lundi 8 juin 2009

Exposition CALLE SOPHIE aux Bozar

Sophie Calle est une de mes artistes préférées tous genres confondus, une des personnes que je convierais à mon dîner idéal avec Leonard Cohen et Pierre Dubois. Depuis trente ans, elle produit des oeuvres autobiographiques qui trouvent leur source dans son quotidien et ses rencontres avec autrui.
Parfois, elle exploite des évènements qui lui tombent dessus (ses ruptures amoureuses ou la mort de sa mère) comme si cela lui permettait, à défaut de leur donner un sens, de se distancier de la douleur qu'ils provoquent en les disséquant ou en les rabâchant jusqu'à la nausée. Parfois, elle se lance dans des projets conceptuels juste pour voir où ils vont la mener: elle suit un inconnu choisi au hasard dans la rue jusqu'à Venise ou se fait elle-même filer par un détective privé; elle invite des gens à venir dormir dans son lit, chez elle, ou juste à lui raconter une histoire dans ce même lit installé l'espace d'une nuit au sommet de la Tour Eiffel; elle consulte des voyantes et se rend aux endroits qu'elles lui indiquent. Elle a fait de sa vie le sujet de son art et tente avec son art de donner une structure, un sens à sa vie.

L'exposition visible aux Bozar de Bruxelles jusqu'en septembre est une sorte de rétrospective qui reprend une vingtaine de projets étalés sur l'ensemble de sa carrière. Je connaissais la plupart d'entre eux à travers l'énorme livre-catalogue "M'as-tu vue?", mais j'ai eu la bonne surprise d'en découvrir de nouveaux: les plus récents, bien sûr. Le matériau est foisonnant et très dense; il faut beaucoup de patience pour lire tous les textes présentés, et j'avoue n'avoir pas eu le courage de regarder en entier le film de 72 mn sur son road trip aux USA (alors que je le louerais volontiers s'il était disponible en DVD).
J'ai été assez intriguée par le choix scénographique consistant à présenter les oeuvres par ordre chronologique inverse. Ainsi, l'expo s'ouvre sur un projet de 2008 et se termine par le début de la carrière de l'artiste. Et "Douleur exquise", dans lequel Sophie Calle raconte aux gens qu'elle rencontre l'histoire de sa récente rupture dévastatrice et leur demande en retour de lui raconter l'événement le plus douloureux de leur vie, commence quand elle est parvenue à réduire son histoire à trois lignes qui ne la font plus souffrir et s'achève sur la rupture même, survenue trois mois plus tôt.
A ceci j'ajouterai que les salles des Bozar sont très bien éclairées et abritent quantité de sièges où les visiteurs peuvent reposer leurs jambes lasses. Bref, une expo à voir pour les fans de Sophie Calle et les amateurs d'art moderne qui ne connaîtraient pas encore son travail.

9 commentaires:

Gabrielle a dit…

Au début elle m'irritait.
Cette façon sans cesse qu'elle a de mettre en scène les (non) événements de sa vie, de tout dévoiler, ses rencontres amoureuses, ses rencontres tout court, (avec Paul Auster notamment qui la met en scène dans son "Léviathan", et lui proposera de vivre une expérience dans la rue à NYC ).
Et puis je l'ai entendu raconter simplement sa vie, son enfance en Camargue, son processus créatif, ses amours brisés sur France Culture...
J'ai vu son trip américain avec son compagnon où elle fait le décompte des jours où ils n'ont pas fait l'amour.
À la fin, j'ai complètement changé mon point de vue sur cette elle. Elle est authentique .
Il n'y avait pas aucune forfanterie finalement dans tout ça... C'est sa manière à elle de vivre les choses qui est différente.

Egogramme a dit…

L'exposition devait commencer par les oeuvres les plus anciennes. Mais les travaux au Bozar en ont décidé autrement.

ARMALITE a dit…

Je l'ignorais. Cela dit ce n'est pas désagréable non plus dans ce sens-là, en tout cas moi j'ai apprécié parce que ça m'a permis de découvrir les oeuvres que je ne connaissais pas encore tout au début, quand mon attention était la plus soutenue.

antonia a dit…

J'adore Sophie Calle et j'ai toujours un pincement au coeur quand je passe devant son téléphone sur le pont du Garigliano, espérant que le téléphone sonne et que je puisse décrocher et lui parler !

ARMALITE a dit…

Les Bozar organisent une rencontre avec elle le 18. J'ai envoyé un mail pour voir si je pouvais y participer. Je croise les doigts! J'adorerais la faire poser avec Régis ^^

ARMALITE a dit…

Egogramme: merci pour ton très gentil commentaire que je ne publie pas, comme tu le souhaites. Ca m'aurait fait plaisir que tu te présentes quand tu nous as croisés à l'expo, mais je comprends ta retenue.
Pour la rencontre, j'ai reçu une réponse à mon mail m'enjoignant de téléphoner, ce que j'ai fait. Ca y est, j'ai ma réservation! Nous y serons donc tous les deux le 18.
Sinon, "M'as-tu vue" est l'ouvrage le plus complet et le plus intéressant sur Sophie Calle. C'est vraiment un énorme pavé qui présente, je crois, tous ses travaux jusqu'à la date de publication, avec des commentaires très détaillés et très pertinents. Un must :-)

Egogramme a dit…

"A la rencontre de Sophie Calle et d'Armalite", cela sonne bien. Vivement le 18 juin !
Merci pour le commentaire sur "M'as-tu vue".

ARMALITE a dit…

Et cette fois, n'hésite pas à venir te présenter!

Egogramme a dit…

Bien sûr, bien sûr. J'essaierai d'avoir un signe distinctif et de te le communiquer avant: ainsi, nous serons un peu plus à "égalité".
Nous aurons déjà un bien bon sujet de conversation avec cette expo. :o)