouillis inexpliqué de mon estomac fait partir mon imagination en vrille, créant dans ma tête des scènes d'annonces funestes, de procédures médicales douloureuses, de déchéance physique et d'adieux larmoyants à mes proches. C'est très, très pénible à vivre. J'ai essayé différentes formes de thérapie,  ce n'est absolument pas mon truc, et les médicaments m'abrutissent d'une façon détestable (même s'il m'arrive encore d'y recourir ponctuellement, quand c'est ça ou me jeter sous un train pour arrêter de penser). 

Donc, je me suis faite à l'idée que j'allais devoir vivre avec ces angoisses et trouver des moyens de les gérer le mieux possible entre deux examens préconisés par mon docteur pour vérifier que, non, aucun crabe n'est en train de me grignoter la plomberie. J'ai repéré que je flippais moins quand il faisait beau - on a toujours l'impression qu'il ne peut rien arriver de grave sous le soleil! - et surtout quand j'étais occupée à des choses qui m'intéressent. Mon cerveau n'est pas du tout multitâches; ou il apprécie ce que je suis en train de faire, ou il rumine des idées noires, jamais les deux en même temps. C'est l'une des raisons pour lesquelles je multiplie les activités, les sorties, les voyages et les objectifs, et pour lesquelles je m'intéresse tant à la pensée positive et notamment à la pleine conscience. 

Mais tout cela ne suffit pas. J'ai passé un printemps horrible cette année, et depuis fin août mes angoisses sont de nouveau très présentes. Alors, j'ai imaginé un outil qui me permettrait de repérer les facteurs aggravants et, a contrario, ceux qui m'aident à atténuer les crises. Dans un premier temps, j'ai décidé de cataloguer mes humeurs. En me basant sur le modèle du dessin animé "Inside out" ("Vice-versa" en VF), j'ai déterminé quatre grandes catégories dans lesquelles ranger mes émotions dominantes, et je leur ai attribué une couleur:
- ROSE pour les émotions positives: joie, bonheur, excitation, sérénité, mais aussi satisfaction tranquille (ce que je qualifierais d'humeur C+)
- BLEU pour les émotions négatives douces: ennui, nostalgie, tristesse, mais aussi insatisfaction tranquille (humeur C-)
- ROUGE pour les émotions négatives violentes: colère, irritation, frustration
- NOIR pour les angoisses et les douleurs physiques fortes (qui ne sont pas une émotion mais qui m'empêchent de ressentir quoi que ce soit d'autre)

Chaque soir, je me suis mise à résumer mon humeur du jour en pourcentages matérialisés par des petites cases d'un carnet à carreaux, sur le principe: une case = 10%, et en rangeant toujours les couleurs pertinentes dans l'ordre ci-dessus plutôt que dans l'ordre chronologique à l'intérieur de la journée, parce que ça permettait d'avoir une vue globale plus claire (mais peut-être que l'ordre chronologique m'aurait permis de me rendre compte que je suis plus vulnérable à certains moments de la journée... je ne sais pas, j'invente mon outil de travail au fur et à mesure!). Pour les mois de juillet et août, ça a donné ça:





A la fin de l'été, une fois mon système de Moodmapping (cartographie des humeurs) rôdé, j'ai décidé de prendre en compte tous les facteurs qui me semblaient susceptibles d'avoir une influence négative ou positive sur la survenance de mes angoisses. Pour l'instant, la liste est la suivante:
- W (travail): le nombre de pages que j'ai traduites ce jour-là, le R entouré d'un cercle indiquant une activité de relecture.
- L (Lutényl): les hormones que je prends pour soigner mon endométriose, selon un cycle identique à celui de la pilule contraceptive, soit avec une semaine d'arrêt par mois
- S (santé): les petits bobos du quotidien - M pour une migraine, V pour des maux de ventre, T pour des tremblements...
- C (compléments alimentaires): je prends pour l'instant de la vitamine D une fois par mois, et je tente actuellement une cure de magnésium qui semble avoir presque supprimé mon problème de tremblements; si le fait d 'avoir diminué ma consommation de thé ne suffit pas à remédier à ma légère anémie actuelle, j'ajouterai peut-être des comprimés de fer
- M (médicaments): les seuls que je prends occasionnellement sont du Xanax et du Doliprane
- T (thé) : nombre de tasses bues dans la journée, depuis que mon anémie a été détectée
- F (fitness): mes activités physiques autres que la marche - pour l'instant, juste de l'aerial yoga, mais ça peut évoluer
Et en bas de page, je note tout ce qui a trait à mon suivi médical puisque mes angoisses portent sur ma santé. Pour le mois de septembre, voici ce que ça donne:




J'étais toute fière de ma petite invention, me disant que si j'avais eu cette idée à l'époque où je souffrais d'insomnies, j'aurais peut-être repéré bien plus vite les facteurs qui m'aidaient à m'endormir dans un délai raisonnable! Puis je suis tombée sur cet article et je me suis rendu compte que quelqu'un d'autre avait eu sensiblement la même idée avant moi. Oh well.

