mardi 7 avril 2009

Dignitas

Attention, billet pas gai, résultat de plusieurs nuits d'angoisse et d'insomnie enchaînées... J'ai ma visite de contrôle gynéco annuelle vendredi prochain, et je balise comme une malade - c'est le cas de le dire. Ou pas, j'espère.

Plus que de la mort, j'ai peur de la douleur et de la déchéance. La maladie d'Alzheimer me terrorise, tout comme la perspective de finir ma vie dans une maison de retraite où je dépérirai pendant des années et des années. Je ne veux pas devenir un objet de pitié, voire de dégoût pour mes proches. J'ai lu un certain nombre de documents sur l'euthanasie; comme tout le monde, je me suis émue du martyre du jeune Vincent ou de celui de Chantal Sébire auxquels la justice française a refusé le droit de partir dignement. J'ai toujours dit que si une personne que j'aime me demandait de l'aider à mourir, je le ferais quelles que puissent être les conséquences pour moi. Quand la santé déserte le corps ou que la raison se fait insupportablement vacillante, pourquoi ajouter l'humiliation à la souffrance et prolonger inutilement la douleur physique ou morale? Si j'apprenais demain que je suis atteinte d'un mal incurable, je voudrais qu'il me reste un ultime choix: celui du moment et de la façon dont je m'en irai.

Dimanche, pendant que Chouchou et moi lisions des magazines au comptoir de Filigranes, je suis tombée sur le témoignage d'une femme dont la maman s'était tournée vers une clinique suisse pour l'aider à mourir. Cet établissement, géré par l'association Dignitas, est l'un des premiers à proposer ce service de suicide assisté, apparemment légal chez nos voisins helvètes. Je ne doute pas que ses tarifs soient assez peu démocratiques, mais après tout, je ne laisserai pas de descendants. Et je trouve étrangement réconfortant savoir qu'il existe un endroit de ce genre vers lequel se tourner quand on ne possède pas soi-même les connaissances médicales nécessaires pour mettre fin à ses jours "proprement".

19 commentaires:

M.Poppins a dit…

Il existe plusieurs association de ce genre en Suisse comme par exemple "Exit" qui est plus connue chez nous.

Ils n'ont pas tous des cliniques et se déplace en général au domicile du patient.

Malheureusement pour nous, les pays comme la Suisse, la France, l'Italie ou encore l'Espagne sont particulièrement mauvais en médecine palliative et lui préfère l'acharnement thérapeutique. Pour avoir un semblant de compréhension et de dignité, il faut vivre dans les pays nordique ou le respect du choix du malade est beaucoup mieux prit en compte.

Malgré tout, pour l'avoir vécu avec quelqu'un de très proche, beaucoup de médecins privilégient la qualité de vie et n'hésitent pas à donner un petit coup de pouce tout à fait légal pour aider les gens à partir...

Anonyme a dit…

"Proprement". Le mot est lâché. Ne pas faire de traces, s'essuyer les pieds avant de sortir, un coup d'éponge et de désinfectant, surtout.
Vive le monde aseptisé, le jeunisme triomphant et la société sans anciens, sans plus aucune sollicitude à toute forme de diminution. Éliminons les vieux, les handicapés (ça aussi c'est bien parti), que tout le monde rentre dans les cases et que tout le monde soit "digne".
Mais n'est-ce pas la plus grande dignité que d'accepter et d'accompagner une personne dans tous les passages et jusqu'au fond de son humanité ?
Qu'est-ce qu'être humain ?
Etre grand dans et par la faiblesse ?
Ou se piquer d'une puissance illusoire et d'une "dignité" qui n'est en fait que le refus d'exister jusqu'au bout ?
Etre humain, cela a un sens...

Il suffit de cesser de ne penser qu'à sa propre mort pour imaginer les conséquences à grande échelle d'une légalisation du suicide assisté.
Allons-nous épauler ou nous débarrasser de nos pères et de nos enfants qui ne nous conviennent pas ou plus ?

