mercredi 12 décembre 2012

Tu sais Papa




Deux mois déjà ont passé, mais les yeux me piquent toujours chaque fois que j'aperçois une de tes photos. Pourtant je ne me résous pas à les enlever, pas même celle des 5 ans de Cahouète qui me sert de fond d'écran et que j'ai sous les yeux douze fois par jour. Ce serait comme si je cherchais à t'effacer. 

J'ai encore le réflexe de retourner toutes les pièces de 2€ que me rendent les commerçants, pour vérifier si ce ne sont pas des éditions commémoratives limitées. L'autre jour je suis tombée sur celle des JO de Torino. Mais je n'avais plus personne pour qui la mettre de côté, alors je m'en suis vite débarrassée.

Je pense à toi lorsque je vois ton écriture sur le couvercle d'un pot de confiture maison préparée cet été, et je me dis que celle de l'année prochaine n'aura pas tout à fait le même goût. Surtout qu'avec les pattes de mouche de Maman, c'est pas dit qu'on arrive à savoir à quoi elle est avant de mordre dans la tartine.

Mon coeur se serre quand je reçois un mail avec ton nom dans la case expéditeur. Alors que je sais très bien que plus jamais tu ne m'écriras pour me dire tout le mal que tu penses de mes nouvelles chaussures ou de la robe commandée au Royaume-Uni en croisant les doigts pour que ce soit la bonne taille.

Depuis le 17 octobre, je fuis les gens. C'est au-dessus de mes forces de les écouter me raconter leurs petits soucis. Sauf rares exceptions, je n'arrive pas à m'intéresser à eux. Je vis repliée sur mon chagrin, qui est encore un peu de toi. 

Je me dis que ce serait vraiment bien de croire en une vie après la mort, là. De penser qu'on se retrouvera tous un jour dans un ailleurs où les crabes n'existent pas et où les gens qui s'aiment ne sont jamais séparés. Mais la foi, c'est un peu comme l'instinct maternel: à l'usine, ils m'ont pas mis l'option.

Parfois je t'en veux. Depuis quelques années, je vais à tous mes rendez-vous médicaux la trouille au ventre et les jambes en coton, mais j'y vais quand même. Si tu n'avais pas attendu pour consulter que la douleur devienne insupportable et que ta tumeur au colon ait métastasé dans tes poumons, peut-être serais-tu encore là aujourd'hui.

La semaine prochaine, je passe une IRM, cet examen que tu détestais tant. J'appréhende le résultat. Je te demanderais bien de veiller sur moi, mais je sais qu'il n'y a plus d'abonné à ce numéro. Que j'écris dans le vide pour te garder artificiellement dans mon présent, alors que chaque jour qui s'écoule t'éloigne un peu plus de moi.

Ca fait si mal de parler de toi au passé.



20 commentaires:

iloyamé a dit…

Comme je te comprends... Mon père est mort il y aura 23 ans le 26 janvier, j'avais 18 ans et depuis tout ce temps j'ai du apprendre à me construire en boitant, il me manquait une des 2 personnes essentielle à ma vie ! 3 mois après la mort de mon papa, je me suis mise avec un jeune garçon qui est devenu le père de mes 3 enfants, mon mari. Mais depuis 23 ans chaque jour, j'ai toujours une pensée pour mon papa, la peine et la douleur se sont estompées au fur et à mesure, mais ce fut très, très long ! parfois encore j'ai les larmes qui montent et une boule dans la gorge...
Je te souhaite pleins de courage encore une fois ! Je t'embrasse.
Iloyamé...

Myriam,qui n'est plus une elfe fée a dit…

Très émouvant.... Je suis tellement désolée pour toi.

odile a dit…

et puis c'est noël qui arrive???
ET là aussi, le manque devient encore plus insupportable.
1 an et 3 mois que papa n'est plus là er depuis plus rien n'est pareil...
on dit qu'on fait son d'oeil et qu'il faut du temps; tout est tellement aléatoire...
Juste on peux te dire que l'on te comprend...

Sophie a dit…

Je comprends ton besoin de repli et de solitude, mais je voulais te dire que tu me manquais et que c'est souvent difficile de savoir que tu passes la journée pas très loin de moi et que je ne peux rien faire pour t'aider. Souvent, nos lunchs m'ont apporté la légerté dont j'avais besoin pour voir le positif dans une journée et j'aimerais à mon tour essayer de t'apporter cela, deux heures de légerté. Take care.

ARMALITE a dit…

<3 Figure-toi que j'ai pensé plusieurs fois à te contacter ces derniers jours, mais le boulot et le froid m'ont découragée. Je rentre en France demain, donc c'est râpé pour ce mois-ci, mais je te propose un truc: en janvier, je t'invite un midi au Primus pour fêter la perfection du Groseillon. Deal?

Sophie a dit…

deal :-)

Corinne (Couleur Café) a dit…

Quel tendre hommage ! Bon courage !!

