lundi 12 décembre 2011

"Sunset Park"


De mon point de vue, on peut classer les romans de Paul Auster en deux catégories: les grandes fresques américaines (comme "Brooklyn Follies", "La nuit de l'oracle", "Moon Palace" ou"Léviathan") et les expérimentations littéraires, généralement doublées d'une réflexion sur la condition d'écrivain ("La Trilogie New-Yorkaise" ou "Dans le Scriptorium"). Autant j'adore les premières, autant les secondes m'ennuient à mourir.

Ca tombe bien: "Sunset Park" se classe résolument parmi les oeuvres les plus "classiques" de l'auteur. Rongé par le souvenir de la mort de son demi-frère, dont il se sent responsable, Miles Heller a fui sa famille et New-York où il avait grandi pour se réfugier en Floride. Au moment où sa liaison avec une mineure va l'obliger à disparaître une nouvelle fois, son vieil ami Bing lui propose de rejoindre la petite communauté de squatteurs qu'il a fondée à Brooklyn...

Comme "Invisible", le précédent opus de Paul Auster, "Sunset Park" est un roman assez court, caractérisé par la multiplicité des points de vue. Outre Miles, on suit ses trois colocataires - Bing, le grand nounours barbu qui tient un Hôpital des Objets Cassés; Ellen, une artiste refoulée que ses pulsions sexuelles inassouvies sont en train de rendre dingue; Alice, l'archétype de la fille formidable et de la thésarde studieuse - ainsi que ses parents séparés depuis belle lurette - Morris l'éditeur respecté mais menacé par la crise, Mary-Lee l'actrice vieillissante qui s'apprête à aborder un rôle difficile au théâtre. L'auteur réussit à faire de chacun d'eux une personne vivante et complexe, hautement imparfaite mais à la trajectoire parfaitement compréhensible. Plus encore que son style dont j'apprécie la fluidité, c'est cette belle empathie envers la nature humaine qui me fait apprécier Paul Auster. Je regrette un peu qu'il se contente d'effleurer l'angle social qui aurait pu être très intéressant à explorer, mais son propos n'a jamais été politique.

Par contre, la fin... Cette fin en queue de poisson qui laisse Miles à un tournant crucial, confronté à un choix qui modèlera peut-être toute la suite de sa vie, m'a remplie d'une profonde frustration. C'était bien la peine de suivre, pendant 300 pages, son cheminement vers une forme de rédemption pour l'abandonner alors même que tout ce qu'il a accompli est remis en cause! J'imagine que, de la part d'un auteur aussi chevronné que Paul Auster, il s'agit d'une décision mûrement réfléchie. Mais franchement, du point de vue du lecteur, ça ressemble surtout à une façon désinvolte de terminer un bouquin pour lequel on n'imaginait pas de conclusion satisfaisante.

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