samedi 17 mars 2012

"David, les femmes et la mort"


Longtemps, j'ai fui comme la peste tous les livres dont je savais qu'ils parlaient du cancer. Depuis que j'ai réussi à surmonter mes angoisses maladives, curieusement, c'est l'inverse qui semble se produire. Ces ouvrages-là m'attirent presque, comme si je tentais d'apprivoiser l'idée de la fin, de me familiariser d'avance avec le chagrin pour mieux l'accepter le moment venu. L'esprit humain est décidément étrange.

David, la soixantaine passée, est un homme du genre taiseux. Quand il apprend qu'il a un cancer du larynx, il ne l'annonce pas tout de suite aux femmes qui l'entourent: sa deuxième épouse Laura, sa cadette de presque 20 ans; Myriam, la fille adulte issue de son premier mariage et qui vient juste de devenir mère à son tour; et Tamar, 9 ans, qu'il a eue avec Laura. C'est muré dans son silence qu'il affronte la chimio, l'épuisement, les vomissements et la nouvelle qui tombe comme un couperet: il ne lui reste que six mois à vivre. Il ne trouvera la force de dire à Laura combien il l'aime que par écrit, lorsqu'une opération l'aura privé de sa voix. Et c'est également par écrit qu'il demandera à Georg, son médecin et ami, de mettre fin à ses souffrances bien que l'euthanasie soit illégale dans leur pays.

Sans les critiques dithyrambiques lues ça et là, je n'aurais probablement jamais ouvert "David, les femmes et la mort" tant le dessin de Judith Vanistandael me rebute au premier abord. J'ai décidé de passer outre dans l'espoir que l'histoire, à tout le moins, en vaudrait la peine. Résultat: hier après-midi, j'essayais désespérément de cacher mes joues baignées de larmes au beau milieu de Filigranes, tandis qu'à la table derrière moi le propriétaire de la librairie et l'attachée de presse d'un quelconque évènement culturel discutaient stratégie publicitaire.

Ce n'est pas seulement le thème de ce roman graphique ni son issue qui m'ont bouleversée: c'est l'immense pudeur et la subtilité avec lesquelles l'auteur déroule des scènes puissamment émouvantes. Elle n'est pas dans le pathos; elle ne cherche pas à tirer des larmes faciles à ses lecteurs. Elle essaie juste de rester au plus près de la vie dans tout ce qu'elle peut avoir de douloureux, de révoltant mais aussi de drôle et de poétique, parfois. Et sa fin est absolument parfaite. Une double page avec juste cette eau sur laquelle David aimait tant naviguer. Une autre avec un portrait de lui, souriant, avant que la maladie commence à le diminuer. Non, ce n'est pas une oeuvre gaie. Mais elle est belle, et elle est vraie.

Pour les masos dans mon genre, Judith Vanistandael dédicace son album aujourd'hui chez Filigranes à partir de 15h.

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