dimanche 6 juillet 2008

Le coup de gueule du week-end

D'habitude, je n'achète pas le Elle pendant l'été: pour cause de collaboratrices en vacances, il fait la moitié de son épaisseur habituelle - mais reste au même prix. L'arnaque. Et puis les articles qui expliquent comment choisir le maillot le plus adapté à sa silhouette, merci bien! Un, je fuis la plage qui est pour moi l'antichambre de l'Enfer. La seule chose au monde que je déteste plus que la chaleur (passé 28°, c'est physique, je suffoque), c'est l'eau de mer diluée dans l'urine de touriste. Deux, mes zones à problèmes, ce sont mes bras et mes jambes; donc l'idéal pour me mettre en valeur, ce serait une paire de gants opéra et des Dim Up gainants en taille 72, histoire qu'ils me remontent bien jusqu'en haut des cuissots. Du coup, les pages shopping sur le thème "50 accessoires hors de prix et impratiques au possible pour être la plus lookée à Saint-Trop" m'émeuvent assez modérément elles aussi.

Mais bon, il m'arrive de faire une exception, et ce fut le cas hier matin pendant que Chouchou et moi procédions au ravitaillement hebdomadaire du frigo chez Delhaize. Il faut savoir que je pars toujours faire les courses avec une liste dressée en fonction des menus de la semaine à venir, sur laquelle les articles sont notés dans l'ordre des rayons. Une fois dans le magasin, je répartis les tâches entre Chouchou et moi pour aller deux fois plus vite. Pendant qu'il collecte les fruits de la semaine, je me charge des légumes, etc etc. A ce rythme-là, nous devrions être ressortis du magasin dans les 17 minutes, attente en caisse comprise. Oui mais voilà: systématiquement, nous faisons une halte au rayon presse où Voici, Closer et Gala me font perdre tout le temps gagné avec ma belle organisation. Enfin au moins, je suis toujours informée sur les choses vraiment importantes qui se passent dans le monde. Il faut parfois savoir sacrifier un peu de ses loisirs pour se cultiver.

Or donc, le Elle de la semaine. En couverture, Monica Bellucci clame: "Si on se plaît, on plaît aux autres". Ben voyons. En même temps, si j'étais foutue comme elle, quelque chose me dit que j'aurais beaucoup, beaucoup moins de mal à me plaire. Et que dans le cas fort improbable où je n'y parviendrais pas, ça n'empêcherait pas les hommes de se métamorphoser en loup de Tex Avery sur mon passage. Loin de moi l'idée que Monica Belluci soit une gourde tout juste capable d'enfoncer des portes ouvertes (la nature étant profondément injuste, elle peut très bien avoir le QI d'Einstein en plus de sa silhouette de bombasse), mais cette phrase serait quand même infiniment plus convaincante dans la bouche d'une fille à physique un peu moins, disons, évident. Ah, pardon, j'oubliais: les rares people de sexe féminin à physique non-évident ne sont jamais conviées à faire la couverture d'Elle. Autant pour moi. Mais bon... c'est un peu comme ces pubs pour des programmes minceur qui montrent un mannequin de 18 kilos et demi en train de se lamenter sur sa cellulite inexistante, ou celles pour des crèmes antirides appliquées par une vieillarde de, oh, au moins 15 ans et demi au visage encore plus lisse que des fesses de bébé. Moi, ça me donne toujours l'impression que les média me prennent grave pour une truite.

Et puis barrant la photo de Monica (en couverture du Elle de cette semaine, toujours), ce titre poignant: "Arrêtez de maigrir: le cri de détresse des hommes". Du pur fichage de gueule. Certes, bien qu'aucun représentant du sexe masculin ne se soit jamais mis à genoux devant moi pour me supplier de prendre du poids, je suis tout à fait prête à accepter l'idée que le mâle moyen préfère une femelle gironde et bonne vivante à une triste planche à pain qui se sent ballonnée après avoir avalé plus de quatre petits pois en vingt-quatre heures. Les rondeurs, c'est plus sensuel, on est bien d'accord. A ce constat, je voudrais tout de même apporter une nuance: si les hommes préfèrent coucher avec des rondes, ils préfèrent sortir et être vus avec des minces (souvent plus jolies habillées et meilleurs symboles de pouvoir). Cela dit, je reconnais que dans l'ensemble, ils semblent bien plus indulgents que nous envers nos kilos superflus et nos bourrelets disgracieux.

