mardi 25 novembre 2014

Le mardi où Titou me sauve de la noyade




Chouchou, qui part en rendez-vous professionnel de bonne heure ce matin, vient me faire des bisous alors que je suis encore tout ensommeillée. Avant de m'en aller, je compose vite fait un petit message sur la porte du buffet Ikea rouge avec des lettres magnétiques. 3 passages à la gare du Midi en 5 jours, je pense que c'est mon record personnel. Il me m'aura guère fallu que 26 ans de fréquentation des wagons-restaurant pour me rendre compte qu'en l'absence d'eau courante potable à bord d'un train, les serveurs préparent les boissons chaudes à la Cristalline. Suggestion de sport extrême: traverser un TGV bringuebalant avec un gobelet de thé bouillant à la main. La fin de "The Unnaturalists" me plaît beaucoup plus que le début et me donne envie d'acheter la suite. J'ai mal calculé mon coup - aux alentours de Valence, j'ai épuisé tout le matériau de lecture que j'avais emporté. Par chance, je retrouve au fin fond de mon iPad un numéro de Real Simple que je n'avais pas encore parcouru. A mi-chemin entre Marseille et Toulon, mon train s'arrête pendant une heure et demie pour cause de voies inondées et impraticables. Un pompier s'en prend violemment aux contrôleurs (qu'il imagine peut-être responsables des intempéries?). Je me dis que tant que j'arrive à choper le bus de 20h15, ma foi, ça ira. Nous arrivons à Toulon à 20h05; je cours sous la pluie avec ma grosse valise jusqu'au quai n°3... qui est désespérément vide, comme d'ailleurs le reste de la gare routière. Après vingt minutes d'attente vaine, je me décide à claquer les 40€ et quelques que coûte un taxi jusqu'à Monpatelin en tarif de nuit, mais aucun chauffeur ne veut m'emmener parce que les communes voisines sont sous les eaux, et que la mienne risque de l'être aussi. Certes, je pourrais passer la nuit à l'hôtel, mais je n'ai que des livres dans ma valise - pas de pyjama, pas d'affaires de toilette, pas de tenue de rechange pour demain... Mortifiée, je me résous à appeler Titou. Qui me dit tranquillement: "Je suis là dans dix minutes". Et qui me conduit chez moi en pleine nuit sous un déluge effrayant, me déposant devant ma porte malgré la barrière à l'entrée de l'avenue. Cet homme est un héros*. Ma voisine Solange, chez qui je passe chercher mon courrier, m'annonce que le couple de l'appartement d'à côté, qui s'occupait beaucoup d'elle en mon absence, vient de déménager. Je suis un peu inquiète, et j'espère que les nouveaux locataires seront serviables eux aussi. Ma mère, que j'ai tenue au courant de mes mésaventures, m'appelle une fois pour savoir si je suis bien arrivée à Monpatelin, puis une seconde fois un peu plus tard pour savoir si mon sauveur est bien rentré chez lui - ce doit être la première conversation sincèrement affectueuse que j'ai avec elle depuis des mois. Le risotto à la truffe blanche Picard manque nettement de cuisson (et ne vaudra de toute façon jamais celui de Chouchou). La météo prédit du mauvais temps pour les 48h à venir, mais je m'en fous: j'ai un chauffage qui fonctionne, une montagne de boulot, des kilos de thé en réserve et de sacrées bonnes fréquentations.

*(et un excellent photographe amateur dont vous pouvez admirer le travail ici)

1 commentaire:

Isabelle Pernot a dit…

C'est drôle, pour des raisons tout à fait différentes, hier était pour moi aussi une vraie journée de merde, jusqu'à ce que plein de petites choses à partir de 17h me redonnent le sourire, au point que je suis allée me coucher le cœur débordant de gratitude. La vie est belle, quand même. Maintenant, si elle pouvait être un chouïa moins pluvieuse...