vendredi 6 mars 2015

Je ne consomme plus aujourd'hui comme il y a 10 ans




Hier après-midi, je suis allée faire quelques courses dans le centre de Bruxelles. Par la vitre du 95, j'ai aperçu le nouveau magasin Christian Louboutin du Sablon, et j'ai secoué la tête d'un air amusé en me rendant compte qu'il y a dix ans, posséder une paire d'escarpins de ce créateur figurait sur ma bucket list alors qu'aujourd'hui, si on m'en offrait une paire, je serais affligée de ne pas savoir qu'en faire. Un peu plus tard, alors que je sortais d'un magasin de sport avec deux tops et un corsaire en lycra, j'ai réalisé que depuis début janvier, une robe et une jupe en soldes exceptées, je n'avais acheté que des fringues de fitness. Et du coup, cela m'a amenée à réfléchir à la manière assez spectaculaire dont ma consommation a évolué au cours de la dernière décennie. 

Au début du millénaire, donc, je convoitais des Louboutin comme une sorte de Graal. 
Aujourd'hui, je n'achète plus que des chaussures avec lesquelles je peux marcher un laps de temps raisonnable, et qui vont avec ma vie pas particulièrement glamour. Je veux bien investir une fois de temps en temps dans une paire de Chie Mihara un peu délirantes, mais seulement si elles restent portables et si je les trouve en soldes. Le reste du temps, je tente désespérément de vider mon placard à chaussures. 

Au début du millénaire, les fringues étaient mon premier poste budgétaire après le logement. Je n'achetais pas forcément des choses chères, mais j'en achetais des quantités ahurissantes, souvent des trucs qui ne m'allaient pas trop ou qui ne me plaisaient même pas vraiment à bien y réfléchir. Je me comportais comme une personne boulimique vis-à-vis de la nourriture. 
Aujourd'hui, je n'achète plus beaucoup de vêtements. Un peu parce que j'ai moins de sous qu'à l'époque. Un peu parce que j'ai trouvé mon style et que ma penderie est déjà pleine de pièces qui y correspondent. Un peu parce que les apparences m'intéressent de moins en moins, et que désormais je conçois tout à fait de sortir plusieurs fois avec la même tenue - c'est le contraire qui me paraît un gaspillage aberrant. 

Au début du millénaire, je me suis offert un sac à main Vuitton, un Marc Jacobs et deux paires de mules Prada. 
Aujourd'hui, non seulement les marques de luxe ne m'attirent plus, mais elles m'écoeurent. J'ai porté chacun de ces articles trois fois dans le meilleur des cas, et j'ai un peu envie de pleurer quand je pense à tout ce que j'aurais pu faire avec l'argent qu'ils m'ont coûté. Ce qui me fait sérieusement baver et dégainer ma Visa en un temps record, maintenant, ce sont les voyages. Des expériences inoubliables plutôt que des objets pas indispensables. 

Au début du millénaire, je consommais avec frénésie pour combler le vide de mon existence et me positionner socialement.
Aujourd'hui, je réfléchis à deux fois avant d'acquérir quoi que ce soit. Je n'achète que des choses réellement utiles ou qui vont me procurer une forme de joie et de bien-être. Je me soucie des conditions dans lesquelles elles ont été produites, de l'impact qu'elles peuvent avoir sur l'environnement ou sur ma santé.

Au début du millénaire, je gardais tout comme s'il allait y avoir la guerre sous prétexte que "ça peut toujours servir"; mon intérieur était un vrai musée, et cela m'apportait un sentiment de sécurité.
Aujourd'hui, je fais du tri régulièrement; je me débarrasse de tout ce qui ne me sert plus, soit en le jetant soit en le donnant, et cela m'apporte un sentiment de légèreté.

Au fur et à mesure que ma vie acquérait du sens, que je me rapprochais de la personne que je voulais être, j'ai pris conscience de mes vrais besoins et envies. Cela m'a rendue quasi-imperméable aux sirènes de la publicité, aux pressions à la conformité sociale. J'en suis venue à considérer le shopping, non plus comme une activité de loisirs ou un shoot de satisfaction éphémère, mais comme un acte politique, une façon d'influer en bien sur le monde qui m'entoure.

Je ne suis toujours pas devenue économe (hélas!), mais je choisis avec soin ce à quoi je veux dépenser mon argent - c'est-à-dire, justifier le temps de travail qu'il m'aura fallu pour me l'offrir, et donc l'équivalent-énergie que cela représente.
Payer plus cher pour des légumes bio cultivés dans la région, oui. Acheter des plats préparés plein de cochonneries ou aller me détruire la santé dans un fast-food, non.
Investir dans un manteau de bonne qualité à la coupe flatteuse, ou une robe à l'imprimé craquant et à la jupe qui tourne, oui. Accumuler une demi-douzaine de fringues à la mode fabriquées au Bangladesh, non.
Dépenser 50€ en participant à un chouette projet en crowdfunding, oui. Les claquer en produits de beauté qui font plus de mal que de bien à ma peau, ou en produits de maquillage dont je ne me sers pas au final, non.
Casser ma tirelire pour un MacBook, un canapé confortable, une oeuvre d'art coup de coeur ou quinze jours au Japon, oui. Pour le dernier It Bag, un smartphone dont je n'ai pas l'usage, un objet déco improbable repéré dans le dernier ELLE ou un dîner dans un resto hype à la bouffe prétentieuse, non.

