mardi 12 novembre 2013

"Bron/broen" saison 1


Une nuit, une panne de courant de moins d'une minute se produit sur l'immense pont qui relie Copenhague à Malmö. Quand les lumières se rallument, le corps d'une politicienne gît précisément sur la démarcation frontalière entre le Danemark et la Suède. Un enquêteur de chaque pays est dépêché sur les lieux. Côté Suède, Saga Norèn, blonde froide procédurière à mort et légèrement autiste. Côté Danemark, Martin Rohde, nounours affable partisan du mensonge qui arrondit les angles. Bien que tout les oppose, ils vont devoir collaborer pour élucider ce qui n'est que le début d'une série de crimes orchestrés de longue date - et avec une maestria époustouflante. 

J'ai récupéré la première saison de Bron/Broen ("Le pont" en danois et en suédois) pendant l'été 2012. Mais à l'époque, je ne me sentais pas capable de regarder une série réputée aussi noire. J'ai donc attendu cet automne pour la visionner enfin, et j'ai bien fait, car elle ne laisse pas le spectateur indemne. 

Comme on peut s'y attendre dans le cas d'un thriller, certaines scènes  de crime  - ou d'autopsie... - sont assez difficiles à avaler. Cependant, c'est surtout l'atmosphère que j'ai trouvé oppressante, voire glauque par moments. D'une part, à cause des problèmes sociaux évoqués (prostitution, sans-abris, maladie mentale, immigration, inégalités devant la loi...). Les Scandinaves sont vraiment doués pour montrer des choses très dures et très réalistes, sans jamais verser dans le racolage ni la complaisance crasse. D'autre part, à cause de la mise en scène. Jamais la moindre couleur vive n'apparaît à l'écran; le ciel est toujours gris, la lumière toujours blafarde et les personnages portent toujours des vêtements ternes. L'architecture des deux villes scandinaves est filmée de telle manière qu'on a l'impression de suffoquer au milieu de cubes de béton, de métal et de verre. J'ai visité Copenhague et Malmö, et si je n'avais pas su que l'action se déroulait là-bas, jamais je ne les aurais reconnues. Formellement, même pour quelqu'un comme moi qui fait très peu attention à la partie "technique" d'une oeuvre de télé ou de cinéma, c'est impressionnant.

Quant à l'histoire, elle part sur des bases plutôt classiques: un tueur en série d'une intelligence diabolique, traqué par deux flics aux tempéraments opposés... Si elle parvient à tenir en haleine sur la longueur, c'est un peu parce que la dynamique Saga-Martin est diablement efficace, et beaucoup parce que le scénario fait la part belle aux personnages secondaires. Parfois, on les suit pendant plusieurs épisodes avant que leur histoire ne vienne se raccrocher à l'intrigue générale, et ils peignent de la société scandinave un portrait loin d'être aussi idyllique que l'image qu'on peut s'en faire. La plupart d'entre eux sont très travaillés, nuancés dans leur caractère, avec des côtés attachants ou propres à susciter la compassion, mais aussi des failles gigantesques. 

Et puis, aux deux tiers environ de la saison, tout bascule complètement. L'action se recentre sur les enquêteurs; l'atmosphère devient plus intimiste mais reste très flippante, bien que dans un registre presque diamétralement opposé. Le développement psychologique des héros, qui s'est fait petit à petit au fil des épisodes, cesse d'être accessoire à l'action pour en devenir le moteur et la pierre d'angle, jusqu'à une des fins les plus brillantes qu'il m'ait été donné de voir sur écran grand ou petit. Alors même que Chouchou et moi avions deviné dès le début de l'épisode 9 la véritable identité et les intentions réelles du tueur, nous ne soupçonnions pas quel élément serait la clé du dénouement - et lorsqu'on l'examine a posteriori, on ne peut qu'être admiratif de la façon habile dont l'élément en question a été amené. Sur ce coup-là, les scénaristes méritent une standing ovation. 

Une saison 2 de Bron/broen est en cours de diffusion dans les pays d'origine. La saison 1 est si bien ficelée et se suffit tant à elle-même que j'aurais quelques appréhensions si des sources fiables ne m'affirmaient pas qu'elle est très bien aussi. Verdict prochainement.

6 commentaires:

Malena a dit…

Ah ben Tunnel sur Canal s'est clairement inspiré de cette série ! Mais les deux premiers épisodes de Tunnel diffusés hier, je n'ai pas du accroché ...

ARMALITE a dit…

Il y a deux "copies" de Bron: The bridge aux US (qui se situe à la frontière mexicaine) et Tunnel en France/Angleterre.

Petite G a dit…

cette série est en attente de visionnage chez nous aussi et tu me confirmes qu'elle est excellente (avec deux adaptations récentes, the bridge et maintenant le tunnel,j'aimerais autant voir l'originale).l'ambiance que tu décris me rappelle "the killing" et pourtant on a malheureusement pas vu la série scandinave d'origine, seulement le remake us, que j'ai tout de même trouvé très très bien et très très oppressante aussi, avec des acteurs au top.

Anonyme a dit…

Ah lala j'ai ADORÉ cette série! Du coup je n'ai pas envie de voir le remake franco/britannique,la version scandinave se suffit à elle-même.
La personnalité de la fliquette suédoise est très déroutante (et originale).
La fin: horrible!
ANNESO

ninise a dit…

merci pour toutes ces critiques de séries et de ivres c'est un plaisir de te lire.

La Petite Bulle d'Elo a dit…

Je vais peut être me laisser tenter car l'intrigue me faisait envie et ton avis confirme cela! :)Je trouve ça chouette qu'on puisse en apprendre plus sur la société scandinave par ce biais là :) Je pense également que je vais regarder Tunnel, car j'aime bien Clémence Poésy et que j'ai envie, après les Reveants de découvrir une chouette série française. Enfin j'espère! Belle soirée!