mardi 8 mars 2011

Like sand through his fingers

Il ne va pas aussi bien que je l'espérais. N'a pratiquement pas repris de poids et stagne autour de 52 kilos. Se plaint de douleurs constantes au ventre et dans la cuisse où on lui a fait des piqûres pendant plusieurs semaines, ainsi que d'une envie persistante d'aller aux toilettes que je surnommerais bien la "douleur du caca fantôme" si j'avais davantage le coeur à rire. Son moral est fluctuant mais globalement pas terrible. Bien sûr, ce n'est rien à côté des souffrances atroces qui le torturaient à l'automne dernier. Mais du coup, il a l'impression qu'il ne récupèrera pas, qu'il n'ira plus jamais bien. En filigrane, je sens sa peur de n'être pas guéri du tout.

Son cancer a brisé quelque chose en lui. C'est comme si, à 64 ans à peine, il entamait la lente descente vers la dépendance, le retour à l'état d'enfant capricieux et incapable de faire les choses par lui-même. Quand nous sommes arrivées hier soir, avec Soeur Cadette qui était venue me chercher au terminus du métro, il a verrouillé la porte derrière nous en rigolant: "Hé hop, plus personne ne sort, on reste tous ensemble et on retourne 40 ans en arrière". J'ai deviné qu'il ne plaisantait qu'à moitié, qu'il sentait son temps lui filer entre les doigts et qu'il ne savait pas quoi faire pour le retenir.

8 commentaires:

funambuline a dit…

Je ne voulais pas t'en parler plus tôt, parce que c'est plus noir que rose, mais les réflexions de Martin Winckler sur son propre cancer et comment vivre avec (pendant et après) pourraient peut-être être une lecture intéressante, pour toi et/ou ton père...

(sur son site donc, mais peut-être va-t-il publier un jour ?)

Anonyme a dit…

hello toi,
de mon expérience, je te dirai que c'est normal. ça va aller mieux, mais doucement. Cette maladie change la vie, il doit s'adapter au nouveau lui, avec des nouvelles données, une sorte d'autre vie. Je suis en pensée avec toi et dispo quand tu reviens. Sophie

Egogramme a dit…

funambuline > Ah tu penses que c'est Martin Winckler, lui-même qui a un cancer ?

J'ai toujours pensé que le médecin patraque (http://martinwinckler.com/rubrique.php3?id_rubrique=52) était quelqu'un d'autre.
Parce qu'il écrit qu'il est à la retraite, qu'il est âgé (72 ans ?), qu'il avait été le secréataire d'un parti politique, etc
http://martinwinckler.com/article.php3?id_article=1040

Et cela pourrait cadrer avec le fait que Martin Winckler ouvre son site à d'autres contributeurs(Scarabée, etc).

Egogramme a dit…

Armalite, je voulais te remercier pour ce partage: je compatis et cela me fait réfléchir.

Je n'ai pas d'expériences similaires avec un de mes parents ou avec quelqu'un de l'âge de ton Papa.
De mon expérience avec ma grand-mère, je trouve que l'on chérit les moindres moments de complicité car on mesure la fragilité de la vie. La maladie met à nu, casse les "rôles" sociaux et familiaux, les certitudes et les routines et cette fragilité humaine peut permettre une connexion entre êtres assez rare.

ARMALITE a dit…

C'est tout à fait juste... même si je te souhaite de ne jamais connaître ça!

C. a dit…

C'est dur à lire. Et ça fait peur.
Cette maladie reste tapie pas loin, longtemps j'ai l'impression...

Pour mon père, nous sommes encore dans l'incertitude.
Les premières étapes de la prise en charge se sont passées aussi bien que possible, mais aujourd'hui les choses déraillent. C'est peut-être sans gravité, mais cela repousse les soins, les étapes suivantes, la guérison...
Il ne se plaint pas, se tait, subit.
Ma mère angoisse, est submergée.
Mes sœurs et moi faisons ce que nous pouvons. De loin. C'est peu.

C'est une épreuve inimaginable que de voir un parent dans un tel état de faiblesse physique et morale.
Comment l'aider et comment réussir soi à continuer à vivre ?

Je compatis de tout cœur à ce que tu traverses avec ta famille. Et j'espère que ton père trouvera la force de se projeter dans l'avenir...

ARMALITE a dit…

Inimaginable, oui, et très difficile à accepter... Bon courage à toi et à ta famille. J'ai malheureusement l'impression que cette épreuve est plus courante qu'on ne pourrait l'espérer.

funambuline a dit…

@ Epogramme : c'est bien Winckler lui-même le médecin malade.