samedi 16 avril 2011

"Et puis derrière elles se faisaient des choses biza-arres"


Malgré la pluie de la veille, ouvrir les yeux le matin sur un beau ciel bleu. Fouler aux pieds les pétales violines qui jonchent le sol devant l'école primaire en se demandant ce que ça peut bien être, cet arbre. Assise dans un TER tout neuf, savourer le bonheur de gagner la ville voisine en 12 minutes au lieu de la grosse heure que met le bus habituel (en brinquebalant à tout va et en nous filant la nausée).

Traverser le centre-ville qu'on connaît par coeur en savourant les 23° et la légère brise printanière. Humer à pleins poumons la bonne odeur des olives et des tomates fraîches sur le marché provençal. Se ravitailler en produits Avène et Esthederm à la parapharmacie la moins chère du coin; papoter gaiement avec la vendeuse qui, du coup, déverse une pluie d'échantillons de produits de beauté dans le sac. Passer chez Sephora faire des courses pour les copines belges et jubiler en constatant la présence d'un stand Urban Decay; rafler le dernier compact de poudre DeSlick en résistant à l'envie de se lancer dans une danse de la victoire. Retrouver Etre Exquis dans les rayons. L'entraîner à la Fnac pour acheter une carte SD à donner à manger au Lumix LX5 tout neuf, et froncer un sourcil dubitatif en le voyant se jeter sur le dernier Massilia Sound System. "Commando fada", sérieusement, c'est un titre de chanson? Se laisser tenter par le dernier roman de Sylvie Testud dont on a lu tant de bien, parce qu'au bout du troisième omnibus, on cale un peu sur PG Wodehouse, là.

Prendre en voiture le chemin de la grande plage la plus proche, celle où se retrouvent tous les surfeurs, celle qui d'ici deux mois sera noire de touristes. S'installer à une petite table sous les canisses et commander une coupe de champ' en apéro. Puis une salade César, pour être raisonnable, même si le "T-bone de veau et sa sauce au foie gras" nous font de l'oeil sur l'ardoise du menu. Regarder autour de soi avec un sourire idiot. Se faire offrir un digestif par la serveuse et découvrir à 40 piges qu'on adôôôre le Get 31. Reprendre le chemin de la ville avec un best of d'Indochine à fond et les vitres ouvertes. Chanter (faux) en s'esclaffant que quand même, les paroles, c'est n'importe quoi. S'entendre répondre que n'importe quoi ou pas, le groupe a rempli le Stade de France 30 ans après sa création. Certes. Avoir comme toujours le souffle un peu coupé quand, au détour d'un virage de la corniche, la mer perdue de vue depuis 15 km dévoile soudain son étendue bleu foncé scintillante, en contrebas sur la gauche. Se dire que même si on passe désormais les trois quarts de son temps ailleurs, on sera toujours viscéralement d'ici. Et qu'on aime vraiment vraiment le type qui braille Canary Bay en choeur avec nous, même s'il a encore oublié de nous souhaiter notre anniversaire. Etre presque déçue quand il nous dépose devant le centre commercial: on aurait bien prolongé un peu ce moment de complicité béate.

Errer un peu dégrisée sur les passerelles où l'on croise des tas de Lolita Goths et de personnages de mangas: tiens, ça ne serait pas le week-end de Manga Expo? Faire quelques courses chez Carrefour, sans conviction. Pester parce que le seul exemplaire dans notre taille du seul T-shirt qui nous plaît chez Zara a une grosse tache violette sur le devant. Retrouver un second souffle en apercevant, dans la vitrine du torréfacteur qui vend Mariage Frères, une théière en forme de Georges-Arthur. Jolie et même pas chère: allez, zou! Oh, et notre marque chouchou Quai Sud (une entreprise locale présente jusque chez Mmmmh à Bruxelles) fabrique désormais du sucre à la framboise, depuis le temps qu'on en cherche!

Devant la terrasse du café le plus bourge de la ville (et néanmoins aimé car situé devant une sublime fontaine), hésiter: s'asseoir et boire un Coca Light en entamant le Sylvie Testud, ou pas? Ce sera: pas. Chez Cache-Coeur, dénicher tout à fait par hasard un blouson en jean indigo très court qui sera parfait pour réchauffer nos robes d'été. S'arrêter presque une heure chez Swarovski pour discuter avec Kiki et faire réparer l'antenne cassée de l'escargot en cristal de Mère. Mieux qu'une réparation, obtenir un échange direct. Il y a des jours où tout se passe presque comme sur des roulettes. Ou sur les roues du train qui, peu après 18h, nous ramène chez nous toujours en 12 minutes.

A peine reconnectée à internet, découvrir que Georges-Arthur, qu'on pensait s'être perdu entre Lausanne et Bruxelles, nous attendait sagement au magasin de la proprio de notre appart. Yeaaah! Faire traîner un peu le déballage des paquets pour ne pas que la journée se termine trop vite. Demain, il faudra attaquer une nouvelle trad avec un timing serré, aller chercher la nouvelle Livebox au Relais Presse où elle vient d'être livrée et tâcher de l'installer, converser une heure avec la voisine sourde comme un pot qui relève le courrier en notre absence. Mais aujourd'hui était une journée divine, et on voudrait bien garder le temps suspendu encore un peu.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Une journée divine, qui donne le sourire même à la lecture...Sophie