jeudi 2 janvier 2014

Où je décide de me taire pendant un mois




Dans mes objectifs de cette année, il y a "apprendre à lâcher-prise". Quand j'ai écrit ça, je pensais à un type de situation bien particulier: celui où les gens n'agissent pas comme j'estime qu'ils devraient. Exemples: l'éditeur qui a encore oublié de me payer ce mois-ci et qui m'informe que du coup je vais devoir attendre le mois prochain (il est bien connu que je peux aisément suspendre le paiement de mes propres factures et cesser de manger pendant 4 semaines et demie), l'électricien qui ne vient pas au rendez-vous sans prévenir alors que j'ai organisé ma journée pour le recevoir, ma mère qui me tanne au sujet de mon alimentation pourtant dix fois plus saine que la sienne, mais aussi mes contacts Facebook qui parlent sans réfléchir et racontent des âneries plus grosses qu'eux. 

Dans ces cas-là, une répartie cinglante à souhait surgit immédiatement dans ma tête, et je dois lutter très fort pour la contenir. J'ai vécu assez longtemps pour comprendre que même lorsque j'ai raison, le faire remarquer d'une manière agressive ou humiliante ne me servira pas à long terme. N'empêche que ce qui m'apparaît comme de l'incompétence, du manque d'organisation, du je-m'en foutisme ou de la bêtise pure et simple continue trop souvent à me faire grimper aux murs. Combien de fois m'arrive-t-il encore de composer des mails incendiaires que je finis par effacer la rage au coeur? Combien de fois par jour me retiens-je de renvoyer dans leurs buts les auteurs de stupidités cosmiques? 

J'ai renoncé à agir sous le coup de la colère; désormais, je prends le temps nécessaire pour me calmer avant de composer une réponse ferme mais uniquement factuelle si nécessaire - et de laisser tomber dans le cas contraire. Néanmoins, la tentation subsiste. Pendant des heures, je remâche les arguments imparables qui me permettraient d'écrabouiller moralement l'impudent. Et ça ne sert à rien. C'est du pur gaspillage de temps et d'énergie. Comme me l'a fait remarquer Chouchou, souvent, les dysfonctionnements qui m'affectent ne résultent pas de la mauvaise volonté d'une personne, mais de la défaillance d'un système. Quant aux conneries que les gens profèrent parfois... il serait très étonnant que je n'en raconte pas aussi à l'occasion, sans m'en rendre compte. (On est toujours l'abruti ou le "les gens" de quelqu'un d'autre!)

Bref, si le problème du lâcher-prise semble vaste et complexe, et si en venir à bout est certainement un travail de longue haleine, j'ai décidé de l'attaquer par un exercice pratique tout simple. Pendant un mois, chaque fois que quelqu'un me causera du tort de manière non-intentionnelle, chaque fois que quelqu'un me gratifiera d'une opinion que je n'ai pas sollicitée ou se fourvoiera avec une assurance bruyante en ma présence, je me tairai. Sauf nécessité absolue, je ne m'autoriserai pas à réagir de quelque façon que ce soit. Et j'espère que cette obligation de silence me délivrera de la tentation des ruminations à n'en plus finir. Puisque je ne peux rien dire, à quoi bon peaufiner la répartie la plus assassine et me la réciter en boucle sur tous les tons pendant des heures? 

Je n'ai pas dit que ça marcherait. Mais il me semble que l'expérience vaut la peine d'être tentée... et documentée. 

22 commentaires:

fedora a dit…

perso, je rumine ce genre de situation pendant des heures... ou alors je montre aux barricades !je pense que j'arriverais à me taire... mais impossible de chasser le "ruminage" de mon esprit (ce qui me bouffe intégralement bien entendu !). Je suis donc impatiente de découvrir le résultat de ton expérience ! bonne journée !

