mardi 22 juillet 2014

Givebox: où un geste de solidarité urbaine se change en dilemme sur le sens du don




Une Givebox, c'est un local-penderie installé dans la rue, où les gens peuvent déposer ce qui ne leur sert plus mais qui est encore utilisable et/ou prendre les objets déposés là dont ils ont justement l'utilité. A Bruxelles, il en existe actuellement deux. J'ai découvert leur existence la semaine dernière; trouvant l'idée formidable, j'ai rempli à la va-vite quatre caisses de brols en état neuf (ou quasiment) qui traînaient dans notre cave et sur les étagères les moins accessibles de nos armoires. Dimanche, nous sommes allés les porter à la Givebox située rue de l'église à Berchem Ste-Agathe.




En arrivant, nous sommes surpris de trouver la Givebox aussi jolie et colorée. Bien rangée, aussi, malgré le petit espace disponible. Il y a des étagères pour mettre les livres, un coin penderie équipé d'une tringle... C'est bien conçu, et sans doute entretenu de façon régulière. Par contre, je suis un peu sceptique sur l'intérêt d'avoir apporté certains objets, comme deux bougies parfumées dans des récipients en verre où il reste à peine quelques millimètres de cire. Globalement, rien ne me paraît en très bon état. Ce sont des choses que, personnellement, je n'aurais pas osé donner, et qui seraient parties directement au recyclage ou à la poubelle. Peut-être me suis-je fixé des critères trop restrictifs (ceux d'une troc party, plus ou moins)?




Je viens de finir de ranger le contenu de notre première caisse dans la Givebox quand un monsieur d'un certain âge apparaît et nous signifie qu'il aimerait emporter les trois autres. J'imagine qu'il compte essayer de revendre les affaires que nous voulions donner, et ça me contrarie pas mal. Mais je me dis aussi qu'il n'a qu'à attendre que nous ayons le dos tourné pour les emporter, donc bon. Chouchou pousse la gentillesse jusqu'à l'aider à transporter les caisses chez lui, à deux pas de là.

L'histoire me chiffonne pendant tout le reste de la journée. Oui, je voulais me débarrasser de ces objets, et je ne comptais pas en tirer d'argent. Mais j'aurais aimé qu'ils aillent gratuitement à leur utilisateur final, sans faire l'objet d'un monnayage (même à faible prix) de la part d'une tierce personne. Si ça se trouve, ce monsieur récupère tous les dons intéressants pour faire les brocantes avec, ce qui me paraît détourner l'initiative de son but. En même temps, sans doute a-t-il besoin de gagner sa vie, et n'a-t-il pas trouvé de meilleur moyen. Deux jours plus tard, après y avoir beaucoup réfléchi, j'avoue que je ne sais toujours pas quoi en penser. 


16 commentaires:

fedora a dit…

Je pense un peu comme toi... ça m'aurait pas mal retourné l'esprit de voir une seule personne embarquer tout ce que j'apportais... l'initiative du monsieur est un poil malhonnête par rapport au but de départ qui est, quand même, d'en faire profiter gratuitement le plus grand nombre... Perso, j'ai beaucoup donné de vêtement en (très) bon état au magasin Oxfam de mon coin... ou parfois, j'apporte des jouets de la poulette à une collègue... ou encore, simplement, je dépose ce dont je n'ai plus l'usage sur la pierre de ma porte... mais rien n'indique que ce "dont je n'ai plus l'usage" ne finisse comme ce que tu as apporté à la givebox...