Et vous? Qu'est-ce que vous achetiez il y a 10 ans pour lequel vous ne dépenseriez pas un centime actuellement? A l'inverse, qu'est-ce que vous n'auriez jamais pensé acheter un jour, mais pour lequel vous dépensez volontiers aujourd'hui?

12 commentaires:

Meyilo a dit…

J'ai suivi la même évolution que toi. J'essaie également de consommer bien moins. Je passe aussi beaucoup par le bon coin (j'y ai même trouvé mon chat) ou emmaus lorsque j'ai besoin de meubles, vêtements ou autres appareils électroménager.

Rose a dit…

Je ne dirais pas il y'a 10 ans car j'étais ecore bien trop jeune pour consommer... Mais en 5 ans de temps (alors que j'ai seulement 20 ans) beaucoup de choses ont déjà changé. Avant, j'achetais des produits alimentaires de 1er prix ou de mauvaise qualité -les steaks hachés tout prêts, les conserves...- ; avant, je dépensais bien plus d'argent qu'aujourd'hui ; etc. Aujourd'hui, je privilégie dans tous les cas la qualité.

Gasparde a dit…

Je ne sais plus quoi faire de mes chaussures de marque, je pense essayer de les vendre (des Louboutin, justement, une paire de Prada). Et tout ça ne m'intéresse plus vraiment.
Les gadgets technologiques ne me tentent pas s'ils ne m'apportent rien. A quoi sert le tout dernier smartphone, s'il ne fait pas le café et le thé et me l'apporte, je me le demande ?

Ness a dit…

Il y a 10 ans, je n'avais pas encore de revenus, mais il y a 7 ans oui. Je n'avais pas de bucket list, d'objet graal et je n'achetais pas des tonnes de vêtements mais par contre, chaque fringue achetée était vécue comme celle qui allait me sauver de mes complexes. Et bizarrement, ça n'aide pas à n'acquérir que ce qui nous va le mieux :)
Maintenant je suis plus à l'aise, et j'ai des cahiers des charges de plus en plus précis pour ce qui entre dans ma garde-robe. Pareil, j'ai eu la phase où je considérais mon appartement comme toujours à améliorer pour qu'il soit plus joli, plus confortable, plus comme dans mes rêves. Et là aussi, un jour je me suis posée et je ne sais pas par quel miracle, j'ai me suis dit: "qu'est ce qu'on est bien ici" . ça n'avait rien à voir avec l'accomplissement du "comme dans mes rêves", mais plus avec de l'apaisement.
Et j'ai pu commencer à acheter des choses qui me posent là où je suis et qui ont plus à voir avec des moments: du bain moussant, du thé, très dernièrement, de la laine pour du tricot...

Leyciaan a dit…

Ma consommation a également bien changé. Au début des années 2000 j'étais étudiante, je vivais chez mes parents. L'intégralité de mon salaire passait chez Mango et dans la bouffe. J'ai longtemps été ultra dépensière, chose que je regrette beaucoup car au final que me reste-il de cette époque?

Mes années à Bruxelles m'ont appris à mieux gérer mon argent mais mes allers/retours à Paris ne me permettaient pas de beaucoup économiser. Mes 86kg ne me donnaient pas envie d'acheter beaucoup de fringues. J'ai beaucoup dépensé dans le maquillage et les crèmes de soin à cette époque.

De retour à Paris et à 66kg, je ne ressens plus le besoin d'acheter des tonnes de fringues. La moitié de ma garde robe est composée d'"uniformes" pour le boulot (pantalons et jupes noirs ainsi que chemisiers et sous pulls bons marché). L'autre moitié de ma garde robe est composée de quelques shorts, jupes et robe. J'en porte à peine la moitié.

J'ai cette envie de débarrasser mon intérieur d'objets superflus, ma penderie des vêtements que je ne porte jamais.

En économisant j'ai pu me payer un super voyage au Japon, c'est tellement mieux que des objets superficiels.

Maintenant je pense aux futurs voyages, au futur bébé, au futur appartement. Les meubles en bois massif brut m'envoient clairement plus du rêve que les dernières palettes d'Urban decay ou la dernière collection Zara.

Ana a dit…

Il y a dix ans, j'aurais eu des sueurs froides à l'idée de payer un pantalon plus de 30 €... Maintenant, mes revenus sont tout autres et je m'intéresse aux conditions de production (ouvriers, consommation en eau, impact sur l'environnement des matières synthétiques...) Pour la bouffe aussi, finies les merdouilles hyper-sucrées et chimiques, plus de bio, de local, de bon pour la santé...
Et une grosse tire-lire en cours de remplissage pour l'Australie...

