mercredi 16 mars 2011

Où la fée Dragée manque saboter ma nouvelle carrière de présentatrice


Lundi matin, c'est avec un enthousiasme extrêmement douché par la catastrophe en cours au Japon que j'ai quitté le chouette hôtel où Editeur Préféré m'avait réservé une chambre pour la nuit. J'avais quelques heures à tuer dans Paris avant le début de mes engagements professionnels, et aucune envie précise à part celle de ne pas me ruiner. J'étais déjà passée au Virgin et au Séphora des Champs-Elysées la veille au soir; c'est donc vers Opéra et le Boulevard Haussmann que mes pas m'ont menée par défaut. J'ai erré dans le quartier, entrant et ressortant de quelques magasins sans que rien parvienne à éveiller mon intérêt. A midi pétante, je m'attablais seule au Higuma, ma cantine japonaise de la rue Sainte-Anne, et je commandais un miso set dont je n'ai jamais réussi à venir à bout. Puis je suis repassée à l'Hôtel Français chercher ma valise de 32 kilos, a.k.a. "le monstre turquoise", et je l'ai traînée bon an mal an dans le métro jusqu'aux anciens locaux d'Editeur Préféré où l'enregistrement de l'émission devait avoir lieu.

Arrivée avec 20 minutes d'avance, j'ai trouvé l'endroit désert. Bref instant de panique: et si les interviews prévues avant l'enregistrement étaient censées se dérouler dans les nouveaux locaux... à deux ou trois rues de mon hôtel? Je me voyais déjà refaire le trajet en sens inverse quand quelqu'un de bien planqué jusque là est enfin venu m'ouvrir. Leslie, l'attachée de presse d'Editeur Préféré, a débarqué une demi-heure plus tard en compagnie des deux auteures à qui je devais servir d'interprète pour l'après-midi: Patricia B. et Kelley A. Les présentations faites, nous nous sommes installées pour les premières interviews. Il s'agissait pour moi de traduire les questions en anglais, puis les réponses en français. L'exercice n'était pas trop difficile, juste un peu compliqué par le fait que je n'avais lu aucun livre des deux stars du jour. Je savais seulement que c'était de la bit-lit. Mais quand les titres et les noms de personnages ont commencé à fuser dans tous les sens, j'ai dû bien tendre l'oreille et surtout faire fonctionner ma mémoire pour ne rien oublier. Cela m'a permis de me familiariser un peu avec les auteures et leurs univers respectifs avant de passer aux choses sérieuses: l'enregistrement de l'émission, pendant lequel il serait hors de question de bafouiller, de raconter des conneries ou de demander à quiconque de se répéter vu que ça devait être diffusé en direct sur internet.

Patricia et Kelley sont très différentes. La première, silhouette moelleuse, jean-baskets, longs cheveux blonds et visage nu à part ses lunettes, a le rire facile et une personnalité immédiatement chaleureuse. Elle avoue avoir un peu de mal à s'astreindre à un rythme d'écriture régulier et raconte volontiers les anecdotes rigolotes liées à son travail. Son mari l'a accompagnée; ils forment un couple jovial, affectueux et volontiers bavard. Par contraste, la seconde, brune et mince, a les cheveux courts, s'est mis un soupçon de maquillage dès sa descente d'avion le matin même, porte un pantalon noir et un chemisier bordeaux et semble plus réservée au premier abord. C'est une ancienne programmeuse informatique, et de son ancienne activité, elle a conservé la rigueur à toute épreuve. Mais dès qu'elle parle de livres, les siens ou ceux des autres, ses yeux se mettent à briller et un large sourire éclaire son visage. Malgré leurs divergences de caractère, il apparaît très vite que ces deux femmes sont animées par la même passion et également éperdues de reconnaissance de pouvoir en vivre. Et elles ne manquent d'humour ni l'une ni l'autre, comme elles l'ont démontré pendant l'émission.

...Emission avant laquelle un mini-drame a failli avoir lieu: la trousse à maquillage du studio avait disparu! Par chance, j'avais un tube de fond de teint Avène dans ma valise, et Patricia comme Kelley ont la même carnation de bidet porcelaine que moi. Je me suis donc empressée de leur tartiner la figure pour ne pas qu'elles brillent sous les projecteurs. Leslie a fait entrer notre public, parmi lequel j'ai reconnu quelques têtes familières du forum AFBA. Le temps que tout le monde s'installe, David qui s'occupait de la régie a lancé le générique de l'émission. Et c'est là que la partie difficile a commencé, car je n'avais le droit ni à l'erreur, ni à la plus petite seconde de relâchement. Je ne pouvais pas me permettre de louper un seul mot de ce que disaient Patricia et Kelley, et je ne pouvais pas non plus dormir pendant les questions d'Emmanuel le présentateur, même si j'avais pu les lire avant le début de l'enregistrement. Les interviews m'ont bien aidée, car certains thèmes déjà traités à cette occasion sont revenus pendant l'émission, ce qui m'a permis de me détendre un peu. Je ne me suis laissée perturber que lorsqu'un portable s'est mis à sonner. Emmanuel et César le caméraman ont foudroyé le public du regard pendant que je mourais intérieurement de honte. Mais personne ne m'appelle JAMAIS en temps normal, alors forcément, j'avais oublié d'éteindre mon Nokia, voilà. J'ai été punie de ma négligence par une bonne petite sueur froide qui s'est répétée trois fois tandis que Chouchou s'obstinait à tenter de me joindre et que je faisais de mon mieux pour focaliser mon attention, non pas sur l'air de la fée Dragée, mais sur ce que continuaient à dire Patricia et Kelley.

Au bout d'une grosse heure, l'émission s'est enfin achevée, et j'ai pu pousser un gros soupir de soulagement. Je ne suis pas spécialement traqueuse, mais mes nerfs venaient d'en prendre un petit coup. Les gens de chez Editeur Préféré ont eu la gentillesse de m'assurer que j'avais été très bien, que Dieubouddhallah les bénisse pour leur indulgence. Il était 19h15 et mon train ne partait qu'à 20h25, mais je me méfiais des embouteillages. Aussi, j'ai demandé à Leslie de m'appeler un taxi tout de suite, et je n'ai pris le temps ni de faire des photos, ni de papoter avec personne. Après un "au revoir et à samedi" lancé à la cantonade, j'ai péniblement remonté le monstre turquoise jusqu'au niveau de la rue. Mon chauffeur est arrivé très vite, et c'est avec un agréable sentiment de devoir accompli que je me suis laissée conduire en admirant les rues de Paris sur lesquelles la nuit venait de tomber. A la Gare du Nord, j'ai eu la bonne surprise de découvrir que Leslie m'avait pris un billet de retour en première classe. A moi le wifi gratuit et le super plateau-repas, mieux que dans n'importe quel avion que j'ai jamais pris à part peut-être ceux de Japan Airlines (RIP)! J'ai passé l'heure et demie de trajet à me la péter avec mon Macbook et ma jupette rouge, en me disant que je pourrais facilement prendre goût au luxe...

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