Fool a dit…

Et non, nous ne vivons pas au pays des Bisounours. La plupart des gens sont malhonnêtes. Les plus honnêtes se débrouillent discrètement, afin qu'on ne voit pas qu'ils sont dans le besoin.
Pour ma part, je donne, beaucoup, mais là où je sais que c'est utile et bien organisé. Peut-être un excès de méfiance, je l'avoue.
L'idée est jolie, pourtant, mais je ne crois pas en l'Homme à ce point.

biankacha a dit…

En Angleterre, un concept similaire mais qui évite l'écueil "monétisation" que tu mentionnes, ce sont les Charity Shop. Un peu comme Emmaus sauf que de nombreuses oeuvres de charité ont leur propre chaine de boutiques en ville (Oxfam notamment mais plein d'autres moins connues aussi). Tout l'argent revient à l'association, comme ça on sait que nos objets ont servi à une bonne cause. Je m'en sers beaucoup, à la fois pour donner mais aussi pour y fouiner car on y trouve parfois de petits trésors !

Ana a dit…

J'aurais eu le même ressenti... En même temps, comme tu dis, pour en être à guetter ce genre de choses, le vieux monsieur ne doit sans doute pas rouler sur l'or. Je ne connaissais pas ces lieux, et l'idée n'est pas mauvaise, mais le risque est que tous les objets intéressants soient raflés dans les cinq minutes et que ça fasse dépotoir permanent à merdouilles dont personne ne veut, et je suppose, du boulot supplémentaire pour les bénévoles qui s'y impliquent...

Cécile de Brest a dit…

Je comprends ton point de vue et, comme toi, j'aurais été déstabilisée par l'attitude de ce monsieur qui, visiblement, n'a pas tout compris (en même temps, je ne le connais pas, ni sa situation, donc je me garderai bien de juger mais quand même...).
Lors de mon dernier déménagement j'ai voulu me débarrasser de choses (notamment des vêtements d'enfants) qui ne servaient plus. J'ai tenté l'expérience du dépôt-vente, je crois que je ne recommencerai plus : trop compliqué pour le bénéfice retiré.
Du coup, j'ai donné mais là où je sais comment ça fonctionne. Ce qui limite beaucoup les choses et ne m'aide pas à libérer de l'espace chez moi !

ARMALITE a dit…

Plus que sur l'attitude du monsieur, que je me garderai bien de juger étant donné que je connais pas sa situation (et que je ne qualifierai certainement pas de malhonnête dans la mesure où il n'a rien volé), c'est sur la mienne que je m'interroge. Parce que ma réaction signifie que je suis prête à donner, mais pas n'importe comment - et que je considère qu'il y a des dons satisfaisants pour celui qui donne (moi en l'occurrence) et d'autres pas. Comme quoi, c'est très loin d'être un acte désintéressé ou aussi "généreux" qu'on peut le penser.

lialia a dit…

Y'en a également une à Forest et pareil, j'ai découvert le concept à Berlin. Là c'était carrément un arbre à livres, un arbre dans lequel on avait taillé des étagères pour livres).

Cécile de Brest a dit…

Je trouve ta réflexion très intéressante : en gros, il ne suffit pas de donner pour donner, il faut qu'il y ait une contrepartie (pour mon cas perso, ce serait la satisfaction de faire du bien à quelqu'un qui en a besoin). Donc je pense effectivement que le don n'est pas une chose si simple ni si désintéressée que ça.

Zéphine a dit…

Je pense que comme toi, ce n'est pas tant le comportement de ce monsieur qui m'aurait dérangé, mais le fait de ressentir ça comme "injuste", alors que pour moi ça ne change rien puisque j'avais de toutes façon décidé de me débarrasser de ces objets. Comme tu le dit, ça montre que je suis prête à donner, mais pas n'importe comment.

En Nouvelle-Zélande, l'économie de la 2nd main est très active. On a entièrement meublé notre maison avec des objets trouvés dans les Salvation Army Shops, où on revend à bas pris des objets déposés par ceux qui n'en ont plus l'utilité. Tout est nettoyé/réparé avant la revente, et même l'électro-ménagé est garanti 6 mois. Pour une coloc de 2 couples, ça nous a coûté environ 2500 NZ$ (+/- 1500€) pour tout meubler confortablement!
Et beaucoup de personne donnent aussi gratuitement ce dont ils ne veulent plus, et il existe de nombreux sites pour centraliser les offres/demandes.