Peu m'importe que ce commentaire soit publié, je voulais juste vous faire part d'un point de vue que vous ne semblez pas avoir envisagé.
J'ai dix-huit ans, et moi non plus je ne veux pas mourir, ni souffrir, ni perdre la mémoire (je voudrais moi aussi exercer une profession intellectuelle. C'est dire si je comprends vos craintes.)
Bonne journée à vous, et ayez confiance. J'espère que, s'il vous arrivait de tomber malade, vos proches sauraient par leur amour ne jamais vous laisser perdre une once de dignité, mais vous porteraient en posant toujours sur vous le regard que l'on pose sur une personne, qui a une valeur infinie...

ARMALITE a dit…

Vous mélangez un peu tout me semble-t-il... Ayant plus de deux fois votre âge, oui, j'ai envisagé tous les points de vue sur la question. Je ne parle pas de se débarrasser des autres, des vieux, des handicapés ou des "non conformes", et il me semble avoir suffisamment exprimé, sur ce blog même, mon dégoût du jeunisme et de l'exclusion. Vous me direz que vous n'avez pas tout lu, ce que je comprends fort bien, alors merci de ne pas vous former une opinion globale d'après un seul post. Je ne parle pas ici de décider qui a le droit de vivre ou non, je parle du droit pour une personne à choisir son propre destin, ce qui me paraît tout de même être la liberté la plus fondamentale au monde.

M.Poppins a dit…

Je ne devrai pas, mais j'ose réagir au commentaire d'anonyme...

J'ai été au chevet de ma maman pendant 1 année et demi dont 3 mois en phase finale... si les deux premiers mois étaient facile et on été indispensable pour moi, le dernier ne l'était pas. Malgré tout l'amour du monde, il est difficile de porter à bout de bras une personne qui se voit diminuée, et qui voit les rôles s'inverser. Elle ne voulait pas qu'on la voie ainsi, mais n'avait pas le choix et je ne vous parle pas de la souffrance quotidienne. Et puis, certaine mort ne sont pas que paix et sérénité, la souffrance est bien là, malgré les médicaments. Je pense que si elle avait eu le choix, elle serait partie beaucoup plus tôt. Et nous l'aurions vu beaucoup moins souffrir et nous en aurions été soulagé.

C'est à chacun de décidé de sa fin... je ne voudrais pas que mes enfants vivent ce que j'ai vécu avec ma maman.

Malena a dit…

Mon papa a eu une tumeur au cerveau et il a été malade pendant 1 an. Il a eu la chance de pouvoir être hospitalisé à domicile mais j'avoue que les deux derniers mois ont été un calvaire et je rejoins M.Poppins, pour dire qu'ils n'étaient pas nécéssaires. C'est très dur de voir les gens qu'on aime souffrir. Mon père savait exactement ce qu'il avait et qu'il était condamné. Il nous l'a clairement dit. Alors oui quand on se sent diminué, et physiquement et intellectuellement, on devriat pouvoir demander de l'aide pour pouvoir partir sereinement.

funambuline a dit…

En Suisse, il existe EXIT, mais c'est uniquement pour les Suisses... et il faut être membre depuis longtemps, très longtemps pour qu'un médecin nous amène une "potion" que l'on doit boire soi-même.
DIGNITAS est nettement plus controversé, justement à cause de cette accusation de "tourisme du suicide". Il ne me semble pas du tout que DIGNITAS (ni Exit d'ailleurs) n'ait de clinique ! Il est toutefois possible que certaines cliniques tolèrent la présence d'un médecin de Dignitas... ce n'est pas pareil.

D'ailleurs, ce n'est pas "légal" en Suisse. C'est une petite "faille" dans un loi qui fait que c'est toléré, sous certaines conditions drastiques. C'est une spécialité suisse... laisser des failles dans les lois pour ne pas devoir légiférer pour ou contre.

