jeudi 17 décembre 2015

Traverser l'hiver




Je sais qu'il existe des gens qui adorent l'hiver. Soyons clairs: je ne fais pas partie de ceux-là. Passe encore pour le froid; ayant la chance de travailler à la maison, je peux choisir de ne pas affronter le Grand Dehors Glacé la plupart des jours. Mais éteindre la lumière à 10h pour la rallumer avant 15h, ça me mine le moral. Et déjà que le ciel est fort gris en Belgique le reste de l'année... De plus, entre les événements récents à Paris et à Bruxelles d'une part, et le fait que je ne vais ni voir ma famille ni partir au soleil d'autre part, les fêtes et les mois à suivre s'annoncent particulièrement pénibles. Mais je ne me laisserai pas avoir par la déprime! Stratégie de résistance en X points. 

Je me lève plus tôt pour avoir fini mon travail à une heure où il fait encore jour. Puis, à condition qu'il ne tombe pas un déluge, je m'oblige à sortir me promener. Tous les prétextes sont bons: aller lire dans un salon de thé, racheter un feutre rose ou des filtres jetables, regarder les dernières nouveautés chez Brüsel ou bouquiner chez Filigranes, traquer les installations de yarn bombing ou autre street art, me lancer dans la quête d'un rouge à lèvres d'une teinte bien précise (et qui n'existe pas), m'offrir une crêpe dans un food truck, chercher des cartes de voeux ou d'anniversaire, me ravitailler en fromage anglais chez Marks & Spencer, voir une expo avec Chouchou, rejoindre une amie pour un cocktail en début de soirée... Le seul impératif, c'est de tout faire à pied. Et si possible, d'atteindre les 10 000 pas quotidiens. Je prends l'air, je me dégourdis les jambes, je fais un plein du peu de lumière disponible. 

A la maison, je multiplie les détails qui donnent envie de cocooner. Le matin après ma douche très chaude, je me tartine les jambes d'une crème à la consistance de chantilly et au divin parfum citronné. Je me peins les ongles en rouge parce que c'est plus gai. Je me suis offert un bas de pyjama étoilé et des pantoufles très douillettes chez Etam, ainsi qu'un joli pull d'intérieur pendant les dernières promotions des Galeries Lafayette - si je traîne chez moi, que ce soit avec un minimum de style! Je fais aussi une fixation sur les bougies parfumées, que je trouve chez Hopono rue du Bailli, au Nature & Découverte de City 2 ou chez & other stories, avenue de la Toison d'Or. Tous les soirs, j'en allume une pour profiter à la fois de son odeur et de sa douce lumière. J'ai toujours une couverture près du canapé, pour me blottir dessous quand je bouquine à Monpatelin ou mate une série télé avec Chouchou à Bruxelles. En cas d'appel de sucre, je garde dans mes placards de quoi préparer un chocolat chaud décent, et quelques shortbreads pour tremper dedans jusqu'à ce qu'ils menacent de se dissoudre. En cas de gros coup de barre, je fonce chez Méert ou chez Marcolini pour une pâtisserie crapuleuse joliment emballée. 

Je profite de ce que l'obscurité incite à l'introspection pour faire le point avec moi-même, me demander de quoi j'ai envie, dans quelle direction je pourrais évoluer et par quel moyen. Je rédige des listes de projets à réaliser, d'activités à proposer sur le blog, de films à regarder, de lieux à visiter, de fringues à chercher pendant les soldes de janvier (un ou deux pulls en cachemire supplémentaires, par exemple). Je prends des cours sur internet parce que les neurones c'est comme les muscles: ils ne s'usent que si on ne s'en sert pas. Je lis encore plus que le reste de l'année; ça tombe bien, j'ai maintenant un blog littéraire à alimenter! Par contre, j'évite les sujets plombants et les atmosphères déprimantes, préférant les histoires gaies ou qui font chaud au coeur.