Au début, je me sentais un peu malhonnête de "profiter" des 2nd Hand Shops alors que j'ai les moyens de me payer des meubles neufs, mais je me suis vite rendue compte que c'est comme ça que ça fonctionne en NZ, que ce n'est pas que pour les "pauvres". Et puis il est fort probable que lorsqu'on quittera le pays dans 3 ans, on rapportera tout à l'Armée du Salut, donc au final cela reviendrait à dire qu'on a "loué" nos meubles.

agdel a dit…

Je suis un peu dans la même réflexion… ici, nous déposons une fois par mois nos "encombrants" devant la porte, dans l'heure qui suit, les trois-quarts des objets ont disparu. Là, ça ne me gêne pas : ces objets étaient en fin de vie, si certaines personnes les récupèrent pour les recycler, ça fait ça de moins à ramasser pour les services municipaux, donc des impôts en moins pour moi.
En ce qui concerne le don d'objets en bon état, je passe par un site internet, les "preneurs" viennent chercher l'objet chez moi, c'est un peu contraignant il faut rédiger l'annonce, faire une photo, répondre aux mails, fixer un RV… mais je peux choisir à qui je donne : la personne a-t-elle été convaincante dans sa demande ? S'agit-il de quelqu'un qui prend tout et n'importe quoi à grande échelle ? (et là, je soupçonne que c'est pour revendre et je ne donne pas) L'aspect humain (je vois à qui je donne) est important aussi, souvent la personne me dit ce qu'elle va en faire pourquoi il était important pour elle d'avoir cet objet (et souvent pour les livres, une fois lus, ils sont remis en ligne pour un nouveau don)

Nini a dit…

Merci article très intéressant même si il y a tout ce que je craignais quand j'ai découvert le concept dans un article...
En tout cas tu peux dédouaner les "donneurs" précédents: si leurs objets t'ont paru moins bien c'est que tous les corrects partent très très vite chez des gens qui font en faire le commerce.
Ta question est intéressante mais l'attitude du type est clairement questionnable. Lui en avez-vous posées d'ailleurs?
Malheureusement le concept ne va pas avec une pancarte du type: ne prenez que 2 objets...

ARMALITE a dit…

Non nous ne lui avons pas posé de questions car il semblait ne pas très bien parler/comprendre le français.

Manthyne a dit…

J'ai le même problème avec récupe.net en ce moment. Certains sont prêts à tout prendre et font des copier coller pour chaque demande. Mais même pour ceux qui racontent quelque chose, qu'ils vont décorer leur fenêtre avec la grosse lanterne en verre et que mes livres seraient parfaits pour leur cousine qui adore ça, difficile de savoir si c'est la vérité. Tant pis hein, s'ils en sont réduits à faire ça c'est qu'ils sont dans le besoin, mais j'ai peur que si ils n'arrivent pas à revendre après, ils jettent sans vergogne à la poubelle. Et il y a d'autres gens dans le besoin qui font la bachelière chose... Voilà pourquoi ils pourraient laisser au moins quelques trucs.

Athéna a dit…

L'un des plus riches de mes copains de promo avait un père ferrailleur, donc j'imagine que ça peut rapporter, de vendre ce qui ne vaut plus grand chose. Honnêtement je m'en fiche un peu de savoir où va ce que je donne mais si je sais où ça va c'est certes encore mieux. J'ai donné un jour des vêtements de ma fille à mon frère qui les apportés dans sa paroisse : il y a un grand carton où chacun apporte et prend ce qu'il veut, un peu comme ta boîte

Manth a dit…

La même chose * (satanée correction automatique)

Jeanne Blue a dit…

Il y a une boîte du genre avenue de la Couronne à Bruxelles et on y trouve des objets intéressants, souvent...