jeudi 12 décembre 2013

A long time ago we used to be friends


En 2013, j'ai perdu deux de mes proches. 
Non, ils ne sont pas morts. Simplement, l'un s'est volatilisé du jour au lendemain au moment où j'aurais eu le plus besoin de lui, et l'autre a décidé qu'entretenir une relation avec moi avait recédé dans les tréfonds de sa longue liste de priorités. 
Je n'ai rien dit. Pas appelé, pas réclamé d'explications, pas exprimé la peine que cela me causait. Pas tenté d'arranger les choses non plus, car je n'avais rien fait pour qu'on me tourne le dos et je deviens extrêmement rancunière en vieillissant. 
Au lieu de ça, j'ai ruminé mon chagrin et mon amertume pendant des mois. J'ai laissé l'éloignement de ces deux personnes très chères plomber un moral déjà bien entamé par le décès de mon père. 

Puis la goutte d'eau proverbiale a fini par faire déborder le vase de mon ressentiment. 
Et comme la fois où j'avais eu un déclic concernant ma colère chronique, tout à coup, j'ai su. J'ai compris qu'il fallait être deux pour faire fonctionner une relation, et que si l'autre avait décidé de se désinvestir pour des raisons pas nécessairement en rapport avec moi, je n'y pouvais rien. 
Que nos proches sont comme les étoiles d'une constellation en mouvement perpétuel. Certains vont rester longtemps tandis que d'autres s'éloigneront sans qu'on comprenne pourquoi, et il n'y a rien d'autre à faire que l'accepter. Se dire qu'ils ont joué leur rôle dans notre existence, et que d'autres personnes apparaîtront, non pas pour les remplacer, mais pour dessiner une constellation nouvelle. 
Que ce flux constant c'est celui de la vie, tout simplement, et qu'en tentant d'y résister on ne réussirait qu'à se rendre malheureux. 
Que la perte, fût-elle amicale, amoureuse, professionnelle ou matérielle, est un des éléments de la dynamique du changement - douloureuse mais indispensable pour faire place à autre chose. 
Et qu'il appartient à nous seuls de faire en sorte que cet "autre chose" soit beau. 

Come on now suga', bring it on bring it on yeah...

16 commentaires:

aurore a dit…

Bonjour,
J'ai aussi perdu 3 personnes chères à mon coeur en 2 ans...
Cela me touche, n'ayant pas eu le déclic je ne voyais pas encore les choses sous cet angle...
J'ai plutôt tendance à culpabiliser, pourtant je n'ai rien fait de mal et je suis là à attendre un geste...
Merci, vous avez mis les mots qui me manquais, e vais pouvoir ouvrir une autre page, dessiner une nouvelle constellation.
Bonne journée
Aurore

ARMALITE a dit…

Ce qu'il faut se dire, c'est que les gens ne s'éloignent pas forcément parce qu'on a fait quelque chose de mal. Ils peuvent avoir d'autres priorités, d'autres envies, ne plus se sentir en phase avec nous et répugner à nous l'expliquer. C'est plus facile de cesser d'appeler et de se voir sans rien dire...

Ness a dit…

Durant les deux dernières années, j'ai été la personne qui a disparu de la constellation de quelqu'un. Je n'arrive pas à expliquer pourquoi rationnellement. Un peu comme si je n'avais pas réussi à ce moment là à mettre tous les morceaux de ma vie ensemble. En résulte un malaise qui fait que je n'ai jamais pu retourner vers cette personne. Je l'imagine dans l'incompréhension la plus totale. Depuis, ce trou dans la constellation est une zone d'ombre, que je n'ose pas aller éclairer.
Par ailleurs, une personne a disparu de ma constellation. Pour un mieux je pense, au final. Et je remarque que la part de moi qui est en colère l'est surtout parce que je n'ai pas eu l'occasion de lui dire ses quatre vérités. ça, c'est mon vilain côté justicier...
J'aime ton image des constellations en mouvement. Reste que chaque étoile à son histoire affective. Du coup, avant le lâcher prise, il y a un moment de réflexion et d'émotions diverses qui me paraît avoir sa place aussi. Mais j'aime d'autant plus l'idée de constellation qu'elle met en lumière qu'il faut aussi savoir clôturer ce moment.

Nelly a dit…

Merci pour ton message. Moi aussi ça m'est arrivé et je me suis longtemps demandée ce que j'avais fait de mal. Et là, je comprends que ce n'est pas forcément moi et qu'on a juste grandi dans des directions opposées.

Morgan a dit…

Hum, intéressant. Perso, j'utilise l'image de chemins de vie qui parfois se croisent, font un bout de route ensemble puis prennent finalement des directions différentes... pour parfois se recroiser plus tard. Mais l'image des constellations est très jolie pour le coup :)
J'ai beaucoup de mal avec la notion d'amitié. Je crois bien que mes seuls proches sont ma famille, parents, frères, et ma compagne. Peut-être pour ne plus être déçue par des relations humaines trop complexes :)

ARMALITE a dit…

Malheureusement, on n'est pas à l'abri que la famille ou le conjoint s'éloigne aussi un jour...

Isa a dit…

Je devrais recopier et encadrer ton dernier paragraphe, pour les jours où j'aurais envie de taper du pied en refusant farouchement ces changements qui, de toute façon, se produisent qu'on le veuille ou non.
Merci.