J'essaie d'organiser des choses motivantes, de fixer une date pour faire des trucs avec mes amis, de réfléchir aux prochains voyages, de prévoir des excursions en train avec Chouchou le week-end. Je documente tout ce que je fais; je prends des photos, je rédige des notes dans mon agenda et je viens le raconter ici, ce qui me permet de prolonger le plaisir (ou d'exprimer ma frustration quand je ne suis pas satisfaite!). Je cherche des moyens de garder le contact avec les gens que j'aime et qui sont loin, sans nécessairement passer par le téléphone dont je ne suis pas très fan. Je publie sur leur mur Facebook des vidéos qui m'ont fait penser à eux; je leur envoie du courrier ou des bricoles par la Poste.

Et puis, de temps en temps, je m'autorise à être triste. Si cette année 2015 m'a appris une chose, c'est que ça n'était pas la même chose que déprimer. Que parfois, il fallait s'autoriser à ressentir pleinement les émotions difficiles, les accepter pour pouvoir ensuite les évacuer et passer à autre chose. Que ça n'était pas un signe de faiblesse, et que me souvenir que je suis vulnérable n'allait pas forcément me démolir. Je m'autorise à pleurer en dedans les gens qui ne reviendront plus, les Noël enfuis, l'innocence perdue. La vie ne sera plus jamais la même et souvent, le monde me fait peur. Ca ne signifie pas que l'espoir est mort ou qu'il ne reste rien à construire. Mais il faut trouver assez d'imagination pour s'inventer un autre avenir. Assez de volonté et de ressources en soi pour traverser l'hiver.

7 commentaires:

Jeanne Blue a dit…

Ce billet est une aide pour moi, empli de ressources. Merci.

Cécile de Brest a dit…

Merci pour ces mots. Une fois de plus j'admire le recul que tu es capable de prendre par rapport aux étapes difficiles ou tout simplement aux événements pas forcément graves mais un poil déprimants. Il va falloir que je me répète en boucle ce billet, parce que Noël, une fois de plus, ne s'annonce pas sous les meilleurs hospices. Quand, mais quand, vais-je être capable de prendre du recul par rapport à ma belle-famille et à ses mesquineries ???

shermane a dit…

Je confirme, il existe des gens qui adorent l’hiver ^^ Les vêtements qui tiennent chaud, les grosses couettes, les mugs de thé, les illuminations... et surtout, la perspective du renouveau avec le Nouvel an. La clôture d’une année, les bilans (même comptables), les clients qui paient en avance.
Bref, c’est un joli moment suspendu et plein de promesses, pour moi.

Anonyme a dit…

Bonjour,

Lectrice de l'ombre, je sors de ma tanière pour te complimenter sur la nouvelle photo mise en page d'accueil : tu y es superbe ! Et merci pour tous les conseils de lecture, je découvre régulièrement des perles.

Bretonne en mal de pluie

Lylou a dit…

Bonjour Armalite,
J'aime beaucoup la photo que vous avez posté.
Je pensais que j'étais la seule à collectionner les stylos feutres roses ;-)
J'espère que dans le chocolat chaud que vous préparez vous y mettez des épices. L'hiver me déprime aussi. J'ai bien envie d'essayer la luminothérapie.C'est vrai qu'il est important de se faire un nid douillet et chaleureux. En ce moment je fais souvent des gâteaux. Je les mange avec un chocolat chaud. Ça me réconforte mais le problème est les kilos qui s'entassent:'-(

ARMALITE a dit…

Ouhlà non, surtout pas d'épices dans le chocolat chaud, je déteste la cannelle et assimilés!
Pour contrer le problème des kilos qui s'entassent, je marche le plus possible. Il fat voir si ça suffira sur la durée!

Anonyme a dit…

Bonjour Armalite
Je ne commente que rarement mais je suis une fidèle lectrice, et j'adore ce post qui correspond tellement à mes propres stratégies personnelles! Lors de ton questionnement sur la réorientation du blog, j'avais indiqué que ce que j'aimais le plus c'était les billets introspectifs, merci de continuer, c'est vraiment intéressant de voir ton évolution :)