Lucy a dit…

Effectivement, être agressif ou humiliant n'aide pas dans les rapports autres. J'admire cependant ta confiance en toi et ton sens de la répartie. Moi, j'ai, au contraire, tendance à m'écraser de peur de blesser les gens ou qu'ils pensent que je suis une imbécile. J'hésite énormément à leur faire remarquer qu'ils me font du tort et je prends des gants qu'ils n'ont pas pris avec moi (en fait, ils me prennent vraiment pour une imbécile). Alors ils recommencent et vont crescendo. Donc être trop diplomate n'aide pas non plus.
Alors, j'ai pris moi la décision de l'ouvrir plus et d’être plus virulente.

tylwithes a dit…

Quand quelqu'un n'agit pas comme je voudrais (par ex: annuler un rendez-vous, changement de dernière minute etc etc), j'ai tendance à vite faire comprendre à la personne que ça me fait ch*** et puis je regrette d'avoir été trop virulente. Du coup, j'essaie de ne pas répondre tout de suite, j'attends une heure ou deux car ce qui me contrariait tellement à peine une heure plus tôt ne me parait plus si terrible. Et comme ça, je ne regrette plus les mots trop vite dit ^^

Melle Mars a dit…

Coucou :)Pour l'avoir expérimenté pendant plusieurs années, se taire n'arrête pas le ruminage, au contraire, ça l'intensifie puisque tu ne peux t'exprimer! Peut-être qu'on ne fonctionne pas pareil, mais les deux solutions qui marchent pour moi sont: transformer ma réponse virtuelle aux chiants en dialogues de roman (juste le noter pour toi donc^^) et penser à autre chose en me mettant de la musique :) Bises!

Stéphanie a dit…

Je viens de décider de renoncer à fréquenter ma belle-famille, particulièrement mes beaux-parents, ils sont tout sauf bienveillants et je "monte au créneau" à chaque fois ce que mon compagnon me reproche. Ensuite je rumine pendant des heures, à en pleurer de rage et de déception parfois... Pour la paix des ménages et celle de mon esprit, c'est terminé.

Louise a dit…

J'ai ris quand j'ai lu ce passage : "mais aussi mes contacts Facebook qui parlent sans réfléchir et racontent des âneries plus grosses qu'eux."
Personnellement, entre le gars qui poste le compte-rendu de sa journée heure par heure, celui qui poste ses opinions politiques nauséabondes et le couple qui communique uniquement via écrans, (et tous les autres), je devais tellement lutter que pour arrêter de m'épuiser, j'ai supprimé mon compte facebook, ainsi, c'est vite réglé ! ;)

titite a dit…

si je ne me tais pas, je rumine. si je rumine, ça reste pendant des heures, des jours. et je ne suis pas bien.
ainsi, j'ai pris le parti de dire, avec les formes (pas toujours facile mais j'utilise des techniques du boulot pour la vie perso parfois).
et quand je suis excédée, je le dis. comme ça sort. ça sort. les gens aiment ou n'aiment pas.
mais ils auraient mieux fait de réfléchir de leur côté d'abord aussi.
je ne sais pas si c'est une bonne solution, en même temps, je ne pense pas qu'il y en ait...

Anonyme a dit…

Le "ruminage",c'est l'histoire de ma vie! Mais,moi,c'est plutôt comme Lucy: je ne dus pas aux gens ce qui me déplaît et c'est ça qui M'ENERVE le plus! Mais c'est trrrès dur de changer,crois-moi!(en ce qui me concerne,je sais que ça vient de loin: mon éducation)
J'ai de la répartie SAUF en cas de conflit,de clash etc : là,je suis démunie,du coup,j'évite ce genre de situations,donc,je suis frustrée,donc je rumine,ce qui est nul.Autant assumer et s'en foutre mais je n'y suis jamais arrivée...

Anneso

Luna Part a dit…

Personnellement si je me tais c'est encore pire, parce que ça bouillonne intérieurement et ma rage finit par tomber un peu plus tard sur un proche (enfant, mari, parent) qui n'a pas mérité ça à l'occasion de la 1ère broutille. Donc il faut absolument que mon mécontentement sorte directement, mais j'essaye de ne pas braquer mon interlocuteur en lui rentrant directement dans le lard pour trouver une solution qui dépanne (même si l'interlocuteur n'y parvient pas à terme, je me dis qu'il aura au moins essayé et ça suffit à faire retomber la vapeur)

Morgan a dit…

Ruminer, ça me connaît aussi mais ça ne sert évidemment à rien. Mieux vaut décider clairement de l'action à faire : soit on l'ouvre soit on se tait. Et si on préfère se taire, on l'accepte et on passe à autre chose. Sinon, c'est la double peine. Le seul moyen que je connaisse, c'est de vraiment fermement décider "ok, je laisse passer, je ne dis rien parce que je sais que ça ne changerait rien, et je ne vais pas me pourrir les heures suivantes à ruminer dans mon coin." C'est con mais parfois il suffit vraiment de se le dire, même à haute voix pour que ça marche. Étonnamment, ça peut être très efficace...