Un pays ayant légiférer pour, de manière bien plus claire, c'est les Pays-bas...

ARMALITE a dit…

Funambuline: dans l'article que j'ai lu, il s'agissait effectivement d'une "potion" à boire, du poison en fait. Ca semblait douloureux bien que bref. Alors qu'il suffirait d'une injection pour s'endormir à jamais... (J'ai toujours en tête cette scène magnifique des Invasions Barbares qui m'avait fait pleurer à chaudes larmes.) Je trouve ça vraiment cruel de refuser d'administrer cette injection (officiellement, en tout cas: on sait bien qu'il existe des personnels médicaux compatissants...) dans les cas bien précis où la personne est condamnée, saine d'esprit et le réclame elle-même.

Ingrid a dit…

Je soutient à 100% l'eutanasie pour ceux qui ne peuvent mettre fin à leur jour eux-mêmes. Par contre, ceux qui ont le moyen de le faire, pourquoi demander à quelqu'un d'autre ? Pour des raisons hypocrito-catholiques ? Par lâcheté ? Je n'en sais rien mais je trouve cela très dangereux. La vie est un choix personnel, la mort aussi, je préfère que chacun assume ses propres actes tant qu'il en a encore la possibilité. S'il ne l'a plus, physiquement, alors l'eutanasie est là et doit être là pour aider ceux qui veulent s'en aller.

ARMALITE a dit…

Ben, mettre fin à tes jours toi-même, quand t'as aucune connaissance médicale et pas accès aux médocs appropriés, ça peut être galère, assez crade et pas nécessairement très serein comme processus...

assorci a dit…

Bonjour,

Je ne me prononcerai pas quant à mon opinion mais au niveau législatif, l'euthanasie est dépénalisée en Belgique ( bon, il y a des conditions, mais: loi du 28 mai 2002 relative à l'euthanasie).

à Bruxelles, le centre Jules Bordet à un service de soins supportifs et palliatifs qui la pratique dans les conditions de la loi et avec beaucoup de respect pour le patient, je crois (je n'en ai heureusement pas l'expérience personnelle pour le moment).

ARMALITE a dit…

Et bien, me voilà parée au cas où ^^

funambuline a dit…

@ Armalite : je suis d'accord avec toi. Le côté potion (de poison, donc) est "utile" pour une simple question legislative ! Le médecin a prescrit une ordonnance et préparé la potion, mais ne l'a pas "administré". Du coup, il ne risque rien légalement. C'est pour ça que je disais qu'en Suisse c'est une simple faille de la loi !

Suis heureuse qu'en Gelbique se soit un peu plus "organisé" !

Gabrielle a dit…

L'ENFER EST PAVÉ DE BONNES INTENTIONS.

Je me retrouve profondément dans TOUT ce que tu dis, Armalite. Moi aussi, j'ai pleuré comme fontaine aux "invasions barbares" ...
Ma mère qui a eu le cancer m'a demandée de faire "quelque chose" pour elle quand serait venu le moment ...
Quant à moi, j'ai préparé une lettre avec mes exigences à l'adresse de mon entourage au cas où. Se transformer en légume des suites d'un accident cérébral ou autre, n'est pas réservé aux personnes âgées.
Je me suis beaucoup occupée de ma grand-mère. La déchéance qui la maintenait dans un état d'assistanat permanent l'humiliait et la révoltait.
Son avis en la matière était clair et cru.
Elle souhaitait finir sa vie dans sa maison, pas à l'hôpital.
Tous autour de son chevet, chez elle, on a vécu des moments inoubliables. Son intelligence, sa lucidité, sa générosité, et la sérénité de sa fin, sont gravés dans ma mémoire et me lient à elle de manière indestructible.
L'acharnement thérapeutique, l'intrusion permanente d'une morale judéo-chrétienne dans nos vies m'indigne, leur amalgame me scandalise.
OUI, le droit de CHOISIR son destin est une LIBERTÉ FONDAMENTALE.