Athéna a dit…

Ayant toujours été plutôt raisonnable, je n'ai pas changé grand chose. Avoir tros enfants à 28 ans (volontairement) ne permet pas de faire des folies de toute façon. Maintenant que le dernier oisillon va bientôt quitter le nid, je m'offrirai probablement de temps en temps quelques très belles choses.
On a chacune nos priorités j'imagine ; jai une vingtaine de petits vernis Mavala et je trouve le prix des Chanel et Dior ridicule. Mais je vais Chez Caroll, pas chez H&M. et je porte des vêtemnts qui ont dix ans (je chouchoute mes petites affaires !. )

Grosquick a dit…

Je pense que j'achète mieux. De meilleure qualité, dans le plaisir long terme.
Mieux au fond...

anneso a dit…

Avant,j'achetais beaucoup plus et un peu sans réfléchir! J'accumulais et je ne triais jamais.
Aujourd'hui,je suis toujours coquette,j'aime toujours les fringues,j'aime toujours améliorer mon apparence avec des produits de bôté (et j'assume!) mais je réfléchis beaucoup avant chaque achat: je veux passer par une phase de "désir",peser le pour et le contre,être sûre que tel vêtement correspond bien à mon style (immuable depuis un bon moment),que j'aurais du plaisir à le choisir le matin et à le porter pendant longtemps: c'est pourquoi j'achète très peu de "fast-fashion"genre H&M,je ne fais jamais de razzia dans ce genre de boutique,je préfère mettre un peu plus cher et avoir moins mais de meilleure qualité (cela dit,les marques de luxe me laissent froide,même si j'étais riche,je suis sûre que je n'achèterais jamais de sac Chanel à 1000 boules,au secours! j'ai ma dignité,merde!).
Je ne fantasme plus sur un dressing sans fin,je trie régulièrement afin de ne garder que ce qui me plaît vraiment.
Pareil pour le reste: mon appart est bien moins encombré qu'avant,je n'hésite plus à jeter,il n'y a plus de "je garde au cas où" et encore je suis freinée par la flemme sinon ce serait un massacre!

Helolie a dit…

Super thème de réflexion, la question m'a trotté dans la tête toute la journée d'hier !

Alors :
- j'ai acheté un appartement, alors que fondamentalement, l'idée de propriété me met mal à l'aise et que pendant des années, j'ai dit que je me verrais bien être locataire toute ma vie ;
- j'ai changé de régime alimentaire, donc mes placards sont pleins de choses dont j'ignorais même l'existence il y a 10 ans (de la farine de pois chiches, sérieux ?) ;
- je n'ai plus que des produits cosmétiques bios et en nombre limité. Mon opinion a complètement changé sur les marques de luxe, car je ne peux m'empêcher de voir toutes les cochonneries qui entrent dans la composition des produits.
- depuis 2-3 ans, ma penderie obéit au "un dedans, un dehors", et les vêtements sont prévus pour durer plusieurs années. En revanche, j'ai quelques accessoires qui ne viennent pas de Monoprix, ce qui n'était pas le cas avant. J'admire beaucoup le travail artisanal alors que je n'y étais pas du tout sensible il y a 10 ans.
- au cours des 10 dernières années, je me suis offert une lithographie et on m'a offert un tirage photo. C'est ce qui compte le plus dans mon appartement.
- il ne me parait plus surréaliste de payer pour des cours ou des stages...

Surtout, j'ai perdu une certaine innocence quant à mes revenus... Il y a 10 ans, je croyais qu'ils allaient augmenter de façon plus ou moins régulière et qu'un jour, je n'aurai plus à compter pour le quotidien. La blague. Bon...c'est la maturité, quoi !

shermane a dit…

Ton évolution est impressionnante :)
Sinon, j’adore les photos représentant des intérieurs minimalistes, mais je ne peux m’empêcher de me dire que tout est calculé au mm près et que ces beaux objets tout sobres ne sont en général pas donnés. Fin du HS.

Il y a 10 ans, j’étais tout juste majeure, donc je comptais chaque centime. Je mettais mon argent sans ciller dans les livres et la bouffe (quelle qu’elle soit), ainsi que les cadeaux. Je rognais sur le reste (fringues, pas de maquillage, pas de déco, j’étais encore chez papa-maman puis en Angleterre).

Aujourd’hui, je dépense un peu en tout mais n’ayant jamais été attirée par le luxe (trop bling-bling à mon goût), je mise sur la qualité. Je dépense encore plus en livres et en bonne bouffe, mais je recherche la durabilité. Je compte encore pas mal et fais des camemberts de dépenses, mais je me soigne. Pour les fringues, je me suis rendue à l’évidence : des pantalons à moins de 25 €, c’est difficile, surtout que je ne prends que des bootcuts ou presque.

barbara a dit…

héhé je ne vais pas parler de vêtements puisque je n'en achète pas beaucoup, je ne suis pas un fan de fringues
MAIS ! depuis que j'ai vécu en afrique, ma consommation en général a changé, se réduit au strict minimum, surtout en matière d'eau, d'alimentation, d'achats compulsifs ... c'était une expérience que je ne regrette pas du tout d'avoir vécue
bizzzz