vendredi 11 mars 2011

Comme un goût de cendres

La dernière fois que je suis restée devant la télé toute la journée, c'était le 11 septembre 2001. Mais ce matin, quand je me suis levée à 8h35 (chez mes parents, on se couche tôt et par conséquent je me réveille de même), la nouvelle venait juste de tomber: un tsunami était en train de ravager le Japon. Alors, au lieu de déjeuner très vite et de me mettre au boulot pour finir la relecture de mon petit bouquin de zombis avant midi, comme prévu, je me suis calée devant LCI.

Les mêmes images tournaient en boucle. Nappes de vase et de débris flottés qui engloutissaient irrésistiblement la zone côtière autour de Sendai, emportant voitures, bateaux et même bâtisses comme de vulgaires jouets d'enfants - un chaos auquel on aurait du mal à croire si on ne gardait pas en tête les images de l'Indonésie ravagée fin 2004. Et puis à Tokyo, la terre qui tremblait, les immeubles qui vacillaient mais ne s'écroulaient pas, les pancartes qui se balançaient follement, les livres qui s'écrasaient par terre dans une bibliothèque, les écrans d'ordinateur qui suivaient le même chemin dans un bureau, et les gens d'un calme étonnant, si bien préparés et si disciplinés. J'ai pensé que ça aurait pu être pire; qu'en France, les mouvements de panique auraient fait au moins autant de dégâts que l'eau et les secousses réunies.

J'ai quand même bouclé ma relecture, et puis ma déclaration de revenus avec. J'ai fini à 15h; j'aurais pu emprunter la voiture de mon père et aller me promener, mais une sorte de fascination morbide m'a retenue devant la télé. Le compte des victimes augmentait d'heure en heure; un incendie s'était déclaré dans une centrale nucléaire; le système de refroidissement de deux autres réacteurs était tombé en panne et on commençait à évacuer la population alentour. De l'autre côté de l'océan, heureusement, les côtes américaines ne recevaient que quelques vaguelettes un peu plus hautes que la moyenne.

Du coup, j'ai eu du mal à m'enthousiasmer ce soir pour le spectacle des Enfoirés. C'était pourtant la première fois que je pouvais le regarder depuis des années, et en bonne Bisounourse que je suis, je m'en réjouissais d'avance. Je sais qu'on fait de multiples reproches aux Restos du Coeur et aux artistes qui les représentent, mais j'ai choisi d'ignorer les rumeurs pour me concentrer sur le côté solidaire et festif de cet événement. Goldman déguisé en dragon et Kad Merad en Cthulhu, c'est quand même plutôt sympa, non?

...Mwi bon bof. Est-ce parce que j'ai dû supporter l'omniprésente Zaz dont le côté populo racoleur m'horripile, plus ma némésis musicale en la personne de Christophe Maé? Est-ce parce qu'il ne reste plus grand-monde que j'aime vraiment dans la troupe, hormis Goldman et Nolwenn Leroy? Est-ce parce que je me demandais combien avaient coûté tous ces costumes somptueux et ces beaux décors qui changeaient à chaque morceau? Est-ce parce que je trouve de plus en plus honteux qu'on ait encore besoin des Restos 25 ans après leur création? Ou est-ce tout simplement que le malheur qui frappait le Japon ternissait tout le reste à mes yeux? Ce soir, la fête avait comme un goût de cendres.

5 commentaires:

funambuline a dit…

N'est-ce pas également parce que c'est un spectacle formaté "vers le bas" ?

Sinon, j'ai également été très très très impressionnée par les réactions calmes et polissées des japonais. Ast-tu vu les images des sessions du Parlement pendant le tremblement de terre ? Il a duré près de 5 minutes, on voit tous ces politiciens, aux visages légèrement inquiets pour certains, impassibles pour d'autres, rester assis, sans rien dire, en attendant que ça se termine. Le regard du Premier Ministre est éloquent. On sent qu'il sait ce à quoi il va devoir faire face, les décomptes de morts et de dégât, et qu'il prend sa respiration avant l'action.
Une de ses images qui restent à vie !

ARMALITE a dit…

Non, je n'ai pas vu les images dont tu parles, mais d'autres tout aussi éloquentes...

Anonyme a dit…

C'est encore plus impressionnant lorsqu'on n'a pas la télé, juste la radio vite fait en allant au travail vendredi matin, et qu'on entend égrener les dégâts en rallumant la radio le soir, qu'on se précipite sur le net et qu'on découvre l'ampleur de la catastrophe... J'en avais les larmes aux yeux. Et chaque fois qu'on entend de nouvelles informations, c'est pire...

Mélusine

Helolie a dit…

Pour ma part, j'ai été bouleversée par les photos vues ici : http://L9.fr/6mW



PS : Bon courage pour demain

M'dame Jo a dit…

Je me suis fait la réflexion vendredi matin que ce serait problement un de ces événements pour lesquels je me souviendrai longtemps de ce que je faisais quand j'ai appris la nouvelle...