dimanche 27 mars 2011

Paroles de Stambouliotes


Malgré ce que j'avais entendu dire, les gens d'ici parlent très mal anglais dans l'ensemble, et communiquer avec eux se révèle difficile. C'est l'une des raisons pour lesquelles je ne me sens pas à l'aise à Istanbul: je n'ai pas l'habitude de ne pas pouvoir me faire comprendre lorsque je voyage, et ça me gêne vraiment. Quelques échanges amusants (ou pas...) avec les autochtones.

Jeudi soir, dans une rue commerçante située au-dessus de la tour de Galata. Nous revenons de dîner au Konak Café; il est déjà tard mais quelques boutiques restent ouvertes. Je m'arrête dans l'une d'elles pour acheter un magnet représentant le drapeau turc. "Vous venez d'où?" me demande le vendeur. Ma réponse éclaire son visage d'un grand sourire. "Ah, j'aime beaucoup la France! Il y a cinq ans, votre juge de l'Eurovision a donné 12 points à la Turquie, alors depuis, j'aime beaucoup la France!" A quoi ça tient tout de même, l'entente entre les peuples...

Vendredi en fin de journée, dans le bazar égyptien. Je m'approche d'un étal couvert de lampes d'Aladin miniatures et commence à examiner l'une d'elles. Le vendeur me promet qu'elle exaucera trois voeux à condition que je les fasse tous à la fois et sans les partager avec personne. Pendant que j'hésite, et pensant sans doute me flatter pour m'inciter à acheter sa marchandise, il s'exclame: "Vous ressemblez à Nana Mouskouri!". Dire ça à une femme qui s'apprête péniblement à passer le cap de la quarantaine le lendemain, ce n'est pas une gaffe, c'est de la cruauté mentale. Note à moi-même: filer chez le coiffeur dès mon retour à Bruxelles.

Samedi, pendant une balade à Ortakoÿ, ancien village de pêcheurs boboisé, désormais envahi par les échoppes d'artisans. A l'étalage de l'une d'elles, je craque pour une bague très originale, représentant une rose en corail posée sur un nid de feuilles en argent. Je l'essaie: elle me va nickel. Je cherche un vendeur du regard. Personne. Au bout de quelques minutes, je finis par apercevoir un adolescent maussade à un bout des présentoirs. Il ne s'intéresse pas du tout à moi et je dois insister pour attirer son attention. Je lui demande combien coûte la bague; il la prend, disparaît un moment, revient et me la fourre de nouveau dans les mains en marmonnant: "Soixante-cinq". Je hasarde: "C'est cher", mais déjà, il m'a tourné le dos et m'ignore soigneusement. Un peu refroidie, je m'apprête à reposer la bague et à partir quand j'aperçois un autre vendeur à l'extrémité opposée des présentoirs. Je lui pose la même question; il me sourit et pose la bague sur une balance en m'expliquant que ça dépend du poids. Soit. L'objet de ma convoitise fait 10,7 grammes. "Soixante liras", m'annonce le vendeur. A ce stade, j'en ai un peu marre; je veux juste payer la bague et m'en aller avec. Du coup, je réponds juste "OK" et plonge la main dans mon sac pour y prendre mon portefeuille. Etonné et vaguement dépité, le vendeur ajoute très vite: "Vous ne réclamez pas de réduction, mais je vous en fais une quand même. Disons cinquante-cinq." Ce qui signifie sans doute que j'aurais pu l'avoir à quarante, mais je déteste marchander. Au final, c'est Chouchou qui me l'offre.

Un peu plus loin, nous nous arrêtons à un stand qui vend des patates au four garnie de toutes sortes de cochonneries (olives, raita, fromage, saucisses, champignons...). Je demande poliment à l'un des quatre vendeurs alignés derrière le comptoir: "Vous parlez anglais?". Un de ses collègues me répond sur un ton agressif: "Et vous, vous parlez turc?". Non, gros con. J'ai clairement le teint de lavabo d'une touriste; je ne vois pas pourquoi je parlerais turc. Je te signale par ailleurs que l'anglais n'est pas ma langue maternelle mais un effort consenti pour communiquer avec les étrangers. Et si tu ne veux vendre tes patates qu'à des gens qui causent ta langue, vu l'endroit où tu t'es installé, ton chiffre d'affaires va très vite en prendre un coup dans le tubercule. J'dis ça, j'dis rien. D'ailleurs, je ne dis rien, ça vaut mieux.

1 commentaire:

funambuline a dit…

C'est sûr que ne pas aimer marchander, à Istanbul, ça le fait moyen... Argh, je n'ose imaginer le reste du séjour...