EmilieSunny a dit…

C'est vraiment poignant ce que tu as écrit...;-(
Je crois les doigts pour toi la semaine prochaine!

Anna E. a dit…

Je ne me suis pas manifestée il y a deux mois parce que je me sentais bête et ne savais pas quoi te dire - aujourd'hui non plus je ne sais pas quoi dire, mais bon. Alors tout simplement, courage.

dola a dit…

Il y a voilà un an et demi, j'étais comme toi, le coeur serré devant un pot de confiture, les larmes aux yeux en achetant des cartes postales en voyage (j'en envoyais une et en ramenais toujours au moins cinq autres): J'avais le sentiment que cette douleur ne cesserait jamais.
Maintenant je sais avec certitude qu'elle sera toujours là. On ne remet pas d'une amputation, on vit avec c'est tout.Cela n'empêche pas de rire, de vivre, d'être touchée par les petits et grands plaisirs de la vie.
Je pense à toi, à toutes les autres qui lisent...

Myblogsochou a dit…

Ton article m'a donné la chair de poule! Mon papa est malade depuis près de trois ans maintenant. Une leucémie...une saloperie (tu me permettras le terme).
Chaque jour de plus est un jour de gagné,de plus il est à des milliers de kilomètres de moi.
Et je crains à tout instant cet appel, ce grand départ....
J'aurais presque souhaité, juste pour ça, que la fin du monde arrive vraiment le 21 décembre, qu'on parte tous ensemble, sans avoir à perdre un par un les gens qu'on aime. Courage à toi!

Anonyme a dit…

Comme pour toutes les étapes difficiles, on aimerait se dire qu'au bout d'une certaine durée, ça va mieux. On aimerait. Chacun vit cela à sa manière. Peut-être, et excuse ma formulation maladroite, que tout est encore bien trop récent pour que tu aies trouvé la tienne. Prends ton temps.
Je ne t'apprends rien mais ne peux pas dire mieux.
Des bisous et des pensées pour toi.

Mélusine

Ps. Si tu me permets, je te trouve un petit peu dure avec toi-même lorsque tu dis que tu "écris dans le vide pour (le) garder artificiellement dans (ton) présent" ; à mes yeux, si cela peut... je ne sais pas comment l'écrire, t'aider, représenter quelque chose, te permettre de garder un lien en quelque sorte, alors ça ne sera jamais creux. Courage.

L@ure a dit…

De tout cœur avec toi <3 <3 <3

Surella a dit…


Texte très beau et qui m'émeut. Chaque fois que je m'engueule avec mon pere, c'est a dire tres souvent, je me dit que je suis chanceuse de l'avoir encore avec moi malgré notre épée de Damocles (problemes de coeur).
Bon courage pour ton IRM et pour le reste aussi.

sagattine a dit…

Malheureusement c'est une blessure que seul le temps peut atténuer, sans jamais l'effacer.
Je suis de tout coeur avec toi, maintenant que tous mes grands-parents sont partis je sais que les prochains, dans l'ordre des choses, sont mes parents...et même s'ils n'ont pas de problèmes particuliers de santé j'ai peur de les voir partir trop vite (le problème des parents qui ont des enfants sur le tard, beaucoup de gens de mon âge ont des parents plus jeunes).
Je pense bien à toi.

Moi a dit…

Tu sais quoi ? Je vais croire pour deux à la vie d'après etc ...
Comme ça si tu as eu tort (ce dont je suis sure évidemment ;) ) et bien je pourrais te dire (une fois là bas ) "TU VOIS !!!! J'avais raison !"

En attendant, je ne t'en parlerai pas et resterai là au cas ou ;)

:grisbisous:

Nelly a dit…

Très joli texte. Mon copain a perdu sa mère il y a quelques mois et je sais combien c'est dur dans ces cas là. Je pense à toi et t'envoie mes pensées ! Courage

ARMALITE a dit…

Merci à toutes pour vos gentils petits mots.

Et Autre Moi: si tu savais à quel point j'espère avoir tort, pour une fois!!!

Anonyme a dit…

"Moi, mon âme est fêlée, et lorsqu'en ses ennuis
Elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits,
Il arrive souvent que sa voix affaiblie
Semble le râle épais d'un soldat qu'on oublie,
Au bord d'un lac de sang, sous un grand tas de morts
Et qui meurt, sans bouger, en d'immenses efforts."

Charles Baudelaire

JC

Anonyme a dit…

Merci pour ce texte. Dur de garder les yeux secs en le lisant.

C'est ce genre de texte, et le temps qui passe, qui fait que je me pousse à aller voir plus souvent mes parents parce que tout va bien et que ça ne durera pas. J'appréhende beaucoup ce moment et essaie sans grand succès de m'y préparer et de profiter de l'instant. Même ça, c'est pas évident, alors après, j'ose pas imaginer...

Herr Okan