mardi 5 avril 2016

"Rosalie Blum": alors ce film, il est aussi bien que la bédé?


Quand j'ai appris qu'une de mes bédés-culte de ces dernières années venait d'être adaptée pour le cinéma, je me suis sentie partagée entre l'excitation et la méfiance. Le réalisateur arriverait-il à rendre l'atmosphère si particulière du triptyque de Camille Jourdy, cet ennui provincial au milieu duquel jaillissent des excentricités individuelles sévèrement barrées? Respecterait-il sa structure et son esprit? 

"Rosalie Blum", donc, c'est l'histoire de Vincent, un coiffeur trentenaire qui s'ennuie pas mal dans la vie et se fait tyranniser par sa vieille mère complètement siphonnée. Un jour, il rencontre une épicière dont le visage lui dit quelque chose sans qu'il parvienne à le replacer exactement, et il se met à la suivre dans la rue... "Rosalie Blum", c'est aussi l'histoire d'Aude, 25 ans. En rupture de ban avec sa famille et ses études, elle partage l'appartement d'un type bizarre qui entre deux plans louches rêve de monter un cirque avec les moyens du bord. Elle ne fait pas grand-chose hormis glander avec ses deux inséparables copines et refuser tous les petits boulots proposés par Pôle Emploi. "Rosalie Blum", enfin, c'est l'histoire d'une femme désespérément seule depuis qu'une tragédie brisa sa vie au sortir de l'adolescence. 

Premier bon point pour le film: comme la bédé, il enchaîne les trois points de vue dans l'ordre, sans toucher au déroulement du récit. Il reprend même certaines scènes au dialogue près, à la mimique près, et en rajoute d'autres très judicieuses (le Sabbat au milieu des bois, la lettre dans la boîte à la fin). Parfois, il modifie certains détails en mieux: Vincent ne fabrique plus des maquettes de bateaux mais des cerf-volants, ce qui fournit le prétexte à quelques jolis moments à l'écran. 

Malheureusement, d'autres modifications sans doute destinées à rendre le film plus grand public affadissent beaucoup l'histoire, de mon point de vue. Oubliés les scènes les plus crues - et il y en avait de vraiment gratinées dans la bédé, ce qui lui donnait un piquant pas désagréable du tout. A l'écran, "Rosalie Blum" est beaucoup plus gentillet, jusque dans la nature exacte de la tragédie qui brisa autrefois la vie de l'héroïne. 

Et puis, visuellement, rien n'est fait pour restituer la fantaisie des dessins de Camille Jourdy, cette fantaisie dont le contraste avec un propos quelque peu déprimant faisait tout le charme de la bédé. Au final, le seul véritable atout du film, c'est son casting impeccable: le sourire résigné et très doux de Noémie Lvovsky, la bonne volonté pataude de Kyan Khojandi, la grâce d'Alice Isaaz, les gesticulations azimutées d'Anémone... Mais je suis sûrement trop sévère. "Rosalie Blum" le film est plutôt chouette dans l'ensemble. Le truc, c'est que "Rosalie Blum" la bédé était nettement mieux. 




2 commentaires:

Auroreinparis a dit…

Je ne connais pas la BD mais franchement la bande annonce ne m'a pas donné envie ...

Xel0u le l0up a dit…

J'avais, moi aussi, adoré la BD :)
D'ailleurs, je vais m'acheter l'intégrale parce que je ne l'ai pas à la maison...
Mais je l'ai lue il y a très longtemps et du coup je n'avais plus l'histoire exacte en tête, ce qui fait que j'ai beaucoup aimé ce film :)

Je l'ai vraiment trouvé feel-good et doux :)