7 commentaires:

Mlle Funambuline a dit…

Je trouve le processus très intéressant. J'utilise une app, à la base conçue pour contrôler les cycles menstruels, mais qui permet d'intégrer plein de paramètres, comme la motivation, l'humeur, la faculté de concentration, mais aussi l'appétit/les fringales, l'activité physique, l'énergie, les bobos, la digestion, etc. Je la trouve super bien faite car on peut décider ce qu'on trouve pertinent ou non (genre j'ai supprimé les mentions états de mes cheveux/ongles/peau, mais j'ai ajouté les soirées arosées...). Ce qui est chouette c'est la visualisation et la possibilité de recherche par thème. Pour celles que ça intéresse c'est l'app Clue.


Bref, tout ça pour dire que je trouve ton processus passionnant, mais j'ai un doute sur les couleurs. Le rose -positif- et le rouge -négatif- serait intuitivement pour moi plus proches que le rose et le bleu. Mais c'est aussi probablement car j'ai tendance à être plus dans les entre deux que dans des humeurs franches, du coup j'aurais tendance à vouloir réfléchir en couleurs primaires, dont les mélanges indiqueraient un entre-deux. Mais on arrive à 6 couleurs. Voir 7 si on compte le noir où plus aucune lumière ne nous permet de voir les nuances.

Bref, passionnant ! Me réjouis de voir ce que tu vas pouvoir en déduire à moyen-long terme !

ARMALITE a dit…

Ha ha ha, il existe une app qui fait la même chose en dix fois plus complet et plus simple, j'aurais TELLEMENT dû m'en douter! 😂

Jennyfleur rêve le vent a dit…

Et tu comptes faire un bilan après combien de mois ?

Sabine a dit…

C'est drôle que tu utilises deux couleurs pour différencier l'intensité des émotions négatives et une seule couleur pour les émotions positives. Contente de voir que le rose domine malgré tout.

ARMALITE a dit…

Jenny: je n'ai pas encore décidé.
Sabine: c'est parce que le problème ne se situe pas dans le positif, du coup je n'ai pas besoin de le détailler spécialement.

Miss Zen a dit…

Je me suis retrouvée dans chaque ligne de ton intro. Je te l'avais déjà dit, je crois. J'ai explosé en plein vol en2013 et tout repris à zéro .comme toi, j'ai toujours refusé les médocs. Une seule,psy m'a fait avance et en 5 séances. Mais c'est surtout en changeant mon style de vie que j'aîl lentement retrouve une certaine paix.
Je tiens tjrs un carnet bcp plus simple que le tien, je note toutes mes douleurs et la pensée négative qui va avec (98% du temps le crabe) mais parfois c'est aussi des peurs liés à l'argent, de tout perdre, etc..... Je jette un coup d'oeil de temps en temps et ça m'aide à prendre de la distance par rapport à mes pensées.
J'aimerais bien lire tes conclusions quand tu auras tenu ce carnet un peu plus longtemps.....

Lylou a dit…

Bonjour Armalite, de mon côté je n'aime pas trop me pencher sur mes angoisses car j'ai l'impression de m'enfoncer plus vers le fond. Je m’accorde le temps d'y penser un peu dans le but de chercher des solutions mais pas plus. Je cherche avant tout à égayer mon quotidien. Par exemple créer plus d'espace dans mon appartement en me débarrassant du superflu afin de me faire un lieu destiner à dessiner, un lieu destiner à faire de la couture,broderie. Comment se dégager des plages de temps libre pour faire du piano? La semaine dernière je me suis fait violence pour aller à la piscine et cela m'a fait du bien Il faut maintenant que je vais essayer d'y aller une fois par semaine. Je vais me motiver pour aller m'inscrire à un cours de barre au sol. J'essaye surtout de faire des choses qui m'apporteront du plaisir pour faire le contrepoids avec les expériences négatives que je vis en ce moment. Mes angoisses sont surtout par rapport à mon avenir. J'ai peur de plonger dans la précarité. J'ai peur de finir seul car je n'ai pas de partenaire,pas d'enfant. Tu vois mes angoisses sont placées ailleurs; elles sont différentes des tiennes J'ai un nodule au sein Je le fais surveiller et cela ne m'inquiète pas plus que ça. Si seulement on pouvait simplement se contenter de vivre sans se poser de questions sur notre avenir La vie serait tellement plus simple ! ;-)