Cécile de Brest a dit…

Impossible pour moi de ne pas ruminer. Et ça peut durer des heures, voire des jours, que je parle ou que je me taise. Et je ne vois pas comment je pourrais changer ça à moins de m'installer sur une île déserte.
Mais je t'admire d'essayer de changer les choses, à ton niveau !

Ms Brown a dit…

Je vais t'embêter et te dire une grosse ânerie et du coup, tu seras obligée de te taire... et tu vas ruminer... et ensuite tu vas te dire que je suis rien qu'une nouille et probablement que toute ta frustration va se diriger contre moi et que tu décideras qu'effectivement je suis une grosse nouille et tu vas me détester et ne plus me parler, alors que sur l'ensemble de notre relation, je n'aurai commis qu'une erreur. (j'imagine que j'en ai déjà commis plusieurs... :p)

Tout comme n'importe qui est en droit de dire ou de faire des choses que tu ne supporterais pas de faire. Tu es en droit de dire que tu n'es pas d'accord.

Je ne t'en voudrais pas si tu me disais : "ce que tu viens de dire m'ennuie/me mets en colère/ne veux rien dire, si ensuite tu m'expliques pourquoi tu penses ainsi, sans me traiter d'imbécile et en acceptant que j'aie une autre opinion.

Ta décision me fait penser à quelqu'un qui fait un régime et qui va se priver de sucre, de féculent ou que sais-je pendant des semaines pour finir par craquer un jour et ruiner tout ces efforts. Alors que si elle apprends à s'alimenter différemment les résultats seraient plus efficace et sans souffrances.

Pourquoi ne pas plutôt tenter d'isoler "l'incident" qui t’énerve. En te disant que, cette pensée/cet acte ne t'appartient pas et que tu ne dois pas le prendre comme une attaque ni le résoudre. Après tout, chacun doit assumer ces actes et ses mots. Et si tu en éprouves le besoin, dire que non tu n'es pas d'accord, mais en expliquant que Toi, tu ne ferais pas comme ça et que L'autre doit faire selon ton idée...

ça va j'ai pas trop dit de bêtises ? :p

ARMALITE a dit…

Tout le monde a le droit de s'exprimer ici tant qu'il reste poli; je considère que poster sur un sujet équivaut à solliciter l'avis d'autrui et ne vais donc certainement pas reprocher ensuite à quelqu'un de me donner son avis même négatif :-)

Je comprends vos points de vue, et je ne dis pas que cette tactique est bonne dans l'absolu et pour tout le monde. Mais je me connais extrêmement bien. Je sais que le principal moteur de mes ruminations, c'est la tentation de claquer verbalement le beignet à la personne d'en face. Si je m'interdis de le faire, cette tentation devrait fortement baisser.

Ca ne m'empêchera pas de dire poliment mais fermement "J'ai besoin de cet argent tout de suite comme convenu" ou "J'aurais apprécié que vous me préveniez", mais ça m'évitera de lapider les gens pour leur manque d'organisation ou autre, et de compromettre mes rapports futurs avec eux pour un incident qui, rétrospectivement, m'apparaîtra comme mineur.

Sunalee a dit…

Te connaissant assez bien, je sais que tu fonctionnes comme ça et je me doute bien que toute cette colère que tu accumules pompe pas mal d'énergie. J'espère donc que tu réussiras à trouver une autre voie qui te permette de garder cette énergie pour des choses qui en valent la peine.

Quand je lis les commentaires plus haut, je reconnais mes propres ruminations qui explosent en général à un moment. De mon côté, j'aurais besoin de lâcher prise à ce niveau-là...

