vendredi 19 décembre 2014

"Le bois du rossignol"


"Il est difficile d'obtenir un jardin sinistre, mais le vieux Mr Wither y était parvenu. 
Même s'il ne travaillait pas lui-même à celui de sa maison des environs de Chesterbourne, en Essex, son manque d'intérêt pour la terre et sa répugnance à dépenser de l'argent n'étaient pas sans influencer le jardinier. Le résultat était une pelouse souffreteuse et une rocaille plâtreuse où presque rien n'attirait le regard, tandis que des arbustes sans caractère proliféraient car Mr Wither appréciait leur capacité à meubler l'espace à peu de frais. Il tenait également à ce que le jardin fût soigné. Regardant par la fenêtre de la salle à manger par une belle matinée d'avril, il songea que les pâquerettes étaient vraiment une engeance. Il en voyait onze au beau milieu de la pelouse. Il devrait dire à Saxon de les enlever. 
Mrs Wither entra, mais il ne lui prêta aucune attention car il l'avait déjà vue."

Ainsi commence "Le bois du rossignol", écrit dans les années 30 par la poétesse et romancière Stella Gibbons qui égratigne gentiment tous les personnages de cette comédie "pétillante et poivrée", pour reprendre l'expression de l'éditeur. Qu'il soit de vieille noblesse, fraîchement parvenu ou issu du peuple, chacun d'eux est intimement ridicule et très peu héroïque. Viola, jeune veuve contrainte de se réfugier dans la sinistre maison de ses beaux-parents, est frivole et écervelée. Victor, le beau et riche célibataire qu'elle convoite sans trop y croire, est décrit par sa cousine comme "un néant bronzé". Hetty, orpheline recueillie par sa tante fortunée, rejette violemment son milieu et n'aspire qu'à mener une vie de misère romantique au milieu de ses chers livres. Mr Wither n'a qu'une préoccupation au monde: la santé de son argent, qui conditionne son humeur du matin jusqu'au soir. Madge, sa fille aînée, préfère les chiens aux humains. Tina, sa cadette, nourrit une attirance coupable envers le chauffeur de douze ans plus jeune qu'elle. Saxon, le chauffeur en question, est doté d'un physique séduisant, dur à la tâche mais calculateur et assoiffé de réussite sociale. Rien de bien glorieux, mais rien d'abominable non plus, et l'on rit sous cape des mésaventures de tout ce petit monde. Une lecture agréable.

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