MlleCMT a dit…

J'ai moi aussi vécu ce genre de situation. Au début, j'étais jeune et je prenais extrêmement mal ce détachement. Je ne comprenais pas, je m'accrochais, j'utilisais toute ma force mentale pour essayer de garder ces personnes dans mon sillage. Et puis, avec l'expérience, l'âge et les conseils de maman j'ai appris à laisser faire. Encore ce fameux "lâcher prise" ! Je pense que certaines personnes entrent dans nos vies, comme des mentors, pour nous apprendre quelque chose, nous aider, nous orienter ou l'inverse, nous sommes là pour elles. Mais cela ne veut pas nécessairement dire que nos destins sont liés à tout jamais. Il ne faut jamais regretter mais plutôt être reconnaissant de ces rencontres plus ou moins furtives. Des petits cadeaux de la vie !

Morgan a dit…

Tout à fait, le conjoint ou la famille peuvent parfaitement s'éloigner. Ne serait-ce que par le temps qui passe et la vieillesse qui fait son œuvre, forcément, un jour ou l'autre, l'équilibre jusque-là tenu est cassé, forcément, et tout est à recréer avec une donne différente.
Quant au conjoint, après 14 ans, je croise les doigts que l'envie ne lui prenne pas :)
La seule certitude qu'on peut avoir, c'est que tout change et évolue, forcément...

mayla a dit…

Tu vois, je suis dans ce cas-là, j'ai une amie qui s'éloigne de moi de plus en plus et qui ne fait pas grand-chose pour sauver notre longue amitié. Je soupçonne ( et sans vouloir me vanter) la jalousie d'être au centre de ce sac de noeuds.
J'ai fait un ultime pas vers elle et si la journée que nous passerons ensemble ne marche pas, je laisserai définitivement le fil se détendre puis se briser... Marre de tenir les amitiés toute seule à bout de bras.
Et je trouve ta philosophie tout à fait exacte. Faire des efforts seul pour voir que finalement ça ne va pas dans les deux sens, c'est de l'énergie inutilement dépensée... Autant se tourner vers l'avenir et la formation de nouvelles constellations ( très jolie image au passage)

Ana a dit…

Les ruptures ou déceptions, c'est dur. Plus inattendu en amitié pour ma part, peut-être parce que je me suis moins "protégée" qu'en amour, ou que j'ai eu la fausse impression que la distance géographique ne faisait rien à l'affaire...

Annick a dit…

Bonjour,
très belle image que celle des constellations.
C'est souvent difficile de réagir ainsi, nous nous laissons prendre par la colère, la rancune....mais c'est le genre de situation qui nous oblige à réfléchir sur nous-memes, sur notre condition.
Comme nous l'enseigne si bien la philosophie bouddhiste rien est permanent mais bien souvent nous l'oublions.
Bonne journée à tous. Annick

Anonyme a dit…

Jolie image, la constellation :)
Tout ceci est un peu inévitable, mais pas toujours définitif. J'ai cru perdre des amis parfois pour constater en tentant une approche qu'il y avait juste un peu trop de chaos dans nos vies respectives et que notre amitié comptait encore des deux côtés. J'ai recroisé avec bonheur une copine de master le mois dernier après que nous ayons été des perdues de vue presque involontaires. Je vois des relations s'étioler tandis que d'autres se renforcent. D'autres se sont réduites à presque rien et je répugne un peu à lâcher les fils ténus qui nous relient encore à peine...
Mais tout cela oscille doucement, à peine, dans un mouvement constant, et quand je songe aux éloignés, je me dis aussi qu'il y a certainement de belles rencontres à venir : )

Mélusine

ARMALITE a dit…

...Et là, je me rends compte que le coup des gens-étoiles, je l'ai inconsciemment emprunté à... la série de thriller pour ados The lying game dont je suis la traductrice. Hum.

HDO a dit…

Mais les constellations apparaissent ordonnées/en ligne depuis notre point de vue, même si, comme c'est en 3D, leur alignement peut être totalement faux, non ? Vieux souvenir d'Asimov.

J'ai un vieux pote qui ne donne jamais signe de vie et qui, quand il le donne, repart dans le néant pour un an. Au début, je tentais de tendre des perches, maintenant j'en ai marre et je me concentre sur le positif : s'il répond, tant mieux, sinon, tant pis, on verra dans 12 ou 18 ou 120 mois.

En revanche, je sens aussi que pour certaines personnes, je ne suis présent qu'en "réaction" et que c'est de ma faute si le fil se détend. Mais ce n'est pas facile de garder ses anciens amis et ajouter des nouveaux. Le plus souvent ça se remplace.

Pour le futur , je *sais* que dans 2 ans, certains amis auront d'autres priorités et que je ne les verrais plus. Ca me désole d'avance, j'essaye de me faire à l'idée et me dire que je vais me tromper.

undecoratedwall a dit…

Super texte, très touchant et très joliment illustré.
J'ai compris qu'il fallait être deux pour faire fonctionner une relation, et que si l'autre avait décidé de se désinvestir pour des raisons pas nécessairement en rapport avec moi, je n'y pouvais rien.
Ce qui fait mal et blesse l'égo, c'est à mon sens de se dire que notre personne n'a pas suffi à retenir la personne.

Suite à ton challenge anti-morosité, j'ai repris contact avec quelques personnes, aussi et surtout parce que c'est la famille... quoique cette fois, ce n'est pas moi qui ai fait le premier pas, toutes mes tentatives précédentes s'étaient soldées par des échecs. J'en suis très heureuse.

Pour les autres, plus trop de regrets. Comme tout le monde, je peux être arrogante, mais en ce qui concerne les relations et les amitiés, je suis capable de revenir à la charge des dizaines de fois pour avoir le fond de l'histoire. Et si tout ça n'a pas marché, c'est que j'ai ma réponse...