Bref, c'est un travail sur soi qui peut devenir intéressant, voire même passionnant !

Anonyme a dit…

Alors là.... chapeau bas, je t'admire.... car pour ma part et ayant un carectere assez , disons, le IMPULSIF et aime bien dire les choses telles quelles sont, ton exercice me parait bien au delà de mes forces, je suis admirative....
Bravooooo

EMILIE

FraiseDesBois a dit…

Je ne me met jamais en colère, trop d'énergie perdue et je suis une vraie "paresseuse", par contre le jour où ça monte c'est plutôt très violent, il faudrait à l'inverse que je me fâche/rouspète plus souvent.

Côté lâcher prise (mon objectif depuis quelques mois déjà), il porte sur d'autres sujets et c'est assez difficile à mettre en place; mais j'y arriverais.

En tous cas, bonne année pleine de lâcher de toutes sortes

Gasparde a dit…

Dans mon cas, me taire, ça ne marche pas toujours. Parfois, oui, j'oublie l'agacement, et tout est pour le mieux. Parfois je rumine à n'en plus finir, et après des semaines à me taire, paf, ça explose. (et ce n'est pas forcément la personne à l'origine des ruminations qui prend. :() Ce mode de fonctionnement ne me satisfait pas. Alors pour les petites choses, j'essaie de vraiment laisser tomber, pas juste me taire (j'ai bien pensé à claquer le beignet du malotru qui a tendu sa carte d'embarquement pliée en 12 ! Comme si la personne qui les contrôle était pas assez débordée...).
Et pour les grosses choses, eh bien les dire. En y mettant les formes, mais les dire.

elmaya a dit…

J'ai une nette tendance soit à monter au créneau trop vite, soit à ruminer si je n'ai pas eu l'occasion de m'exprimer (et du coup à amplifier le problème de base...). Du coup, j'ai développé une stratégie qui amrche assez bien : si vraiment il y a un truc qui risque de mal tourner (soit pour moi, soit pour la cible visée, hum), je l'écris... Je lâche tout sur le papier, en vrac. Et ensuite, je laisse le mail dans le dossier brouillons, je range la feuille de papier pendant quelques heures. Etrangement, quand j'y reviens, je me rends compte que tout ça a beaucoup moins d'importance, et j'arrive à trouver des paroles plus mesurées et plus "efficaces"... quand je n'efface pas carrément tout le message !

En bref, je dirais que se taire peut être une bonne idée, si c'est pour se donner le temps de mieux apprécier la situation ! C'est, finalement, "tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de parler"... les anciens ne manquaient pas de bon sens !

Sylvie a dit…

pour les ruminations intempestives, je recommande "white chestnut", parmi les fleurs de Bach. Ça marche, chez moi et chez plusieurs copines !!!
Bonne année Armalite

Alice a dit…

"Lâcher prise", c'est l'expression parfaite :D
Eh bien, je te souhaite beaucoup de succès.

Je serais incapable de porter un regard aussi précis sur moi-même. Je pense que les réparties peuvent parfois voler avec moi, parfois pas, c'est assez imprévisible. Mais bizarrement, je me suis rendu compte que les gens me voyaient comme qqn de calme. Moi, j'apprends/me force à l'être plus. Bref.

PS : la fille de la photo a de superbes bagues, surtout au majeur... *_*

ARMALITE a dit…

Pour ce qui est du regard précis, je ne l'avais pas non plus à ton âge, c'est venu en vieillissant (et à force de m'admirer le nombril ^^).
Et j'adore aussi cette bague, sans regretter toutefois de ne pas savoir où la trouver car elle siérait mal à mes petits doigts boudinés :-D

Anonyme a dit…

Je te souhaite un grand succès dans cette entreprise que je sais courageuse.
Attendre avant d'envoyer un mail marche assez bien, dire les choses simplement et sans agressivité marche pas mal aussi, je m'y essaie depuis peu et en suis assez contente. Le petit problème, c'est de trouver les mots simples et non agressifs quand on a des années de pratique de réparties cinglantes (et qu'on adore ça).
J'ai hâte de lire la suite de l'expérience.
Bon courage donc

Ariane