Car la pire ennemie de la femme, c'est la femme. Exemple: je suis persuadée que la plupart des modeuses s'habillent bien davantage pour susciter l'approbation et/ou la jalousie de leurs consoeurs que pour séduire le sexe opposé. Vestimentairement parlant, les hommes ont des goûts simplissimes: un joli decolleté, un ourlet de jupe au-dessus du genou, un jean un peu moulant suffisent à les ravir. Et la plupart des fringues hype, loin de les ravir, les plongent dans la perplexité d'un canard qui vient de trouver un grille-pain. La vérité, c'est qu'esthétiquement parlant, au tiercé des gens susceptibles de porter un jugement sévère sur une femme, les hommes n'arrivent qu'en troisième position. En deuxième, on retrouve les autres femmes. Et en tout premier: elle-même.

Il faut dire que nous ne sommes pas aidées par l'hypocrisie des média en général et de la presse féminine en particulier. On ne cesse de nous abreuver d'articles sur le retour à la mode des rondes, et qui nous cite-t-on en exemple? Pas Beth Ditto, même si on loue son talent et son absence de complexes. Mais plutôt Scarlett Johansson - soit un composite gros nichons-cul pommelé assorti d'un ventre plat, de bras fins et de jambes déliées. Et les mannequins des séries de mode continuent de plafonner allègrement à 55 kilos pour 1m78. Dommage pour toutes les lectrices à physique ordinaire qui pensaient pouvoir désormais afficher le petit bidou ou les cuisses vergeturées offertes en cadeau par leurs trois adorables marmots. Pour être esthétiquement correctes, elles ne doivent arborer que des rondeurs localisées. Et, non, pas localisées au niveau de la culotte de cheval ni de la taille.

Je ne sais pas ce qui me met le plus en colère dans tout ça: que les média fassent, depuis des années, un tel bourrage de crâne pour nous convaincre qu'il faut être de plus en plus minces, tout en affirmant parfois le contraire histoire de se prémunir contre toute accusation d'incitation à l'anorexie, ou que même les plus intelligentes d'entre nous se laissent influencer au point de devenir obsédées par trois ou quatre malheureux kilos surnuméraires qu'elles sont les seules à voir, et qui vont leur pourrir toute leur existence d'adulte. Combien de vacances en amoureux à l'autre bout du monde (ou toute autre expérience hautement agréable) pourrait-on s'offrir avec le fric de dingues qu'on dépense en sachets de protéines miracle ou en crèmes amincissantes inefficaces et plus chères que du caviar? Quels exploits ne pourrions-nous accomplir en consacrant à notre boulot, à notre famille, à une passion ou à une grande cause tout le temps et l'énergie que nous perdons à nous lamenter devant notre miroir, à nous tartiner d'anti-rides lissant raffermissant, à chercher la fringue miraculeuse qui nous fera paraître dix kilos plus mince, à nous comparer défavorablement avec les filles des magazines (ou pire, avec nos amies)?

...Je crois que je vais arrêter de lire Elle, c'est pas bon du tout pour ma sérénité intérieure à moi que j'essaie d'avoir.

3 commentaires:

annso a dit…

Pour la défense de Monica Belluci, depuis que je me trouve belle, je suis passé du stade de l'éternelle célibataire à la fille casée. Après, c'est peut être un hasard, mais j'y crois moi que quand on se plaît, on plaît aux autres.

M.Poppins a dit…

Il suffit d'arrêter de regarder le papier glaçé des magazines et de regarder autour de soit...

Lorsque je me promène je me rends compte que nous avons toutes des défauts. Les miens me cassent les pieds souvent, parce que certains vêtements me sont interdit et que parfois je rêve de choisir mes vêtements sans me poser de questions. Mais grace à ces derniers, j'ai tout de même réussi à me créer une indentité vestimentaire et j'en suis contente. Chaque fille que je croise lorsque je fais mes courses, que je me promène, que je vais à la piscine à son lot de défaut. Je me suis longtemps demandé si ces défauts me sautaient aux yeux parce que ceux-ci avaient été habitués aux belles images des magazines. Et lorsque j'ai réalisé qu'effectivement ma perception des autres filles étaient biaisées, je voyais plutôt les avantages de ses filles et non-plus leur défaut.

Du coup, je comprends beaucoup mieux pourquoi mon Don Juan de frère craque sur certaines filles, alors que moi je ne leur voyais que des défauts.

Nous n'avons pas de chance, plus on vieilli moins ça s'arrange. Je me dis donc qu'en se faisant plaisir on se sentira mieux qu'en se frustrant, et merde à ces mannequins que l'on retouche et qui passe leur vie à se regarder le nombril. J'ai décidé de m'ouvrir au monde et d'arrêter de regarder mes fesses.

Hum... j'ai été bien bavarde pardon... :$

ARMALITE a dit…

Annso: mais figure-toi que je suis moi aussi d'accord avec le principe. Une fille quelconque bien dans sa peau et souriante plaira toujours beaucoup plus qu'un canon morose. Je dis juste que se plaire, c'est quand même 'achement plus facile quand on part dans la vie avec le physique de Monica qu'avec celui de Germaine Bidochon.