vendredi 27 novembre 2015

"Les liens du mariage" (J. Courtney Sullivan)


A la fin des années 40, Frances, célibataire endurcie, fait carrière dans la publicité en inventant des slogans pour le diamantaire De Beers. Dans les années 70, Evelyn, veuve très jeune et remariée avec le meilleur ami de son premier époux, s'oppose farouchement au divorce de leur fils unique. Dans les années 80, James doit faire des horaires de dingue dans son boulot d'ambulancier pour subvenir aux besoins de sa famille et se montrer à la hauteur en tant qu'homme. Au début des années 2000, Delphine, bourgeoise parisienne mariée sans amour à un homme plus âgé, s'éprend d'un musicien prodige dont elle pourrait être la mère. Enfin, en 2012, Kate, opposée de toutes ses forces au mariage pour des raisons idéologiques, s'apprête à célébrer celui d'un cousin homosexuel...

Si les héroïnes de "Les débutantes" étaient une bande d'amies de fac, tandis que celles de "Maine" appartenaient à la même famille, ici, les personnages ne se connaissent pas et vivent à des époques différentes. Pourtant, au-delà du fait que chacun d'eux incarne une facette différente de l'institution du mariage, ils sont tous liés d'une manière qui n'apparaît qu'à la fin. On reconnaît la patte de l'auteur dans ses portraits psychologiques fouillés et crédibles, qui lui permettent d'aborder par un biais intime de nombreux sujets de société. J'ai surtout été intéressée par l'histoire de Frances, qui couvre la plus grande période historique et permet de découvrir les débuts puis l'évolution du marketing. Et je me suis énormément retrouvée dans les opinions de Kate, son refus des conventions, sa critique mordante de la société de consommation et les compromis qu'elle est parfois obligée de faire. "Les Liens du mariage" confirme J. Courtney Sullivan comme une valeur sûre du roman choral dont les pages se tournent toutes seules - ou presque. 

"Kate se demandait perpétuellement comment parvenir à agir au mieux dans un monde corrompu. Faire ses courses, allumer un ordinateur, vous rendait indirectement complice de la souffrance de quelqu'un, à l'autre bout de la planète. Dès qu'elle exprimait ses inquiétudes, elle mettait tout le monde autour d'elle mal à l'aise et passait pour la rabat-joie de service. 
Tous les jours, elle s'inquiétait pour (liste non exhaustive): les enfants qui mouraient de faim en Afrique, les produits chimiques dans l'alimentation de sa fille et dans l'eau du robinet. La corruption à Washington et dans le reste du monde. La pauvreté, les viols au Congo, les viols dans les universités américaines. Le plastique. Le pétrole. Les publicités pour la bière dans lesquelles les hommes étaient présentés comme des abrutis uniquement intéressés par le foot et les femmes, des pestes fascinées par le shopping. Les dangers d'internet. L'origine de tous les produits du quotidien: viande, vêtements, chaussures, téléphones portables. Le sort des ours polaires. Les Kardashian. La Chine. (...) Les cancers que les membres de sa famille ne manqueraient pas d'attraper à force de fumer, de réchauffer les aliments au micro-ondes, de s'exposer au soleil, d'utiliser des déodorants, bref de céder à tout ce qui rend la vie moderne un peu plus pratique et supportable."

4 commentaires:

elmaya a dit…

Ah, super ! J'avais adoré les deux premiers romans de cet auteur. Je suis impatiente de lire celui-là !

yuko a dit…

Sur tes conseils, j'ai emprunté Les suprêmes. J'espère aimer autant que toi. Belle et douce journée.

Londoncam a dit…

Je découvre par cette critique une auteure que je ne connaissais pas, ce thème en particulier me tente tout particulièrement :)

Kana a dit…

Bonjour,
je lis souvent tes critiques de livre et ça enrichit ma wish list et mes lectures, merci :-)
J'aurais juste un petit service à te demander : pourrais-tu indiquer le titre en VO de tes lectures? Je lis en anglais et j'ai parfois du mal à trouver le titre original des bouquins! Disons que ce serait plus facile si je n'avais pas à chercher cette info ;-)