Anonyme a dit…

Bonjour Armalite!
Un tout grand merci pour ce sujet!
Je partage totalement tes idées sur la mort. Je suis jeune mais je suis effrayée de voir ce que l'on fait subir à nos vieux, de voir que les médecins ne se mouillent pas et refusent ce choix pour ne pas perdre leur pouvoir sur la vie et la mort. C'est pourtant de notre liberté qu'il s'agit!
J'ai eu l'occasion récemment de lire "suicide mode d'emploi" de Claude Guillon sur le net en édition des années 80' et interdit à la vente en théorie.Dans ce livre (en dehors de la fameuse recette pour mourir du dernier chapitre )l'auteur nous fait bien comprendre l'absurdité de vouloir maintenir les gens en vie à tout prix! Je m'étais également renseignée sur l'association exit et c'est vrai que les prix sont élevés.Ce qui me dérange un peu au sujet de l'association c'est que l'on ne peut pas mourir chez soi...Moi j'aimerais mourir entourée de ma famille et de mes meubles.

ARMALITE a dit…

Oui bien sûr, l'idéal serait de pouvoir faire ça tranquillement chez soi entouré de ses proches... J'espère que la loi le permettra un jour.
Sinon, en matière de lecture, Noëlle Châtelet (soeur de Lionel Jospin et écrivaine assez connue...) avait il y a quelques années publié le récit du suicide programmé de sa propre mère, et la façon dont elle avait essayé de l'accompagner. C'était assez émouvant.

Anonyme a dit…

Tous ces discours sans fin sur un sujet simple. La liberté de chacun. Celui qui veut mourir à l'hôpital, dans un service de soins palliatifs, celui qui veut laisser la nature se charger de son sort et celui qui veut qu'on l'aide à partir quand il juge le moment venu. Nous sommes les seuls propriétaires de notre corps. Personne n'a le droit de décider à notre place. Nous n'avons choisi notre naissance, mais au moins, laissez nous choisir notre mort.

Egogramme a dit…

Pour plus d'infos sur la législation belge et les états des lieux de l'euthanasie en général, voici le site de l'ADMD belge (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité) :
http://www.admd.be/Legislation.html
Il est possible d'être membre pour une somme modique et de recevoir leur lettre d'information (qui n'est pas très nuancée mais informative tout de même).

Comme outils, chacun peut rédiger:
une "déclaration anticipée d'euthanasie" est une demande que soit pratiquée une euthanasie dans le cas où, atteint d'une affection incurable on serait dans un état d'inconscience irréversible et donc incapable d'exprimer une demande
consciente.

une "déclaration anticipée de volontés relatives au traitement"
http://www.admd.be/Moyens_Action.html

Depuis peu, ces demandes de déclaration anticipée d'euthanasie peuvent être enregistrées à la commune (http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/485316/25-belges-signent-chaque-jour-une-declaration-d-euthanasie.html).
Au même titre que la volonté de chacun à propos des dons d'organes ou encore du mode de sépulture.
Pourquoi ne pas faire des déclarations "combinées" à ces sujets ? Elles peuvent être modifiées par la suite si on change d'opinion.

La déclaration anticipée d'euthanasie doit être signée des témoins (dont un qui n' "héritera" pas), confirmée tous les 5 ans et
est révocable à tout moment.

ARMALITE a dit…

Merci pour ces informations Egogramme!
J'ai une carte de donneur d'organes depuis 1994; tout mon entourage sait que je veux être incinérée et pas d'acharnement thérapeutique, au cas où. Je pense que c'est important d'en parler.

funambuline a dit…

C'est dans l'air du temps !

Voilà un hebdomadaire d'actualité suisse : http://www.hebdo.ch/edition/2009-15/actuels/assistance_au_suicide/des_suisses_disent_oui.htm?pass=ADF542EE415 ça devrait t'intéresser !